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Histoire ancienne les peuples orientaux Georges Weber

§1. Le premier livre de Moïse, le plus ancien document de la science humaine, nous donne sur l’histoire de la création ( Genèse ) et des premières générations humaines en général, les renseignements suivants : Après que Dieu eut formé au commencement l’univers, orné le ciel du soleil, de la lune et des étoiles, couvert la terre de plantes, d’arbres féconds et d’animaux, il créa à son image l’homme, le couronnement, de la création, et, en le douant de la raison et de la faculté de se former un langage, il le destina à devenir le maître du globe. Le premier couple sortit pur et vigoureux des mains du Créateur, et vécut, sans connaissance du bien et du mal, dans l’innocence et la simplicité; il habita le lieu de son origine, le paradis (Eden) jusqu’au moment où, séduit par le serpent, le tenta-

teur, il goûta du fruit défendu de la science et perdit, par cette transgression du commandement divin, son innocence et le séjour du paradis.

Dès lors, Adam et Eve, ainsi que leurs descendants, durent passer leur vie dans la peine et le travail; les passions et les mauvais désirs s’éveillèrent; le fratricide de Caïn arrosa la terre du premier sang qui eût été versé; la paisible vie en commun fut troublée. Depuis ce temps, Caïn et ses fils habitèrent vers l’Orient, « dans la terre d’exil » où ils bâtirent des villes et signalèrent leur présence par l’invention de la musique et de l’art de travailler les métaux, tandis que la race de Seth resta dans sa première résidence et continua à mener une vie pastorale en s’adonnant à l’entretien du bétail et à l’agriculture. La corruption des mœurs devint générale par suite de l’augmentation croissante des deux races et de leur mélange; les instincts violents d’un naturel sauvage et indompté précipitèrent de plus en plus les jeunes générations dans les égarements du péché, jusqu’à ce qu’enfin une grande inondation, appelée déluge extermina de dessus la terre tout le genre humain, à l’exception de Noé et de sa famille.

Cependant, la prospérité de Noé à son tour s’accrut bientôt au point que les jeunes générations qui descendaient de ses trois fils, Sem, Cham et Japhet, a furent obligées dé se répandre dans les pays voisins, parce que la patrie ne pouvait plus les contenir. Alors, il leur vint dans l’idée de bâtir « en briques et avec du bitume pour mortier » la tour de Babel dont

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le sommet devait s’élever jusqu’au ciel et leur servir à jamais de signe de reconnaissance. Le Seigneur déjoua celte entreprise téméraire, confondit leurs discours et amena une division par la séparation des langues. Ils se retirèrent vers toutes les zones, peuplèrent les trois plus anciennes parties du monde, et formèrent, selon la diversité des langues, différents peuples et nations. La race de Sem, dans laquelle on comprend tous les peuples qui appartiennent à la tige de langue sémitique, tels que les Hébreux, les Chaldéens, les Syriens, les Arabes, continua à habiter l’Asie, tandis que la postérité de Cham se répandit en Égypte et en Afrique et que celle de Japhet peupla l’Asie-Mineure et la plus grande partie de l’Europe.

RACES nUMAINES, SOUCIIES DE LANGAGE ET MANIÈRES DE VIVRE.

§ 2. La comparaison des diversités qui existent entre les habitants de la terre, conduisit à admettre trois ou cinq souches humaines (races) différentes par les dispositions, la force et les aptitudes intellectuelles, comme par la structure du corps, la conformation de la tête, la physionomie et la couleur de la peau : 1. La race caucasique vouée à la liberté et è la domination, à laquelle appartiennent les nations de langue indo-germanique, c’est à dire les Européens (à l’exception des Lapons et des Finlandais), les Asiatiques antérieurs, les Indous et les Nord-

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Africains, et qui , en vertu de son aptitude à se développer, est particulièrement l’objet de l’histoire. Elle se distingue par la proportion des membres, par la beauté du corps et des traits, et comprend les transitions les pl us variées, depuis la couleur blanche de la peau du blond Européen du nord jusqu’au teint loncé et aux cheveux noirs de l’habitant des terres australes et de l’Indou. 2. La race africaine et la race nègre transplantée par le commerce d’esclaves en en Amérique et aux Indes Occidentales, à la peau plus ou moins noire, aux cheveux noirs, laineux et crépus. 3. La race mongolique dans les régions polaires septentrionales de l’Ancien et du Nouveau Monde (Mongols, Huns, Indous transgangétiques, Chinois, Japonais, Kalmoucks, Finnois, Lapons, Esquimaux, etc.) aux cheveux noirs et lisses, au nez aplati, aux yeux rectilignes et très écartés l’un de l’autre, h la couleur qui varie du jaune au brun clair.

Outre ces trois races principales qui appartiennent aux anciennes parties du monde, on admet encore deux races secondaires et intermédiaires : 4. La race malaise (australienne) aux cheveux noirs et lisses ou peu crépus, au teint basané, plus ou moins foncé — forme transitoire entre la race caucasique et la race éthiopique. C’est à elle que se rattachent les habitants de la Nouvelle-Hollande et des îles de l’Océan Pacifique. 5. La race américaine au teint brun cuivré, aux cheveux minces et raides; elle comprend les restes des habitants primitifs de l’Amérique, les Mexicains, les Péruviens, etc., et forme la transition entre la race caucasique et la race mongole.

De cette diversité de races, beaucoup de savants ont conclu

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que chaque partie de la terre ou chaque groupe d’iles important, a ses habitants particuliers qui tirent leur origine du pays même (autochtones) et que, par suite, la descendance d’un seul couple est insoutenable; d’autres, au contraire, prétendent par plusieurs raisons, et notamment par la ressemblance de l'organisme chez toutes les races, par la conformité de la structure intérieure, de la charpente des os, et par la circonstance que toutes les races peuvent effectuer des mélanges féconds (comme on trouve en Amérique des descendants d’Européens et de nègres, appelés mulâtres, et d’Européens et d’Américains, métis et autres) que les différentes sortes d’hommes sont seulement des variétés d’une seule et même souche primitive, et que, malgré la diversité des races distinctes, explicable par l’influence du climat, des mœurs, des usages, de la manière de vivre , etc., la descendance d'un couple unique a pour elle la plus grande vraisemblance.

De même qu’on a réparti les différents habitants du globe en cinq races, l’esprit de recherche et d’observation s’est efforcé de ramener à des souches de langage distinctes, les divers idiomes dont on évalue le nombre à S, 000, et à découvrir dans toutes les similitudes qu’on y rencontre la preuve qu’il a existé une seule langue primitive universelle ou à établir la parenté de peuples aujourd’hui séparés.

1. Les trois souches de langage suivantes sont particulières à la race caucasique : a. L’in do - germanique (indo-européen, arien) dans lequel on fait rentrer toutes les langues européennes (sauf le hongrois, le basque, le finnois et l’esthonien). b. Le sémitique particulier aux peuples sémitiques désignés plus haut, ainsi qu’aux Abyssiniens et aux Phéniciens, aux Carthaginois et autres, c. Le nord-africain qui comprend l’ancien égyptien, le copte, et la plupart des langues des anciens habitants du nord de l’Afrique.

2. Une tamille de langue très étendue au nord-est de l’Asie et de l’Europe, et appartenant aux peuples caucasiques aussi bien

qu’aux peuples mongols, est le finnois-tartare dont se servent les nombreuses tribus des finnois (parmi lesquels on doit compter les Magyares en Hongrie, comme les habitants de l’Esthonie et de la Livonie), les Tartares (auxquels appartiennent aussi les Turcs osmanlis, les Kirgis, les Baskirs, etc.) et plusieurs peuples mongols (les Toungouses, les Kamsehatdales, etc.). Le caractère générique le plus important des langues tartares est l’agglutination, c’est à dire la formation de la déclinaison et. de la conjugaison par une combinaison mécanique et séparable, à l’opposé de la formation organique des langues sémitiques et particulièrement des langues ariennes. Les idiomes tartares sont principalement des langues nomades.

3 . Dans le sud-est de l’Asie (en Chine, dans l’Inde transgangétique, dans le Thibet, etc.) domine la souche de la langue indocmuoiSE, particulière aux peuples mongols et consistant en monosyllabes sans flexion, et dans le Japon et l’Archipel de l’est de l’Asie, le japonais-kouriuen.

4. Les langues parlées dans les lies de l’Océan Pacifique se rattachent à la souche malaise polynésique.

5. Les langues et dialectes de la race cuivrée, dont le nombre s’élève à 500, ont, malgré leur grande diversité, un type primordial, et par suite peuvent être comprises dans une seule souche, la souche américaine. 6. L’esprit de recherche des Européens s’est efforcé de sonder et de classifier même les langues des tribus sans nombre de l’Afrique, quoique le résultat dût être médiocre et les fondements incertains par suite du manque de connaissance de l’intérieur inaccessible du pays.

Dans le sud de l’Amérique s’étaient répandues, avant l'armée des Européens, les langues guazanis qui étaient parlées, sur toute la côte orientale, depuis Rio de la Plata jusqu’à Maraanon; sur la côte orientale régnait la langue des Pénivûns qui semblent avoir reçu leur culture de la race tollécanmie des lucas, immigrée de Mexico, et au nord du continent méridional, le caraïbe, avec plus de \ ingt dialectes, avait une grande exten-

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sion sur la terre ferme et dans les îles. — Dans le Yucatan, où la civilisation était développée au temps de la conquête des Espagnols, comme on peut le voir encore aujourd'hui par les constructions pyramidales et les monuments funèbres, dominait la langue maya, qui servit de langue intermédiaire aux Espagnols, et sur tout le sud-ouest de l’Amérique du Nord s’étendait la langue riche du Mexique, cet État remarquable dont les Toltèques, les Pélasgcs du Nouveau-Monde, avaient fait le centre de leur civilisation analogue à celle des Asiatiques de l’est, jusqu'à ce qu'ils eussent été repoussés vers le sud par les robustes Aztèques. Parmi les peuplades sauvages de l'intérieur du pays, les plus importantes sont: celle des A odowessiens ou Sioux, composée de douze tribus fédérées, qui habitaient les bords du Missouri et du haut Mississipi, et dont la langue est reconnaissable par la multitude de voyelles gutturales; les six tribus alliées des Mohawks (Iroquois) autour des lacs Ontario et Erié, et les Hurons du Canada , dont on a étudié de plus près la langue pauvre en consonnes, riche en dialectes. Sur tout le nord , depuis les pays de la baie d’Hudson jusqu’aux grands lacs, règne le delaxcarica ou algonquin-mahigan avec beaucoup de branches, de rameaux et de dialectes, dont la parenté est pourtant toujours manifeste et qui trahissent une origine commune ; plusieurs idiomes de cette souche étendue montrent peu ou ne montrent point de formes ; d'autres, notamment les branches du sud-est, sont riches en flexions. Pour les langues africaines, on est parvenu aux résultats suivants : Tandis que les tribus berbères des côtes du nord de l’Afrique, des hauteurs de l’Atlas, jusqu’au désert, et des îles Canaries et Açores, ainsi que les habitants des bords du Nil et du littoral de la mer Rouge possèdent des langues qui, bien que mêlées de beaucoup d’éléments étrangers et portant les traces d’innombrables rencontres de peuples, se rattachent au rameau principal égvptien-sémitique des branches caucasiennes , les habitants du pays peu connu entre le Sahara et le fleuve Gulbi, et notamment les Fullahs ou Fellatas, plutôt cuivrés que noirs, occupent une place particulière, également distante des Caucasiens et des nègres, tant par la nature de

leur langue susceptible de culture que par tout leur être Les langues des véritables tribus nègres de l’Afrique centrale se divisent en trois familles principales : le mandiugo que parlent les peuplades sauvages du Sénégal, de la Gambie et des contrées montagneuses à l’est de la Sierra-Leone ; Vamina parlé sur la Cote d'Or et à l’intérieur du pays, qui comprend les nègres sauvages et rebutés de Fantie, les paisibles Aschantis et beaucoup d’autres États voisins; et le cnngo que parlent les habitants, démoralisés par le commerce d’esclaves, de Loango, du Congo, d’Angila et d’autres États. Au sud de l’Afrique, la langue des vigoureux Caffres au teint brun foncé a une grande extension ; on la représente comme sonore, molle et harmonieuse, formée de mots simples qui comptent rarement plus de deux syllabes; elle doit son harmonie particulière à l’élocution lente et accentuée, à l'abondance des voyelles ouvertes Entre les Cadres et le Cap habité par des Européens, résident les Hottentots et les Bosjesmans, débris d’une race autrefois très répandue, qui parlent des idiomes particuliers et peu connus.

§ 3. Les hommes se choisirent aussi diverses manières de vivre et diverses sortes d’occupations selon la diversité des endroits où ils s’établirent. Les habitants des steppes et des déserts, où se trouvaient seulement çà et là des pâturages fertiles, se livrèrent à la vie pastorale et allèrent d’un endroit à l’autre, comme tribus errantes, avec leurs tentes et leurs troupeaux. Ils furent appelés nomades et leur occupation principale fut l’entretien du bétail. Ceux qui s’établirent sur des bords bien choisis de la mer découvrirent bientôt, par l’accroissement de leur population, les avantages de leur situation. Ils s’appliquèrent à la navigation et au commerce; ils acquirent le bien-être et la richesse, et se sentirent par là portés à construire de belles habitations et à fonder des villes, tandis que les habitants de plages inhospitalières conservaient, à l’aide de la pêche, leur existence misérable. Ceux qui habitaient la plaine, se livrèrent à l’agriculture et aux arts de la paix, tandis que les populations rudes et endurcies des montagnes s’exercèrent à la chasse et, poussées

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par une ardente soif de liberté, firent leurs délices de la lutte et de la guerre.

Un puissant levier pour l’éducation du genre humain fut le Commerce qui créa des rapports entre les peuples. Les habitants de plaines fertiles et de rivages bien situés s’adonnèrent au commerce intérieur, au commerce de terre, au moyen duquel ils déversèrent leur superflu dans d’autres pays et reçurent en échange des produits etrangers de la nature et de l’art. Le genre de commerce intérieur le plus répandu est le commerce de caravanes, propre à l’Asie et à l’Afrique, grâce auquel des expéditions considérables de denrées pouvaient être faites dans les pays les plus lointains, ce qui fournit fréquemment l’occasion de fonder des villes et des places de commerce. Les difficultés et le danger des expéditions commerciales à travers des contrées habitées souvent par de sauvages peuplades de brigands et entrecoupées de déserts, rendirent de bonne heure indispensables les associations de beaucoup d’hommes en vue d’entreprises collectives. Pour porter les charges dans le commerce de caravane, on se servait particulièrement du chameau, qu’on avait, à cause de cela, nommé avec raison « le vaisseau du désert. «

Comme les marchands ambulants des caravanes choisissaient souvent pour se reposer et se fixer des temples célèbres, aux voies sacrées, où régnait la paix de Dieu, le commerce reçut dans l’antiquité une consécration religieuse et fut placé sous la garde de la religion.

Les habitants des rivages de la mer se livrèrent au commerce maritime qui, dans l’antiquité, n’était qu’un commerce de côtes. Au commencement, on échangeait des denrées contre des denrées (commerce d’échange); plus tard seulement, on s’avisa d’attribuer aux métaux précieux une valeur déterminée et d’employer des monnaies d’argent avec une empreinte comme un moyen d’échange ingénieux et commode.

Les habitants des pays plats, encore peu peuplés, apprivoisèrent les animaux et se créèrent dans les animaux domestiques

dos compagnons de travail indispensables ; ils s’assurèrent leurs propriétés, leurs champs, leurs cabanes et leurs troupeaux par des lois et des fixations de droit ; c’est pourquoi l’on peut désigner l’agriculture comme la » grande porte de l’humanité. » Les habitants des villes, de leur côté, s’appliquèrent à l’industrie et aux inventions qui enrichissent et embellissent la vie, et cultivèrent les arts et les sciences à l’aide desquels l’esprit humain manifestait ses diverses facultés et ses diverses tendances.

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