CRÉSUS
(Au du monde 3442. — Avant Jésus-Christ 562.)
* La nom de ce roi rappelle le faste ej l'opulence . Les riches présents qu'il envoya à Delphes, et qu'on y voyait encore du temps d'Hérodote, firent croire que ses richesses étaient immenses. Strabon prétend qu'elles provenaient dft produit des mines qu'on exploitait près de Pergame. Le sable d'or du 'Pactole en fournissait, dit-on, aussi une p.artie. Cependant, lorsque Strabon vivait, on ne trouvait plus d'or danstette rivière.
Oésus joignitréclatdes conquôtes^à celui des ricUesses,
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H réunit à ses États la Phrygie, laMysie, la Paphlagoni©-, la Bithynîe, la Pampliylie, et tous les pays des Cariens, des Ioniens, desDoriens et des Éoliens.
Il protégeait les sciences et les lettres, et sa cour fut ornée par la présence de plusieurs des sept sages dp la Grèce. Il se plut particulièrement à déployer sa magnificence devant Solon, le plus célèbre de ces philosophes, et à lui montrer ses trésors. Ce législateur répubhcain n'en fut point ébloui^ et lui pro uva qu'il n'admirait dans un homme que ses qualités pe rsonnellcs. Crésus lui demanda un jour s'il avait rencontré dans ses voyages un homme parfaitement heureux. « J'en ai connu un, répondit le philosophe ; t( c'était un citoyen d'Athènes, nommé Tellus, honnête (( homme qui a passé toute sa vie dans une douce aisance^ « et qui à toujours vu sa patrie florissante. Cet heureux « mortel a laissé des enfants généralement estimés ; il a a vu les enfants de ses enfants, et il est mort glorieuse- « ment en combattant pour son pays. »
Ci^sus, surpris de lui entendre citer comme un modèle de bonlieur une fortune si médiocre, lui demanda s'il n'avait pas trouvé des gens encore plus heureux que Téllus. « Oui, lui répondit Solon; c'étaient deux frères, Gléobis et « Biton, d'Argos, célèbres par leur amitié fraternelle et « par leur amour filial. Un jour de fête solennelle, voyant « que les bœufs qui devaient conduire leur mère au « temple de Junon n'arrivaient pas, ils s'attelèrent euxc( mêmes au joug et traînèrent son char Tespace de plu- « rieurs lieues. Cette prêtresse, pénétrée de joie et d» rc- « connaissance, supplia les dieux d'accorder à ses en- « fants ce que les hommes pouvaient désirer de mieux. « Elle fut exaucée. Après le sacrifice, ses deux fils, plona gés dans un doux sommeil, terminèrent paisiblement « leur vie. On leur érigea des statues dïins le temple de c Delphes. *
— ^Vous ne me comptez pas, dit fe roi avec humeur, au € nombre des heureux? — Seigneur, reprit le sage,, nout
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« professons, dans notre pays, une philosophie shuple, « sans fttete, franche et hardie, sans ostentation, et pe« c( commune à la cour des rois. Nous connaissons Tincon- « stance de la fortmie; nous attachons peu de prix à une « félicité plus apparente que réelle, et qui n*est souvent «cqiie trop passagère. La vie d'un hoimne est à peu près « de trente mille jours. Aucun djfux ne ressemble à « rautre;tous sont exposés à mille accidents qu'on ne peut « prévoir; et comme nous ne décernons une couronne « qu'après le combat, nous ne jugeons du bonheur d'un a homme qu'à la fin de sa vie. »
Le fameux Ésope se trouvait dans le même temps à Sardes; et, reprochant à Solon son austère franchise^ il lui disait : « N'approchez point des rois, ou ne leur préce sentez que ce qui peut leur être agréable. • — Dites plu- « tôt, répondit Solon, qu'il faut ne point approcher des « rois, ou ne leur dire que ce qui doit leur être utile.»
Crésus ne tarda pas à reconnaître que, Solon lui avait dit la vérité : deux de ses enfants furent un sujet d'affliction pour son cœur; l'un périt, malgré toutes les précautions prises pour éviter l'accomplissement de l'oracle qui avait annoncé sa mort; l'autre devint muet.
La gloire de Cyrus commençait alors à s^Vb^ndic duos l'Orient. Crésus résolut de s'opposer aux |ii D^rèa de ses armes ; il envoya de riches présents à Del ^ilio^^ pmir .^Mvoii" quelles seraient l'issue de cette guerre et la Jurée tle .s^n empire. Les réponses de l'oracle furent o}>?rnrei=î et ainhiguës : la première disait que, s'il portait l^ s tiiiiies coïUrc les Perses, un grand empire serait renversé ; et la seconde, que le royaunie de Lydie durerait jusqu'au moment où un mulet occ«pérait le trône de Médie. ^
Le roi ne négligea aucun des moyens qui pouvaient rendi5/B son succès probable : il fit alliance avec les deux peuples les plus puissants de la Grèce#; les Lacédomonieiïô, fameux par leur vaillance, et les Athéniens, que commandait le célèbre Pisistrate.
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n aurait fait plus sagement encore s'il ayait suivi le conseil d'im de ses ministi*es, qui lui dit : m Craignez, seia gneur, d'attaquer les Perses : ils sont nés dans un pays « rude et montagneux, endurcis aux travaux et à la face figue, vêtus et nourris grossièrement, privés des volupii tés qui nous ont amollis; vous avez tout à perdre av^ic « eux, et ils ont toutjà gagner avec vous. Loin de les com- « battre, félicitez-vous de n*étre pas attaqué par eux. »
Crésus persista dans son entreprise. Vaincu, détrôné, il vit son pays ravagé, ses trésors pillés, son empire détruit, et il aurait péri sur Téchafaud, si, dans le moment . où il allait mourir, le nom de Solon qu'il prononça n'avai^^ -fixé l'attention et excité la pitié de Cyrus, Ce prince voulut savoir la cause de cette exclamation; et, apprenant de la bouche de l'infortuné monarque ce que le sage Grec lui avait dit au milieu de ses prospérités, siu* Tinconstance de la fortune, il craignit probablement potir lui-même ses vicissitudes, et accorda la vie à son illustre et malheureux captif. La Lydie fut ainsi réunie à Tempire des Perses.