CAMBYSE
(An da monde 3475. — Avant Jétiif-Christ &29.)
Après la mort de Cyrus, Gambyse^ son jBb aîné , étant monté sur te trône , résolut de porter la gaerre en %ypte» AmasiS; roi de ce pays, s'était soumis à Cynis qui lui avait imposé un tribut^ mais il ne voulut point le payer à son successeur. Cambyse regarda ce refus comme ime marque de mêlais et comme une injure , et fit dimmenses préparatifs et sur terre et sur mer pour en tirer vengeance. Les Cypriotes lui fournirent des vaisseaux ; il reçut un grand nombre de soldats dlonie et îd'Édie. Phauèsè d'Halicarnasse^ eb<^ d'un corps de Grecs au service d'Amasis^ s'étant brouillé avec ce prince^ donna des renseignements trèsutiles à Cambyse sur les forces de TÉgypte. Ce fut par son avis qu^il engagea un roi arabe à lui envoyer des chameaux cbai^s d'eau pour traverser le désert. Ces préparatifs pc^ cupèrent les trois premières années de son règne ; lorsqu'ils furent achevés ^ il se mit en marche et apprit en Palestine la m(»t d'Amasis*
Psamménits , son successeur , réunissait toutes ses^forces pour se défende contre les Perses. Cambyse ne pouvait pénétrer en Egypte qu'après avoir pris Péluse, xdace trèsforte alors; pour s'en emparer, il usa d'un stratagètne dont la superstition du peuple assura le succès : il savait que la garnison était composée d'Égyptiens ; et^ en donnant l'assaut à la viBe y il fit porter devant les colonnes des chats, des chiens, des brebis et d'autres animaux regardés comme sacrés. Les Égyptiens n'osèrent point tirer sur eux. Cambyse entra sans résistance dans la place, et pénétra ainsi dans l'intérieur du pays.
Psamménits vint à sa i^contre, et ternit son courage par un acte de cruauté. Le Grec Hianès , en quittant le parti d'Amasis , avait été forcé de hôsser ses enfants en Egypte.
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Psamménits les fît égorger à la vue des deux camps, et les Égyptiens burent leur sang. Un crime aussi lâche présageait une honteuse défaite : le combat fut sanglant et terrible; Tarmée égyptienne prit la fuite; la plus grande partie périt, le reste se sauva àMemphis. Cambyseles poursuivit ; un vaissaau de Mitylène remonta la Nil par ses ordres, portant de» hérauts d'armas qui invitèr^at les battants à se wumettra» te peuple furieux les hacha an pièces, ainsi que tous ceux qui les accompagnaient. Le roi de Perse attaqua Memphis da vive force, §'eu auipara, at fit exécuter publiquemeait dix fois autant d'%ypti6Ufi des familles les plus distinguées ^ qu'il y avait eu de personnas massacrées daui la vussaau. Le fils aine da Psamménits se trouva au nombre de ces victimes»
Gambyse traita la roi avec douaeurj lui conierva la vi^ et lui assigna un entretien honorable, Mais oa prinoej inconsolable de la perte de son trône et de aalla da son fils, voulut exciter des troubles dans l'e?poir de recouvrer son royaume ; on termina sa vie en lui faisant boire du sang de taureau. Son règne n^avait duré que six moi». Toute rÉgypte se sounût au vainqueur*
Gambyse alla à Sais, et, prolongeant sa vengeance au del du tombeau, il fit déterrer et brûler le corps d'Amasis. Insatiable de conquêtes, il conçut le projet d'envoyer des troupes à Gartbage et de s'emparer de toute la côte d'Afrique ; mais Jes menaces des Phéniciens lui firent abandonner cette résolution» Il chai*gea des ambassadeurs de se rendre auprès du roi d'Ethiopie pour Tinviter à reconnaître son autorité, et lui envoya en uéme temps de riches présents. Les Éthiopiens méprisèrent ses dons et n'aeceptèrent que Je vin qui en faisait partie/. Le roi d'Ethiopie fit porter à Cainbyse un are d'une grandeur et d'une forée remarquables, et lui écrivit qu'il ferait bi^n, avant d'attaquer l'Ethiopie» d'attendre qu'un 4e ses guerriers eût pu tendre eet arc. Gambyse, irrité, marcbd contre lui, et laissa des ti<oupes grecqodfi pour eootenir l^^gypte^ 11 obaïf^ en
même temps un corpa de cinquante mille hommi» de ae rendra dans Toasia où ae tr(>ttyait le temple de Jupitei^ Ammon, et de détruire ce célèbre édifice. L'entreprise eut un funeste résultat : les cinquante mille hommes destinés à rexéouter furent emreloppéa par des tourbillons de sable et périrent.
L'armée de Camb7se> brûKe dans les déserts par les feux du soleil et exténuée par les privations, se trouva bientôt réduite à la plus affreuse extrémité* Après s'être nourri de la chair des chevaux et des chameaux, on en vint au point de s'entre*tuer pour assouvir la faim : les soldats, partagés par dizaines, tiraient au sort ; et celui sur lequel il tombait servait de pàturç à ses malheureux compagnons.
Gambyse, renouant à vaincre un peuple défendu par un désert immense et par im soleil brûlant, retourna sur ses pas et lie ramena que de faibles débris de son armée à Thèbes, dont il pilla et brûla les temples. Arrivé à Mempbis» il trouva le peuple occupé à célébrer les fêtes d'Apis ; il crut que ces réjouissances étaient une insulte & son malheur; dans sa colère, il donna l'ordre de tuer tous les magistrats et de fustiger teus les prêtres, lui^nême enfin perça le bceuf Apis d'un coup de poignard dans la cuisse. Depuis ses re*vers en Ethiopie, il devint frénétique, et sa vie ne fut plus qu'une suite de folies et de cruautés. Il avait un frère que Xénophon nomme Anaxare; Justin, Mergis; Hérodote, Smerdis. Ce prince, d'une force remarquable, était parvenu à tendre l'arc envoyé par le roi d'Ethiopie. Le roi, jaloux 4es grandes qualités de son frère et de Ta&etion qu'on lui portait, le renvoya à Bahylone ; mais, quelque temps après, ayant rêvé qu'il projetait de le renverser d^ trône, il chargea un Perse, ijomtmé Prexape, de le tuer. Criminel dans ses penchants comme dans sa baine, il s'enfiamnta pour sa sœurMéroé, et consulta les juges pour savoir s'il pouvait la prendre pour femme, ainai que h permettait le culte des mages. Ces vils flatteurs lui véfonàmnt qu'aucuiie loi du royaume ne le permettait, mais qu'il en existait une qui
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donnait râi rois de Perse le droit de faire tout ce qu'ils voulaient; Il épousa donc Méroé^ et donna son nom à une Hé qui se trouve dans le Nil^ prés des frontières de TÉ-
Un jour Cambyse assistant à un combat d'un Hon contre un chien^ le frère de ce chi^n vint à son secours et le rendit vainqueur de son terriUe adversaire. A ce spectacle^ Méroé versa des larmes et avoua que la vaillance de ce chien lui avait rappelé la mémoire de saa frère Smerdis. Gamby^; se trouvant insulté par un souvenir qui lui retraçait un crime^ la frappa si violemment qu'elle en mourut peu de jours après.
Son favori Frèxape, attribuant sa violence à son ivresse^ lui dit Wdiment que les Perses blâmaient et méprisaient son funeste penchant pour le vin. « Vous allez juger vousa même, répUqualeroi; si le vin me fait perdre la raison, n Alors il vida plusieurs coupes, et, ayant ordcmnè au fils de Prexape de se tenir debout à Textrémité de la salle, il saisit son arc, déclara qu'il visait au cœur de ce jeune homme, et le perça en efièt d'un coup de flèche; puis, se tournant vers le malheureux père, il lui dit : a Trouvez-vous que a rivresse m'empêche d'avoir la main ferme et le coup a d'œil sûr?» Si quelque chose surpasse la noirceur d'un tel (»rime, ce fut la bassesse de Prexàpe, qui répondit: at Seigneur, Apollon lui-même ne tirerait pas plus juste, n Crésus, témoin de ce forfait, laissa éclater son indignation. Cambyse ordonna sa mort; et, comme on avait retardé l'exécutian de cet ordre cruel, il le révoqua; mais il fit périr tous ceux qui n'avaient pas obéi.
Ce fut à peu près dans ce temps que Polycrate, tyran de Samos, mourut. Il était allié et ami d'Amasis. Le destin l'avait toujours favorisé à tel point, qu'Amasis lui conseilla de se procurer volontairement quelque forte contrariété pour apaiser la fortune, qui, par cet excès de bonheur^ semblait le menacer de grands et de prochains revers. Polycrate, docile à cet avis, jeta dans la mer une superbe
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émeraude à laquelle il attachait beaucoup de prix. Quelques jours après^ un pécheur lui apporta un gros poisson dans lequel il retrouva cette émeraude. Amasis^ en étant instruit^ lui manda qu'il renonçait à son amitié^ ne voulant pas partager le sort d'un homme menacé d'un grand désastre. ,
Quelque temps après la mort d'Amasis^ Qrotès^ satrape de Sardes, voulut se mettre à Tabri du ressentiment du roi dePerse, qui lui reprochait d'avoir fait de vains efforts pour cc>iiiuérir l'île de Samos. Feignant d'être mécontent de Cambyse, il écrivit à Polycrate qu'il voulait embrasser son partie et porter chez lui des trésors dont il abandonnerait la moitié. Le prince de Samos, s'étant assuré par des espions qu'on se préparait à embarquer des coffres remplis d'or,' vint sans défiance à Sardes. A peine débarqué, Orotés donna ordre de l'enchaîner; il le fit pendre et s'einpara de son île.
Cambyse, après avoir soumis l'Egypte, retourna en Perse. Lorsqu'il fut arrivé en Syrie, un courrier de Suze lui ap-> prit qu'on venait d'y proclamer roi son frère Smerdis, qu'il croyait mort. Il l'était en effet; mais un imposteur avait pris son nom. Cet aventurier était fils de Patisithe, l'un des chefs des mages; sa figure ressemblait beaucoup à celle du fils de Cyrus, dont Cambyse avait ordonné la mort.
Le peuple, trompé par cette ressemblance, et le croyant échappé au poignard des assassins, le plaça sur le trône d'un tyran extravagant, cruel et universellement détesté. Cambyse voulait bâter sa marche ; mais, en montant à cheval, il tomba, et son épée, sortie du fourreau, lui fit une blessure à la cuisse. Un oracle avait prédit qu'il mourrait à Ecbatane : pour éviter son accomplissement, il ne voulut jamais aller en Médie. Dès qu'il apprit que le village de Sy- . rie où on le porta se nommait Ecbatane, il désespéra de sa vie et mourut en effet peu de jours après.
Les Égyptiens regardèrent sa blessure et sa mort comme une vengeance du meurtre d'Apis. Plusiem*s historiens croient que Cambyse était l'Assuérus de TÉcriture. Aucun