ET D£ SES ROIS
Le temps a fait nu sirte do justice : il a laissé tomber dans l'oubli les tioms des prûices qui n'ont travaillé qu'à leur tombeau ; miij-^ II nous a conservé nelui du roi Mœris^ dontkâtétonnants travaux n'avaient pour but que la prospérité de son eniphe et le boniieur de ses peuples.
La plus grande merveille de l'Egypte n'est pas l'ouvrage des hommes ; la nature seule l'a créée : c'est le Nil. n ne pleut presque jamais dans ce pays; mais son fleuve lui apportQ innuellement, par des débordements réglés ^ le tribut des pluies qui tombent dans les contrées voisines.. L'Egypte était coupée de canaux qui distribuaient partout ses eaux bienfaisantes. Ainsi ce fleuve^ répandant la fécondité, tmissant les villes entre elles et la mer Méditerranée avec la mer Rouge, servait d'engrais à l'agriculture , de lien au commerce , de barrière au royaume , et était tout ensemble,' comme le dit Rollin, le nourricier et le défenseur de TÉgypte. Le Nil a ses sources en Abyssinie ; il coule paisiblement dans les vastes solitudes de rÉthiopie ; mais , en entrant en Egypte , il se trouvé resserré dans un lit étroit, rempli de rochers énormes qu'on appelle cataractes, et qui le rendent fiu'ieux. IL précipite rapidement son cours du haut de ces rochers dans la plaine, avec un tel bruit qu'on l'entend de trois lieues. Ce qui cause ces débordements si nécessaires à la fertilité de TÉgypte, ce sont les pluies qui tombent régulièrement en Ethiopie, depuis le mois d'avril jusqu'à la fin d'août. L'inondation du Nil commence en Egypte à la fin de juin, et dure trois mois. Les plaines de ce beau royaume offrent ainsi deux aspects bien 'différents dans deux saisons de l'année. Tantôt c'est une vaste mer sur laquelle s'élèvent une grande quantité de villes et de villages ; tantôt c'est une belle et féconde prairie , peuplée de troupeaux, couverte de palmiers et d'orangers, dent la verdure émaillée de fleurs charme les yeux.
I^ Basse-Égyi^llfiqui a la figure d'un triangle, dst une espèce dlle formée parles deux branches du fleuve, qu'on
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appelait pélusienne et canopique. Les deux villes de Péluse et de Canope, dont elles avaient pris le nom, s'appellent à présent Damiette et Rosette ; SaïSj, Tanis, Alexan- 'drie, Héliopole , étaient les principales villes du Delta. Sais contenait un temple dédié à Isîs , avec cette inscription^ (^ui convient également* à la Vérité et à la Nature : « Je suis ce qui à été , ce qili est et ce qui^^sera, et per- « sonne n'a encore percé le voile qui me couyre. »
Hérodote aimait leig fables : en parlant du temple du Soleil qu'on voyait à Héliopole , dans le Delta, il raconte que le phénix, oiseau merveilleux et unique dans son espèce, nait dans l'Arabie, et vit cinq ou six cents ans; sa grandeur est celle d'un aigle ; ses ailes sont mêlées de blanc, de pourpre et d'or : lorsqu'il voit sa fin approcher, il forme un nid de bois aromatique , il y meurt ; de ses oâ et de sa moelle il sort un ver qui se transforme et devient un nouveau phénix; celui*ci compose un œuf de myrrhe et d'encens ; il le vide , il y dépose le corps d£ son père , emporte ce précieux fardeau, et vient le briilersurrautel du Soleil dans la ville d'Hcliopole.
Alexandrie, la principale des cités qui subsistent encore dans le Delta , fut bâtie par Alexandre le Grand , et égale en magnigcence les anciennes villes de l'Egypte. Elle est à quatre journées du Caire. C'est là que se faisait le commerce de l'Orient , avant la découverte du cap de Bonne-Espérance pnr les Portugais.
En écrivant l'histoire des autres peuples , nous ferons connaître leurs lois et leurs coutumes dans l'ordre des règnes et des époques qui les ont vus naître ou changer ; mais nous n'aurions pu suivre cette méthode relativement auxjlgyptiens. L'origine de leurs usages, de leurs cérémonies, d« leur législation, se perd dans la nuit des temps : il serait impossible d'en découvrir la naissance et d'en suivre avec certitude les progrès. L'explication des hiéroglyphes pourrait seule jious faire retrouver les ndms des fondateurs de cette école politique , sage et rehgicusdj si
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reaommée parmi le» anciens , que les plus grands hommes de la Grèce, Homère, Solon, Lycurgue, Pythagore et FktOQ allèrent exprès en Egypte pour y puiser les lumière» qu'ils répandirent ensuite dans leur patrie. Moïse même est loaè dans TÉcriture pour s'être instruit dans toute la sagesse des Égyptiens. Ces considérations nous portent à faire précéder le récit des érénements par le ta* Weau général des lois et dfîs coutumes de TÉgyptCr
La forme du gouvernement égyptien était monarcluque; mais l'autorité du roi, loin d'être absolue, se trouratt limitée par une aristocratie d'autant plus puissante qu'elle semblait tirer ses droits du ciel, et le corps des prêtres était à la fois le dépositaire des lois et des sciences , llntei^rète des dieux , le suireillant et le juge des ' monarques.
La vie publique et privée des rois était entourée dé gê» nés dont ils ne pouvaient s'affranchir, et de règles qu?on nttleur permettait pas d^enfreindre. Pour les préserver de toute pensée basse et servile, on éloignait d'eux tout esclave ; et, pour ne point compromettre les intérêts de la patrie, on leur défendait d'admettre aucun étranger à leur service. Dans laerainte des vices et des désordres qui suivent l'intempérance, on avait réglé soigneusement la nourriture et la boisson des rois ; l'ordre de leurs occupations et l'emploi de leurs journées étaient de même décidés par la loi.
En se levant, ils lisaient leurs lettres ; de là ils allaient au temple, où le pontife, après la prière, prononçait un discours sur les vertus nécessaires aux monarques, sur les fautes qu'ils pouvaient commettre, et sur les dangers de la flatterie et des mauvais conseils.
On lisait ensuite devant eux les' livres sacrés, qui contenaient les maximes et les actions des grands hommes, pour les engager à respecter leurs lois et à suivre leurs exemples.
Le monarque travaillait après avec ses ministres * il
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présidait le tribunal des. trente juges,, tirés des principales viÛes de rempire, pour rendre la justice au peuple.
Le reste de la journée était consacré aux exercices mi-r
litaires et à des conversatians -utiles. La piété, lafrugalité,
la simplicité entouraient le trône, çttout prouvait que les
' lois avaient été faites par des hommes qui étaiept à la fois
prêtres, législateurs et médedns. ,
La législation des anciens peuples ^tait. sans doute moins parfaite que celle des nations modernes, et cependant elle avsût plus de forcé et de durée : on en trouvera la cause dans son origine. Les anciens législateurs d^ gypte et de. Rome passaient pour avoir été inspirés par la -Divinité ; on dispute contre les liomincs^ et non contre le» 'dieux. Les lois d'Osiris, d'Hermès, de Moïse, de Numa, ne devaient éprouver aucune contradiction : on les respectait comme des oracles ;. elles dévenaient dès sentiments comme des habitudes;, et se gravaient dans les âmes comme dans les esprits. La législation de ces peuples s'unissait d'une manière indissolube à leur religion, et il leur était aussi difficile de changer de loi que de culte ; c'est ce qui explique leur constance à suivre leurs règlements et leurs coutumes : elle était telle, que Platon disait qu'on pouvait regarder «ne coutuiue nouvelle comme un prodige en Egypte, et que jamais aucun peuple n'a conservé plus longtemps ses usages et ses lois.
Pour rendre les juges indépendants et exclusivement occupés de leurs fonctions,, on leur avait assigné des revenus, et ils rendaient gratuitement la justice au peuple.
On jugeait les affaires par écrit et sans avocats, parce qu'on craignait l'art de la fausse éloquence, qui réveille les passions et trompe les esprits.
Le président du tribunal portait à son cou une chaîne d'où pendait l'effigie de la Vérité, et il prononçait ses arrêts en présentant cette image à la partie qui gagnait sa cause.
On punissait de mort le meurtrier, le parjure et le calomniateur.
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Le lâche qui ne défendait pas un homme attaqué, lorsqu'il avait la po^ihilité de le satiner, perdait aussi la vie.
On ne permettait à personne d'être inutile à l'État : chacun s'inscrivait lîans un registre et déclarait sa profession; une fausse déclaration se punissait de mort.
La liberté individuelle était fort respectée dans ce pays ; on n'y arrêtait pas même les débiteurs. Mais, pour garantir la fidélité des engagements, nul ne pouvait emprunter sans engager le corps de son père aux créanciers ; dans cette contrée, on embaumait et conservait les morts avec soin. Un pareil gage était sacré : celui- qui ne l'aurait pas retiré prpmptemeçt aurait commis une infÉunie et une impiété, et s'il mçyarait sans avoir rempli ce devoir, on le privaft des honneurs de la sépulture.
La polygamie était permise aux Égyptiens : tes prêtres seuls ne pouvaient avoir qu'jine fenjme.
La vénération des pontifes pour le dieu Osiris et pour la déeiSse Isis, sa sœur, avait introduiUm^grand vice dans la législation égyptienne; le ipariage des fi;ères avec les sœurs y était non-seulement permis, mais autorisé parla rehgion et encouragé par l'exemple des dieux.
La vieillesse jouissait en Egypte de Beaucoup d'honneurs et de considération, et les législateur^ de la Grèce imitèrent ceux de l'Egypte , en ordonifaut aux jeunes gens de respecter les vieillards. Cette louable habitu(ïe annonçait et accompagnait une autre vertu, celle de la reconnaissance. L'ingratitude était ^n horreur, et les* Égyptiens ont eu la gloire d'être loués comme les plus reconnaissantsyles hommes.
Si les rois devaient consacrer leiu* temps et leur vie au bonheur de la nation, olle les payait de leur peine par sa reconnaissancf^ Fendant leur vie, les monarques se •voyaient* bon ores comme les images de la Divinité ; après leur mort, an les pïeiirait coiinne les pères du peuple.
Quand un roi j^ouvernnit mal, et consultait plus ses passions que les lois, on guriit^sait en silence ; les prêtres
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seuls lui faisaient de respectueuses remontrances ; mais lorsqu^il était mort, sa*mémoire était sévèrement condamnée ; car tous les monarques, en quittant le trône et la vie, étaient soumis à un tribunal qui examinait leurs actions, et prononçait, avec une inflexible justice, l'arrêt qui devait lionorer ou flétrir leur règne, et décerner ou refusel* les bonneurs funèbres à leurs mânes.
On comptait dans V&tbi trois ordres principalix, le roi ot les princes, les prêtres, les soldats ; et trois ordres secondaires : les bergers, les laboureurs et les artisans. Les terres qui faisaient le domaine du roi payaient les dépenses ^ sa cour et de Tadministiration. ,
Los biens des pj?ètres étaiein^aflfectés ^ux frais du culte et de Téducation nationale. Les terres données à Tarmée payaient la solde militaire.
L'ordre des prêtres était le plus respecté; ils entraient dans le conseil, et portaient un babit distingué. Le sacerdoce était héréditay'e. •
Lorsqu'on était dans la nécessité d'élire un roi, s'il n'était pas de famille sacerdotale, on l'initiait dans Tordre avant son inauguration. Les prêtres étaient exempts de tout impôt. Il pali'aît qu'ils avaient une religion secrète, différente dû culte pulÉic; ils connaissaient la Divinité, dont le peuple n'adorait que les images et les emblèmes.
Il existait aussi en Égyt)te des langues différentes : le langage sacré, que les premiei^ d'entre les pontifes connaissaient seuls* ; la langue hiéroglyphique , qui n'était bien entendue que par les savants, et la langue vulgaire, qui est encore celle que parlent les Gopbtes^ habitants de FËgypte moderne.
Lea législateurs égyptiens enseignaient le dogme de l'immortalité de Tàme, et croyaient à la métempsycose, pensant que les âmes, avant d'anijper d'autres corps humains, passaient dans ceux de quelques J)êtes immondes, pour expier leurs fautes si elles avaient été vicieuses ; et comme^ selon leur opinion, cette transmigration et ce
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ebfttimeBt n^ pouvaient comtneûcer qu'âprès^ la. corniption du cadavre) ils cherchaient à la retarder eu embau-mant avec soia les corps de lenrd parents. Ils construis salent avec beaucoup de magnificence leurs sépulcresi qu^ils nommaient des demeures éternelles, et ne considéraient leurs maisons que comme des hôtelleries.
U n'est pas celiain que les grands prêtres d'Égypté aient communiqué tous les secrets de leurs mystères et de leur culte au^ philosophes grecs qui venaient les visiter. Nous dirons, en peu de mots, ce que ceux'^ci nous ont appris de la religion des Égyptiens. Us adoraient plusieurs divinités, dont les premières étaient le soleil et la lune, sous le nom d'Isis et d'Osiris ; la 6rèce reçut d'eux le culte de Jupiter^ de Junon^ de Minerve,. de Cérès, de \\û* cain» de Neptune^ de Vénus et d'Apollon.
Les emblèmes sous lesquels ils représentaient leurs divinités étaient expressifs, mais bizarres. Un œil au bout d'un sceptre signifiait ia providence d'Osiris ; un faucon, sa vue perçante. La statue d'Isis, toute couverte de ma^ melles, montrait qu'elle nourrissait tous les êtres ; elle por^^ tait une cruchiB et un sistre, pour rappeler la fécondité du Nil et les fêtes q^H)n célébrait en son honneur. Sérapia^ dieu de l'abondance, avsùt un boisseau sur la téte^ Jupiter-Âmmon> la tête d'un bélier; Anubis, celle d'un chien; enfin beaucoup d'autres dieux^ celle de différents-animaux. Le peuple, naturellement supez^titieAix et grossier, oublia bi^atôt la divinité pouT' adorer ses images, et dans toutes les villes et bornas de ce vaste pays, on vit les animaux et les plantes^ érigés en dieux, devenir l'objet du culte le plus méprisable et le plus fanatique. Le rat ou le serpent, adoré dans une ville, était méprisé dans l'autre; on immolait dans un village ce qu!on encensait dans le village voisin ; et cette opposition d'opinions et d'usages faisait naître entre les habitants du môme pays des haine$ flmestes, que Diôdorc prétend avoir été provoquées par la politique d'un roi qui crut afformir son autorité en divisant ses sujets.
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IJnedes plus femeiises de leurs idoles fut le bœuf Apis^ universellement révéré. Jamais divinité n'eut des temples plus magnifiques, des prêtres plus riehes et plus zélés. Les honneurs qu'on lui rendait, les^. dépenses pour le nourrir, le désespoir après sa mort; Ti&mpressement à lui chercher un successeur, paraissent incroyables. Lorsqu'on l'installait à Memphis, toute l'Egypte était en fêtes et en réjouissances.
n paraît que cette vénération avait fait une profonde impression sur les Israélites, puisqu'ils se révoltèrent dans le désert contre Moise pour dresser un autel au veau d'or. .
L'affection des Égyptiens pour richtteumon paraîtra moins déraisonnable, puisque ce petit animal coitibattait le crocodile, monstre redoutable et fort commun dans les eaux du Nil.
La superstition générale était portée à un tel point, que le» personnes les plus distinguées de l'État s'empressaient de servir, dans leurs temples^ les chats, les oiseaux et les autres objets du culte populaire ; déplorable preuve de la faiblesse humaine, qui nous fait voir la pîtis sage nation de l'univers livrée aux, plus honteuses folies!
Beaucoup de monuments attestent les progrès du peuple égyptien dans l'astronomie, dailsla géométrie et dans plusieurs autres sciences. Regardés comme bons agriculteurs, leurs nombreuses conquêtes ont prouvé leur bravoure ; mais s'ils se vantaient d'avoir découvert beaucoup d'arts ^t de métiers, on doit convenir qu'ils les avaient peu perfectionnés. Leurs édifices ne présentent qu'une architecture colossale, sans goût et sans proportion; leurs statues sont informes et presque ébauchées; et leurs peintures, avec de vives couleurs, ne rappellent que l'enfance de l'art.
La navigation égyptienne s'étendait par la mer Rouge sur les côtes de y Afrique et de l'Asie; l'Egypte rapportait de l'Inde de grandes ricljesses, et peut-être qudques-uncs des lois et des connaissances dont elle s'honore.
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Ea général^ le peupie égyptien était gral^ et peu adonné au plaisir. Dans leurs festins, où régnait la'tempérance, on leur présentait uno tête de mort pour leur rappeler la brièveté de la vie.
lis faisaient peu de cas de la musique, regardant cet art comme propre à amolUr les mœurs. Les Égyptiens s'attribuent Tinventiiou de récriture ; ils traçaient leurs caractères sur Técorce d'une plante du pays nommée popyrus.
Ce que nous allons dire, d'après les Grecs, des temps fabuleux de l'Egypte^ fera connaître pIuB particu]Psrement l'idée que les Égyptiens s'étaient faîte d'Osiris, d'Isis, leur& premiers souverains et leurs premières divinités; car il est impossible de séparer le commencement de l'histoire d'un tel peuple de ses fables et de sa religion.