‹ Histoire ancienneChapitre 48 sur 116 · MITHRIDATE LE GRAND · texte numérisé non relu

MITHRIDATE LE GRAND

( An du monde 388 1 Avant Jésus-Christ 123 . )

Mithridate, dès sa jeunesse, développa la force de ses passions et la dureté de son caractère. Il fit mourir sa mère pour -se débarrasser de sa tutelle. Les exercices de son adolescence le préparaient aux travaux de sa vie : il domptait des chevaux sauvages, couchait sur la dure, bravait les glaces et les frimas , ^ et s'accoutumait aux poisons, dont là férocité des princes d'Asie n'avait rendu l'usage que trop fréquent. IJ avait épousé Laodi©R, sa sœur. Pendant un long voyage qu'il fit en Asie, le bruit de sa mort se répandit; Laodice s'abandonna à un amour coupable. Surjirise pai* le retour de son mari, elle lui présenta un breuvage empoisonné qui manqua sou effet, et le roi la

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fîtpéiir avec tousses complices. Mithridate ne tarda pas à exécuter les projets de son ambition; il envahit la Paphlagonie, la Bithynie, fit assassiner son beau-frère Ariaratlie, roi de Cappadoce, et s'empara de ses États. Les Romains, jaloux de son agrandissement, l'attaquèrenr, mais il les battit, les chassa de la Phrygie, de la Carie, de la Lycie, et par ses exploits excita l'enthousiasme de tous les peuples d'Asie, qui l'appelaient leur père, leur libérateiu* et leur dieu. Il lit charger de chaînes le proconsul Oppius, et traîna après lui im autre général romain, qu'il fit monter sur im âne pour l'exposer aux insultes de la populace. Après avoir fait battre de verges et torturer cet infortuné, on lui .coula de l'or fondu dans la bouche, pour se venger, par cette exécrable cruauté, de l'avarice des Romains , qui dévoraient tous les trésors de l'Asie.

Mithridate, prévoyant le ressentiment implacable de Rome, ne mit plus de bornes à ses offenses et à ses fureurs; il ordonna à toutes les villes de sa dépendance eu Asie de massacrer, tous les Romains qui s'y trouveraient. Cet ordre barbare fut exécuté ponctuellement, et dans ce jour fatal cent cinquante mille Romains perdirent la vie. Quelles historiens réduisent ce nombre à quatre-vingt mille i

Sylla et Fimbria s'avancèrent bientôt à la tête des armées rotnaines, et vengèrent ce massacre par d'horribles représailles. Jamais on ne vit de guerre plus cruelle, eflcdtée |)ar des passioni» plus terribles, et conduite par des nommes plus violents.

Mithridate, d'abord battu, eut à son tour des succès que favorisait la division qui existait entre les généraux enmemis, Fimbria, jaloux de Sylla, fut enfin obligé de céder au génie de son rifal, et se donna la mort. L'heureux Sylla reprit ses avantages ; le roi de Pont perdit sa flotte et i^e armée de cent dix mille hommes, que commandartt^axile. Mithridate fut obUgé de demander la paix à Sylla, de sacrifier ses conquêtes, et de se voir de noi^veau entouré de *ces Romains qu'il détestak. Une telle paix ne

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pouvait être qu'une trêve. Mithridate reprit bientôt les armes, et s'empara de la Colchide. Lucullus, envoyé contre lui, commença la guerre par une victoire. Les provinces d'Asie furent de nouveau dévastées ; les villes de Cyzique , d'Amysie, d'Héraclée, périrent dans les flammes. Le'fameux Marins ôflfrit ses secours au roi de Pont, qui vit ainsi des aigles romaines .marcher avec ses enseignes. •Après plusieurs succès balancés, toute Tarmée de Mithiidate, saisie d'une terreur panique, se mit en déroute et l'obligea de fuir. Lucullus lé poursuivit vivement : pour arrêter sa marche, le roi sema siw les chemins ses meubles et ses trésors. Un mulet chargé d'or et d'argent arrêta les Romains et donna lé temps à Mithridate de se dérober à la poursuite de ses ennemis; ses femmes, ses sœurs et ses concubines étaient enfermées dans la ville de Pharnacie; il chargea un- eunuque de les faire mourir, La célèbre Monime, qu'il avait forcée à l'épouser, voulut s'étrangler avec, son bandeau royal, afin, disait-elle, qu'il fût au moins une fois utile à son bonheur.

Mithridate, vaincu, s'était retiré en Arménie, chez Tigrane, son gendre; il en sortit bientôt pour tenter encore la fortuné des anmes. Pompée commandait les Ror mains ; il défit le roi de Pont dans deux batailles, le chassa de ses États, et s'empara de ses trésors et de ses papiers, î^ratonice, une des femmes deJlithridate, voulant sauver la vie de son^ls fils Xipharès^ livFawkux Romains k.vil^ de Symphoii^ et les richesses qu'elle renfermait.

On n'entendait plus parler de'lVfi^hridate; on ignorait son sort. Peudant l'espace de deux années, on ne put savoir s'il avait succombé à ses malheurs ou s^if voyait encore le^jour. Ce prince, cachédansla^cythie, sur les rives du Don, loin d'être abattu par ses revers, ne songeait qu'à se venger, et méditait, au fond des marais d'Azof, l'invasion de ritiHfe-et la destruction de Hbme. Il cherehaitflà soulever l'univers entier .contre les-Homains. Les Scythes lui douncrefiC dés troupes ; les Parthcs embrassé-

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rent sa cause ; iî flt une alliance avec les Gaulois. Son pro» jet était de traverser la Scytliîe , la Pannonie , d'entrer dans les Gaules » de franchir les Alpes, et de renouveler en Italie la terreur qu^y répandit autrefois Annibal.

Ce plan, quoique gigantesque, pouvait réussir, précisément parce qu'il était aussi imprévu que, hardi; mais la perfidie fit échouer cette graude entrepiise. Au moment où Mitiiridate, qu'on croyait mort, repanit dans ses États à la tête d'une armée menaçante, des traitres livrèrent aux Romains ses forteresses et plusieurs personnes de sa famille. Pharnace, le plus aimé de ses fils, révolta son armée contre lui, en efi&*ayant les soldats sur les dangers et les fatigues d'une si longue expédition. Mithridate ignorait cette lâche trahison. Il .apprend tout à coup dans son palais que son camp est soulevé : il sort pour apaiser la sédition. On lance de toutes parts mille traits sur lui : son cheval est tué; il se sauve avec peine dans la ville, dont il ordonne de fermer les portes. Monté sur le rempart, il appelle Pharnace, et fait encore une tentative pour réveiller dans le cœur de ce perfide les sentiments de la nature et du devoir. Le traître est insensible à ses prières et à ses reproches. Alors Mithridate^ après l'avoir accablé de malédictions, ordonne à ses sujets de se soumettre aux arrêts du sort. « Pour moi, dit-il, incapable de vivre dans tt la honte, je saurai bien me soustraire à la trahison. » 11 entre aussitôt dans son palais, prend une coupe de poison, la vide, et Tayant remplie de nouveau, la donne à sà^'âeux filles, dont l'une devait épouser le roi de Chypfô^ et l'autre le roi d'Egypte. Elles tombèrent bientôt Sans le sommeil de la mort, ainsi que ses femmes, qui subirent le même sort.

Mithridate seul, trop aguerri contre le poison, n'en éprouva aucun effet. Il eut enfin recours à son épée, et termina ainsi une vie trop célèbre et un règne de soixantesix ans.

Dès que Pompée eut appris pai* Phai*nace la mort de ce

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redoutable ennemi, il rendit le plus grand hommage à sa mémoire par la joie immodérée à laquelle il s'abandonna, ainsi que toute Tarmée romaine. Gicéron, alors consul, ordonna douze jours de fêtes pour célébrer cet événement.

Les tribuns du peuple firent rendre un décret qui autorisait Pompée à porter aux jeux du cirque une couronne de laurier, une robe triomphale, et une robe de pourpre aux spectacles ordinaires.

La république n'était pas loin de sa cluite, puisque les Romains oubliaient assez leurs vertus pour s'enorgueillir du succès d'une trahison, comme leurs aïeux l'auraient fait d'une victoire.

Le lâche Phamace fit embaumer, habiller et armer le corps de son père, et le livra ensuite aux Romains. Pompée, saisi d'horreur à ce spectacle, détourna la vue; et, revenant à des sentiments dignes de lui : « La haine des a Romains contre Mithridate, dit-il, doit cesser avec la vie « de ce grand roi. »

il ordonna qu'on lui fît des obsèques magnifiques, et qu'on le plaçât dans le tombeau de ses ancêtres. Mithridate possédait d'immenses trésors : on vit briller au triomphe de Pompée deux mille coupes d'agate , un grand nombre de selles et de brides enrichies de diamants, des vases et des tables d'or massif, des statues de Minerve, d'Apollon et de Mars, faites du même métal ; une statue du roi, de huit coudées, entièrementd'or massif ; le trône, le sceptre des rois de Pont, et un lit magnifique qui.ayait appartenu à Darius, fils d'Hystaspe. On y remarquait un trictrac fait de pierres précieuses, et beaucoup de vases magnifiques. Toutes ces richesses avaient passé tour à tour, par l'inconstance de la fortune, d'Egypte en Perse, eu Grèce et en Syrie, et venaient s'entasser dans les murs de Rome pour devenir un jour la proie des Barbares.

Pharnace, aussi lâche que perfide, ne voulut prendre le

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tftre djf roi qu'après en avoir reçu la permission des Romains. Sa bassesse ne lui attira que du mépris, et il ne reçut de ses protecteurs, sous le nom de royaume du Bosphore, qu'une faible portion des États de son père.

Lorsque la république romaine se vit déchirée par une guerre civile, Phamace crut le moment favorable pour reprendre l'Arménie et la Cappadoce. César apprit cette nouvelle en Egypte; il vint attaquer Pharnace, qui, ne pouvant prévoir une semblable rapidité, n'opposa presque aucune résistance, et se retira dans une citadelle, où il fut forcé de capituler. S'étant réfugié chez les Scythes, il y rassembla quelques troupes, et marcha contre Arandre, que les Romains avaient placé sur son trône ; mais il fut vaincu et tué dans un combat. Depuis sa mort, le royaume de Pont, démembré, changea sans cesse de nom, de limites et de princes. Sous le règne de Caligula, lliistoire parle de Polémon, roi du Bosphore, qui embrassa la religion juive pour épouser Bérénice , fille d'Agrippa. Vespasien réduisit le Pont en province romaine. Après les croisades, les princes de la maison de Comnènë y établirent l'empire de Trébizonde, qui fut depuis renversé par Mahomet IT.

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