PTOLÉMÉE-LAGUS OU SOTER
(An du monde 3691. -^ Avant Jésus-Christ 323. )
Ptolémée était gouverneur d'Egypte au moment où Alexandre mourut; on le croyait frère de ce conquérant. Arsinoe, sa mère, concubine de Philippe^ roi de Macédoine, était enceinte lorsque ce monarque la donna en mariage à Lagus^ un des grands de la cour de Macédoine. Lagus fit exposer Tenfant qu'elle mit au- monde; mais un aigle en eut soin, et le nourrit du sang des animaux qu'il avait pris à la chasse. Ce prodige toucha Lagus, qui reprit cet enfant et le reconnut.
Ce qui est certain, c'est qu'Alexandre l'aima comme un frère. Il l'éleva aux premiers grades militaires, le combla de faveurs, et lui confia le gouvernement important de FEgypte. Aimé par les troupes et par le peuple, il s'empara facilement du trône, et s'y maintint glorieusement. Les historiens s'accordent pour donner à ce prince un éloge bien rare, en disant qu'il n'entreprit ja mais une guerre sans nécessité, et qu'il la termina toujours avec succès.
Les rois égyptiens avaient élevé des monuments somptueux ;• Ptolémée n^en fit que d'utiles ; il avança le canal
[323-30 av. J.-G.] LAGIDËS. 53
qui joignait le Nil à la mer Rouge ; il agrandit et embellit tellement Alexandrie, il y attira tant de population et de riehesses,.^u'on l'appela la ville des villes et la reine de l'Orient»
Ce fut lui qui fit construire le phare ; c'était une tour de marbre blanc, sur laquelle on allumait des feux pour guider les marins dans l'obscurité de la nuit. Le roi avait oi'donné de graver sur la tour cette inscription : « Le roi « Ptolémée aux dieux sauveurs, pour le bien de ceux qui a vont sur mer. » Mais l'architecte, voulant perpétuer son nom, n'appliqua ces mots que sur un enduit, et lorsque cet enduit tomba, on n'y vit plus que ces paroles : « Sos- « trate le Cnidien aux dieux sauveurs, pour le bien de a ceux qui vont sur mer. » Ptolémée forma la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Il y rassembla quatre cent mille volumes, qu'il confia à l'inspection de plusieiu:s savants nourris aux dépens du gouvernement et logés dans un magnifique palais, où les amis des lettres de tous les pays trouvaient, dans tous les temps, société, amusement et instruction.
Cette bibliothèque, qu'on appelait la mère, avait une succursale qui contenait trois cent mille volumes, et qu'on appelait la fille, La première périt par accident, et la seconde, selon l'opinion la plus commune, par le fanatisme des mahométans.
Ptolémée institua aussi un ordre«ailitaire en l'honneur d'Alexandre. Ainsi, on peut le regarder comme le premier fondateur dés sociétés de savants et des ordres mi- Utaires.
Ce prince défendit son trône contre Perdiccas, qui prétendait à la succession d'Alexandre, et le défit dans une grande bataille où Perdiccas fut tué.
Un autre général macédonien, Démétrius-Poliqrcètes, voulait ravir la liberté aux Rhodiens. Ptolémée les g arantit de ses fureufô ; et les habitants de Rhodes l'en récompensèrent en lui donnant le titre de Soter ou Sauveur j
84 HISTOIRE D-ÉGYPTE. [Af. J,*C. BIS-SO.]
que ses sujets et la postérité liii (îonsérvèreilt. Il se faisait craiudrepar sa vaillancii, respecter par son habileté, adorer par sa bonté. Les gens du peuple l'abordaient facilement : « Ce sont mes amis, disait-il; ils m'apprennent les « vérités que mes courtisans me cachent. »
Pendant son rèpjne, qui dura quarante ans, PÉgypte changea totalement de face. La religion reprit sa dignité ; les lois retrouvèrent leur force ; l'armée fut soumise à la discipline ; le peuple jouit de la paix et de la liberté ; les canaux, débarrassés des débris qui les obstruaient, fertilisèrent les campagnes ; les villes sortirent de leurs ruines, et réiégance grecque orna la solidité de Tarchitecture égyptienne.
Ptolémée ouvrit de nouveaux ports sur la mer Rouge ; U rendit plus sûrs et plus commodes ceux de la Méditerranée ; enfin, en terminant sa carrière, il laissa tranquille et florissant ce royaume qu'avaient dévasté tour à tour la tyrannie, la guerre et une longue anarchie.
Avant de mourir, Ptolémée-Soter associa au trône son second fils, nommé Ptolémée-Philadelphe. Les vices de Céraunus, qui était l'aîné, lui avaient fait perdre ïa bienveillance de son père. Céraunus se réfugia en Macédoine, auprès du roi Séleucus, son beau-frère. 11 en fut accueilli, et il l'assassina. Après ce meurtre, voulant s'efnparer du trône, il épousa la reine Arsinoé sa sœur, et le jour même du mariage, il égorgea ses enfants entre ses bras. Le peuple indigné se souleva et tua le meurtrier. An du M. 3720. Av, J.'C, 28 i.
Arsinoè, d+n-onue veuve pour la seconde fois, Vint retrouver on l^^i^ypte son frère Philadelphè, l'épousa, etconsuiTa^ toujours im empire absolu sur son esprit.
Phîktlelplu^ imitant lasagessc de son père, modéra les impôtg, se montra économe sans avarice, généreux sans prodigalité. Toujours armé pour se défendre et non pour attaquer, il fut respecté par les étrangers, dont il était le conciliateur et l'arbitre. Il étendit la navigation et fit fleu-
[iSa«8è ar. i.-C.] LAGIBBS. 55
rir le commerce. Tandis que les vices et la tyraniiîe des autres successeurs d'Alexandre remplissaient l'Europe et l'Asie de guerres, de massacres et de désordres, la doueeur dn règne de Ptolémée attirait dé toutes parts en Egypte les étrangers, qui venaient y chercher la paix et* la liberté.
Philadelphe augmenta la bibliothèque d'Alexandrie; il rendit la liberté aux Juife qui habitaient cette capitale; il envoya de riches présents à Jérusalem, et obtint du grand prêtre Êléazar un exemplaire des Hvres de Moïse. C^est à ce monarque que nous devons la Bible traduite par les Septante. D'illustres savants vinrent visiter ce protecteur des lettres. Aratus, Aristophane le grammairien, Tliéocrite^ Lycophron, commentateur célèbre, le grammairien Aristarque, l'historien Manéthon, les mathématiciens Conçu et Hipparque, Zénodote, fameux par ses notes sur Homère, brillèrent à sa cour. Sotade, poète obscène, le satirique Zbïle, furent mal reçus de lui : ils moururent à Alexandrie dans la misère et dans le mépris. La prudence de Philadelphe l'engagea à ménager, mais sans faiblesse, lapuissance romaine. Neutre entre les Romains et les Carthaginois, il répondit auxpremiers, qui lui demandaîentdcs secours : «Je ne puis assister un ami contre un ami, »
On vit alors paraître à Alexandrie la première ambassade romaine : Qûintus Fabius, Quintus Ogulinus, et Cnéius Fabius Pictor, chargés de cette mission, se firent respecteîr par leur désintéressement. A la fin d'un festin, le roi leur fit distribuer des couronnes d'or : le lendemain, on trouva ces couronnes posées sur les statues du monarque , dans les places J)ubllques. Ptolémée exigea qu'ils les reprissent ; mais, en arrivant à Rome, ils les déposèrent dans le trésor.
Ce fut Philadelphe qui termina le canal de Suez, déjà presque achevé par son père, et qui transportait parle Nil, au port d'Alexandrie, les productions de l'Arabie, de rinde, de la Perse et do l'Ethiopie.
56 HISTOIRE b'ÉGYPTE. t^V. J.-C, 323-30.]
Ce roi d'Egypte entoetint des flottes <;onsidérables dans la Méditerranée et sui: la mer Ronge. Qaoiqu'ilne fît point la gnerre, il avait tonjours sur pied une armée de deux cent mille hommes d'infanterie, quarante mille chevaux, trois cents éléphants, deux mille chariots de guerre, un arsenal bien garni et un trésor considérable.
Les bonnes quaUtés de Ptolémée furent ternies par des faiblesses et par un crime. Craignant l'ambition de ses frères, il en fît périr un; l'autre se sauva et s'empara de la Libye et de la Cyrénaïquc, où il régna. Ainsi ce fût par ironie que les Égyptiens lui donnèrent le nom de Philculelphe (ami de ses frères). On retrouve sous les rois grecs plusiem's traces des anciennes mœurs égyptiennes; et le peuple, en donnant des surnoms à ses naonarques, désignait leurs vices ou leurs vertus, et rappelait ainsi l'usage antique qui autorisait la nation à juger ses rois. On voit aiissi que les Lagides adoptèrent tous la coutume qui autorisait les mariages des frères avec les sœurs.
Philadelphe adorait Arsinoé, sa sœur et son épouse. Lorsqu'il la perdit, il voulut suspendre son cercueil, par la force de l'aimant, à la voûte d'un temple ; mais sa mort prévint l'exécution de ce projet.
La fin de sa vie fut trop adonnée à la mollesse et aux plaisirs. Sa vieillesse fut précoce, et sa douceiu* le rendit plus célèbre que ses vertus.
PTOLÉMÉE-ÉYERGÈTE.
* (An du monde 3758. — Avant Jésus>Chrisl 246 . )
Ce prince, en succédant à son père, se vit obligé de porter ses armes en Syrie. Antiochus Théos, roi de ce pays, ayant répudié Laodice'sa femn^e, avait épousé Bérénice, fille de Philadelphe et sœur d'Évergète. Après la mort de son beau-père, Antiochus, délivré de toute crsunte et séduit par les artifices de sa première femme, se sépara de Bérénice, et reprit Laodicc. Cette reine ambitieuse, comptant peu sur le cœur d'un époux qui l'avait déjà abandon-
(«MO ay. J.-CO LAGTDBS. 57
née, l'empoisonna et plaça Sélencus, son fils aîné, sur le trône. Bérénice, échappée à son poignard, s'était sauvée avec son fils dans la ville de Daphné, d'où elle avait écrit à son frère pour implorer sa protection et son secours. Le. jeune roi d'Egypte marcha précipitamment en Syrie, à la tête d'une forte armée, pour défendre sa sœur; mais il arriva trop tard : Bérénice, assiégée et livrée par des traîtres à son implacable ennemie, venait d'être égorgée avec son fils. Ptolémée furieux combattit l'armée syrienne, la défit complètement, s'empara de tous les États que gouvernait Laodice, et livra la tête de cette femme cruelle au fer des bourreaux.
Conquérant de la Syrie, de la Pliénicie, maître de Babylone, il s'attira l'amour des Égyptiens en leur renvoyant et en faisant replacer dans leurs temples des idoles que Cambyse leur avait enlevées. Cet acte religieux le fitsurnomnver Évergètè.on bienfaiteur. Une ancienne inscription a fait croire aux historiens que depuis il porta ses armes avec succès dans plusieurs autres contrées. Cette inscription le nommait souverain de Libye, de Phénicie, de Chypre, et y ajoutait même la Gilicie, la Tlirace, la Mésopotamie, la Perse, la Médie, TlUyrie, la Carie etlesCyclades.
Pendant son expédition en Syrie, sa femme, nommée aussi Bénérîce, avait promis aux dieux^ sll triomphait, de leur consacrer sa chevelure, qui était d'une grande beauté. Ptolémée revint victorieux; Bérénice se fit couper les cheveux etles déposa sur l'autel de Vénus, dans le temple que Philadelpbe avait bâti en l'honneur d'Arsinoé. Peu de temps après, on s'aperçut de la disparition de ces cheveux. Irrité contre les prêtres qui devaient les conserver, le roi allait ordonner leur supplice. Dans cet instant, Conon, habile astronome, se présente et lui dit : a Seigneur, levez les yeux ; voyez dans le ciel ces sept étoiles qui sont à la queue du dragon; c'est la chevelure de Bérénice que les dieux ont enlevée, et qu'ils ont placée dans les cieux
5g . HISTOIKE D'ÉCfTPTE. [ÂT« J,^G« 8|9-|1»*]
aomme une opnsteltetipa favorable. » I^p roi trompé par cette ingénieuse flatterie, ou feignant det'ètre, ne montra plus de courrçux, et ordonna de rendre des hommages solennels à la nouvelle constellation. Callimaque Fa eélébrée dans un hymne que Catulle a traduit.
En revenant de Syrîe^ Ptoléméé assista, dans le temple de Jérusalem, aux pérémonies des Juifs, et offrit un sacrifice au Dieu d'Israël.
Il fut encore obligé de porter ses armes contre tes Syriens. Séleucus avait profité de sou absenœ pour reprendre une partie dQ ses États. Le roi d'Egypte «ut d'abord des succès sur mer et sur terre ; mai^ comme il apprit^ après ses victoires, qii'Antioçhus rassemblait des forces, considérables pour secourir son frère, il sacrifia son ambition au repos de ses peuples, at conclut avec Séleucus une trêve de dix ans* De retour dans ses. Étatg, il pe fit plus' qu'une expédition militaire pour s'assurer de la soumission de l'Ethiopie et des habitants des côtes de la m^r Rouge. . ^
Ce prince <îonsa(îr^, le reste de son règne à de grands travaux pour faire fleurir ragricultnre et le commerce ; il se livra particulièrement à l'étude des sciences et des lettres. Il ayait fait composer une histoire des rois de Thèbes par Érastosthéne , son biliothécàire^ ainsi que plusieurs autres ouvrages qui ne sont pas venus jusqu'à nous.
Tandis que l'Egypte jouissait d'une paix prpfonde, l'Asie était troublée par la guerre cruelle que se faisaient Antiochus et Séleucus. Le premier, vaincu par son frère> vint chercher un asile à la cour de Ptoléniée; mais le roi d'Egypte, loin de vouloir le protéger, le retint en prison, pendant plusieurs années Ce prince, parvenu enfin, par l'adresse d'une courtisane, à briser ses ferjs, s'éithappai e| fut tué par des voleurs sur les frontières de l'Egypte. .
Dans ce même temps, Sparte, après avoir tenté un dernier effort sous la conduite du brave Cléomène , son roi |
pour recouvrer sa gloire et sa liberté^ fut conquise par Antigone. Ce prince, en lui accordant la paix, voulut s'arroger ^ gloire d'être son libérateur ; mais il anéantit ses lois. Enis taisaient toute la force de Lacédémone ; et, dès qu'elle les eut perdues, elle cessa bientôt d'exister.
Cléomène, battu sans être découragé, s'était réfugié à Alexandrie. Ptolémée l'accueillit d'abord froidement; mais dés qu'il eut co|iuu retendue de son esprit et la fermeté de sa vertuj il lui accorda son amitié, et résolut de l'aider à relever sa patrie. La mort l'empêcha d'exécuter ce généreux dessein. Il termina sa carrière agrès avoir régné vingt-cinq ans. On soupçonna son fils d'avoir attenté à ses joursj et les Égyptiens, toujours gravement satiriques, lui donnèrent le surnom de philopalor.
Ptolémée-Évergète fut le dernier des Lagides qui montra des vertus. Son règne , ainsi que ceux de son père et de son aieul, furent Tage d'or de l'Iîlgypte.
Ce beau pays, fertile, peuplé, redoutable, par ses richesses et par la vaillance de ses troupes, était devenu l'asile des lettres, des sciences et des arts, et le centre du commerce de l'Afrique, de l'Asie et de l'Europe; mais les successeurs de Ptplémée-Évergète , par la férocité de leur caractère , par l'ineptie de leur administration et par la corruption de leurs mœurs, amenèrent promptement la décadence et la ruine de ce grand empire , qui se fondit dans la monarchie romaine, comme les fleuves de la terre perdent à la fin leur cours j leur nom et leur existence dans les eaux du vaste océan.
PTOLÉMÉE-PHÏLOPÀTOR.
( Au du monde 3783.— Avant Jésus-Christ 22j. )
Ptolémée-Philopator recrut aussi de ses sujets le nom de Tryphon, c'est-à-dire Vefféimné^ nom que méritaient sa mollesse et ses débauchesi Antiochjis , roi de ^yrie > connaissant l'indolence du nouveau- souverain et la haii^e qu'il inspirait aux Égyptiens, crut le mpipent favorable
ponr reeanqnérir la Phénide et la Palestiiie. L'un des généraux de Fhilopator, nommé Théodote , ne pooYant sup- [lorter le joug de ce monarque aussi cmel que Tueux, quitta w)n service et commanda l'année syrienn^Pendant le» deux premuTes campagnes, les armes d'Antioehm furent heureuses. II s'empara de Séleucie, de Damas, de Bamarie, de Sidon, et^ s'approchant de PéRise, il conçut Tespoir de conquérir l'Egypte; mais les inondations du Nil Tobligèrent de renoncer à cette entreprise.
Au bruit des victoires de ses ennemis, Ptolémée sortit enfin de sa moHesse. 11 se mit à la tête d'une armée de soixante -dix mille hommes d'infanterie, de yingt mille chevaux et de cent vingt éléphants, n marcha en Palestine contre Antiochus; les deux armées se rencontrèrent à Raphia, La nuit qui précéda le combat , Théodote eut la témérité de pénétrer seul dans le camp égyptien et d'arriver jusqu'à la tente du roi. Il n'y trouva pas ce prince , mais il tua son médecin et deux officiers. Le lendemain, les deux armées se livrèrent bataille. Antiochus, qui avait d'abord enfoncé l'aile droite de Ptolémée, ne put secourir & temps son centre enfoncé et battu. Sa défaite fut complète ; il perdit dix mille hommes, et se vit obhgé de se retirer à Ptolémaïde.
Ce triomphe ne donna point de gloire à Ptolémée : on attribua avec raison ses succès à la reine Arsinoé, sa femme et sa sœur, qui haranguait elle-même les soldats, et combattait à leur tète. Elle était secondée par Nicolas, Étolien, gént'Tal habile, qui avait su longtemps arrêter les progrès d'Antioclius par son courage et par ses manœuvres.
Après la victoire de Raphia, Ptolémée vint à Jérusalem. Il y offrit des sacrifices, et voulut, au mépris de la loi de Moïse, entrer dans le Saint des saints. La résistance des prêtres et les prières du peuple np pouvaient réprimer sa curiosité ; mais au moment où il s'approchait du sanctuaire, une terreur panique le saisit, et il prit la fuite sans avoir exécuté son entreprise.
[StMO av. i.^] LAGIDES. 61
Dé retour à Alexandrie, il voulut 1^ venger dé cet affront; il ordonna à tous les Juif3 d'Egypte d'adorer les dieux , soiM peine d*être marqués ayec un fer chaud qui imprimerÉw'sur leur front l'image d'une feuille de lierre, plante consacrée à Bacchus. Tous^ à trois cents près, résistèrent^ préférant le supplice à l'apostasie. Le roi furieux les fit venir à Alexandrie au nombre de quarante mille, et les destinait à être écrasés sous les pieds des éléphants; mais troublé par un songe, qu'il prit pour un avertissement céleste, il n'acheva point ce massacre.
Le rm avait un frère nommé Magas , dont les vertus contrastaient avec ses vices. Jaloux de l'amour que lui portait le peuple, il le fit périr, malgré les prières de Cléomène. Cet infortuné roi de Sparte devint sa victime peu de temps après. Il lui avait refusé des secours et la permission d'aller combattre avec les Achéens et les Lacédémoniens pour la liberté. Craignant qu'il ne s'échappât, et que, vainqueur de la Grèce, il ne portât ses armes en Egypte y il le fit assassiner.
On lui impute aussLla mort de Bérénice, sa mère. Un nommé Sosibe était l'agent de ses fureurs. Cet homme artificieux, ministre sous trois règnes, flattait ses vices, servait ses passions, l'éloîgnait des affaires, gouvernait seul l'État, et en partageait les richesses avec de vils courtisans.
La reine Arsinoé osa faire entendre la vérité et justifier le mécontentement du peuple, qui s'était révolté : la mort fnt le prix de son courage.
Le peuple la vengea, en massacrant son meurtrier. On força le roi à chasser Sosibe et à confier l'administration à Tlépolème, homme intègre, mais sans force et sans capacité.
Depuis ce moment, Ptolémée, bourreau de sa famille,
méprisé par ses sujets , livra son royaume à des hommes
corrompus, à des femmes sans pudeur; et, après avoir
régné dîx-sept ans, il mourut dans l'abrutissement et dans
61 HÏSTOIRI D^GTFTE. [Av. i«v€U Sit^ifl^]
la débauishe, laissant le trône à lia (ils d'Arëînôé, âgé de cinq ans.
L'éducation du jeune prince avait été co^ée à une maîtresse du roi, nortimèe Agathoclée, 4 son trère Agathoclès et à CEnante, lënr mère. Cette famille ambitieuse cacha quelques jours la mort du roi ^ et enleva du palais une grande quantité d'or et de bijoux* Agathôdès élevait ses prétentions plus haut. Aspirant à la réi^etice^ il prit dans ses bras le x^une prince, et versant 4es larmes^ il demanda au conseil, aux courtisans, au peuple, leur protection pour cet enfant, que le roi mourant lui avait, disMt-il^ recpm&iandé. Il assurait que sa viQ était àienaeée, et que Tlépplètne voulait s'fcmpâreif du trône;. Cette four^ berie ne trompa personne : le peuple indigné arracha 1b jeune roi des bras de Timposteur, le porta dans THippodrome, et le proclama. Agathoclès et ses cdm^lieed furent amenés devant liii» condamnés en soh nom et exécutés sous ses yeux. La popuUce traîna leurs cadavres sanglants dans les rues, et les déchira en pièees. Lettre parents et leurs amis subirent le même sort. * .
Antiophus, roi de Syrie, et Philippe, roi de Macédoinjs^ rompant J'ailiance qu'il» avaient jurée avec le» Egyptiens^ vjE^ulur^etnt profiter d^ la minorité de Ptolémée pour conquérir ses États. et pour les partager. Le» embai^ras que leur suscitèrent les Romains ne leur permirent pas de persister longtempsdans cette entreprise. Un général étolien^ npmmé Seop^s, combattit av(^e succès les Syriens, et les chassa de la Palestine et de la Gélésyrio. Il futnioins heur reux dans la campagne suivante. Scopas, b&ttu, assiégé dans Sidon, se vit réduit à signer une capitulation hour teuse, et toute la Palestine rentra sous le joug d'Antiochus.
Les grands d'Egypte, mécontents du peu de capacité de Tlépolème, et ne pouvant s'arcorder sur Je choix d'un régent, s'adressèrent à Rome,.*qui accorda sa protection au roi d'Egypte, et donna la régence à un Acarnanien, homjaie de méritei noipmé Ariçtomène, G^ nwveau pégent
[OMO s«r* JL-^O.] LAOIBSS. 68
rétablit Tordre dana le royaume et dans l'armée ^ développa dans son administrationbeaucdup d^habileté et de fermetéi profita de la division qui existait entre les ennemis de rÉgypte, repoussa leurs efibrts, et négocia avec tant d'adresse, qu'Antiocbas, qui avait d'autres guêtres sur les bras et qui redoutait les Romains» donna sa fille Gléopâtre à Ptolémée, et lui céd^ en faveur de ce mariage, la Palestine et la Phénicie.
Ptoféméa n'ayant fait aucune action mémorable ne dut la gloire du commencement de son règné^ et le surnom d'J?pipkane qu'on lui donna, qu'aul talents d'Aristomône. Ce sage ministre entretint aussi des liaisons avec les Âchéens, qui formaient alors une ligue puissante dans la Grèee.
Le bonheur de l'Egypte cessa avec la minorité de Ptolémée. Gc monarque s^abandonna à tous les vices qui avaient déshonoré son père. 11 épuisa son trésor, opprima ses sujets, et commit de tels excès, que le peuple se révolta contre Ini.
On répandit le bruit qu'il avait été tué dans une émeute. A cette nouvelle, Antiochus s'arma et marcha proitiptement pour s'emparer du trôiîe ; mais apprenant que le roi, secouru par la fermeté d'Aristomène, avait comprimé la révolte et puni de mort Scopas, chef de cette conjuration, il se retira dans ses États, se bornant à s'emparer d'une partie de la Palestine.
Ptolémée, moins touché des services d'Aristomène qii'importuné par sa vertu, voulut s'affranchir d'une gène qui lui devenait insupportable ; il le fit ^poisonner. Déli^ p^^f^ecrime de toute contrainte, il se livra aux t)lus honteux excès. Ses désordres lui levaient enlevé tout moyen de taire la guerre, et cepenAbit il voulait marcher contre Antiochus. t.es grands lui demandèrent où il prendrait l'argent nécessaire pour les frais de cette expédition ; il leur répondit : « Mes amis sont mou trésor. » Cette réponse leur fit craindre qu'il ne les dépouillât de leur fortune ; ils l'empoisonnèrent.