‹ Histoire ancienneChapitre 104 sur 116 · ARCADIE · texte numérisé non relu

ARCADIE

Gouvernement des Arcadiens. — Leurs mœurs et leur caractère*— Beauté cîe ce pays. — traliisoh et mort â*Ari8toer«té, demîér roi.

Cette nation, divisée en peuj[)les peu nombreux, eonser-

492 nuTOiBE DE LA fiiies.

ya longtemiM les petits rois qai les gooTemaient; mais enfin la nécessité de se défendre contre des États plus poissants, les força de se réunir et de se former en république. Leurs villes les pins célèbres furent T^e et Mantinée. Leurs mœurs étaient douces^ et leur vie pastorale : courageux comme les autres Grees^ mais moins ambitieux^ ils défendaient plutôt leur bonneur ijue leur gloire.

A l'honneur de passer pour les plus andens habitants de la Grèce , ils joignaient celui d'être regardés comme les plus invincibles.

L'oracle avait déclarv^ aux LaoédtouMiiens qu'avec le secours des dieux mêmes ils ne pourraient soumettre un peiqple aussi frugal.

Le tableau riiint que présentaient les plaines fertiles, les fraîches vallées, les sources limpides et les riches troupeaux de FArcadie, fut souvent tracé par les peintres les plus habiles et par les poètes les plus célèbres. On admirait les autres peuples; on aimait les Arcadiens.

En décrivant les danses de leurs bergers, leurs fêtes champêtres, en répétant leurs chansons pastorales, on éprouvait, on inspirait le désir d'habiter ce beau pays, qu'on pouvait nommer le temple de la nature et des vrais plaisirs. Le voyageur qui s'en éloignait en conservait un doux souvenir, et répétait ces mots, inscrits par un peintre ancien sur le tombeau d'une jeune beigère : a Et moi « aus0i j'ai vécu en Arcadie I »

' Ce peuple hospitalier et vertueux était sévère contre le crime. Le dernier roi d'Arcadie, nommé Aristocrate, trahit les Messéniens, ses alliés, et les livra aux Spaitiates. Les Arcadiens le firent mourir, jetèrent son e^rps hors de leurs limites, et placèrent sur u|ie colonne cette inscription : a Le lâche, en trahissant les Messéniens, a mérité a son sort : la perfidie n'échappe point au ch&timent. »

ÉLH»:. . -

Sa renommée pour let jeux olympiques; — Son gouvernement. — l»rise et destruciion de la -ville de Pise. — Fondation des jeux olympiques' par Pélops. — leur description, -r Force de Hilon de Grotone. — Sa mort.

La religion rendait le territoite de TÉlide sacré pomr tous les peuples de la Grèce : les jeux olympiques s'y célébraient. De toutes parts on voyait accourir à Olympie les rois, les sages, les poètes et les guerriers. Tout homme doué d'un rare tsdettt, d'une grande force ou d'une extrême légèreté ; tout ébuyer habile dansTairt de conduire des chars et de dompter des coursiers, venait en Éiide disputer une couroime qui donnait ^immortalité et qu'on croyait recevoir -delà main des dieux; cw Timagination vive des Grecs les portait à penser que toutes les divinités de l'Olympe, partageant leurs passions, quittaient leurs célestes demeures pour présider aul j€ux qu'on céia)rait sur les rives de l'Aiphéé^

Ainsi rÉlide ne^. devait ressembler <à aucun pays du monde : la guerre ne pouvait la troubler; c^iacùn déposait les armes en entrant sur ce territoire sacré; La politique de son gouvernement n'avait ni invasions à crâîndfe ni alliances à rechercher.

Tous les autres peuples augmentaient les richesses^ de ce pays par les tributs qu'y versait l'ambition dés prétendants à la gloire olympique.

Cette nation paisible coniserva longtemps des rois de la race 4'Iphitus ; mais Texemple des autres contrées et Teâr prit général de la Grèce y étfiOriirent enfin la démocratie. L'Etat connut alors les dissensions intestines; chaque avilie soutint ses prétentions à. la supériorité jcelle d'Éliâ (d)tint la firtiprématieî inais les habitants de Pise, située mi norâ de l'Alphée^.prétendaient à la garde d'.Olympie et â* la sûr*intendance des fêtes. Les habitants d'Élis la lui disputaient : cette querelle amena la guerre, l^héddn, tyran d'Argos, |)rûfitànt de ces troubles, s'«piogea, comme des-

4S4 EiffTOiBX DE lA eRÂqs.

cendant d'Hercule, la^g^rde du temple qui Iqi était dé-.

dié* Après sa mort, les halntants de Kse s'en emparèrent; . maïs, au bout de quelques olympiades, les troupes d^ËUs

assiégèrent Pise et la détruisirent de fond en eomble. Depuis ce temps^ la république fut paisible^ et les peu-

jié§ de l^de ne ^ mêlèrent qu'aux guerreu .de religion,

qui troublèrent rarement la Grèce.

- Félop« était le fondateur des jeux olympiques. Leur o4lébration n'eut point d'abord d'époque déterminée, IpÂitus, Mi d^ÉUs, ordonna qu^ils auraient lieu toua les cinq ans. Cette loi ftat donnée l'an du monde 3388 (av. J.-C- 716). Depuis^ on réduisit oat eapaee àquatre ami. Le nonir jbredeMlympiadea était l|t grande obainede la chronologie ffreiciîiie. Cette ère ne commenta que la première anneau la Vingt-huitiàme olympiade.

Les jeux olympiques étaient eonaacrôs à Jupiter : les vainqueurs^ couverts de gloire, se voyaient presque divinisés : on datait l'année par leurs noma; les poètes le^ ^diantfUent, et çhacmi admirait avec un respect ^èlé 4'envfe ta couronne de laurier qui couvrait leur front. Lûpcâ* mieâr prix était celui de la^ course^ qui se faisait dami un lieu appelé stade. U y avait plusieurs genres de oourset : la course à pied, la course à cheval, la course des cbara; ~ jîetite dernière était la phis renommée. Gélon, Hiéroui rois de Sicile; Philippe, roi de Macédoine, a'enorgueiUireiït d'y remporter le prix. Les cha^s étaient attelés, de deux OU de quMre chevaux de front. Lorsque Alcibiade fut p(roelamé vaipqueur, ii donna un festin où tout 1b peuple de la ville et tous les étrangers furent invités. Après ces cj^uip- H», les athlètes combattaient /« leurs, différent^ jeux Vappeteipnt le pugilat, ia lutiô^ le dvtquû^e^ le saut, Phisieuri beaux génies de la Grèce lisaient leurs ouvrages au milieu rde Rassemblée elympique..}Iéroâûte y-fit entendre sou Histoire : chacun des Uyres qui la composaient're^ttt le nom d'une muse. Lyaiaa y lut uue hamn^Q sur la Qhvtft d^DenjfttleTyim*

^ OTCÛND AGBv 4^

\U^ldçS plus^ habiles athlètes de la Grèce fut M51ôn de 'Cmtone. 04 k vit i^mporter six victoires aux jeux olympiques : il porta sur ses épaules, -dans toute la longueur d'uiQ stade^ un bœuf de quatre ans, Tassomma d'un coup 4e pôiûg, et le mangea tout entier. La force qui avait faitr 3â gloire causa sa mort : ayant voulu Oiimr entièrement uh , tronc de cbène qui était fendu, ses mains se trouvèrent tel^ . Jement prises et serrées, qu'il devint la proie des animaux féroces qui le sur^rii^eni dans cet état et le dévoTèrent

TABLBAU DES MŒURS, DU CULTE E'^DES mMIÈRES DE LA GRÈCE.

Argos. — Crète.— Thessaljè. -^ Ph(w;i4e. — Mœur&des Grec». — Doctrine d*OrpKéo. — Religion des Grecs. — Croyance à Viromortalité de Vêmé. — Erreurs dans, la - peUpon des Glrecs. -<- Ivintètes de la. Grèce. -* Ses poë^ et ses philosophes. — Linus, Musée, Orphée, Hésiode. — Homère. — Archiloquè;. -^ Saj)ho.— Thespis. — )Umonide. — A^acrébn. — Thaïes — Solon — Chllon. — Bias. '— Cléobule. — .Anftcharsii. -^ Ésope «-«Btoquet de Éept sages.

Là eapitule du royaume d'ÂgamemBOn/ qui avAit^si longtemps dondné la Grèce, perdit sa gloire dvee ses roiff. La république d'Argos, décliirée par dés fe($tioQ9, tombasous le joug du fameux tyran PHédon, dç larrace d'Ber- » cule : «on pouvoir finit avec lui.

Les Argiens, mal gouvernés, furent malheureux au dedans et sans influence au dekors. Mycène, Asinéè, NàùpHe «e rendirent indépendantes ; flerm^ioïie," Épidaure fbrnjèrent des républiques séparées. Tyfrhée et quelques autres iîonqùêtes. restèrent aux Lacédémoniens. '-

Le royaume .dé Crète, après la moj^d'Idoméiiée, fut entraîné par l^esprît général de la <îrèee > on abolit la royauté. Les Cretois, sous le gouvernement républicain, oonservèrenf un^ grande réputation militaire ; leurs archers paAsaient pour les -meilleurs dn monde. Mais la législation de Miuos^ qui avait servi de mckièle àcelIedeSolon Qt de Lycurgtie, fut abolie; et le peuple crétoi s, malheureux chez luietméprisé frarJles éti^angersv: se déconsidéva. pat ta

436 HISTOIRl IfeB lA GRÈGE.

mauvaise^ foi, tellement que son nom devint une injure . LaThessalîe, aussi favorisée par la nature que l'Arcadie, ne jouit pas, comme elle, des douceurs de la paix. La délicieuse' vallée de Teînpé ne garantissait pas ses bergers de la fureur de là guerre, elle en fut souvent le théâtre et la proie. La patrie d'Acîille devait être guerrière,, et cependant la cavalerie thessalienne, qui faisait la forteeprîffcipale des armées grecques, contribua moins à la gloire du pays qu'à celle des autres peuples qu'elle servait tour à tour. Les Phocéens, voisins de la Thessalié, furent continuellement en guerre avec elle. Dans leurs plaines, les Thessaliens avaient l'avantage ; mais les montagnes de la Phocide leur opposaient des obstacles qu'ils ne pouvaient vaincre. Ces indociles montagnards résistèrent même à toute la Grèce, flui voulait les punir d'avoir labouré un terrain consacré à Apollon. Possédant au milieu, de leur pays )e temple de Delphes, ils ne surent point tirer parti de cet avantage, qui pouvait rendre leur territoire inviolable et saôré. La religion aurait fait leur siireté; une avidité impie leur attira le courroux dès autres peuples de la Grèce. Lear opiniâtreté devint célèbre sous le nom de désespoir phocéen, parce qu'ils prouvèrent, dans plusieurs occasions, qu'ils aimèrent mieux* périr avec leurs familles et leurs biens, que de céder aux lois d'un vainqueur.

Telle était, à la on du second âge de la Grèce, la situation de ces différents peiiples> tous gouvernés en r^[mbhque, tous passionnés pour la gloire et la liberté. Ces deux nobles sentiments, agitant tous les esprits, électrisèrent toutes les âmes, peuplèrent en peu de temps cette petite contrée dé tant d'hommes de talent et de génie, qu'elle occupe pins de place dans l'histoire que les grands empires, et remplit encore le monde, après trois mille ans , des plus grands et des plus brillants souvenirs.

Dans le premier âge; à cette époque où les Pelages reçurent d'Egypte les premiers prineiiies de la civilisation, la lumère pénétra lentement dans ces esprits sauvages, et les

SECOND Aas. - 437

nuBurs consefYcréBt longtemps une antique grossièreté.

La force tenait lieu de tout mérité et de tout droit ; ils ignoraient jusqu'au mot de vertu : celui dont ils se servaient, pour l'exprimer était ar^f^ (bravoure). On traitait les vaincus avec férocité : l'esclavage fut regardé conune un adoucissement de cette politique barbare^ puisqu'il , préservait les prisonniers de la mort. -

Les Grecs furent longtemps guerriers avant de connadtre le§ éléments de la guerre : la force de corps faisait tout ; une bataille ii'était que l'ensemble de plusieurs duels. Les Thessaliens, qui les premiers domptèrent des chevaux, furentpresque divinisés; on les nomma Centaurées* Le cheval de Troie fut la première machine de guerre. Le principal objet de la guerre était le pHlage. Les vaisseaux g;recs n'étaient que des canots sauvages. Ignorant^ en astronomie, ils avaient des années de trois, de quatre et de six mois. La sûreté individuelle n'avait aucune garantie contre ITiomme enrichi par le pillfi^e.

Le ravisseur, l'adultère et le meurtrier n'étaient punis que par ime amende. Les mœurs des princes notaient guère moins cruelles que celles de leurs sujets : ils injuriaient leurs adversaires ayant de les coifabattrê,. et outrageaient leurs corps après lèis avoir vaincus. Les princesses lay^ent elles-mèmesleurs vêtements. On voyait Agamemnon, le roi des rois, assommer un taureau, le rôtir, le décôtiper et en servir le dos à son convive Ajax,

Les Grecs, établis dans l'Asie Mineure, s'éclairèrent les premiers .; ceux i'Europe jie mai:chèrent que .lentement sur leurs pas- Ce ne fut qu'environ trois cents ans après la guerre de Troie que l'illustre Homère fut connu des. Spartiates et des Athéniens.' Mais le beau ciel de la Grèce ne devait pas éclairer toujours ui^e grossière fnopulation; ce pays, où la diversité des aspects et des saisons présente sans cesse un tableau mouvant et varié, n'attendait qu'un rajcon dé lumière pour, réveiller l'imagination de ses habitants et pour la rendre ^plus riante, plus active et plus

438 HIflVpiBS 9% LA GRftÉE.

riche que ceDe de tons les autres peuples dâ monde.

Les Grecs, aortant de leurs sombres forêts, se rémnrent dans les plaines, se répandirent sur les flenves et se ras* semblèrent dans les villes. La douce chaleur de leiu'cllmat électrisa leur esprit, colora leurs idées et orna leur laur- ' gage d^expressions figurées.

Charmés de la beauté du tableau que présentait à leurs yeux une si délicieuse contrée^ ils adorèrent la cause qhi produisait tant de merveilles. L'admiration et la récon* naissance donnèrent la première idée d'un dieu, ou pintôt en rappelèrent lé souveuir eSacé ; car nos auteurs modernes se trompent en croyant que àdtre religion etxîelle^es Juife ont fait ôonnaitre au ^enre humain TËtre suprême. Aristote'dit formellement qu'une tradition, reçue parles plus anciens des hommes, nous apprend «que Dieu est le a créateur et le conservateur de toutes choses ; qu'il n'y a a rien dans la nature qui puisse maintenir sa propre exiî- « tence sans la protection constante de ce Dieu : dé là, dia sait-il, on a conclu que Tunivers était plein de dieux a qui voyaient,' entendaient ^t surveillaient tout. Cette « opinion est conforme à la puissance et non à la nature a de la divinité. Dieu, étant un, a reçu plusieurs noms c( relatifs à là variété des effets dont il est la cauée. »

Orphée avait enseigné cette théologie siiblime. Les fablés des autres poëtes firent oublier depuis cett^ doctrine simple et vraie ; oh n'en a gardé que ce passage, cité par Proclus : « Tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce çii <K sera, était contenu dans le sein fécond de Jupiter. Jupi- <K ter est le premier et le dernieh, le commencement et Ift a fin ; de lui dérivent tous les êtres. »

L'imagination grecque, voulant dopner ùneàme à cha*que objet, écoutant plus les poëtes que les sages, çt le seu^ timent que la raison, peupla la terre de dieux et le ciel de passions, u Alors, commn le dit Fahbé Rurthélemy, se a forma cette philosophie on plutôt cette religion païenne, a mélange ccmf us de vérités et de mensonges, de tradi^

« tiens y cspêétables et de fictions riôhtea : systè^me qui « ilatte les sens et révolte Tesprit, qui respire leplaiôir.en' « préconisant la vertn* »

Ainsi on divinisa la natufe^ et les- fables d'Hésiode et d*Homôre devinrent la religion des Grecs« Selon cette croyance^ une puissance infinie, une lumière pure« un amour divin qui établissait partout rharmonie^ tira Tuni** Vêts du chaos^ et créa les dieux et les hommes. Ils se âis«^ putèreût Tempire. La Terre fit la guerre auCieL Les Tir tans attaquèrent les diéur; ceux-ci fureiit vainqueurs et nous soumirent pour toujours..

La race immortelle se multiplia ; Saturne, né du Ciel ^t de la Terre^ eut trois fils qui se partagèrent l'univers. ' Jupiter gouverna le ciel; Neptune régna siv les mers, et . Pluton dans les enfers. .

Tous les autres dieux exécutaient leurs ordres 2 Vulcain présidait au feu^ Gérés aut moissons, Mars à la guerre; Vénud inspirait les tendres passions; Minerve donnait la sagesse; Mercure conduisaitles orateurs à la tribune et les ombres dans lé Tartare; Thémis tenait les balances de la justice; Jupiter lançait la foudre pour-efifrayer le crime : sa cour, centre de la lumière étemelle^ était le séjour du bonheur. Chaque fleuve avait sa divinité, chaque fontaine sa naïade. Bacchus animait la gaieté xies vendangeurs jjtes Grâces répandaient leurs charmes sur les traits de la beauté^ sur lés écrits des poiStes ; ApoIJion et les Muses électri*salent tous les talents; Vulcain forgeait dçs armes; la ' gaieté même était protégée par Momus et par la Folie ; leê rayons de Diane éclairaient doucement l'obscurité des nuits^ et les pavots rafraîchissants de Morphée faisaient oublier aux mortels leurs :travaux> leurs fatigues et toutes leurs douleurs, excepté celle du remwds. *

Les hommes recevaient des dieux tous les biens et les accusaient d'être les auteurs de leurs maux. La divinité punissait les fautes par le malheur.

Ltes Qi'eci croyant les dieux «emUoUes aux homnieSy

410 HISTOiaS ]>S LA «BiCB.

leur créaient mi bonheur pareil à celui qui était Fobjet de leurs désirs.

Le ciel avait ses fêtes et ses banquets. La jeunesse, sous les traits d'Hébé, (Hstribuait rand>roisie et versait le nectar. La lyre d'Apollon faisait retentir de son harmonie les voûtes de FOlympe, Dès le matin, FAurore ouvrait les portes du ciel et répandait sur la terre la fraîcheur de Tair et le double parfum de Flore, déesse des fleurs, de Pomone^ déesse des fruits. Fhébus^ montant sur le char du soleil, inondait le monde de torrents de lumière ; et lorsque Éole, dieu des vents, rassemblant les orages en furie, avait épouvanté les dryades et les sylvains, dignités des boiS) la brillante messagère de Junon^ la légère Iris, annonçait à la terre, par la trace vivement colorée de ses pas, le retour du calme et de la paix des cieux»

Les dîeux^ toujours présents^ inspirent les vertus et les vices, diligent tous les penchants des hommes, sont témoins de toutes leurs actions, et lisent dans leurs pensées. ,

Ainsi des milliers de divinités combattent dans le cœur des mortels. Si les unes les égarent, si d'autres s'eflorcent de les mener à là vertu, la Mort et les Parques terminent ce débat : son inexorable faux et leurs ciseaux cruels tranchent les destinées humaines. Alors Mercure ne protège plus le larcin ; Vénus ne sourit plus à la volupté; le terrible Mars n'excite plus au carnage : les lois de Jupiter s'exécutent. L'homme a passé le Styx dans la barque du vieux Caron; il entre dansée sombre empire de PJuton. Minos, Ëaque et Rhadamante le jugent à l'inflexible tribunal des enfers. S'il a fait du bien pendant sa vie, il est conduit dans les bosquets charmants de TÉlysée, où il jouit d'une paix constante, d'un printemps éternel, au milieu des héros vertufeux, des beautés fidèles, des rois bienfaisants, des sages respectés, des oratem:s et des poètes célèbres; et là, il retrouve, sans nuages et sans mélange, les douceurs d'un chaste hymen, les épanchements d'une tendre amitié, les affections innocentes, les jeux, les occupations, les

exercices et tous les plaisirs qui faisaient le cbarme de sa viC; Mais s'il a commis dés crimes, Pimplacable Némésis, divinité vengeresse, s'empare de ^son cœur; les noires Furies le frappent de leurs fouets, le déchirent par leurs serpents, le traînent dans les gouffres de TAveme, et là le livrent aux plus affreux supplices.

On voit que les Grecs, élevés par les Égyptiens, croyaient à rimmortalité de rame.

Dans leur opinion, Tàme spirituelle, ou Tentendement, était, pendant la vie, enveloppée d'une âme sensitive, matière subtile et lumineuse, image parfaite, et, pour ainsi dire, omt)re de notre corps. Après la mort, Tâme intellectuelle rejoignait dans le ciel la lumière céleste dpht elle était émanée; et Tâme sensitive, conduite par Mercure, descendait dans les enfers pour y recevoir le prix de ses vertus ou le châtiment de ses forfaits.

Plusieurs pensaient qu'au bout d'un certain nombre de siècles les ombres buvaient l'onde du fleuve d'oubli ou Lèthé, et qu'alors elles revenaient sur la terre reprendre une nouvelle vie.

. Tout était sensuel dans cette religion, les peines comme les récompenses. Les dieux mêmes éprouvaient les passions des hommes : la Discorde les divisait, l'Amour les blessait de ses flèches , et les portait souvent à revêtir une forme humaine pour s'unir à de simples mortelles*

Jupiter séduisait Dauaé, poursuivait lo; enlevait-Europe, faif^ait naitre Hercule du seiu de la belle Alcmène. La jalousie portait Junon à la vengeance; Vulcain était tralii par Vénus, qui se livrait au dieu de la guerre, et la chaste Diane elle-même se laissait toucher par les charmes du bel Endymion. ^

Les guerres de la terre se répétaient dans ,les cieux. Minerve, Apollon, Mars et Junon combattaient, les uns pour détruire, les autres pour sauver Troie, jusqu'au moment où Jupiter y monarque de l'univers, dont un signe faisait trembler la terre et les cieux , rassemblait^ son im-

4f42 HISTOIRE DE LA

mense et eéleste conseil, prononçait Parrêt iiictê pcrf lô Destin, et forçait toutes les' autres divinité» à. s'y sott» mettre.

Aiusî la religion des Grecs, inconséquente dans son sysfemê, mêlait une foule d'ei*reurs fimestés à un petit nombre de vérités utiles. Elle animait, mais elle altérait tout; et si, d*un côté, elle enseignait l'existence des dieux et l'immortalité de rame , si elle promettait des récompenses à la vertu et . des punitions au crime, de l'autre elle favorisait les passions coupables et divinisait les. vices.

Ce culte imparfait ne pouvait donner qu'une» morale relâchée; mais il présentait a la politique dé grands moyens pour profiter dé là crédulité des peuples. On l^s occupait par des fêtés , on leur imposait par des mystères ;oii les effrayait, on lesTassurait par. des oracles, par des augures. L'imagination ^ que ne réglait aucun principe certain, ne connaissait aucunes l)omes; Rien n'était raisonnable, tout était merveilleux , et ces nations héroïques reésemblaîent à des enfants brillants et crédules, amusés par des contes, élevés par des fables et gouvernés par une religion poétique.

L'histoire n'était pour eux qu'un draine, dont l'intrigue nierveilleuse et remplie de miracles était tracée par là destinée et dénouée par l'intervention de quelque divinité de l'Olympe.

Ce tableau, ou jd-utôt cette esquisse de la religion des Grecs, fait Comprendre rinflùence qu'elle dut avoir sur 4eur caractère et sur leurs actions.

Les peuples, gouvernés par des principes si contradictoires, livrés à leur imagination qu'égaraient tant de fables; vivaient dins un monde de prestiges, et devaient nécessairement nous offrir ce mélange de lumières et d'ignorance, de sagesse et de folie, d'héroïsme et de superstition, de vertus et de passion*s,^ui plaît encore à notre esprit, mêpie en choquant notre raison, et qui, dans la maturité des siècles, malgré la sévérité d'une reUgion vraie et d'unfe

morale éclairée, exalte encore notre pensée, se reproduit sous le pinceau de nos, peintres , dans ^les chants de nos poètes, et charme toujours nos souvenirs, comme dM8 la 'rieillesse nous aimons à nous rappeler les fables qui entouraient notre herceau ^t les jeux qui amusaient notre enfance.

Quelques sages/abandonnant au peuple les fables et les prodiges, étudiaient la nature et cherchaient la vérité. ^Pèï^sônne, dang les temps modernes, ne les a encore surpassés dans cette partie de la morale qtii enseigne à main-* tenir l'âme dans un état calme et à placer le bonheur loin des excès. Leurs écrits sont une source féccmde où puisent avec fhiit tous les moralistes qui veulent peindre et combattre les passions. Mais leur métaphysique^ leurs expticatijûns de la création, de la destiné^ et des phéno- Jttènes de notre nature intellectuelle, ne reposent sur aucun principe certain, sont souvent dénuées de raison, quoique brillantes d'esprit; et leurs rêves philosophique! sont tout aussi peu sage^ que cette théogonie poétique et cette mythologie populaire/ objet de leur cmlte public et de leur secret mépris.

Trois siècles après la ruine de Troie, il ne restait plus dans la t}rèce aucune trace de barbarie ; la civilisation , les lettres,. les arts avaient fait les plus rapides progrès : partout on voyait des villes bâties, des temples élevés, des codes de lois établis ; les autels fumaient de sacrifices ; de pompeuses cérémonies, des jeux célèbres attiraient de toutes parts les étrangers. La liberté fortifiait les âmes; les arts adoucissaient les mœurs ; la tribune retentissait dé discours éloquents ; les écrits ingénieux de pfnsieufi philosophes célèbres se lisaient dans toutes le^'écoles , et donnaient à la jeunesse le goût de l'éloquence et des lettres.

Les édifices publics étaient ornés des images des dieux et des héros, qui animaient le marbre et la toile; et la Grèce, en peu de siècles, devint, sons l'empire tfun àonm

444 HISTOIRE J>£ LA GKÈGE.

climat et d'une imagmatiôn riante, un pays enchanté, un tableau magique où se réunissait tout ce qui peut échauffer Tâme , exalter Tesprit et charmer les sens.

A la fin des deux premiers âges de son existence, la Grèce comptait déjà plus d'hommes éclairés et célèbres que les vieux empires qui l'avaient tirée de la barbarie.

Nous avons fart connaître les héros des temps fabuleux et ceux de. la première époque historique ; n^ais la Grèce, avant de combattre les Perses, comptait aussi des- poètes ^ fameux et des philosophes célèbres. Le temps ne nous a4P laissé connaître que les noms de Linus et de Musée , peu de vers d'Orphée oiit échappé à ses ravages. Hésiode chanta les campagnes et les travaux de Tagriculture. Nous^ n'avons de connaissance certaine des dieux de FOlympe que par la théogonie de ce poëte; sa description du bouclier d'Hercule fut aussi célèbre que les travaux de ce denai-dieu.

Homère, antérieur à l'ère des Olympiades, fut le premier des grands poètes, et leur sert- encore de modèle. VOdyssée raconte les voyages d'Ulysse après la prise de 'froié. Le sujet de Viliade est la 66Ière d'Achille, si funeste aux Grecs. Alexandre le Grand regardait ces deux poëmes comme les chefs-d'œuvrç de Fesprit humain. ,

(Hicéroii place Homère au nombre des plus grands peintres; Horace le préfère aux plus profonds philosophes; QuiatiUen le met au-dessus des plus illustres orateurè.

La ceinture de Vénus, les touchants adieux d'Hector ^ d'Andromaque , la douleur de Priam dont les larmes fléchissent le courroux d'AchlUe , les Prières personnifiées dont les pleurs adoucissent la vengeance du maître des dieux, et tant ditutres fictions admirables, ornées d'une éloquence divine ddnt nous ne pouvons plus apprécier qu'imparfaitem«nf lès charmes , .méritèrent à cet homme ' étonnant le beau tiïre de prince des- poéie^, qu'aucun génie antique ni moderne n'a pi^ jusqu'à présent Im djsg[)uter.

Homère devinjt aveiigjè et vécut pauvre. Tous lis siècles ^t répété ses ver^, et nous ontlaisié ignoz^er le lieu de sa

SEGONP AGE. 445

naissance. Plusieurs villes d'Europe et d'Asie se disputèrent ITionneur de lui avoir donné le jour.

Paros se vantait d'avoir vu naître Archiloqûe, inventeur des vers iambes. Ce poète était plein de force et de licence. .

Alcée honora Mitylène , sa patrie , par ses talents lyriques iipassiouné pour la liberté, il attaqua par de vives satires le tyran de tesbos. Quintilien trouvait quelque ressemblance entre «on style et celui d'Homère.

Sapho brillait dans le même, lieu et dans le même temps; Tamour fit son génie et causa ses malheurs. Nul poète ne sut mieux peindre la passion ; l'excès des siennes ternit sa gloire.

Thespis , contemporain de Solon , inventa la tragédie. Ses acteurs ambulants, et montés sur des tréteaux, intéressèrent par le récit des exploits héroïques, qu'interrompaient des chœurs chantants. Ce fut ainsi que, parcourant là Grèce , il répandit partout lès germes et le goût de ces fictions dramatiques qui devinrent la passion des Grecs, ijjjfluèçent sur leurs mœurs «t contribuèrent à leur gloire.

Simonide se distingua presque également par ses vers élégiaques et par sa philosophie. Hiéron lui demandait unç définition qui lui fît connaître l'essence de Dieu: Simonide prit un jpùr pour répondre ; ensuite deux, puis quatre , enfin un nombre infini pour prouver l'immensité du sujet proposé à sa méditation. S'étani embarqué avec des marchands, ils s'étonnaient de le voir partir sans ^agàgeç. Le vaisseau périt; Simonide leur dit: « Vous « êtes ruinés, et j.e n'ai rien perdu, car je porte tout avec « moi. »

Anacréon vivait dans la soixante-douzième olympiade; il était de Téos en lonie. Sa vie était consacrée au plaisir; la voluptl fut son but et son étude. Il chanta jusqu'à près jtlé* centans le vin, Vamour et les pletisirs. Ce poète aimable fut longjf mps KoiSlIment de la cour de Polycrate, à Samos, et de ceJlle d'Hippar^é, tvran d'Athènes. 9'a^âi^que 1^ poésie cna^t^tles merveilles dti (^el et

JmS HIffrOIRE DE LA GRÈCE.

de la térrè, la philosophie cherchait à en pénétrer les causes. Les philosophes grecs , parmi lesquels se distmguërent sept hommes décorés au beau titre de $age$, s'occupaient à tracer les prindpes d# la politique y les règles dé la morale et les éléments de la physique.

Thaïes^ chef de la secte ionique, regardait Téatt commo un principe universel dont nn Dieu suprême et intelligent s'était servi pour tout créer. Thaïes était un grand astro-^ nome et tm bon mathématicien pour Son siéde, puisqu'il fixa le cours de Tannée Solaire , prédit i'édipse de soleil qui arriva sous le règne d'Astyage, et trouva le moyen de mesurer la hauteur des pyramides par un calcul proportionnel entre leur ombre et celle de son corps. H remerciait leâ dieui de trois choses principalement! de l*avoif créé de nature humaine et non animale, dé l'avoir fait homme et non femme, Grec et non Barbare.

Sa mère Voulait qu'il se mariât : il répondit d'abord qu'il n'était pas temps^ et quelque temp^ après qu'il n^était plus temps. En examinant les astres , il tomba dans un puitfti une vieille femme le raillant de cette chute lui dit : « Com- « ment Vôule2-vous connaître ce qui est dans les eieux^ « vous qui ne voyez pas ce qui est à vos pieds? s

Le législateur d'Athènes, Solon ^ éttut au nombre des sept Sages. Ses réparties ingénieuses etprofoùdes furent presque aussi Célèbres que ses loiâ. Crésus, roi de l^die, voulut en vain TéWoiilr par Téclat de ses richesses et par ^ le tableau de son bonheur; Solon lui montra son mépris pour Topul.ence et seè doutes sur la durée de la félicité humaine. « On ne peut juger^ lui dit-il, du malheur ou du « bonheur d'un homme qu'à la un de sa vie. n

Crésus, vaincu, détrôné et près de mourir, se rfppela la maxime de Solon. Ce souvenir frappa Crésus, le désarm^^ etsauvales jours du roi captif. * ♦

Chilon de Lacédémone doutait également dutenbéur des mortels. Ésope lui demanda^ à4|uol Jupiter S'occupait, il répondit-: <t A abaisser ceus* qui s'élèvent et à

ssGoNB Ààs; m «

< âetrèr (C^eux qàl s^abaissent. » Sa prétendue sàqMfté ne lui avait pas appris à maîtriser &es passions, car il mourut .; de joie à Pîse en voyant le triomphe de son fils , qui avaU^remporté le prix du pugilat aux je,ux olympiques.

PîttaciTs<îé Mitylène, banni de Lesbos avec Alcée, chassa le tyran qui opprimait cette lie. Quelque temps après, la gtierre éclata énke Athènes et Mitylène. Pittacus, pour épargner le sang de ses concitoyens, défia en duel Phrynon, général des: Athéniens , et la tua. La reconnaissance des habitants de Lesbos lui décerna la couronne.

Alcéé , ennemi de totîtè tyrannie, l'attaqua et fut fait prisonnier. Pittacus lui rendit la liberté, régna dix ans avw^modéîration, et abdiqua* Il di^it qu'un bon gouvernement était ; non celui qu'on craignait, mais celui pour lequel on craignait.

Bias, consulté par les sages et; les législateurs de son temps^ eut la gloire de sauver la ville de Priène, sa patrie, dont il fit lever le siège au rbi dé Lydie.

Cléobule illustrait Hle de Jlbodes. L'histoire ne nous â point conservé ses ouvrages ; mais il suffît peut-être à sa, gloire de rappeler que ce fut chez lui que Solon chercha mi asile lorsqu'il s'exila d'Athènes.

Les mœurs de ce temps peuvent seules expliquer la futilité des q,uestions et des énigineis que les sages et les prittceé de la Orëee s'amusaient à proposer et à ré<f soudre.

Bias se troiuvait à un festin éhèz Përiandre, ce tyran de Corinthe que son habileté fit compter au nombre des sages, malgré son usurpation et ses injustices. Il arriva un courrier d'Amasis, roi d'Égypte> fcm demander à Bias comment ce prince répondrait au roi d'Éthique, qui lui avait dit : « Buvez toutes les eaux de la mer, et je vous « cédcrtii dix de mes villes, à condition que Vous m'en « abandonnerez un é^al nothbre, si vous ne pouvez y « parvenir. D^Bias lui conseilla d'accepter là pï;oposition, ' pourvu que le roi d'ÉthiOple arrètll la marelle de tous les

MB HISTOIEE J)£ LAéjBÀGE.

fleuves^ parce qu'il voulait bien boires la mer, mais^ non les rivièrps qui s'y jetaient.

Anacharsis, né dans le pays des Scythes, qu'Homère appelait /a nation juste, îiit ddopté, malgré son origine, par les sages. ïl avait composé un poëme sur Part militsâre, et une histoire des rois de Scythie. Un Athénien lui reprochait d'avoir vu le jour dans un pays barbare. « Si ma « patrie, répliqua le Scythe, me fait peu d'honneur^ vous, « vous en faites peu à la vôtre. » Il plaisantait Solon sur ses lois. « Elles ressembleront, disait-il, aux toiles d'arai- «. gnée?, qui arrêtent les petites mouches et laissent passer a les grosses. »

Crésus voulait le combler de présents ; il lesxefusa, disant qu'il ne voyageait p^is pour .augihenter sa fortune, mais pour enrichir son esprit.

Le Phrygien Ésope fut le père de la fable : il était esclave. La servitude devait inventer l'apologue, ayant besoin de voiler la vérité pour la faire écouter par la puissance.

Ilétait si laid qu'on ne piouvait trouver à le vendre. Xanthus l'acheta : un philosophe $eul pouvait faire une pareille acquisition et en sentir le prix. Son maître lui dit lin jour de prendre au marché tout «e qu'il trouverait de meilleur pour sa table. Tout le dîner fut composé de langues apprêtées de différentes manières. Xautiius paraissant surpris, Ésope lui dit : a La langue e^ttout ce que je a connais de meilleur : c'est le lien de la vie civUe, la clef « des sciences, l'organe de la vérité ; par elle on s'in- « struit, on gouverne les hommes et on loue les dieux. » Lé lendemain Xauthùs lui commanda d'acheter ce q.u'il trouverait de plus mauvais. Le dîner fut encore le même. La surprise du maître redoubla. « De quoi vous étonnez- « vous? dit le Phrygien. La langue est ce qu'il y a de pire « au monde : c'est la mère de& disputes, la nourrice des 4t procès, la source des guerres, l'organe dm, mensonge, « de la calomnie et du blasphème. x>

SEGOm) AGE. 449

Devenu libre, U parut à la cour de Crésus; sa figure lui attira d'abord des méi^is^; mais il fit bientôt comprendre qu'on devait considérer, non la forme du^ase, mais la liqueur qu'il contenait.

Plusieurs princes le chargèrent de leurs affaires. Il vint à Athènes pendant la tyrannie de P^itrate. Les Athéniens étaient agités ; il les eidiorta à la résignation, en leur racontant la fable des grenouilles, qui demandèrent un roî à Jupiter. Crésus Tavait chargé de porter de Targent à Delphes, mais il le lui renvoya, parce qu'il trouvait ce peuple turbulent et corrompu, indigne d'un tel présent. Les habitants furieux le précipitèrent du haut d'un rocher. Les âieux parurent venger sa mort en répandant sur la contrée les fiéaux de la peste et de la famine.

Ces sages, qui portaient partoiit la lumière, se réunissaient quelquefois pour s'éclairer réciproquement. On nous >. conservé le souvenir de ce banquet fameux qui eut lieu chez Périandre, où les sept «âges étaient rassemblés. La question principale qu'ils agitèrent fut celle-ci : « Quel a est le gouvernement le plus parfait? » Solon répondit : « Celui où l'injure faite à un particulier intéresse tous les « citoyens, p Bias : a Celui où ta loi tienflieu de roi. » Thaïes : « Celui où les habitants ne sont ni trop riches ni « trop pauvres. » Anachar^is : « Celui où la vertu est en « honneur et le vice flétri. » Pittacua: a Celui où les « emplois sont donnés aux gens de bien et jamais aux a méchauts. » Cléobule : « Celui où Içs citoyens crai- « gnent plus le blâme que la loi. » Chilon : a Celui où Ta « loi est plus écoutée que les orateurs. » Périandre : « Celui où l'autorité est entre les mains d*un petit nombre « d'hommes vertueux. »

Nous avons suivi l'enfance et l'éducation de la Grèce dans ses deux premiers âges; le troisième va nous la montrer dan» sa force, développant tousses moyens, tout son courage, tous ses talents, et remplissant l'Europe^ l'Asie, l'Afrique du bruitde sa gloire.

iSO HISTOIRE bË a CRÉCE. [*▼• '•-«. 511-484.]

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