DARIUS P
(in an. monde 3482. — Avant Jésus- Christ $22.)
Cette grande révolution achevée, les sept conjurés se rassemblèrent pour délibérer sur la forme du gouvernement qu'on pouvait proposer aux Perses. Otanès, frappé de tous les maux de la lyrannie, parla vivement pour le gouvernement populaire et s'efforça de prouver que ce ^uvernement seul était juste> naturel et lé^time> qu'il^urait à chacun ses droits et sa liberté^ et que la démocratie seule pouvait mettre le peuple à l'abri de l'inégalité dé richesses, de la corruption des mœurs, de l'oppression des grands et des caprices d'un maître. Mégabyse soutint, au contraire, que de toutes les tyrannies celle de la multitude était la ^ plus redoutable, qu'elle n'avait ni frein, ni bornes, ni responsabilité, et que là où le peuple gouvernait on ne voyait qu'ignorance, confusion, passions et désordres. Selon son avis, le gouvernement qu'on devait choisir était l'aristocratie, la raison voulant en effet qu'on prit pour diriger les affaires les hoqoimes le^s plus habiles, les plus éclairés et les plus intéressés par lélft fortune à la conservation de l'ordre public. Une nation ainsi gouvemée ,ne pouvait, disait-il^ v^« craindre ni l'avidité et la cruauté d'im maître, ni la furie' sanguinaire d'un peuple ignorant et tumultueux. Darius ne partagea aucune de ces opinions et les combattit l'une par l'autre. Il montra, comme les partisans du parti populaire, le danger de laisser le pouvoir à quelques riches qui opprimeraient le peuple à leur gré sans être contenus par aucun pouvoir supérieur, et qui rendraient continuellement la nation victime. .de leurs rivalité^, de leur ambition et de leurs sanglaj^débats. Il représenta, plus fortement en. core que MègàByse^ toutes les calamités qu'entraine l'anar-
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ebie^ inséparable du gouvBrnemeut populaire. Il conclut eu opinant pour la monarchie^ qu'il regardait comme là seule barrière assez forte pour arrêter Tambition des griàiïds, pour cotftprimer les passions des peuples et pour opposer aux armes et aux intrigues de l'étranger une résistance régulière. Il n'ignorait point l'abus qu'un ïoi pouvait faire de son pouvoir ; les exemples n'en étaient que tropcommtins, et le règne de Cambyse en offrait la preuve récente. Mais un seul tyran était encore préférable à la réunion de plusieurs, comme dans l'oligarchie, et à une tyrannie universelle, comme on la trouvait dans la démocratie. D'ailleurs rien n'empècbait de se mettre à l'abri du despotisme par l'autorité de la religion, par celle des lois et par un conseil composé des grands du royaume. L'assemblée adopta l'avis de Çarius; elle se détermina à établir la monarchie et à choisir un roi parmi les sept membres de la conjuration.
Suivant les idées religieuses de ce temps, on résolut de s'en rapporter pour ce choix au jugement du soleil Les sept prétendants convinrent de se trouver le lendemain à
- cheval à la porte de la yiUe au moment où l'astre du jour paraiti*ait sur l'horizon, et promirent formellemçut de reconnaître pour roi celui d'entre eux dont le cheval feinniy^^ le premier, L'écuver de Darius , informé de cette réso- QTf usa d'artifice Tpilf donner la couronne à son mai- : attacha pendant la nuit une jument dans le lieu Lié pour la réunion, et y amena le cheval de Darius. Le lendemain, dès que les sept concurrents parurent, le cheyal, reconnaissant l'endroit où il avait vu la cavale, se mit •àrliÈçjiir^ et Da^Us, fils d'Hystaspe, fut proclamé roi. 11 accorda de hautes dignités à ses concurrents, et leur donna de grands privilèges. Le roi seul pouvait porter une tiare
** droite ; tous les Perses devaient pencher la poi^ite de la leur en arrière. Les conjurés eurent le privilège de porter la pointe de leur tiare en avant. Darius leur concéda un droit plus réel; il les fit membres d'un conseil de sept grands, sans l'avis desquels te monarque ne pouvait prendre au-
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cune décision importante. Ce prince s* appelait précédemment Ochus; il était de la famille royale d'Achéménès. Lors de son élévation au trône, il prit le nom de Darius, ce qui signifiait en langue persane vengeur, titlre qu*il méritait pour avoir puni l'insolence du mage.
Le nouveau roi , pour rendre son autorité pluâ respectable, voulut ajouter aux droits de Télection ceux que lui offrait une union avec la famille de Cyrus. ïl épousa Atossô et Aristone, sœurs de Cambyse. 11 s'était marié précédemment à ime fille de Gobryas, dont il avait eu un enfant nommé Artabàzane, qui prétendit dans la suite au trône. Le roi mit aussi au nombre de ses femmes Parmys, fille du véritable Smerdis, et Phédime, dont l'adresse avait découvert le secret de l'imposteur. Il voulut encore prouver sa reconnaissance à son écuyer, et fit ériger une statue équetf:, tre avec cette inscription : c< Darius, fils d'Hystaspe, est a parvenu au trône de Perse par le hennissement de son a cheval et par l'adresse d'Abarès, son écuyer. »
Cyrus et Cambyse n'avaient point de revenus réguliers; ils recevaient les dons gratuits que leur oJQtaiçnt les différentes provinces, et exigaient d'elles le nombre dé troupes que les circonstancQs rendaient nécessaire.
Darius pensa que le maintien de 1^ sûreté întérifeure et extérieure d'un empire composé de tant de peuples exigeait un revenu fixe, pour entretenir sur pied des troupes réglées. Il consulta ses sujets sur la quotité de la répartition des impôts : ils bii offrirent plus qu'il n'accepta. Malgré cette modération , les Perses , gèiiês ' par un tribu per^ manent, donnèrent à'Darius le surnom ^ml^archmiàj imx^ dis qu'iïs avaient nommé Cyrus luui' père, et Cambyse leur maître. • ' Jr -> ^
Les satrapes, anciens collègues de Darius et membres de son conseil, jouissaient du droit d'i-iitrer à tcmte lieur«:î cht^z lui. L'un d'eux, nommé Intaphi^nn!, irrit^^ cojitn' un offi^ cief du roi qui lui refusait la port^ le maltraita et le frappa. Darius, jaloux de son autorité, regardant cette vio-
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leûôltlans sort palaîs comme un crime, condamna à mort;. Intapheme et toute sa famille. Touché par les pleurs de sa " femme, il lui accorda à son choix la grâce d*un des condamnés : elle demanda la vie de son frère, disant qu'elle ne poutait le remplacer, tandis qu*eile trouver^t un autre époux.
Orétès, satrape de Sardes, se révolta et tua un courrier du roi qui lui portait des ordre^ Darius le fit mourir, confisqua son bien, et retint malgré lui, auprèâ de. sa personne, Démpcède, son and, fameux par sa science en médecine. Ce Grec, voulant recouvrer sa liberté, soutint d*ad)ord qu'il n'était pas médecin ; mais on le mit à la torture pour lui faire avouer la vérité. Après cet aveu, il guérit le roi, alors tombé malade, et qui voulut lui donner pour récompense deux chaÉnes d*or. Démocède les refusa, en disant : « Seigneur, j'ai guéri votre mal, et vous doublez le ti mien. »
Quelque temps après^ la reine Atosse étant attaquée d'un cancer au sein, fiémocéde lui promit de la sauver û ^ voulait lui obtenir la permission de faire \m voyage dans sa patrie. La reine guérit et usa d'adresse pour remplir son engagement. Elle représenta à Darius qu'afin de justifier son élévation et pour contenter l'humeur guerrière des ï*erses, il devait chercher la gloire eirlormant quelque entreprise éclatante. JL^ roi lui répondit qu'il avait le projet d'attaquer les Scythes. Atçsse le détourna de ce dessein, et l'engagea à tourner plutôt ses armes contre la Grèce, dont la conquête promettait plus de gloire et de richesses. EUe lui montra un désir passionné d'avoir des esclaves d'Athènes, de Lacédémone, d'Argos et de Corinthe, les femmes fl^ ^pays étant célèbres par leur adressç et par leur beauté. Elle ajouta que Démocède pouvait lui r^dre de grands services au moyen des renseignements qu'il lui four- Ugjalt sur ces contrjées, où ilpparviendrait sans doute à lui faire despartisans/Ce roi trouva cet avis fort sage : il enyoyaJjjdHecSïL reconnaître les côtes de la Grèce, en lefai-
212 PEUPLÉS D*AâIB« (Av; J.rC. 5M-485.]
sant cependant garder à vue par quinze officiers p^lâîis. *Bémocède, plus rusé qu'eux, sMçhappa et s'enfmt à Cro-, tone. Combien de grands boiùeversements dans le monde ont été Teffet du plus léger accident! L'intrigue d'A-: tosse et de son médecin devint la cause des guerres sanglantes de la Perse contre la Grèce, de la haine des deux peuples, et de la vengeance d'Alexandre, qui changea la face de TOrient. *^
Darius, résistant aux intrigues dès Samaritains , fit exécuter les décrets que Cyrus avait rendus en faveur des Juifs. Plusieurs savants ont prétendu prouver que Darius, appelé Assur dans les livres saints, était Assuérus, et que la reine Atosse était la même que Yasthi. Le roi avait accordé à la ville de Suze des faveurs et des privilèges qui mécontentèrent les Babyloniens ; ils se révoltèrent. Darius marcha contre eux, assiégea B^ylone, et fit pendant dix-huit mois de vains efforts pour s'en emparer. Un des grands de sa cour, nommé Zopire, se présenta un jour devant lui, offici|iit à ses regards un spectac)ie affreux : il avait la tète couverte de blessures, le nez et les oreilles coupés. Il dédara qu'il s'était mis lui-même dans cet état pour rendre un grand service à son maître. En effet, se donnant pour une victime des fureurs du roi, il se sauva dans le camp ennemi, et s'attira, par ses malBeurs apparents, la confiance' des Babyloniens, Ayant obtenu un ç^mandement, 3 fit ^ plusieurs sorties , dans lesquelles H battit les Perses et en tua un assez grand nombre. Ces avantages enthousiasmèrent tellement les Babyloniens, qu'ils le nommèrent généralissime. Maître de la garde qui défendait les murailles, il ouvrit les portes à Darius, qui s'empara de la ville et punit à son gré les rebelles. Zopire, pour prix de ce service, jouit p^atft sa vie des revenus de cette capitale qu'il avait livrée; et le roi, touché de son zèle, disait qulL aiu:ait mieux aimé perdre centBabylones que de voir un tel suM si affreusement mutilé pour son servie^. '/'^
Les historiens ont loué cette action de Zopii^e ,- oubliant.
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sans doute qu'on ne peut faire une vertu de la trahison, qui est toujours une lâcheté , même quand elle sert avec succès la cause la plus légitime. .
Gomme les Babyloniens^ pendant leur révolte., avaient massacré les Perses qui se trouvaient au milieu d'eux, Darius bannit une partie des habitants, enleva les portes de la ville et détruisit ses fortifications. Après avoir achevé cette expédition, il revint à son premier projet, et marcha contre les Scythes pour les punir de leuç irruption en Asie. Son frère Artabaze s'opposa vainement à cette guerre, en lui représentant qu'elle était aussi dangereuse qu'injuste ; que lès Schythes fuiraient devant lui et détruiraient son armée dans leurs déserts.
Le roi partit avec six cent mille hommes^t six cents vaisseaux; il passa le Bosphore et conquit toute la Thrace. Il y érigea des colonnes sur lesquelles on lisait une inscription qui le déclarait le meilleur et le plus beau des hommes? Avant son départ, un Perse, nommé Abasus, qui avait trois fils à;4'$rmée, le pria de lui en laisser un pour appui. Le roi luit ^pondit : a Je vous les laisserai tous ;d et il les fit périr tous les trois. Ces traits de barbarie, si commjins dans l'Orient, ne justifiaient que trop la haine des républiques conire ces monarques cruels, ainsi que les révoltes fréquentes de leurs sujets.
La prédiction d'Artabaze ne tarda pas à se vérifier. A l'approche des Perses, les Scythes se retirèrent vers le nord, emmenant les troupeaux, détruisant tous les vivres et corabus les puits. Darius, qui les poursuivait, fatigué arche aussi longue qu'inutile, écrivit au roi Inda^ ^'d^cc^pter le combat ou de le reconnaître pour maîtî8r'*îSé Scythe répondit avec fierté : « Nous menons la (c ïÉ^e vie en temps de paix comme en temps de guerre ; a nous errons à notre gré dans «os vastes plaines; nous « n'avons pas de villes ni de champs à défendre. Si lu veux « nous forcer à combattre, viens attaquer les tombeaux do « nos pères; tu verras qui nous sommes ; mais apprends
214 PEUPLES d'ABIE. [Af. J.-C. M2-|p5.1
(( que jamais nous ne reconnaîtrons d^atitreâ fiiédtfés (|U6 « Jupiter et Vesta. »
L'armée des Perses fut bientôt iréduîte à la dëfûlère êlttrémité. Un héraut scythc vint alors présenter à Darius un oiseau, une souris, une grenouille et cinq flèches. GobryaS expliqua cette énigme et dît au roi i a Les Scythes VoUô a avertissent^ par ce présent mystérieux, que Vôiiâ ne poUf- « rez échapper à leurs flèches, si VôUS né saVe2 voler a comme un oiseau, vous cacher comme uûe sôUris et nàa ger ainsi que la grenouille.»
La faim, la fatigue et la soif détruisireiit k pluâ grahde partie de l*armée. Darius ne dut sa propre conservatiott : qu'à la vigueur d'un chameau, chargé d'eàu, qui ne l^avait , pas quitté; et, après son retour en Perse, il assigna par reconnaissance à cet animal, pour sa nourriture, un cantdil 1^'on nomma Gangamelle (maison du chameau).
Le roi, forcé à ïa retraite et voulant dérober sa marche aux ennemis, . avait laissé ses feux aUuûiéâ, et SOn cattip remph de malades et d^une grande quantité d'attitçâuX, dont les cris empêchaient de s^apercevoir de l*âbsence de Tarmée. 11 gagna en hâte le Danube; mais quelques corps Scythes y arrivèrent avant lui, et engagèrent les Ioî4ens, qui gardaient le pont, a le couper. L'Athénien Miltiade, Voulant assurer la liberté de la Grèce, était de cet avis; et l'armée des Perses, privée de retraite, Se voyait à la veiUe d*une entière destruction : ruais Hystiéé, tyran de Milet, soutmt qu^on devait sauVer Darius, qui |)rotégeaitleâ princes dlonle. n lui paraissait évident que si on laissait écraser le roi de Perse, les Grecs chasseraient ces prince, ei rendraient la liberté aux îles ioniennes. Les chefs pensèrent conune lui et trompèrent les Scythes en leur promettant de couper le pont. Ceux-ci, trop confiants, sMloignèreUt pour aller chercher et combattre Darius; mais le roi avait pris une autre route. Il arriva sur le Danube, passa ce fleuve avec les débris de son armée, laissa Mégabyse dans la Thrace et revint à Sardes.
[fU-m 2^T> I.-&3 PERSES. 21^
Il entreprit nm guerre plus heureuse; son ayméé entra dap3 Iqp lodai, et w conquit unç partie, n fit construire une flotte à Caspatyre, but VIndusjle Grec Scylax, qui la comiwndait^ degcendit Iç fleuve, entra dans VOcéan, et, après »u voyage 4e trente piois, abprda en Egypte, par la mer Bouge, im^ le port de Suçjî, Une aijtre expédition de Darius contre Vile de NftX08 échouacomplétement, Artapherne, satrape de Sarde», craignant le ressentiment du roi pour le jaauvais succèn de cette expédition, se ligua avec plusieurs Autres grands, leva l'étendard de la révolte, et rendit la liberté 4 tPuteiB le» ville» de l'ionie,
n »(4Jwîita vainement ralliance de Cléou^ène, roi de Lacédémone, qui »e voulait pa* exposer la Qrèce à la haine et 4 la vengeaftce de» Perses, he^ Athéniens, plus passionj^é» ^tï»ains prudent», envoyèrent trente mille hommes au jwfiour» de la ligué ionienne. Comme Artapherne avai* quitté son parti pqut se raccommoder avec le roi, les Athénien» marchèrent contre la ville de Sardes, la prirent et la brûlèrent. Les Perses accoimirent en grand nombre, battireut les Gmê et les forcèrent à »e rembarquer. Parius éprouva iin ai vif re»»entiment de la ruiue de Sardes, qi^il ordonna 4 Tu» de »e» officiers d^ lui rappeler chaque jour cette injure de» Athénieus, et »o» sermeut d'en tirer une éclatante vengeance, le fameux temple de Çyhèle, à Sardes, avait ét« réduit m <^udre»î pe fut ce qui porta les Perses à détruire tant de temples lorsqu'ils envahirent la Grèce. I^ ligue ionienni? ne p'était pas laissé décourager par la retraite de» Athéui^ps, ge» t^'o^pe» s'emparèrent deByzance,' d^ toute» le» villas de la oôte, et forcèrent le» Cariens et les Cypriote» d'embrasser leur parti.
Gependaut Oariusi ayant trpuvé le m^en de semer la dî* vision entre le» eonfédérés, remporta sur eux une victoire navale, soumit toute rionie et vmm une grande partie de »e» yilljB»! 4Q»t le» famille» les plus distinguées furent emmenées en esclavage. Telle fut, au bout de six a^s^ la fi» d'une révoUe excitée par rambllâaQ de /peiqi^es graud», ^t
216 PEUPLES D'ASIE. [Av. J.42. 523-A854
qui fit ilaitre entrq les Grecs et les Perses cette haine implacable que la conquête de l'Asie et là destruction dé Tem^ pire foiidé par Cyrus purent seules éteindre.
La guerre d'Ionie décida Darius à suivre ses anciens projets contré la Grèce; il y envoya une nombreuse a^mée : mais malgré les ponseils de son frère, il confia imprudemment le commandeïnent de ses troupes à un jeune Perse nommé Mardoniu^, fils dé Gobryas, épou;£ d'une dé ses filles. Ce général avait beaucoup d'ardçur et de présomption, mais peu de talent et aucune expérience ; cependant la rapidité ôe sa marche etlenombre de ses soldats répandirent d'abord la terreur : il traversa la Thrace sans obstacle et soumit toute la Maoédbine. Mais sa flotte, en doublant le mont Athos, perdît- par une tempête trois cenis vaisseaux et viiigt mille hommes. Il n'avait point eu la précaution de laisser derrière lui des forces suflSsantes pour contenir les pays soumis; les Thraces profitèrent de cette négligeïice,;s'armèrent, attaquèrent les Perses et en firent un grand carnage.
Mardonius, vaincu et blessé, revint eu Asie couvert de ' honte. Le roi donna son commandement au Mède Dàtis et à Artapherne,, fils du gouverneur de Sardes. Athènes, à cèïte époque, vensdt de reprendre sa liberté en secouant le joug de Pisistrate. Hippias, fils de ce tyran, trahit sa patrie et servit de guide aux ennemis qui venaient la déchirer. Plusieurs hommes, célèbres parleur courage, par leur éloquence et par leur amour pour la patrie, étaient l'ornement et la gloire de la république d'Athènes. On y voyait principalement briller Miltiade, fils de Cimon,. dont le frère avait été tyran de la Chersonèse, et deux illustres rivaux de gloire, Aristide et Thémistoele, souvent divisés par l'ambition, toujours réunis par l'amour^ de la patrie.
Darius envoya des hérauts dans la Grèce pour demander la terre et l'eau : telle était la formule usitée pour exiger la soumission. Les habitants d'Égine reconnurent l'autorité du roi de Perse. Qéomène, roi de Sparte, les en punit
et chassa son côUèg^ie Démarate^ qui embrassa le parti Je Darius. Le héraut envoyé à Athènes fut jeté dans un puits pour y prendre à son gré^ disait-on, Teau et la terre. Datis et Artapherne mirent à la voile avise une flotte de six cents vaisseaux. Leur armée, forte de six cent mille hommes, avait ordre de brûler Éi^trie et Athènes. On s*élait muni d'un grand nombre de chaînes destinées aux habitants de ces villes. Les chefs des Perses se rendirent maîtres de la mer Egée, prirent par trahison , au bout de sept jours de siège, Érétrie, la brûlèrent et envoyèrent en Perse ses habitants. Darius les traita humainement et leur donna pour résidence^ prèsde Suze, un canton où Apollonius de Thyane trouva encore, six cents ans après, quelques-uns de leurs descendants.
Les généraux perses, ^lidés par le traître Hippias, entrèrent dans TAttique et arrivèrent à Marathon, sur les borda de la mer. De là ils écrivirent à Athènes et la menacèrent^ en cas de résistance, du sort d'Érétrie.
Sparte avait promis de secourir les Athéniens ; mais nne superstition grecque, qui ne permettait aux Spartiates de se mettre en marche qu'après la pleine lune, re* tarda l'arrivée de ce renfort. Platée seule envoya mille hommes. Les Athéniens furent obligés, contre leurs lois et leurs usages, de donner des armes aux esclaves. L'armée perse en Attique, commandée par Datis, montait à cent mille fantassins et dix mille cavaliers. Les Athéniens ne leur opposaient que dix mille hommes, qui marchaient sous les ordres de dix généraux : Miltiàde était le plus ancien. La plupart voulaient se tenir sur la défensive ; Miltiàde dit qu'il fallait effrayer l'ennemi en l'attaquant. Aristide appuya cette opinion j Polémarque^ Callimaque s*y rangèrent, et la bataille fut résolue.
Il avait été convenu que les dix chefs commanderaient alternativement : le jour d'Aristide étant venu, il céda le commandement à Miltiàde, comme au plus habile; tous ses collègues suivirent ce noble exemple.
3tô PEUPLES l^'ASnS. [AT. jr.^. ftlM85.]
Les Athéniens se précipitèrent sur leurs ennemis : malgré leurs efiPorts, Datis força leur centre à se replier ; mais les ailes, s'étant avancées avec succès, prirent les Perses en flanc, les mirent en déroute, leur tuèrent six mille hommes^ les poursuivirent jusqu'à la mer, mirent le feu à la flojte, et s'emparèrent de plusieurs vaisseaux. Hipjpias, qui avait amené les étrangers dans son. pays avec l'espoir de recouvrer son autorité, fut punî de sa honteuse trahison et reçut la mort dans le combat.
Les Perses avaient apporté beaucoup de mfifrbre à Marathon pour y élever un trophée. Phidias^ par l'ordre des Grecs, s'en servit pour faire une statué à Némésis. Les débris de la flotte persane doublèrent le cap Suniumpour surprendre Athènes; mais les Athéniens firent quinze lieues en un jour, et arrivèrent à temps poui^ mettre la .ville à l'abri de toute attaque. Les Lacédémoniens parcoururent aussi en trois jours soixante-dix heues ; mais, malgré cette diligence, ils ii'arrivèrent à Marathon qu'après labataille*
DariuSy furieux de la défaite de ses troupes dans la Grèce, résolut de marcher en personne, et donna ordre à tous ses sujets de s'armer; mais, ayant appris dans le même temps que les Égyptiens s'étaient révoltés, il fut obligé de suspendre Texécutioji de ce grand projet. Diodore prétend que Darius alla en Egypte et la soumit, qu'il montra beaucoup de respect pour le culte antique de ce pays, ,et,que les prêtres de Memphis, s'emparant de sa confiance, lé déterminèrent à mieux gouverner ses sujets et à prendre les rois d'Egypte pour modèles. . Hérodote dit, au contraire, que Darius envoya une partie de son armée en Egypte, et qu'il continua en Asie à s'occuper des préparatifs de la guerre contre les Grecs. Un ancien usage des Perses voulait qu'en s'éloignant de ses États le roi désignât son successeur. Darius, avant de monter sur le trône, avait eu trois fils de la fille de Go- Jbryas; depuis son couronnement, il en avait en quatre
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autres de la fille de Gyrus : Artabazane était Tainé des premiers, et Xerxès celui des secpnds. Artabazane invoquait le droit d'aînesse, et Xerxès le droit de sa naissance. Le roi fugitif de Lacédémone, Démaràte appuya les droits de Xerxès par Texemple des Lacédémoniens, qui préféraient en pareille circonstance les enfants hés depuis l'élévation de leur père au trône. Darius adopta cet avis, donna la sceptre à Xerxès, et mourut peu de temps après. Il avait régné trente-six ans. Sa vie, mêlée de revers et de succès, de vices et de vertus, ne fut pas sans éclat. Vaincu en Scythie et en Grèce, il conquit les Indes, la Thrace, la Macédoinev et laissa en mourant Tempire de Gyrus affermi et agrandi. Son épitaphe prouve que les Perses plaçaient étrangemjent leur amour-propre, car on lisait sur le tombeau de Darius une inscription dans laquelle on le vantait d'avoir su boire beaucoup, et de bien supporter le vin. On verra dans la suite que le jeune Gyrus s'attribuait le même mérite pour plaire aux Perâes et pour paraître à leurs yeux plus digne du trône que son frère aine.