‹ Histoire ancienneChapitre 62 sur 116 · XERXÈS · texte numérisé non relu

XERXÈS

(An du monde 3519. — Citant Jésus-Cbrist 485.)

Malgré la décision de Darius, Xçrxès et Artabazane soumirent de nouveau leurs prétentions à l'arbitrage d'Artabaze, leur oncle : il prononça en faveur de Xerxès, et son frère, résigné, lui posa lui-même la couronne sur la tête.

Le nouveau roi confirma les privilèges accordés aux Juifs par ses prédécesseurs ; il marcba contre les Égyptiens, soumit les rebelles, confia le commandement de l'Egypte à son frère Achéménès, et revint à Suze. Ce fut dans ce temps que naquit eh Carie, dans la ville d'Halicarnasse, le célèbre Hérodote.

Xerxès, héritant de la haine de son père contre les Athéniens, rassembla ungr^md conseil pour déhbérer sur le projet qu'il avait conçu de porter ses armes au sein de

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la Grèce, et de faire construire un pont sur le Bosphore,afin d'y faire passer l'immense armée qu'il voulait commander lui-même.

Mardonius, dont les revers n'avaient point abattu Torgueil, partagea l'opinion du roi, flatta sa vanité, encouragea ses espérances^ en disant que tous les Grecs réunis ne pouvaient opposer de résistance à de telles forces commandées par un si grand monarque.

Artabaze, oncle de Xerxès, combattit cet avis de courtisan. « Rappelez-vous, dit-il à son neveu, les malheurs de « la guerre de Scythie ; je Tayais déconseillée: l'évene- (( ment n'a que trop! justifié ma prévoyance. ITous formez « une entreprise encore plus dangereuse'; vous attaquez ^ « des peuples braves, instruits, disciplinés, forts par leur a position, et plus redoutables encore par leur amour pour « la liberté. Déjà les Athéniens seuls ont défait l'armée « de Darius. Que ne devez-vous pas craindre de tous les « Grecs réunis ! Vous voulez construire un pont sur la a mer; quelle témérité ! Si les orages renversent ce pont, « si les Grées viennent le brûler tandis que vous serez dans « leur pays, toute votre armée périra. Je pense que vous a devez renoncer à cette guerre; mais au moins, si vous « persistez à la faire, restez au milieu de nous, et char- « gez Mardonius seuJr de commander cette expédition qui « lui inspire tant de eonjSance. Je suis si persuadé des a malheurs qu'elle entraînera, que j'ose vous faire une a, demande formelle : ordonnez que Mardonius et moi « nous laissions nos enfants ici ; qu'on tue les miens si la « guerre est heureuse, et que les siens soient immolés si « elle est suivie du funeste résultat que je prédis. »

Xerxès, irrité de cette opposition, dit à Artabaze : a Si a vous n'étiez pas mon oncle , je vous donnerais sur-le- « champ la mort ; mais vous recevrez un autre cliâti- « ment; et, tandis que j'irai me couvrir de gloire dans la a Grèce, je vous laisserai ici parmi les femmes, à qyi vous « ressemblez par votre lâcheté. »

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Le lendemain^ honteux de son emportement, Xerxès revit son oncle et répara ses offenses par des excuses. Il rendit justice à la sagesse de ses conseils ; mais il prétendit que son opiniâtreté pour la guerre venait de l'apparition d'un fantôme qu'il avait vu la nuit et qui lui con-^ seillait de persister dans cette entreprise. Artabaze employa tous les raisonnements de la philosophie pour lui prouver qu'on ne devait ajouter aucune foi aux songes : mais le roi, convaincu de la vérité de sa vision, exigea de son oncle qu^il prit ses vêtements royaux, et qu'il passât la nuit dans son palais, à sa place et dans son lit. Artabaze, dit Hérodote, ayant obéi au roi, vit le même fantôme qui lui reprocha de s'opposer à cette expédition. 11 cessa ses remontrances, et la guerre fut décidée.

C'est ainsi que le père de l'histoire adoptait et racontait des fables accréditées chez les Grecs, et qui entretenaient partout l'erreur et la superstition.

Xerxiès fit alliance avec les Carthaginois ; ils promirent d'attaquer, avec leurs alliés, lesGi^ecs en Sicile* et en Italie ; jamais un peuple moins nombreux ne fut exposé aux coups d'un plus terrible orage. Le roi de Perse, à la tète de toutes les nations de l'Orient, et lesXarthaginois, suivis de celles de l'Occident^ se précipitèrent à la fois sur la Grèce, et la menaçaient d'une entière destruction. La flotte de Darius avait péri en doublant le mont Athos. Le roi, voulant éviter un pareil désastre, ordonna qu'on perçât cette montagne, et lui écrivit en même temps en ces termes : « Superbe Athos, qui portes ta tète jusqu'au oiel, « ne sois pas assez hardi pour opposer âmes travaiUeui's « des roches qui résistent à leurs efforts. Si tu avais cette « témérité, je te couperais en entier et te précipiterais dans « la mèr. »

Tant d'orgueil et tant de folie ne pouvaient présager que de honteux revers.

Xerxt4f'arrivé en Phrygie, fut étomié de la richesse du pays; il en eut une piHîuve par la magnificence d'uu Ly-

22^ PEUPLES b'aSIE. [â?. J.-G. A85-&88.1

dien nommé Py thiua^ que le commerce et les miaès de ses domaines avaient rendu si opulent, qu'iliui ôflfrit quarante-six millions pour défrayer soù armée. Le roi, ne voulant "pas se laisser surpasser en générosité, refusa ses dons et lui fit de riches présents; mais, par une inconséquence qu'on remarque dans le caractère de tous les hommes de ces temps barbares, après avoir prouyé sa reconnaissance à Pythius, il fit égorger son fils, parce que le malheureux père cherchait à Texempter du service militaire.

Lorsque Tarmée fut rassemblée le long de la côte de THellespont, Xerxès fit placer son trône sur le haut d'une montagne pour jouir avec orgueil du spectacle de ses vaisseaux qui couvraient la mer et de ses troupes innombrables dont la terre était surchargée. Puis tout à coup il versa un torrent de larmes en pensant que de tant de milliers d'hommes il n'en resterait pas un dans cent ans. Artabaze lui dit alors : « Puisque la vie des hommes est si « courte, les rois^devraient la rendre heureuse, au lieu de à Tabréger par tant de guerres injustes et inutiles. — Eh « quoi I répliqua Xerxès, envoyant tant de forces^ dou- « tez-vous encore du succès de cette entreprise? — Oui,ré- « pondit Artabaze ; deux craintes surtout m'occupent. « sans cesse : Tune vient de ce nombre immense de sol- «dats qu'aucun pays ne pourra nourrir; l'autre est cau- « sée par cette quantité innombrable de vaisseaux qui ne « rencontreront nulle part des ports assez vastes pour les « recevoir et les abriter. » Il donna ensuite beaucoup de sages conseils' au roi, entre autres celui de ne point employer les Ioniens dans cette guerre , parce que leur origine grecque devait inspirer une juste défiance.

Xerxès ne suivit pas ses avis; mais il le combla de marques d'honneur, et lui laissa en partant le gouvernement de l'empire.

On fît construire un pont de bateaux sur l'HeUespont,» gu'oil nomme aussi le détroit de Gallipoli; ce pôiit avait un quart de li^ue de long; il fut brisé par une violente

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tetnpête. Xentèa, furieux," commanda qu'on donnât trois cents coups de fouet à la mer et qu'on y jetât des chaînes de fer. Il lui disait dans ses imprécations : « Perfide éléa ment, ton maître tepunit pour l'avoir outragé ; mais mal- « grè ta résistance, il saura bientôt traverser^tes flots ! »

Après avoir fait couper la tête aux entrepreneurs du pont, il en fit construire deux autres : l'un pour l'armée, l'autre piourles bagages. Lorsqu'ils furent achevés, on les , couvrit de fleurs et de brancjies de inyrte. Xerxès^ ayant fait des Ubations et des prières au Soleil, jeta dans la mer un cimeterre, des vases et des coupes d'pr. Il traversa enfin l'Hellespont, et son passage dura sept jours. Son armée pénétra dans la Thrace; sa flotte suivait la côte, ; Arrivé près de Dorisque, à l'embouchure de l'Hèbre, il fît la revue de ses troupes, qui se montaient à dix-huit cent mille hommes.

Les nations situées au delà de FHellespont lui donnèrent un renfort de trois cent mille soldats. Sa flotte se composait de douze cents vaisseaux de combat : chaque bâtiment portait deux cent trente hommes ; ils étaient suivis de trois mille petits vaisseaux, ûiontés chacun par' quatre-vingts hommes Ainsi, lorsque Xerxès arriva aux Thermopyles, ses troupes présentaient un nombre de deux millions six cent quarante et un mille six cent dix hommes, sans compter les esclave», les eunuques, les vivandiers et les femmiés; de sorte que, suivant lé calcul d'Hérodote, de Plutarque et d'Isocrate, le nombre des personnes qui suivirent Xerxès était de cinq millions deux cent quatre-"sdngt-troîs mille deux cent vingt. Diodore et Pline diminuent considérablement ce calcul. L'inscription placée, par Tordre des Amphictyons, sur le tombeau des Grecs tués aux Thermôpyles, marque qu'ils avaient combattu contre trois millions d'hommes.

Après avoir fait l'énumération de ces troupes, Justitf jremarque avec raison qu'il ne manquait à cette armée innombrable qu'im chef.

2S4 PEUPLISS B'aSIE. [Av« Jf.r<;. MHiS^]

Xerxès ayait à sa suite Démarate^ bansd de Sparte : il s'étonnait qu'on eût osé exiler un roi. « N'en soyez point (( surpris» lui dit Démarate : à Sparte, la loi est plus foile « que le prince. » Xerxès lui demanda s'il croyait que la Grèce, étant pauvre, osât résister à un monarque aussi riche et aussi puissant que lui. « La Grèce , répliqua le « Lacédémonien^ est pauvre , mais vertueuse ; elle osera « tout pour éviter la servitude. Quand les Spartiates se- « raient abandonnés de tous les Grecs, seuls ils vien- « draient vous éombattre. La loi leur défend de fuir, et «ils redoutent plus la loi que vos sujets ne vous craicc gnent. »

Au bruit de la marche des Perses, Lacédémone et Athènes demandèrent partout des secours. Tous les peuples de la Grèce en promirent; -mais la jalousie du com-* mandement refroidit les uns ; d'autres furent retardés par des oracles; plusieurs, glacés de crainte, prirent le honteux parti de la soumission. Les troupes de Platée, toujours braves et fidèles, furent encore les seules qui arrivèrent. Les Athéniens rappelèrent les bannis, et entre autres Aristide. Us prirent pour chef Thémistocle ; le La^ cédémonien Eurybiade fut nommé généralissime. Il fallait disputer l'entrée de la Grèce ; la Thessalie devait être la première attaquée, Un corps de troupes grecques occupa le défilé des Thermôpyles, passage étroit entre le mont QEta et la Phocide; il n'avait que vingt-cinq pieds de largeur. Le roi de Sparte Léonidas commandait les Lacédémoniens ; toutes les forces réunies de la Grèce ne s'élevaient pas, dit Pausanias, àplus de onze miQe deux cents hommes, dont quatre mille pétaient placés aux Thermôpyles. Xerxès, après avoir vainement essayé de gagner Léonidas par des promesses et des présents, lui ordonna de lui livrer ses armes. Le roi de Sparte répondit fièrement : « Viens les prendre. »

Les Mèdes attaquèrent les Grecs, et furent battus. Les dix mille gardes du roi de Perse, qu'on nommait les im--

[èa5-ftW av. J.-CO PERSES. 225

mortelsy tentèrent une nouvelle attaque qui n'eut pas plus de succès. Malheureusement un perfide Thessalien V indiqua aux Perses un sentier par lequel ils franchirent ' et tournèrent la montagne. Léonidas, informé de ce mouvement, #envoya les alliés et resta dans le défilé avec trois cents Spartiates : il était décidé à mourir, parce qu'un oracle avait dit qu'il fallait, dans cette gueire, que Lacédémone ou son roi périt. Après un long et sanglant combat ils furent tous tués, excepté un seul qui se sauva à Sparte, où ses concitoyens le trsdtèrent comme un lâche.

Xerxès, pour forcer ce passage défendu par si peu d'hommes, perdit vingt mille soldats et deux- de ses frères.

Les Grecs, peu de temps après, remportèrent une vic- . toire navale; mais, malgré cet avantage, leur armée de mer, qui devait défendre TAttique, se retira à Salamine. Xerxès s'avança et ravagea toute la Phocidc. Il apprit avec étonnement qu'au milieu des dangers et des malheurs qui accablaient toute cette contrée, les Grecs, plus occupés de la gloire que de la fortune, célébraient tranquillement leurs jeux à Olympie.

Il voulut piller le temple de Delphes ; un orage effrayant, qu'il prit pour une menace des dieux, le fit renoncer à ce dessein. 11 marcha sur Athènes/, les Athéniens, rassurés par un oracle de Delphes qui leur avait prédit qu'ils ne trouveraient leur salut que dans des murailles de bois, abandonnèrent tous la ville en la laissant sous la sauvegarde de Minerve, et se retirèrent sur leurs vaisseaux. Xerxès entra ainsi sans obstacle dans Athènes : il brûla la citadelle, et envoya à Suze une immense quantité de tableaux, de statues et d'effets précieux. Les Lacédén»niens, voulant éloigner les ennemis, proposaient d'envoyer leur flott%à Corinthe ; les Athéniens prétendaient que Salamine (^ait une situation plus a^^antageuse pour le combat. On suivit leur avis et on y resta. Xerxès vint bientôt les y attaquer, malgré les conseils.de la reine Artéaiisé, son alliéo^, qui craignait l'habileté maritime des

KBïïPUBS.B'ASIE. [A?. I,-C« 485-485,J

Grecs, et voulait qu'on ne les. attaquât que sur terre. Le roi de Perse vit la bataille du haut d'une montage où on avait placé son trône. Thémistocle commandait la flotte grecque, composée de trois cent quatre-vingts bâtiments. Le vent était contraire aux Perses, et Tespace trop étroit pour le grand nombre de leurs vaisseaux. Le combat fut d'abord très-vif; mais Thémistocle s'étant approché des Ioniens, et leur ayant rappelé leur origine grecque et l'amour qu'ils devaient à leur ancienne patrie, ils abandonnèrent Tarmée. de Xerxès et s'éloignèrent.

Cette défection porta le désordre dans l'armée des Perses ; tous leurs vaisseaux prirent la fuite. La reine Artéijdse, seule, se battit longtemps; ce qui fit dire à Xerxès que, dans cette affaire, les hommes s^étaient conduits en femmes, et les femmes en hommes.

Lés Athéniens irrités voulaient prendre le vaisseau d'Artémise; mais cette reine, se voyant poursuivie de trop près, arbora le pavillon grec, attaqua un vaisseau perse, et le coula à fond; les Grecs, la cîpoyant alors de leur parti, lui laissèrent le champ libre = pour sa retraite. On prit un grand nombre de vaisseaux perses, et plusieurs furent détruits. Les iadMés du roi se retirèrent chacun dans leur pays. . ~

Thémistocle annonça adroitement le projet de partir avec la flotte grecque pour rompre le pont du Bosphore. Xerxès, trompé et alarmé par ce faux bruit, prit sur-lechamp la résolution de retourner ^en Asie, en laissant trois cent mille hommes à Mardonius, qu'il chargeait du soin, de soumettre la Grèce. La marche du roi dura'quara«te-cinq jours; son armée, dépourvue de vivres, se nourrissait d-e racines sauvages et d'écoroe d'arbre. Ces mauvais aliments et la fatigue répandirQjit la peste dans les trpupes, et en détruisirent la plus grande partie.

Les débris de sa flotte étaient revenus à Gumes en Éolie. Lorsqu'on arriva^ au Bosphore, on trouva le pont brisé par; une tempête ; ce superbe Xerxès, qui avait naguère

[A85-/i35 av. J.-C] PERSES, -227

étonné TAsîé par sa magnificence, enchaîné le B(>sphore par ses yaisseaus;, effrayé FEurope par des millions de soldats, se vit ôbligé,«à son retour, de traverser la mer seul, dans uiie petite barque de pêcheur.

.Mardonius, après son départ, prit Ses quartiers d'hiver en Thesâalie. Le printemps suivant, il entra en.Béotie» Par ses ordres, Alexandre, roi de Macédoine, et plusieurs satrapes de Perse, se rendirent à Athènes pour offrir la ^aix à cette république. Ils étaient chargés de lui présenter les plus grands avantages si elle voulait se séparer de la ligue *de^ Grecs. Sparte, effrayée, envoya, de son côté, des ambassadeurs aux Athéniens pour les engager à ne pas rompre leur alliance. Aristide, premier archonte de la république, représenta aux Lacédémoniens que leur < défiance était une injure non méritée; il repoussa avec indignation les ofiires de Mardonius, lui dit que les Athé:nrens seraient ennemis des Perses tant que le soleil éclairerait la terre, et reprocha au roi de Macédoine doso ' déshonorer par de tels messages, Mardonius, furieux, entra en Attique 9,vec ses trois cent mille hommes.

Les AthénieijLS abandonnèrent encore une fois leur ville. L'ardeur pour la guerre était si grande, que les fenames " athéniennes lapidèrent Lycidas, qui osait parler de paix.

Slardonius entra dans Athènes, et détruisit tout ce qui avait échappé aux flammes l'année précédente. Après cette expédition, il se retira des montagnes de l'Attique, croyant que les plaines de la Béotie lui offriraient des champs de bataillé plus avantageux pom» sa nombreuse cavalerie. Il campa sur la rivière d'Asopé.

L'armée des (îrecs était composée de soîxanté-six mille hommes, parmi lesquels on comptait cinq mille Spartiates et huit mille Athéniens. Pausanias commandait les premiers,' Aristide, les seconds, les Grecs remportèrent un preoiiér a9rant|j|é dana lan combat de cavalerie. Masystyas, quW^Mfet eelle*â^i?s Perses, y^fut tué. Lé prince Arta]|aze;.i^P^s sage et jamais écouté, voulait qu'où

2Î8. *EUPLE3 D'AâlE. [Av. J.-iG. A85-A3i>,]

sp retirât sûus les murs de Thçbes pour y: rassembler des vivres et pour laisser refroidir l'ardeur des troupes qui étaient vcjiues au secours des Athéniens. Mardonitis, trop . ardent pour suivre ce prudent avis*, voulut qu'on livrâf: bataille le lendemain. Le roi dç Macédoine le trahit et avertit la nuit les Grecs de ce projet. Ils se retirèrent et marchèrent du côté de Platée. Mardonius , prenant ce nH>uvement pour une fuite, les poursuivit et chargea les Lacédémoniens» pendant qu'un autre corps de son armée attaquait les Athéniens pour les empêcher de se joindre à leurs alliés. La bataille fut sanglante et longtemps disputée ; mais Mardonius ayant été tué dans ce combat, les Perses découragés prirent la fuite, et les Grecs en firent ' uû grand carnage. Àrtabazo se retira avec quarante mille hommes, arriva à Byzançe et passa de là en Asie. Tout le reste de trois cent mille hommes que commandait Mardonius fut tué ou pris, à l'exception de quatre mille hom; mes, qui trouvèrent le moyen d'échapper à la fureur de leurs ennemis.

Depuis ce temps aucune armée persane ne passa l'Hellespont. Le jour même de la bataille de Platée, la flotte grecque attaqua celle des^ Perses, qui retirèrent leurs vaisseaux sur la terre près de la ville de Mycale, et les environnèrent de retranchements. Les Grecs débarquèrent sur la côte : secondés par les Ioniens, ils forcèrent les retranchements et Brûlèrent tous les vaisseaux. Léotycliide, roi de Sparte, et Xantippe l'Athénien, commandaient les Grecs. Après leur victoire, toutes les villes de rionie se révoltèrent contre les Perses et entrèrent en confédération avec la Grèce. Xerxès était à Sardes lorsqu'il apprit ces deux défaites; il s'éloigna de la céte, et ^e retira à Suze. Pendant son séjour en Lydie, il avait conçii une passion violente pour la femme de Maryste, son frèrq. Ne pouvant vaincre la vorlu de cette femme par ses prières, il voulut la gagne? par des bienftuts. Elle avait une fille nomméj Arsaiute ; il la donna en mariage

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à^on fils Parias. Mais Tépouse de Maryste, persistant dans ses refus, découragea soû amour. Il s'enfiamtna . ^ alors pour sa nouvelle belle-fille, qui tf&vfut pas si rigoureuse que sa mère. Xerxès avait reçu une magnifique robe de la reine Amestris, sa fenune. Af sainte la lui demanda. Il eut la faiblesse de la lui donner ; ^ et cette femme, vaine aj||gpt que corrompue, la porta publique- . ment. Amestris o^int furieuse; elle résolut de se venger, non de la fille coupable, mais de la mère, qu'elle regardait comme la première cause de tous ses chagrins. L'usage de la cour de Perse exîgeait^ que, le jour de la naissance du roi, il accordât à sa femme tout ce qu'elle demandai.t. Ce jour étant arrivé, Amestris demanda que la femme deMaryste lui fût livrée. Xerxès résista quelque temps, mais fiîait par céder. La barbare Amestris, maitresse du sort de la princesse, lui fit couper les mamelles, la langue, le nez, les oreilles, les lèvres, les fit jeter aux cbiens en sa présence, et la renvoya ainsi mutilée dans da maison de son mari. Maryste, au désespoir, partit pour la Bactriane, résolu d'y lever une armée et de venger son épousé. Xerxès , informé de son dépaii;, le fit poursuivre par quelques cavaliers,, qui le tuèrent avec ses enfants. Après la mort de ce prince, le roi donna le gouvernement de la Bactriane* à son second fils Hystaspe', dont l'éloignement ouvrit à sou frère Artaxerce le chemin du trône.

Amestris. aussi superstitieuse que cruelle, voulant apaiser les dieux infernaux et s'attirer leur faveur, leur offrit en sacrifice quatorze enfants des f^piilles les plus distinguées de Perse, qu'elle fit immoler èur un bûcher. Les crimes de cette reine, la faiblesse tlu roi^ ses débauâ^Bs, ses honteuses défaites, l'innombrable qij(|ntité de^icfimes sacrifiées en Grèce à l^oniol orgueil, excitèrent la haine et le mépris de ses suje.% Un Hyrcanien,yiommé Artabaae, ?af4|aine des g^des et favori di*>rc4» avait reçu de lui 4'ordre de, tuer Darius, un ^^ ses fils. Espérant que

230 PEUPl.ES D^ASIE. [Av. J.-C. 436-A0&.]

Xerxès révoquerait cet ordre, il en suspendit Texécution ; maïs, voyant que le roi se piaignait de n'avoir pas encore été obéi, et craignant son ressentiment, il entra la nuit dans son appartement avec Mithridate , un de ses grands officiers, d; le poignarda.

Les deux meurtriers aQèrent sur-le-champ trouver Artaxerce, troisième fils de Xerxès ; ils Itii dirent que Darius, son frère, venait d'assassiner le roi gt voulait aussi se défaire de lui. Le jeune Artaxerce, bouillant de colère, courut à Tappartement de son frère et le tua. Le trône devait appartenir à Hystaspe, second fils du roi; mais il était en Bactriane. Artabane, profitant de son éloignement, donna, de concert avec ses amis/ le scèptrô à ArtaxercC) espérant bien le renverser et lui succéder. Il cuvait un grand parti dans le royaume, et sept fils distingués par leur bravoure, qui possédaient les premières dignités de Tempire. Tandis qu'il tramait cette dernière conspiration, Artaxerce découvrit tous ses crimes, le fit mourir, et s'affermit sur le trôné par cet acte de justice/ et de vigueur. * ^

ARTAXERCE LOl^GUE-MAIN.

(An du monde 3668. — ÀTant Jésug-Chriit 436.)

Les fils d'Arbatane, à la tête d'un gtand parti, prirent lès armes pour venger leur père et livrèrent bataille à Artaxerce; mais ils furent vaincus et envoyés à la mort avec leurs complices. Mithridate , eunuque et grand officier, périt par le supplice dei auges [l).

Artaxerce marcha ensuite» contre son frère Hystaspe, et après un combat indécis, le défit entièrement et ruina son partj^>^Tandis*pie les rois d'Or^ient épouvantaient le

(l) C*était ui^e torture horrible : le coadamné 4tAit eufermé eutre deu^ troncs dV- Drc creusés; il n'en ^rtait que ^a tête, ses pieds et ses mains qu'on enduisait de nKfiilhaiisuîte on i'éxpofltit êf^'ardènr du soleil. Là,^n le forçait à prendre de tli nburriturc; etiiTant de moiA>ir, il laiffbissait i^lusieun jours, ct^ns Ues iQurmentg aflmg, déTQfé par le* veri et par lerogeotei.

monde par ïant d'actes de cruauté, les républiques lui donnaient constamment la preuve de leur ingratitude. Thémistoele avait ^auvé Athènes : il fut banni par ses compatriotes. Le roi de Perse mit sa tête à prix, et promit deux cent jinUle écus à celui qui le livi'erait: Ce grand homme, réfugié chez un ami, sortit de sa retraite, se fit conduire à Suze dans un de ces chariots couverts destinés en Orient à porter les femmes, et sur lesquels la jalousie nationale défendait de jeter des regards indiscrets. Arrivé dans la capitale de Tempire, il se rendit au palais, s*a-^ dressa au capitaine, des gardes, lui apprit qu'il était Grec, et qu'il voulait révéler au roi un secret important. Admis à Taudience de ce monarque, il lui dît avec fierté : «Je suis « Thémistoele l'Athénien : exilé par mes compatriotes, je « viens vous demander asile. J'ai lait souvent beaucoup^ o: de jtnal-aux Perses; quelquefois aussi je leuf ai donné « de salutaires conseilà". Aujourd'hui je suis en état de « leur rendre de grands services. Mon sort est entre vos « mains : vous pouvez signaler votre clémence ou votre « colère. Par l'une, vous sauverez un guerrier suppliatit ; « par l'antre , vous perdrez un homme qui est devenu le 0 plus grand ennemi de la Grèce. » Le roi ne lui fit aucune réponse; mais, après l'avoir congédié, 11 pria son dieu Arimane d'injspirep toujours à ses ennemis l'idée funeste de se défaire ainsi de leuirs plus braves généjaux; et la nuit, dans les transports de sa joie, il s'écria plusieurs' fois : « Enfin, je tiens en ma puissance Thémistoele l'A^ « thénien 1 » ^

Celui-ci étaifloin d'être tranquille sur son sort : la garde l'avait insulté, les courtisans l'évitaient, et le sombre silence du roi lui présageait une triste destinée. Mais, le lendemaio, Artaxerce le fit appeler, et, en présence de tous les grands de sa cour, lui dit : « J'ai promis Seux « cent mille écus à celui qui ^ous livrerait à moi : Vous « les avez gagnés vous-mêùie. Je vous les donne, et vous . « les toucherez diaque année. ï>

232< PEUPLES D'ASIE. [Av* J.-Cv43«*40/Ul '

Thémistocle , s*étant ainsi coHcUié les faveurà Su roi, s'établit à Siize , s^y maria, et jouit longtemps d'un trèsgrand crédit. On l'entendit souvent s'écrier au milieu de sa nouvelle famille : « 0 mes enfants ! sans notre infor- « tune, combien nous aurions été malheiureux I »

Depuis Texii de Thémistocle, Cimon avait été placé à la tète du -gouvernement d'Athènes. Sous ses ordres, les Athéniens poursuivirent le cours de leurs triomphes et multiplièrent leurs sucecès. Cimon attaqua les Perses^ et leiu: reprit toutes les îles dont ils s'étalent emparés. Il les c)f$Lssa de toutes les côtes de la Grèce et de l'Asie, enleva plus de deux cents vaisseaux à Artai^erce , et détruisit toute sa flotte à l'embouchure du fleuve Eurymédon. Il prit dans le même temps quatre-vingts bâtiments phéni- ^éns qui venaient au secours des Perses, ^t chassa les Barbares de la Chersonèse de Thrace. Cependant, à son retour , on le mit en jugement pour avoir négligé de conquérir la Macédoine.

Le roi de Perse , inquiet des progrès des Grecs , donna ordre à Thémistocle de marcher avec une atmée contre Athènes. Ce grand homme, ne voulant ni manquer de reconnaissance envers le roi, ni trahir sa patrie, fil un sacrifice solennel aux dieux, embras^sa sa famille, ses amis, et s'empoisonna.

Sa^mprt augmenta sa gloire ; et Àrtaxerce, jugeant du courage de tous les Grecs par celui d'un seul homme , n'espéra plus triompher de tant de vertus j et renonça à ses projets d'invasion. . ^

Quelque temps après , les Égyptiens secotièrent le joug des Perses, et prirent pour roi Inarus. Les Athéniens leur envoyèrent deux cents vaisseaux et des troupes qui battirent les Perses et leur tuèrent cinquante mille hommes* Artax^rce, l'année suivante, fit marcher en Egypte une armée de trois cent mille 4iommes , sous le commandement de son frère Acliéménide. Charitimes, général des Athéîiiens, avait remoifté le Nil et s'était joint âr Inarus. Ils

[AdC^&Oè a?. J.-G.] PBRôES. 23a

livrèrent bataille. à Âchéménide , qui perdit la victoire et la vie; Cent mille Perses furent pris ou tués. Les débris de rarmée se relirèrient à Memphis, où ils soutinrent un siège de trois ans.

Artaxerce fit encore marcher une nouvelle armée contre les Égyptiens. Artabaze et Mégabyse, quila commandaient,remportèrent une grande victoire sur Ina&us et sur les AtbénieQs. rnarus se réfugia dans Biblos , 'où il fut prié après une longue défense. Toute TÉgypte se soumit: un prince, nommé Amyrtéé , se maintint seul indépendant , avec un faible parti, dans une contrée marécageuse et inaccessible. La flotte des Perses détruisit , dans le NU , celle des Athéniens.

Lorsque Mégabyse iwit le roi Inarus, il lui promit la vie; mais la Teine-mëre Amestris , inconsolable de la mort de son 81s Achéménide, exigea d'Artaxerce qu^il lui livrât son prisonnier. Le roi y consentit au mépris du droit des gens 'et de ses serments. La cruelle Amestris fit crucifier Inarus et tranpher la tète aux autres prisonniers.

Mégabyse se crut insulté par la violation d'une capitulation qu'il avait signée. Il se jetira dans son gouvernement en Syrie, y rassembla ses troupes, et marcha contre le roi Artaxerce, dont il avait épousé là sœur. Osiris commandait les troupes d'Ataxerce : il fut vaincu et pris par Mégabyse , (fjl le renvoya généreusement au roi. Une nouvelle armée fut encore battue. Après cette victoire, Amytis, sœur d'Artaî^prce, réconcilia le roi avec son mari Mégabyse. Depuis cette réconciliation, Mégabyse, se trouvant à la chasse;^ vit un lion, près de dévorer le roi; il plongea son javelot** dans le corps de cet animal et le tua. Artaxerce , trouvant qu'il lui avait manqué de respect en le prévenant et en frappant avant lui le lion qu'il combattait , ordonna qu'on lui tranchât la tête. Amestris et- AtoVtis obtinrent avec beaucoup de peine la révocation de dette sentence. Il fut» exilé pour la vie à Cyrta, sur la mer Rouge; mais au bout dji3 cinq aug le roi le rappela et lui rendit sa faveur.

Le roi ^ disposé comme ses prédécesseurs en fevem» des Juifs , envoya Esdras et Néhémie à Jérusalem pour y établir ies lois et le culte du vrai Dieu. Esdras retrouva lès livres de Moïse, et les mit en ordre. Tandis qu'il complétait ainsi Tbistoire sacrée, Hérodote commençait à puMer en Grèce son histoire profane. '

, L'inconstance des Athéniens n'épargnait pas Cîmon: malgré ses éclatants services , il fut quelque ijcmps exilé. Mais la division de. Sparte et d'Athènes le rendit liécessàire : on le rappela. Il réconcilia ces^deux républiques; et, pour détourner ses concitoyens du désir funeste d'attaquer leurs voisins, il dirigea leur ardetir contre l'ancien ennemi de la Grèce, envoya cinquante vaisseaux à Amyrtée, et se porta lui-même sur les côtes de Chypre^ où il rencontra la flotte des Perses, commandée par Artabaze. Il la battit, lui prrt cent vaisseaux, et la poursuivit jusqu'auprès de Tyr. A son retour, il fit une descente eu Gilicie, défit M^abyse, et Jui tua un grand nombre d'hommes.

Ces victoires de Gimon et la mort de Thélfiistocle faisaient craindre au roi de Perse de nouvelles défaites et déplus grands malheurs. D'un autre côté , la Grèce , ignorant' la destinée de Thémistocle, croyait qu'il allait marcher contre elle à la tête des Perses, et redoutait une nouvelle invasion. Cette terreur réciproque et la fatigue d'uùe si longue guerre disposèrent les esprits à la paix. On conclut un traHp par lequel on stipula que toutes les villes grecques d'Asie seraient libres , qu'aucun vaisseau de guerre du roi fie naviguerait sur les mers qui sont entre le Pont-Euxin et la Pamphilie , et que les troupes persanes se tiendraient éloignées de trois jours de marche de ses côtes. En revanche, les Athéniens promirent de n'attaquer aucune possession du roi. Aiiisi finit c^te guerre, qui avait duré cinquante ans.

Le traité n'était pas çigné lorsque Cimon mourut; et, comme il craignait que sa perte fie changeât les dispositions pacifiques du roi de Perse , il ordonna olus, officiers de ca-

[4a(HMA ay. J.-GO . ' p!e»8x;s. ^35

cher sa moi^t^ de continuer à donner les ordres en son uoin^ et de rameoer ainsi promptement la flotte à Athènes..

La pesté désolait TAttique et se répandait en Perse, bù elle causade grands ravages. Artàxerce voulut faire venir . près de lui le célèbre Hippocrate, Ce grand homme' refusa les présents et les dignités qu'on lui pfifcait, pour consacrer exclusivement ses talents et ses services à son pays. Le roi, irrité de ce fefus, menaça les habitants de Cos* patried'Hippocrate, de détruire entièrement leur cité, s'ils ne lui livraient leur compatriote. Ils répondirent qu'ils n'étaient paç plus effrayés des menaces du roi qu'ils ne l'avaient été de celles de Darius et de Xerxès, et qu'en cas d'attaque ils comptaient sur la même protection des dieux.

Bientôt la gueite du Pélopouèse divisa les Grecs et prépara leur ruiné. Tout le peuple, désuni devint la proie de ses ennemis. ^

Les Lacédémoniens briguèrent l'alliance du roi de Perse, et lui demandèrent des secours. Le roi leuç envoya .un ambassadeur, qui fut pris et conduit à Athènes. Les Athéniens le traitèrent avec beaucoup d'égards, parce qu'ils désiraient aussi se concilier la bienveillance du roi. Ils renvoyèrent même en Asie cet ambassadeur, accompagné de quelques^ uns de leurs concitoyens, chargés de négocier avec la cour de Perse. Mais , en débarquant à Éphèse , ils apprirent la mort du roi et retournèrent à Athènes. •

Artaxerce avait régné quarante-neuf ans. Ses sujets vantaient sa bonté ,- sa générosité, parce qu'il s'était montré moins cruel et moins extravagant que Xerxès. Le seul iils qu'il eût de la reine lui succéda. Il s'appelait Xerxès. Le roi laissait dix-sept autres enfants de ses concubines, entre autres Sogdien , Ochus et Arsite. "•

XERXÈS îl.

Xerxès ne régna que quarante^^inq jours, qu'il passa dans la débauche, S'étant endormi en sortant d'un festin', Sog-

^30 PEUPySS 0'aSIE. [Ar. JL-C lSM«i,]

dien entra dans son appartement avec l'cwmqoe Eiiarnadas^ Tassassina et s'empara du trône.

SOGDIEN.

Le nouveau roi fit mourir le plus fidèle des eunuques d'Aiiaxerce, le jour même où il avait conduit au tombeau le corps de^ce monarque et celui de safemme^ Sogdien savait qu'il était haï par les grands et par Tannée,, et croyait ne pouvoir conserver son autorité qu'en inspirant la crainte. Mais tout ce qui efiraie tremble, c'est l'eiSet inévitable de la tyrannie. Le roi, poursuivi par ses remords et ses terreurs, croyait voir partout des conjurations. Son frère Ochns ne fut pas à l'abri de ses soupçons, et , dans l'intention de s'en défaire, il lui ordonna de venir à Suze. Mais celui-ci, pénétrant son dessein, publia hautement qu'il voulait venger la mort de Xerxès. La plupart des grands,se déclarèrent pour lui!, ainsi que l'armée. On plaça la tiare sur sa tète et on le proclama roi. Le lâche Sogdien osait assassiner, mais ne savait point combattre. Il se rendit à son frère, qui le fit mourir par le supplice des cendres, fort usité alors en Perse. On remplissait de cendre une tour jusqu*à moitié de sa hauteur ; du sommet de cette tour on précipitait le criminel , et ensuite , avec mie roue, on agitait autour de lui la cendre jusqu'à ce qu'elle i'étouffàt.

Sogdien* n'avait régné que six mois. Ochus, maître de l'empire , prit le nom de Darius : le peuple y joignit celui de Nothus, c'est-à dire bâtard.

DARIUS NOTHUS..

Ce roi ne jouit pas paisiblement du trône où la mort de Sogdien le faisait monter. Son frère Arsite se révolta contre lui , soutenu par les Syriens que commandait Astyphius , fils de Mégabysc. La fortune , dans le commencement , fut favorable au rebelle. Il remporta deiix victoires sur Tar-

[4M-â0â»?, J.-C.] PERSBS. 237

mée royale ; mais dans un troisième combat , ses troupes rabandomièrent , prirent lafuite , et laissèrent Artyphius , leur général, dans les chaînes des Perses. Darius voulait le faire mourir : Parysatis, sœur et femme du roi, lui conseilla de traitet son prisonnier avec clémence^ poiup tromper Arsite par cette feinte douceur. En effet, cet infortuné'prince, informé de la générosité du roi, capitula et se rendit. Darius était porté à lui sauver la vie; tnaisla cruelle Parysatis le détermina à le faire périr dans les cendres, ainsi qii'Artyphius.

Une autre révolte, excitée en Lydie par le gouverneur de cette province, fut promptement apaisée. Darius était entouré par trois eunuques qui le gouvernaient. La plupart des princes sont les esclaves des courtisans qui les envirôunent : ils ne voient que par leurs yeux , ils punissent et récompensent selon leurs caprices. Ces esclaves deviennent les maikes de leurs maîtres, leur font perdre Testime et Tamoiur de leurs peuples, et finissent souvent par coni^îrer. contre eux.

L*un de ces trois eunuques, nommé Artoxare, conçut le projet de tuer Darius et de monter sur le trône : Parysatis découvrit sa trame, et l'envoya au supplice.

Les Mèdes, croyant là circonstance favorable pour secouer le joug des Perses, se révoltèrent ; mais ils furent battus et plus assujettis que jamais ; car une rébellion sans succès affermit le pmivoir qu'elle attaque, et rend plus pesantes les chaînes ^u'on a voulu rompre.

Une révolte plus dangereuse éclata en Egypte. Amyrtée sortit de ses maréds, se fit déclarer roi, et chassa les Perses de ses États.

Le règne de Darius, toujours troublé par des séditions, fut ensanglanté par les crimes^de Parysatis, dont les intrigues entretenaient dans la famille royale une funeste division. Elle favorisait un de ses fils, nommé Cyrus, et obtint pour lui le gouvernement des frontières de la Grèce.

-Î38 iEUPUBS D'ASIE. [Av. X-C. 4M-M1.I

Ce jeuùe prince, rempli d'ofgtiBil et d^ambijion , avait fait mourir deux de ses parents, parce qu^ils s'étaient préseutés devant lui sans couvrir leurs mains avec les manches de leurs robes, comme Tétiquette Texigeait. €yrus, entouré de mécontents, cherchait à grossir soù parti, disposait les esprits à la révolte et aspirait ouvertement au trône. Parysatis appuyait ses prétentions; mais Darius soutitit les droit$ d'Arsace, son fils aîné, lui donna le nom d'Artaxerce, le désigna pour son successeur, le coiu'onna et contraignit Cyrus à sortir de sa province et à revenir près de lui.

Artaxerce avait épousé Statira, fiUe d'un satrape. Teriteuchème, troisième fils de Darius, était marié avec une fille de Parysatis, appelée Amestris ; mais étant devenu amoureux de Roxane, sœur de Statira, il tua sa femme pour être libre et pour épouser Roxane.. ' Le roi voulait punir ce prince èoupable : il se révolta et fut assassiné par un de ses favoris.» Parysatis, dont rien n'apaisait la colère , fit scier en deux Roxane et massacrer toute sa famille, à l'exception de Statira.

Darius termina sa. vie au milieu de toutes ces scèiies tragiques,- qui souillaient son palais et flétrissaient son règtie. n avait occupé le trône dix-neuf ans.

ATITAXERCË HNÉMON.

(An du monde 4600. -- Ayant Jésus- Christ 404.) -^

Ce fut vers la fin de la guerre du Péloponèse qu'Arsace, sous le nom d'Artaxerce , succéda à soii père Darius. On donna au nouveau roi le surnom de Mném&n, à cause de sa prodigieuse mémoire.. Peu de. jours après son avènement au trône, il se rendit dans la ville de Pasargades, bâtie par le grand Cyrus : il s'y fit sacrer par les mages, suivant la coutume des Perses. Celte cérémonie se faisait dans un temple consacré à la déesse de la guerre; le roi quittait sa robe dans le temple, et se couvrait de celle que

[ilOA-MI a?, J.-a] PERSES. 239

-Cjr^is avait portée avaittde monter sur le trône/ On lui donnait ensuite à manger une figue sèche, des feuilles de térébenthine, et on lui présentait un breuvage composé de vinaigre et de lait, sans doute pour lui rappeler à la fois et Tancienne sobriété des Perses, et le mélange de biens et dé maux qui compose la vie humaine.

Le jeune Gyrus, toujours enflammé d'une ambition que son pèra avait en vain voulu réprimer, connut raffrepx projet d'égorger son frère dans le teiaple au moment où il quitterait sa sobe pour se revêtir de celle de leur aïeul Cyrus. Il avait confié son dessein à un mage qui le révéla au roi. Le prince fut arrêté et condamné à joiort. Sa mère Parysatis accourut pour le sajiver, le prit entre ses bras, ,1e lia avec les tresses de ses cheveux, imit étroitement son cou au sien et répandit tant ^e larmes , qu'Artaxefce lui fit grâce et le renvoya dans les provinces maiitimes dont il était^ouverneur. Là il se livra plus que jamais au désir de s'emparer du trône et de* se venger : quand Ips bienfaits n'excitent^pas la reconnaissance dans^ un cœur ^umbitieux, ils le rempHssent de haine et de fuxeur. Cyrus ne pouvait supporter le poids de la grâce qu'il avait reçue : il ne s'occupait nuit et jouir qu'à chercher les moyens de se former un parti assez puissant pour détrôner son frère; il gagna le cœur des peuples qu'il gouvernait, en fie familiarisant avec eux^Ses talents étaient proportionnés à son ambition : il se mêlait avec les simples soldats sans compromettre sa dignité, assistait à leurs jeux, présidait à lents exercices et les dressait lui-même au métier de la guerre. Sous différents prétextes il leva des troupes grecques^ qui lui inspiraient plus de confiance que les asiatiques.

Cléarque^ capitaine habile> banni de Lacédémone^ se retira près de Cyrus et le servit très-utilement. Plusieurs villes de Lydie, s'étant soustraites à l'obéissance qu'elles devaient à leur satrape^ Tisaapherne, se donnèrent à Cyms. Ce prince, sous prétexte de se défendre contre Tissa^

2i0 PEUPLES I>'ASŒ. IAf.i.-a AOA-MIO

pheme^ JforiSL des plaintes an roi contre ee gonveraenr 4l rassembla des troupes. Artaxerce, trompé par cç stratagème^ lui laissa le temps d'augmenter ses forces Cyrus captivait peu à peu Faffection générale par son affabilité; il punissait avec modération et^récompensait magnifiquement; robUgeance de ses paroles relevait le prix de ses dons ; il ne semblait beureux que lorsqu'il trouvait l'occasion de fuire du bien. Ses jémissaires répandus partout préparaient les esprits à la révolution quil méditait : ils disaient que les circonstances demandaient un roi tel que Cyrusy libéral, magnifique, juste appréciateur du mérite, et capable de rendre à l'empire l'éclat qu^il avait perdu.

Le jeune prince entrait, alors dans sa yingt-troisiëme année; il marcbait à l'exécution de ses desseins avec l'ardeur de son âge. Pends^t la vie de Darius, il avait reiida quelques services aux Lacédémoniens et contribué aux succès qui leur assurèrent Tempiré de la Grèce; comptant sur leur reconnaissance, il s'ouvrit à eux entièrement : dans la lettre qu'il leur écrivit, il vantait orgueilleusement sa supériorité sur son frère, prétendant qu'il avait le cceur plus grand, plus royal que lui ;^'il était plus instruit dans 1^ pfailosopbie et plus versé dans la magie; enfin, selon la mode des Barbares, il se vantait d'être en ^tat de boire beaucoup plus et de supporter le vin mieux qu'Artaxerce.

Les Spartiates , dans l'intention de semer des troubles en Asîfe, ordonnèrent à leur flotte de se joindre à celle du prince et d'obéir en tout àTamus, son amiral ; mais ils ne firent aucune déclaration contre Artaxerce, et gardèrent le silence sur l'entreprise qui le menaçait.

L'armée de Gyrus, lorsqu'il en fit la revue , se trouva composée de cent mille Asiatiques et de treize mille Grecs. Cléarque commandsdt les troupes du Péloponèse, Proxène,les Béotiens, etMénon,les Tbessaliens.Aricé était à la tète des Perses. La flotte comptait trente-cinq vaisseaux de Lacédémone sous les ordres de Pytagre, et vingtcinq commandés parTamus, Égyptien, qui dirigeait toute

[A0A-S6i Vf. L-C] PERSES. ^{

l'armée na^e. Elle suivait l'armée de terre en'ç6toyant les bords deiamer.

Gyrus, craignant d'eflTrayer les Grecs en leur apprenant qu'à les conduisait au centre de l'Asie , ne confia qu'à Cléarque le vrai but d'une marche si longue et si téméraire ; plus il s'avançait, plus il s'^eflforçait d'empêcher les Grecs de se décourager, en leur fournissant avec abondance tout ce qui pouvait leur être nécessaire. Il partit de Sardes et se dirigea vers les provinces de. la Haute- Asie. Les troupes croyaient qu'il n'était question que de marcher contre les Pisidiens, dont les courses inféraient la province ; mais Tissapheme, jugeant tous ces préparatifs trop grands pour une si médiocre entreprise , partit en toute hâte de Milet , et vint à Suie inforpier le roi de la marche et des projets de Gyrus/

Cette nouvelle répandit un grand trouble à la cour. Parysatis, mère d'Artaxerce et de Cyrus, fut regardée généralement comme la principale cause de cette guerre civile ; toutes les personnes attachées à son service étaient soupçonnées d'entretenir des intélhgences avec Cyrus. Sfatira ne cessait d'accabler sa belle-mère de reproches, et de jour en jour la haine qui existait entre ces deux reines devint plus violente.

Cyrus s'avançait à grandes journées. Le pas de Cilicie l'inquiétait : c'était un défilé étroit entre deux montagnes très-escarpées, qui ne laissait le passage qu'à un seul, chariot. Syenhesis, prince du pays, se disposait à le défendre; mais, l'amiral Tamus menaçant la côte, Syennesis , pour le combattre, abandonna ce poste important, où peu de soldats pouvaient arrêter la plus nombreuse armée.

Lorsqu'on fut arrivé à Tarse, les Grecs refusèrent d'al^ 1er plus avant, disant qu'ils voyaient bien qu'on les menait contre le roi et qu'ils ne s'étaient point engagés pour une semblable guerre. Cléarque eut besoin de toute son habileté pour étouffer cette sédition dans sa naissance.

242 PEUPLES D'ASIE. [Av. J.-C. 404-361.]

Les moyens d'autorité ne lui ayant pas r^ssi, il parut entrer dans lés vues de ses soldats, promit d'appuyer leurs réclamations, et déclara qu'il ne se séparerait point d'eux : il proposa d'envoyer une députation au prince cour slnformer de ses intentions, afin de le suivre volontairement si le parti leur plaisait. Ce moyen adroit èalma les esprits; on le chargea lui-même, avec quelques officiers, de cette mission. Cyrus , qu'il avait averti secrètement, répondit que son dessein était d'aUer combattre Abrocomas, son ennemi personnel, campé à douze. joiunées de TEuphrateV Quoique cette réponse laissât deviner aux Grecs le but réel de l'entreprise, ils résolurent de marcher, et demandèrent seulement une augmentation de solde, qu'on leur accorda. •

Quelques jours après, Cyrus déclara franchement qu'il allait attaquer Artaxercé. Sa déclaration excita des murmures ; mais bientôt les magnifiques promesses du prince changèrent la tristesse en joie et le mécontentement en espérance. ;

On approcha de Cunaxa. Cyrus, à la tête de cent treize^ mille hommes et de vingt chariots, marchait en désordre : trompé par de faux avis, il croyait que le roi, n'étant point prêta combattre, attendait les levées qu'on faisait au fond de la Perse. Cette opinion paraissait d'autant plus probable, qu'on venait de passer sans obstacles dans les défilés des montagnes ; mais, au moment où Ton se reposait dans la plus profonde sécurité, un cavalier accourut, annonçant Tapproôhe de l'ennemi, et, bientôt après, on vit l'horizon couvert de troupes : c'était Artaxercé qui commandait lui-même son armée, composée de douze cent mille homme et de cent cinquante chariots. Cyrus eut à peine le temps de ranger ses troupes en bataille. Cléarque lui conseillait de ne point s« compromettre dans la mêlée, et de se tenir derrière les bataillons grecs. «Comment a voulez-vous, répondit le prince, que dans le moment a où je veux me faire roi, je me montre indigne de l'être ?»

[404-361 a?. J.-C] PERSES. 243

Les Grecs, après avoir chanté l'hymne du combat, marchèrent lentement et en silence. Quand ils furent près de. Tennemi, ils jetèrent de grands cris et coururent de toute leur force contre les Perses, qù1ls mirent en fuite.

Gyrus, voyant qu*Artaxerce faisait un mouvement pour, le prendre en flanc, renversa tout ce qui s'opposait à. son passage, se précipita Vers lui et le joignit. Les deuxfrèreë se battirent avec fureur Tun contre l'autre : Cyrus tua d'abord le cheval de son frère et le renversa. Le roi, s'étant relevé, revînt siu* Cyrus, qui le blessa. Artaxerce furieux le perça de sa javeline et le tua. D'autres lui disputèrent ce funeste honneur : de toutes parts on avait lancé des traits contre ce prince, et un jeune Perse , nommé Mithridate, se vantait de lui avoir donné le coup mortel.

Tandis qu'Artaxerce remportait cette victoire et mettait en déroute Taile droite de ses ennemis, les Grecs battSîent celle qui leur était opposée, et dont le roi avait confié le commandement à Tissapherne. Ge général vaincu se rapprocha d' Artaxerce, et les Grecs coururent à la défense de leur camp. Jusque-là,, chacun, ignorant la mort de Gyrus, s'attribuait des deux côtés la victoire. Les Grecs croyaient le prince engagé à la poursuite de l'ennemi; ils renouvelèrent lo combat et forcèrent à la retraite les Perses qui attaqUcTÎent leur camp. La nuit sépara les armées : le lendemain , le roi envoya un héraut aux Grecs pour les instruire du sort de Gyrus , et pour les sommer de rendre les armes. Ils répondirent que, s'il les voulait pour alliés, ils le serviraient fidèlement; mais qu'ils perdraient plutôt la vie que la liberté. Artaxerce, admirant 4eur fier courage, négocia et conclut un traité qui garantissait la sûreté de leur retour dans leur patrie. Ils partirent sous la conduite de Tissapherne, qui devait leur fournir partout des vivres. Plusieurs indices prouvèrent à Cléarque que ce général méditait une trahison , et sa mé fiance ne fut que trop justifiée. .

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