CYRUS
(An du monde U%h ^ AtaoI JésiunChrist 541»)
Astyage, roi des Mèdes, avait deux enfants, Mandane et Cyaxare. Mandane épousa Cambyse, roi de Perse, père de Cyrus. Ce jeune prince, qui devait jouer un si grand rôle dans rOrient, et soumettre à la Perse la Médie, la Syrie, la Palestine et l'Egypte, naquit un an après Cyc^tare, son "Oncle, frère de sa mère Mandane. Le ciel avait répandu
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tous èeê dons sur Cyrus. Son esprit était vaste et étenduj sa taille majestueuse, sa beauté remarquable, son caractère noble et doux : son ardeur pour l'étude le rendait insensible à la fatigue ; aucun obstacle ne pouvait refroidir sa passion pour la gloire. Il reçut Téducàtion qu'on donnait aux autres enfants des Perses, éducation dure qui les accoutumait à la sobriété et les exerçait aux plus rudes travaux. Lorsqu'il eut atteint l'âge de douze ans, sa mère Mandane le conduisit en Médie, chez son grand-père Astyage. Ses yeux furent frappés, dans cette cour, par lé spectacle, nouveaupour lui, du luxe et de la mollesse. On voyait briller sur les habits d'Astyage Tor et la pourpre; sa tète était ornée de faux cheveux ; il portait des colliers, des diamants, des bracelets enrichis de pierres précieuses ; ses yeux étaient peints, son visage fardé comme celui des femmes. La plus grande dissolution régnait dans ce pays, et tous les grands du royaume imitaient le faste et les vices de leur maître.
Le jeune Cyrus, modeste et réservé, vit les coutumes des Mèdes et leur magnificence sans les admirer ni les critiquer. Au milieu d'un festin somptueux, Astyagé parut surpris de le trouver, à son âge, si indifférent pour le grand nombre et la délicatesse des mets qui couvraient sa table ; il lui répondit : « Les Perses ne prennent pas <{ tant de peine et de moyens pour apaiser leur faim ; il a ne leur faut que de l'eau, un peu de pain et de cres- « son. » Il donna les plats d'or et les mets qu'on lui présentait à trois officiers de la cour. Le premier lui apprenait â monter à cheval ; l'autre avait rendu d'importants services à son grand-père; le troisième servait Mandane avec affection.
Sacas, grand échanson et favori du roi, n'eut aucune part à ses dons, parce que, étant chargé de régler les audiences du monarque, il refusait souvent de laisser entrer Cyrus. Astyage lui reprocha son injustice pour un homme qui remplissait si bien sa charge ; le jeune prince dit en
49|it qii*û le servirait mieux ^e Sacas, et il prit au ménle moment ses fonctions ; mais il refusa de goûter lé via qu'il présentait au roi, disant qu'il croyait que c'était du poison; qu'il avait remarqué que la tête tournait à tous ceux qui en avaient bu; qu'ils ne pouvaient se tenir sur leurs jambes; qu'on les entendait parler, chanter et Crier sans raison, et que cette liqueur faisait perdre au roi sa difçnité, et à ses sujets le respect qu'ils lui devaient.
« Cette boisson, répondit Astyage,* ne produit-elle pas le t(même effet sur vôtre père? — Jamais ^ répliqua le « prince ; quand il abu, il cesse d'avoir soif, etvoilàtout. » Xénophon nous a transmis ces détails^ où Ton reconnaît la philosophie d'un disciple de Socrate,
Peu de temps après, Mandane retourna en Perse. Cyrus resta en Médie pour se perfectionner dans l'exercice de l'équitatîon; car alors, dans la petite province montagneuse de Perse, on trouvait peu de chevaux, et la eavalerîe d'Astyage était renommée dans l'Orienta Cyrus ne se servit de son crédit sur son grand-père que pour protéger le malheur et secourir- la pauvreté. Il se fit généralement adorer des Mèdes par sa douceur et son humanité. Il avait seize ans lorsque le fils de Nabuchodonosor, roi de Babylone, tenta une irruption en Médie. Cyrus suivit Astyage à la guerre. Ses premières actions furent brillantes, et il contribua, par son courage, à la victoire signalée que les Mèdes remportèrent sur leurs ennemis.
L'année d'après, Cambyse rappela son fils auprès de lui. Tous les grands, tous lés officiers le reconduisirent volontairement jusqu'aux frontières, et le peuple pleura «on absence. 11 resta encore un an en Perse dans la classe des enfants. On voyait avec étonnement que les mœurs des Mèdes n'avaient point amolli les siennes.
Lorsqu'il fut entré dans la classe de la jeunesse, il surpassa tous ses compagnons en ardeur pour l'étude, en adresse dans lés exercices, en patience pour supporter les privations,. «t en obéissance aux ordres de ses chefs.
IS4i«5î9 ftT. J.-G.} tmsa&s.
A Page de vingt-sept an^ on l'admit parmi les honames ^ et pendant treize ans il s'occupa sans relâche à étudier la religion, les lois, radministration, et à se perfectionner dans Fart militaire.
Astyage avait terpiiné sa vie; Cyaxare, son fib, occupait le trône. Nérîglissar^ roi de Babylone, redoutant les ]^ogrès de la puissance réunie des Mèdes et det Perses, rechercha l'amitié du.roi des Indes, fit alliance avec Cré<* sus, roi de Lydie, et, ayant attiré daps son parti plusieurs autres princes, il porta ses armes contre Cyaxare : celuici demanda des secours à Camhyse, qui chargea son fils de lever, d'organiser et de commander un corps de trente mille hommes d'infcmterie pour soutenir le roi des Mèdes dans cette guerre. Cyrus ordonna à deux cents Perse*, dîstiugués par leurs talents, leur bravoure et leur expé^ rience» de choisir chacun quatre officiers; et ces mille guerriers d'élite, qui contribuèrent tant par la suite aux succès et à la gloire de Cyrus, choisirent chacun^ parmi les soldats les plu? braves elles plus adroits, dix lanciers arinés à la légère, dix frondeurs et dix archers.
Camhyse accompagna son fils jusqu'à la frontière et lui donna de sages instructions. Comme il trouva que l'étude et les exercices militaires lui avaient^ inspiré trop de confiance en ses talents, il lui demanda s'il connaissait le^ meilleurs moyens à prendre pour rassembler des vivres, pour prévenir des maladies dans, l'armée, pour exciter rémuiation des officiers, et pour obtenir à la fois l'amour et l'obéisssyjice du soldat. Cyrus lui répondit que dans son éducation on n'avait pas porté ses^ idées sur de pareils objets; qu'il savait seulement que, pour se faire obéfr/il suffisaSl de louer, de blâmer, de récompenser et de pimîr à propos. «Monffis, répliqua Camhyse, c'est le moyen de « forcer à robétt|ance, ; l'important est d'en obtenir une « volontaire : ptft y parvenir^ vous devez convaincre les « hommes que vous connaissez Dcùeux qu*eux4nêmes <( leurs propres intérêts : il ifaut leur prouver que vous
it.
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tt êtes plus habîlô quô les autres, et îmîter le médecin et (t le pilote gui excitent la confiance des malades et des «voyageurs en leur persuadant qu'ils savent naieux que a personne ce qui leur est nécessaire. Vous n'avez appris « toute votre vie que le métier de soldat ; étudiez mainte tenant celui de général. Vous savez commander aux « corps ; étudiez Part de gouverner les esprits. » Ces avis prudents garantirent Cyrus de la présomption si naturelle à la jeunesse et de l'orgueil quô lui inspiraient ses premiers succès.
L'armée babylonienne était de deux cent mille hommes de pied et de soixante mille chevaux. Les Mèdes et les Perses réunis pouvaient à peine lui opposer cent mille fantassins et vingt mille cavaliers. Cyrus, pour balancer la supériorité du nombre par celle des armes, distribua à ses troupes, à la place des traits qu'on lançait de loin, un grand nombre d'épées et de boucliers pour combattre de près, espérant que cet usage, nouveau dans TOrient, favoriserait le courage des siens et étonnerait les ennemis. Le roi des Indes n'embrassa aucun parti dans cette guerre, et ofeit sa médiation pour la paix. Le roi d'Arménie, croyant l'occasion favorable pour recouvrer son indépendance, refusa de payer le tribut annuel qu'il devait à Cyaxare. Cyrus, ayant répandu le bruit qu'il voulait faire une grande partie de chasse dans les montagnes, y rassembla secrètement ses plus braves guerriers ; il y laissa une forte emlîuscade, et par une marche rapide, descendant tout à coup dans la plaine, surprit les Arnaéniens, qui n'étaient point préparés à cette attaque, et défit sans peine leurs troupes dispersées. La reine d'Arménie et les eUfabts du roi voulurent se sauver dans les montagnes, et tombèrent dans l'embuscade que Cyrus y avait placée.
Le jeune prince, maître de ces otages, j:eprocha au roi la violation de sa foi et Tinfraction des traités. Tigrane, prince d^Arménie , fié d'amitié avec Cyrus, prit la défense de son père, et promit, pour réparer son erreur, de fournir au roi
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des Mèdes quarante mille hommes de pied et huit mille chevaux. Cyrus n'en accepta que la moitié : demandant ensuite au roi et à Tigrane quelle rançon ils proposaient pojir la hberté de leur famille, ils promirent de souscrire atout ce qu'il exigerait. Cyrus, les ayant invités à un grand festin, leur rendit sans rançon* la reine et ses enfants. Il ne leva aucun impôt et partit d'Arménie, après y avoir conquis Tadmiration générale par son audace, et la reconnaissance des peuples par sa générosité.
Les Chaldéens, alors -en guerre avec les Arméniens, leur livrèrent bataille. D'après les dispositions du roi d'Arménie, Cyrus avait prévu sa défaite et s'était tenu à portée de le secourir. Il défit les Chaldéens, dicta la paix, et bâtit sur les montagnes une forteresse où il plaça des troupes, avec l'ordre de combattre le premier des deux peuples qui romprait le traité. Le roi d'Arménie lui donna un corps de quatre mille hommes : ainsi il revint en Médie avec un grand accroissement en forces et en renommée. Lorsqu'il eut réuni les armées de Perse, de Médie et d'Arménie, il marcha contre le roi de Babylone. En présence des ennemis, il donna pour mot d'ordre : Jupiter secourable et conducteur, fit entonner rhymne de Castor et PoUux, et, chargeant à la tête de ses braves, il enfonça les Assyriens, que la cavalerie mède poursuivit jusqu'aux portes deleur camp. Eflfrayé par ce premier revers, Crésus, leur alhé, prit la fuite avec ses Lydiens. Nériglissar, roi de Babylone, périt dans le combat. *
Cyrns voulait pouMuivre les ennemis et compléter sa victoire ; Cyaxaie craignatt de réveiller leur courage en les réduisant an désespoir. Le prinee de Perse n'obtint de liii que la permission d'emmener du camp les volontaires qui consentiraieiit à le suivre.
Le roi des Mèdcs, dans l'ivresse d'un succès auquel il avait peu contribué, ne songea qi|'à se livrer aux excès de la table et de la débauche. Tandis qu'il passait la nuit en festins, les Mèdes coururent en foule se joindre aux
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Perses, et suivirent avec ardeur Cyrus, qui s'emparçt du camp des AssjTiens, dans lequel il trouva d'immenses richesses. Les Hyrcaniens se soumirent à lui : il permit à tous les prisonniers de retourner dans leur pays, sans autre condition que la promesse de ne plus combattre contre la Perse et contre la Médie. Il réserva pour Cyaxare tout ce qu'on avait trouvé de plus précieux dans le camp ennemi. Dans un grand repas donné aux officiers, les Mèdes et les Hyrcaniens eurent des vivres en abondance ; les Perses, comme Cyrus, se contentèrent de pain et d'eau. Les mages reçurent la première part des dépouilles de Tennemi : il partagea le reste entre les Mèdes, et ne donna aux Perses que des armes et des chevaux.
Cependant Cyaxare, sortant de son ivresse, apprit avec colère que tous les Mèdes Pavaient abandonné. ResJ;é seul dans son camp avec ses convives, il rappela sur-le-champ ses troupes près de lui ; mais Cyrus, aussi modeste que brave, fléchit son courroux et calma son orgueil par une lettre respectueuse et soumise.
Parmi les prisonniers, on avait réserve i)our Cyrus une femme remarquable par sa beauté ; elle se nommait Panthée ; elle était femme d'Abradate, roi de Suziane. Cyrus, redoutant le pouvoir de ses charmes, refusa de la voir. Araspe, Pun de ses officiers, fut plus présomptueux ; il se croyait à l'abri des passians, et se chargea de la garde de la reine. L'amour s'empara bientôt de sa raison, et ne pouvant toucher le cœui* de Panthée, il voulut user de violence. Cyrus, irrité, ordonna à Artaba»e de lui faire de justes repix)ches. Araspe se croyait perdu; mais le prince, après l'avoir réprimandé, le traita avec bonté, lui pardonna, et excita tellement sa reconnaissance, qu'il résolut d'exposer sa vie pour lui rendre un Unportaut service. Ayant fait courir le bruit qu'il était ^lisgracié et mécontent, il feignit de chercher un asile à la cour d'Assyrie, dans l'intention d'examiner tout avec soin, de prendre une connaissance e^tacte des projets et des forces de
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Tenuemi, et de contra)uer ensuite efficacement aux sucées de Cyrus : étrange aveuglement des hommes , qui croient qu^un dévouement légitime peut rendre la trahison honorable 1
Panthée, sauvée par la vertu de Cyrui des périls qu'avait courus son honneur, en informa son époux Abradate. II vint, à la tête de deux mille hommes, offrir son épée, ses services et sa vie au prince dé Perse.
Cyrus vit aussi arriver dans sou <iamp deux hommes puissants en Assyrie, qui implorèrent sa protection ; Tun se nommait Gobryas. Le dernier roï d'Assyrie, aimant et respectant ce vieillard, voulait que son fils épousât sa fille. Le jeune prince de Babylone, fougueux dans ses passions, s'était emporté If la chasse' contre le fils de Gobryas, et Tavait tuè. Peu de temps après, monté sur le trône, il voulut, en "abusant '^e son auto^té, prendre pour femmcî la sœur de sa malheureuse victime. Gobryas, ne pouvant supporter cette tyraynie,. demanda à Cyrus appui et vengeance. Le même roi avait aussi maltraité Gadatas, gouverneur d'une grande province ; il offrit également ses services à Cyrus.
La mort du roi de.Babylone et Tavénement au trône de son frère Nabonit, ou Balthazar, n'apaisèrent point le ressentimcDt de ces deux mécontents, qui jouissaient en Assyrie de l'estime générale et d'un grand pouvoir. Le prince de Perse, fort de leur appui, -entra avec confiante en Assyrie : il y pénétra par la province soumise à Cobryas , qui lui ouvrit les portes d'une forteresse importante, et mit à ses pieds tous ses trésors. Cyrus lui dit : « Je les « accepte, et je les donne en dot à votre fille ; elle trouce vera parmi mes guerriers un époux digne d'elle. )> il tourna ensuite la ville de Babylone et entra dans les contrées où commandait Gadatas. Ge satrape le rendit maître du pays des Sacques et des Cadusiens. La réunion de ces provinces augmenta son armée de trente-.^^îx mille hommes*
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Le roi d'Assyrie marcha contre- Kjadatas pour le punir 'de sa défection ; mais il fut vaincu par Cyrns et forcé de retourner à Babylone. La vaillance et la générosité du prmee des Perses lui attiraient Taffection de tous les peuples, qui briguaient son alliance. Avare de leur sang, il voulut terminer la guerre par un combat singulier, et défia le roi d'Assyrie : ce prince n'oisa pas répondre à ce défi. On conclut une trêve d'un an, et Cyrus retourna en JNIédie. Cyaxare craignait de recevoir dans ses États les Perses victorieux. Tout annonçait une désunion funeste aux deux peuples ; mais. Cyrus, que la victoire n'avait pas enorgueilli, désarma son oncle par ses prières, et le toucha tellement par sa douceur, qu'il lui donna sa fille en mariage. Le prince, après avoir fait un voyage "en Perse pour obtenir le consentement de Cambyse, sojl p^re, revint à Ëcbatane célébrer ses noces e^ hâter les préparatifs qu'exigeait la guerre.
Le roi des [ndes lui envoya dessecgurs en argent. Pendant ce temps, le roi d'Assyrie, qui s'était rendu en Lydie, réunissait des forces inmienses, avec lesquelles il se flattait d'écraser les Perses et les Mèdea. Les rois de Thrace, d'Egypte, de Chypre, de Cilioie, les . Phrygiens, les Cappadociens, les Arabes, les Phéniciens et les* Ioniens embrassèrent le parti de Crésus et de Balthazar. Leur nom* breuse année, rassemblée au bord du Pactole, se proposait ^e marcher sur Thymbrée. La force de cette ligue et la nouvelle de sa marche répandirent l'inquiétude dans l'armée des Mèdes et des Perses. Cyrus rendit le courage et la confiance à ses guerriers en leur rappelant la rapidité de leurs premiers triomphes ; il leur prouva que la discipline et le courage pesaient plus dans la balance du destin que le nombre des soldats , et que des troupes aguerries, unies, OKercées aux travaux et à la fatigue, vaincraient sans peine une multitude de peuples qui ne ^'entendaient pas, qui n'avaient ni les mêmes intérêts, ni les mêmes lois, ni le même langage, et dont le roi Crésus,
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nommé généralissime , n^ètait encore connu que par une fuite honteuse.
Cyrus se voyait à la tète d'une armée de cent quatrevingt-seize mille hommes : la cavalerie perse était nwnbreuse et bien exercée; îl avait inventé les chariots armés de faux, qui devaient porter le désordre dans les rangs ennemis. Par son ordre, on construisit des tours de bois, montées sur des roues , qui suivaient ses bataillons, et du haut desquelles on lançait des pierres et des dards.
Comptant sur le succès de cette nouvelle tactique , et encore plus sur Tardeur et le dévouement de ses guerriers, Cyrus se porta vers la ville de Thymbrée. L'armée de Crésus se montait à quatre cent vingt mille combattants, placés sur une seule ligne : Tinfanterie occupait le centre, la cavalerie les ailes. Les Égyptiens seuls, toujours inviolablement attachés à leurs usages, n'avaient p|LS voulu s'étendre et s'étaient formés en bataillons carrés. Araspe, parfaitement instruit des forces, des plans et des dispositions de Crésus et de Balthazar , vînt les découvrir à Cyrus, qui disposa son infanterie en plusieurs colonnes, sur douze hommes de front. Il plaça en avant les archers, les lanciers , les frondeurs et les chariots armés de faux. ■ Derrière l'infanterie on rangea les tours roulantes. A quelque distance était un corps de réserve nombreux, destiné à se porter sur les points qui auraient besoin d'appui, Cyrus, après avoir adressé ses prières à Jupiter, ordonna à Arsamas et à Chrysante, qui commandaient les ailes , de mesurer et de régler leur marche sur celle du centre, où brillait l'étendard royal. C'était un aigle d'or placé au bout d'une pique.
L'armée ennemie, par ses J^remiers monuments, déborda et entoura celle de Cyrus, qui fit face de tous côtés. . Abradate, à la tête des chariots armés de faux, jeta le désordre dansles rangs d^s Lydiens ; ils se dispersèrent»aussitôl. Un escadron de chameaux, eflSrayant les chevaux assyriens par leur aspect, leur odeur et leurs cris, mit en fuite
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toute la cirralerie de Balthazar. Abradate , voulant ensmte attaquer Tinfanterie égyptienne, ne put pénétrer ses masses, fut renversé de son clîar et périt. Ces braves Égyptiens rompirent et traversèrent les quatre lignes de Tannée des Perses jusqu'aux tours. Cyrus, qui s'était porté à la tète de sa cavalerie victorieuse, revint sur la masse égyptienne et renfonça: il tomba de cheval dans la mêlée au milieu des ennemis; mais comme il était adoré de ses troupes , elles se précipitèrent à son secours et le dégagèrent.
Gyrus, frappé de la valeur des Égyptiens qui tenaient ferme et ne voulaient pas rendre leurs armes, fit une capitulation avec eux et leur donna les villes de Larisse et de Silène, où longtemps après leurs descendants habitaient encore.
La bataille avait duré depuis le matin jusqu'à la nuit.Grésus se retira près de Sardes, et chacun des alliés retourna danf son pays. Le lendemain Tarmée des Perses marcha sur Sardes et battit les troupes de Crésus : après avoir attiré Tattention de Tennemi sur un point par une fausse attaque, elle marcha d'un autre côté, pénétra dans la ville et s'empara du palais. Crésus fut pris avec tous ses trésors. Cyrus, irrité contre lui , l'envoya au supplice : il allait mourir ; mais , ayant prononcé trois fois le nom de Solon, le vainqueur arrêta le fer levé sur sa tête et lui demanda la cause de son exclamation. Crésus lui répondit que, dans le temps de ses prospérités, lorsque, enivré par la fortune, la gloire et la volupté, il se. croyait le plus puissant des rois et le plus heureux des mortels , ce sage législateur l'avait averti de la vanité et de l'inconstance^dela fortune; enfin il répéta toutes les vérités sorties de la bouche de ce philosophe pour le prémunir cgntre l'orgueil et pour lé ramener à la vertu. Près d'expir^ il s'était rappelé ses conseils en regrettant de n'en avoir pas mieiix profité.
Cyrus , touché du malheur de ce prince, lui accorda la vie et lui laissa le titre de roi avec de$ revenus assez considérables. Cyrus parcourut ensuite l'Ionie, qu'il rangea sous
son autorité en bravant les menaces de Laoédémone. Ses armes lui soumirent VAsie^ depuis la mer Egée jusqu'à rEophrate. 11 conquit la Syrie^ rArabie^ et vint enfin assiéger Babylône.
Les habitants de cette ville immense, défendue par un fleuve profond , par de hautes murailles et par une nombreuse armée , se croyi|Sent invincibles, Cyrus employa beaucoup de temps à creuser un canal pour détourner le cours du fleuve. Lorsque cet ouvrage prodigieux fut achev^ , étant instruit que les Babyloniens célébraient la fête de Vénus et passaient la nuit dans la débauche , il fit ouvrir par des tranchées les bords du fleuve, au-dessus et au-dessous de la Ville : les eaux se jetèrent alors dans le profond canal qu'on venait de creuser ; par ce moyen TEuphrate se trouva à sec. Alors deux corps de troupes, commandés par Gobryas et Gadatas, entrèrent, chacun de son côté, par le lit du fleuve, dans la ville, se rencontrèrent au palais du rôi, surprirent la garde et tuèrent Balthazar ^
Cette même nuit, ce prince impie^ livré à la débauche , daiis une sécurité profonde , avait voulu se servir des vases sacrés du temple de Jérusalem. Tout à coup une main divine traça sur la iotiuraiUe des mots inconnus , que Daniel expUqua en annonçant au monarque sa mort prochaine et la destruction du royaume. A peine Daniel cessait de parler, Cyrus paraît et renverse Tempire des Babyloniens, comme l'avaient annoncé Isaïe et Jérémie. Les vainqueurs pillèrent Babylone et en ruinèrent une partie. Dans la suite, les rois de Perse préférèrent à cptte capitale Suze, Ecl^tane et Persépolis. Alexandre voulut rendre quelque éclat à Babylone , mais après sa mort les rois macédoniens Tabandonnèrent, et constiruisirent dans son voisinage Séleucie , qui lui enleva un grand nombre d'habitants. La dynastie des Perses , succédant à celle des Grecs, acheva de ruiner cette antique capitale en bâtissant Ctésiphon. Du temps de Pausanias , il ne restait plus de Babylone que ses murailles. Les rois de Perse en firent un parc pour les I^tes
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sauvages; ses murs^ quV^nne réparaît plud^ se détruisirent» L'Èuphrate changea de cours; et la place qu'occupait cette ville célèbre n'offrit piius aux yeux du voyageur qu'un marais infect et qu'un vaste désert. Tout disparut, jusqu'à ses ruines, et les géographes modernes ne peuvent même fixer avec précision le lieu où elle existait'.
Cyrus , maître de TOrient , organisa sagement son vaste empire : il le jertagea en gouvernements, en districts, et l»mma des satrapes pour les gouverner. Afin d'aJBfermir son autorité et de tempérer celle des gouverneurs d^s pro- Vinces> 11 avait placé partout des officiers fidèles qui les surveillaient > et qui correspondaient directement avec lui. Il choisit pour tous les emplois les hommes les plus vertueux, les plus fcabiles> et les traita avec une grande générosité. Grésus lui repjcochait cet excès de Ubéipalité, et voulait lui prouver qu'avec plus d'économie il aurait pu se faire un trésor immense > qu'il porta par ses calculs à une somme énorme. Cyrus écrivit aux grands de l'empire qu'il avait un besoin pressant d'argent : sur4e-champ on lui en envoya de. toutes parts une quantité qui surpassait de beaucoup la somme évaluée par Grésus. a Voilà, dit-il, mon trésor : il « est inépuisable ; je le trouve dans le cœur et l'affection « de mes sujets. »
Cyrus protégea le culte des mages et lui donna beaucoup d'éclats Toutes les vertus militaires et civiles prospérèrent par son exemple : mais les plus nobles caractèrea sont rare^ ment à l'abri du double poison de la puissance et de la flatterie; il oublia la simplicité de mœurs des Perses; trois cents eunuques firent le service de son palais. On vit briller à sa x cour le luxe des Mèdes ; il porta leurs longs habits et se para de leur fard» Peut-être, ayant renoncé aux conquêtes, croyait-il nécessaire d'amollir une nation guerrière dont l'afCtivité , sans occupation pendant la paix , pourrait lui faire craindre des troubles et des révoltes. Il tolérait et respectait tous les cultes ; et, quoique celu,i des mages fût le siexiyr il protégeait le sabéisme. On le vit traverser la ville
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sur tin char, entouré d'une côur magnifique , et suivi par une garde de quarante mille hommes. Il offrit un sacrifice solennel au Soleil, à Jupiter et à la Terre, et donna ensuite au peuple des jeux et des courses de chevaux.
La mort de Cambyse, soû père, et de Cyaxare, son oncle, qu'il avait comblé de présents, réunit à ses États la Perse et la Médie. C'est ainsi que fut fondé ce vaste empire de Perse, qui dura depuis Cyrus jusqu'à- Darius Codoman, l*espace de deux cent cinq ans. •
Cette monarchie était divisée en cent vingt provinces. Tous les officiers qui avaient secondé Cyrus dans sa conquête possédèrent les premiers emplois et acquirent d'immenses richesses. Les ordres du roi parvenaient avec célérité d'une extrémité à l'autre du royaume , aU moyen des postes et des courriers qu'il établit partout. Trois principaux ministres étaient chargés de l'administration de l'empire. Le prophète Daniel fut un de ces ministres ; sa vertu lut avait mérité la confiance de Cyrus. Il obtint la réédiflcaiion de Jérusalem et la liberté des Juifs, depuis soixante-dix ans captifs en Babylonie. Cyrus , par un célèbre édit, renvoya les Hébreux en Judée , et leur permit de rebâtir le temple deSaloinon. 11 remit à Zorobabel les vases sacrés pris dans le temple; mais les Samaritains, par leurs intrigues , retardèrent l'exécution de ce décret.
Cyrus jouissait en paix de ses travaux. Son empire était borné à l'Orient par l'Inde , au nord par la mer Caspienne et par le Pont-Euxin , au couchant par la mer Egée , au midi par l'Ethiopie et par la mer d'Arabie. Il passait sept mois de l'année à Babylonê , trois à Suze et deux à Ecbatane. Tous les ans il allait une fois à Persépolis. Il fit son dernier voyage à l'âge de soixante-dix ans ; il avait conservé jnsque-là sa vigueur et sa santé. Lorsqu'il vît sa fin s'approcher, il remercia les dieux de toutes leurs faveurs, rassembla les grands, déclara Cambyse, son fils, roi^e Perse, et donna à un autre flls nommé Tanatas pluàeurs gouvernements en apanage* H parla à ses enfants de l'im-
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n^ortajlté de ràme^ leur représenta que toutes, leurs actions se passeraient sur un grand théâtre à la vue de tout Tunîvers ; enfin il leur recommanda de craindre le jugement de$ dieux et celui de la postérité. Au lieu de brûler son corps, il voulut qu'on Tenterrât , afin qu'après sa mort, en fécrmdant la terre , il fût encore utile aux hommes «omme il Favait été pendant toute sa vie. Il mourut après avoir commandé les armées vi^gt:trois aps et régné pendant sept.
Hérodote raconte autrement lliistoire de Cyrus : selon cet écrivain , A.<U;yâge , averti en songe que son petit-fils le détrônerait, ordonna sa jmort. Cyrus, sauvé de oe péril par Thumanité d'un Mède , parvint à fléchir le courroux d'Astyage, qui le rejiîonnut; mais la prédiction n'en fut pas moins accomplie, et le roi des.Mèdes périt de la main du|)çince qui s'était révolté contre lui. Hérodote n'est pas plus d'accord avec Xénophon sur la mort de Cyrus : il dit que ce monarque, portant la guerre contre les Scythes, les trpmpa par une fuite simulée, et laissa beaucoup devin et de viandes dans son camp. Les ennemis s'étant livrés à la débauche, Cyrus les surprit, les battit et fit prisonnier le prince de Scythie, qui se lua de désespoir. La reine Thomiris, sa mère, animée par la passion de la vengeance , attira les Perses dans une embuscade, en tua deux cent mille avec Cyriis, leur roi ; puia ayant fait couper la tête de ce prince , elle la jeta dans une outre pleine de sang en lui disant : « Cruel ! rassasie-toi maintenant de ce sang humain « dont tu as été insatiable pendant ta yie. » Le même historien rapporte que Cyrus, *pour se venger de l'Euphrate , dans lequel les chevaux consacrés au Soleil s'étaient noyés, fit couper par son armée ce fleuve en trois cent soixante canaux. Au reste Hérodote avertit lui-même qu'il existait différentes versions sur l'histoire de Cyrus : il a préféré sans doute, suivantie goût des Grecs, la plus fabuleuse, et peutêtre les contes que répandait en Asie le roi de Babylone, lorsque Cyrus lui faisait la guerre. '.
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