GOUVERNEMENT DE L^ÉGYPTE SOUS LES ROIS DE PERSE
Tjraiiuîe de Cambyse. — Mori du bœuf Apis. — Retour de Cambyse dans ses États. — Sa chute et sa blessure mortelle. — R'ègne d'Idarus. — Victoire et défaite de ce roi. — Son supplice. — Ses successeurs.— Règne^e Nêctanébus, dernier roi égyp-
.. tien. — Sa défaite et sa fuite. — Darius Ochus est maître de l'Egypte. — Sa tyrannie. — ' Cruauté de son fa^t^ri Bagoas. -r- Sa morte — Règne de Darius Codoman. — L'Egypte soumise à Alexandre.
Après avoir vaincu Psammenits et soumis toute FJÉ- ^ypte, poussé par un désir immodéré de conquêtes, aveuglé par l'orgueil qui lui faisait; braver toutes les difficultés opposées par la nature et par le climat à ses projets, Cambyse envoya cinquante mille hommes de son armée dans les déserts au delà des pyramides, dans la seule intention de détruire le temple de Jupiter Ammon. Ce temple était situé dans une de ces petites parties de terre qu'on appelle oasis, qui sont fertiles et cultivées, et paraissent comme des espèces d'Iles vertes, fraîches et fleuries, au miUeu des mers de sables brûlants et arides de ces contrées désertes. Ces cinquante mille hommes périrent et furent tous engloutis dans le sable soulevé par un tourbillon de vent.
Ce désastre horrible n'ouvrit pas les yeux à Cambyse. Il avait envoyé des ambassadeurs au roi d'Ethiopie, qui lui portaient de riches présents et l'invitation de reconnaître l'autorité des rois de Perse. Le fier monarque ré- . pondit, en bandant un arc d'une immense grandeur, qu'il se soumettrait lorsqu'il trouverait un Persan assez fort pour tendre cet arc. Irrité de cette réponse, Cambyse entra avec son armée dans les déserts qui séparent l'É-
[516^23 av, J.-C] SOUS LES ROIS DE PERSE. ^5
gypte de l'Ethiopie. Brûlés par le soleil, accablés par la soif et la faim, les Perses furent bientôt obligés de manger leurs chevaux et leurs chameaux, et enfin s'entretuèrent pour se procurer une épouvantable nourriture. Terrassé sans combattre et vaincu par là nature, le roi se vit forcé de revenir en Egypte, ayant perdu plus de trois ' cent mille hommes dans cette folle entreprise. Arrivé i Sais, il exerça une inutile et cruelle vengeance sur le cadavre d'Amasis, et dépouilla le tombeau d'Ôsymandias du cercle d'or qui Tenvironnait.
Lcffsqull revint à Memphis, il trouva toute la ville en fêtes: on y célébrait celle d'Apis. Cambyse, croyant qu'on insultait par la joie publique à ses revers , fit d'abord périr plusieurs grands personnages et plusieurs prêtres; mais, ayant enfin appris le véritable sujet de cette fête, il eut la curiosité de voir le dieu Apis et se le fit amener. Lorsque le taureau sacré fut devant lui, il se moqua de la superstition des Égyptiens, et perça lui-même avec son glaive la cuisse de cette étrange divinité, qui, peu de temps après, mourut de sa blessure.
Ce prince aurait dû connaître assez la force de rattachement de ces peuples à leur religion, pour ne pas s'attirer leur haine lipplacable en l'outrageant. Leur superstition avait été utile à ses succéa; car, lorsqu'il avait mis le siège devant Péluse, clef de ï'Égypte, qui aurait pu l'arrêter longtemps, il fit précéder ses troupes de chats, de chiens, de brebis et d'autres animaux révérés par les habitants de cette Ville ; on ne lui opposa dès lors aucune résistance, aimant mieux c^der au vainqueur que combattre des dieux.
Cambyse, emportant les dépouilles de l'Egypte, revint dans ses États, soulevés par un imposteur qui avait pris le nom de son frère Smerdis, massacré précédemment par ses ordres. Comme le roi se préparaît à le combattre, ayant fait une chute de cheval, il se blessa avec sa propre épéc et mourut. Les Égyptiens remai^uèreilt que le
46 HisTonui ï>^Èettvn [av. i.-c. SM-siB.]
^Isdv^ l'avait frappé à la misse dan» le même endroit où ir avait blessé le dieu Apis, et cet événement fortifia leur superstition. ^
Les Égyptiens, opprimés, cherchèrent constamment à secouer le joug des Perses. Darius !•» ftit obligé de marcher contre eux.
Une nouvelle révolte attira en Egypte les armes de Xerxès. Toujours vaincus et Jamais subjugués, Us donnèrent la couronne à Inarus, roi de Libye, qui fût secouru par les Athéniens. Ce prince se soutiïit quelque temps sur le trône.
Artaxerce régnait tfors en Perse. Dééidé à détrôner Inarus, sans lui laisser le temps de s^ajflfermir, il fit marcher contre lui une armée de trois cent mille hommes, sous le commandement d*Achémémde, son frère.
La flotte athénienne battit celle des Perses, et Charitimes, général des Athéniens, s'étant joint à Inarus et aux Égyptiens, ils livrèrent bataille à Achéménide et le défirent si coïnplétenlent, que ce général et cent mille de ses soldats y perdirent la vie; le reste de sauva à Memphis. Artaxerce irrité leva une nouveHe armée ; elle entra en Egypte sous les ordres de Mégabyse , qui donna une grande bataille et mit en fuite Inarus et les Athéniens.
Le malheureux Inarus, poursuivi jusqu'à Bîblos, y fut pris. Mégabyse lui avait promis la vie; mais Artaxerce, cédant à la passion de sa mère qui voulait venger Achéménide, fit crucifier ce prince infortuné. An du M. 3558. Av. J.-G. 446. Ce. manque de foi fut dans la suite la cause de tous les malheurs d'Artaxerce.
Cependant Amyrtacus, un des grands qui combattcdent . sous Inarus, avait échappé à la vengeance des Perses. Il ranima le courage des Égyptiens, et conserva Tindépendance d'une partie de ces contrées..
Sept princes y régnèrent après lui, toujours attaqués par Iqs Perses et secourus par les Grecs, qui acquirent alors une grande prépondérance en Egypte, et se firent payer Chèrement leur assistance.
[616-593 av. I.-C] SOUS LES ROIS PB PERSE. 47
Artaxerce Mnémon rasseitabla de grandes forces pour renverser du trône d'Egypte Tun de ces princes, nommé Accoris, qui l'occupait à cette époque. Il négocia en même temps avec les Athéniens, et les détermina à né point donner de secours aux Égyptiens.
PhaCmabaze fut chargé de la conduite de cette guerre. Lee préparatifs s^ firent avec tant de lenteur, que deux annéesr s'éeoolèrent avant qu^on entrât en campagne.
Pendant ce temps Accoris mourut. Psammuthis, son successeur, ne régna qu'un an. ^éphrérlte le remplaça et ne gouverna que quatre mois. Eiân Nectànébus monta sur le trône, et i^na dix à douze ans. An du M. 3630. Av. J.-G. 374.
Vingt nulle Grées, sous la conduite dlphicrate, et deux eent nulle Perses, commandés par Phamabaze, s'emparèrent d'une forteresse près d'une des embouchures du Nil, dite Mendésienne. Ce fort était probablement aux lieux où Ton voit aujourd'hui Damiette ou Rosette.
Iphicrate voulait qu'on marchât sur-le-champ à Mempliis. Pharnabaze, jaloux de l'Athénîeh, temporisa; ce délai donna le temps aux Égyptiens de se reconnaître. Ils rassemblèrent leurs forces, et harcelèrent tellement l'armée des Perses, qu'ils l'empêchèrent de s'avancer. L'inondation du Nil survint, et Phamabaze se vit forcé d\ retourner en Miénicie, après avoir perdu une grande partie de soaarmée.
Nectfinébus, délivré de ses ennemis, régna paisiblement, et transmit le sceptre à Tachos, qui, se voyant menacé d'une nouvelle invasion des Perses, leva des troupes et implora le secours des Lacédémoniens.
Agésîlas, roi de Sparte, âgé de quatre-vingts ans, commanda lui-même les troupes qui vinrent en Egypte. La simplicité dfe ce grand homme, la petitesse de sa taille, la grossièreté de ses vêtements le firent mépriser par les Égyptiens. Tachos lui marqua peu d'égards, ne profita point de ses conseils, et ne voulut suivre que les avis de
48 HISTOIRE d'Egypte [/iv. i.-g. 5ï6-3S3.]
TAthénien ChîArias, qui était venu le joindre volontairement. A gésilas voulait qu'onse bornât à défendre TÉgypte. Tachos, n'écoutant point la prudence, marcha avec ses troupes en Phénicie : pendant son absence, les Égyptiens se révoltèrent, et, appuyés par Agésilas, ils placèrent sur le trône un parent du roi, nommé Nectanébus.
Tachos, ne pouvant rentrer en Egypte, se retira à la cour d'Artaxerce; qui lui donna le commandement de ses troupes contré les rebelles. Le nouveau roi Nectanébus fut troublé dans son règne par une autre révolte qu'excitait un prince de la ville de Mendès : mais, avec le secours d' Agésilas, il vainquit son antagoniste et le fit prisonnier. An du M. 3643. Av. J.-G. 361 .
Darius Ochus, monté sur le trône de Perse après Artaxerce, ne voulut plus confier à des généraux le soin de la guerre d'Egypte, et se mit lui-même à la tête d'une forte armée pour combattre Nectanébus et le chasser du ti'ône. Un corps de troupes grecques servait sous ses or* dres.
Il marcha d'abord contre Péluse, que défendaient cinq mille Spartiates commandés par GUnias. Dès le premier combat, Clinias fut tué et sa troupe taillée en pièces. Nectanébus, craignant que l'ennemi ne profitât de cette victoire et ne marchât droit à Memphis, se retira précipitamment dans cette capitale pour la défendre, abandonnant . ainsi la garde de tous les passages qui auraient pu arrêter longtemps le vainqueur.
La marche d'Ochus fut rapide ; il exterminait tous ceux qui se défendaient, et promettait la vie et la liberté à tout ce qui se soumettait. Cette politique, répandant à la fois la terreur et Tespoir, fit abandonner toute idée de résistance. Les villes ouvrirent leurs portes ; les troupes se débandèrent ; la défection devint générale, et Nectanébus, désespérant de pouvoir se défendre, se sauva avec ses trésors en Ethiopie, d'où il ne revint jamais.
Ce prince fut le dernier roi de la ràcc égyptienne, et
[526-323 av. J.-C.] SOUS LES ROIS D£ FBRSE. 49
depuis, ce royaume a toujours été sous la domiuatiou étrangère, comiae Ézéchiel Tavait prédit. An du M. 3654. Av. J.-C. 350.
Ochus, devenu maître de TÉgypte, voulut y détruire tout esprit et tout moyen de révolte. U fit démanteler les places fortes^ dispersa et massacra les prêtres, pilla les temples, changea la forme du gouvernement, les lois, et fit enlever les archives, antique dépôt où Ton gardait les registres des princes et les livres sacrés. Il inonda TÉgypte de sang et la réduisit en province.
Le peuple égyptien^ se moquant de Temhonpoint du roi et de sa paresse, lui avait donné le nom de Tanimal le plus stupide. Outré de cet afiront, il dit qu'il prouverait qu'il n^était point un âne, mais un lion, et que ce Uon mangerait. leur hœuf. Dans sa colère, il tira le dieu Apis de son temple, le fit sacrifier à un âne, et le donna à manger aux officiers de sa maison.
L'eunuque Bagoas, Tun des grands officiers et des principaux ministres de Darius Ochus, était égyptien. Il vit avec désespoir les malheurs de son pays, son humiliation et Toutrage fait à son culte. Dès lors il jura de venger sa patrie et sa religion, et, par la suite, satisfit sa passion avec autant de fanatisme que de barbarie.
De retour en Perse, Ochus se livra à la mollesse, abandonnant les rênes du gouvernement à ses ministres et à son favori Bagoas. Cet eunuque perfide Tempoisonna ; et, ne bornât même point là sa vengeance, il fit enterrer un autre niort à la place du roi, prit le corps de ce prince, et, pour venger Apis, le fit hacher par petits morceaux et manger par des chats. Il fit faire ensuite, avec ses os, des manches de couteau et de glaive, poiu: rappeler la cruauté de ce monarque. Usant en même temps du pouvoir qui lui avait été confié, il renvoya secrètement en Egypte les idoles des dieux et tout ce qu'il put retrouver des archives et des ornements des temples.
Ce traître immola à sa fureur toute la famille d'Ochus,
60 HisïOftiE d'Egypte. [Av. j.-c« ssa^a».]
et périt enfin sous les coups (Je Darius Codoman, le seul rejeton de la race royale qui eût échappéà son poignard.
Darius Codoman, estimé par sa bravoure et par ses vertus, fut le »plus malheureux des rois de Perse, puisqu'il vit son tcône renversé et sa patrie conquise par Alexandre le Or and. On peut croire que, pendant ce^ événements-, les Égyptiens avaient encore tenté de recouvrer leur liberté; car Thistoire rapporte qu*Amyntha&, déserteur de Tarmée d'Alexandre, et qui commandait huit mille Grecs entrés au service de Darius , supposa avoir reçu un ordre dû roi de Perse pour gouverner PÉgypte. Dans cette confiance, Péluse lui ouvrit ses portes. Levant ensuite le masque, il déclara ses prétentions à Içi couronne, et annonça qu'il voulait chasser les étrangers d'Egypte. Les Égyptiens, le regardant comme un libérateur, accoururent en foule près de lui. Il marcha vers Memphis et gagna une grande bataille ; mais, ses troupes 8*étant ensuite dispersées pour piller, il fut surpris et tué.
Cet échee rendit les Perses encore plus odieux aux Égyptiens, qui volèrent au-devant d'Alexandre, lorsqu'il entra en Egypte pour soumettre cette contrée à son empire.
Ce conquérant voulut se rendre au temple de Jupiter Ammon ; il cherchait à fortifier son autorité sur la terre, en lui trouvant une origine dans le ciel. Les prêtres d'Ammon, gagnés par ses largesses, déclarèrent qu'il était fils de ce dieu.
Alexandre, plus habile que ^es prédécesseurs, rendit aux Égyptiens leurs anciennes lois, leurs anciennes coutumes et la liberté de leur culte. Voulant s'assurer leur soumission par leur amour, il confia radrainistration civile du royaume à un Égyptien nommé Dolopas. Mais, en même temps qu'il se conciliait ainsi les cœurs par sa bonté, il donna sagement la conduite des troupes à des officiers macédoniens que conunaudait Gléomène ; et, afin
[HS-90 av. !.-€.} LAGIMS. 51
gue ce général ne pût point profiter de son autorité pour 86 rendre indépendant, il partagea le pays en départements, dans cliacun desquels il établit un lieutenant qui ne recevait d^ordres que dé lui-piêma.
L'événement justifia sa prévoyance. Cléomène , dès çu'Alexandre fut parti, abusa de son pouvoir, commit de« injustices et des exaetions, et «erait peut-être parvenu à la tyrannie, si les autres lieutenants ne s'étaient opposés à ses desseins.
Alexandre bètit la ville d'Alexandrie sur les bords de la Méditerranée : cette ville devint la capitale de TÉgypte, la dépôt des sciences, et le centre du commerce du monde.
Alexandre mourut peu de temps après à Babylone. L'empire immense qu*il avait fondé ne lui survécut pas, et ses compagnons d'armes en partagèrent les débris.
Ptolémée^ fils de Lagus, eut en partagé l'Egypte et toutes les conquêtes des Macédoniens eii Afrique.