‹ Histoire ancienneChapitre 24 sur 26 · LE TIU0MP1IK · texte numérisé non relu

LE TIU0MP1IK

dieux qui les possédaient et on joint au plaisir de boire celui d'humilier devant Assour ces étrangers qui prétendaient lui tenir tête.

Les vins, même les plus fins, ne circulent pas tels qu'ils arrivent du cellier. On les mélange d'aromates et de drogues diverses, qui leur communiquent un parfum délicieux et en décuplent la force. L'opération se fait dans la salle et sous les yeux mêmes des buveurs. Un eunuque, debout devant une table, y broie, dans un mortier de pierre,

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Fiy 18.'). — Les ccbansons puisent le vin au cratère.

les substances enivrantes, qu'il humecte de temps en temps avec quelque essence. Cependant ses camarades ont versé le contenu des amphores dans de grands cratères en argent ciselé qui leur montent à la poitrine ; quand la pâte odorante est prête, ils en mettent une partie dans chaque cratère, et l'y font dissoudre avec soin. Les éckânsons arrivent avec les coupes, puisent à même, et servent les convives (fig. 189). Il n'y a pas jusqu'aux sentinelles des portes, qui ne reçoivent leur part, et debout, la pique ou la massue à la main, ne montent leur garde en trinquant (fig. 190). Ceux-là seuls ou ne boivent point ou boivent

CHAI'ITIŒ XX.

Fig. lfH). — Los sentinelles, coupe en main.

peu, que la nécessité de servir oblige à conserver leur sang-froid, les eunuques postés derrière les convives pour les éventer, les servants, les musiciens. Aucune fête ne serait complète, si le chant ne s'y niélait point, et les symphonistes du roi exécutent avec conscience, leurs motifs les plus beaux.

Peut-être s'est-il trouvé quelqu'un pour les écouter au début :

mais, à présent que les cratères ont été remplis et vidés plusieurs fois, toute leur musique tombe littéralement dans le vide.

Us pourraient chanter faux ou taire sans que personne y prêtât attention et songeât à s'en offenser.

Assourbanipal a présidé le premier de ces banquets; il a daigné boire du même vin qui avait été préparé pour ses nobles, puis il s'est retiré dans le harem afin d'y passer les jours de fête. La maison des femmes ouvre sur un de ces jardins plantés de sycomores, de cyprès et de peupliers, où les reines d'Assyrie, condamnées par leur rang à une réclusion rigoureuse, peuvent se donner l'illusion de la campagne : des fontaines, alimentées par des machines qui ('•lèvent les eaux duKhousour jusqu'au sommet de la butte, y coulent parmi les arbre-. La reine y veut célébrer, elle si, les victoires assyriennes; elle a prié son mari d'\ venir boire avec elle, et il a gracieusement accepté une invitation qu'elle lui adressait en tremblant. Le lit du festin a été établi à l'ombre d'une treille, avec ses matelas et ses couvertures brodées; un guéridon chargé de vaisselle ru or es! placé au chevet, puis, en face du guéridon, à la gauche du lit, la haute chaise à dossier et à marche-

pied sur laquelle les reines ont le droit de s'asseoir en présence de leur seigneur et maître (fig. 19 1). Le roi s'étend, accepte la coupe pleine de vin parfumé, et, levant les yeux, aperçoit en face de lui. accroché à une branche d'arbre, un objet difforme de teinte noirâtre. C'est la tête de Tioummân, que la reine a envoyé chercher à la porté de Ninive, et qu'elle a pendue dans son jardin, afin qu'Assourbanipal l'ait toujours sous les yeux et que sa gaieté s'en accroisse. Il la voit, la salue ironiquement du la coupe, et la voit encore et ne peut se rassasier de la voir.

I i.r. 191. — As>ourbanipal boit avec la reine dan^ les jardins du harem la tète de Tioummân est accrochée h une des branches du second arbre à franche.

et derrière lui, les musiciens delà maison des femmes chan tent ses louanges en s'aecompagnant de la harpe.

C'est dans la propre bouche du héros que le poète officiel a mis le récit de sa vie et de ses exploits, depuis l'heure de sa naissance jusqu'au jour de son triomphe. « Au milieu de la joie et de l'allégresse, me voici venu dans le harem, la salle splendide, le sanctuaire de la royauté, où Sennachérib. le père du père de mon père, fut jadis fils de roi puis roi, où Ésarhaddon, le père qui m'a engendre, naquit, grandit et régna en maître sur l'Assyrie, où tous les rois ont été conçus et où leur famille s'est accrue, garçons et filles, où moi enfin, moi, Àssourbanipal, je me suis nourri à la sagesse do Nébo, où j'ai appris la science

:ïh CHAPITRE XX.

« entière des écritures par l'entremise de tous les savants, « où j'ai appris à tirer de l'arc, à chevaucher, à conduire « un char, à manier les rênes. Sur l'ordre des grands dieux, « dont j'ai toujours invoqué le nom, dont j'ai toujours célé- « bré les louanges, et qui m'ont ordonné d'exercer la dignité « de roi. j'ai mis mes soins à enrichir leurs temples, et c'est o pourquoi ils m'ont accablé de prospérité, et ils ont comité « mes ennemis sous le joug. Je suis un mâle batailleur, le « chéri d'Assour et d'Ishtar, l'enfant de la royauté. Depuis « qu'Assour, Sin le dieu-lune, Shamash le dieu-soleil, « Àdad, Bel, Nébo, [shtarde Nînive. Ishtar d'Arbèles, Adar, « Nergâl et Nouskou m'ont pris en faveur, Adad m'a « toujours accordé des pluies fécondantes, Eâ m'a toujours « ouvert l'arcane de ses eaux, et le blé a grandi jusqu'à « cinq coudées, et ses épis ont eu presque une coudée de « long : pendant mon règne, l'abondance a débordé, pendant c toutes mes aimées la bénédiction divine a plu sur moi « comme une rosée abondante. — L^s dieux m'ont élevé « plus haut que jamais roi n'était monté avant moi ; tant • quAssour et Ishtar me soutiennent, qui peut prévaloir « contre moi? Ma puissance est fondée à jamais par leurs « mains et la durée de ma race est établie, pour de longs « jours et pour des années infinies ! »

En ce temps-là, Nahoum lElkoshile, prophète de Ji.da, eu! une vision touchant Ninive, et la parole de l'Éternel vint à lui, disant ' : « Malheur à la ville sanguinaire, toute de fraude, (« pleine de crimes et qui ne cesse ses rapines! — Écoutez! o le fouet ! Ecoutez! un bruit de roues, un galop de ehe- < vaux et de chars qui bondissent! Les cavaliers se ruent,

1. La traduction que je donne ici de la prophétie de Nahoum est empruntée, avec quelques modifications, à la traduction de tteuss.

« l'épée brille, la hallebarde étincelle. — Quelle multitude « de tués! quelle masse de cadavres! Des morts à n'en pas u finir, on butte partout contre leurs corps! Et tout cela. « pour les intrigues de cette cité perverse, de cette belle et « artificieuse enchanteresse, qui séduisait les nations par ses « caresses et les peuples par ses enchantements!

« Me voici! c'est ton tour! dit Jahvèh Sabaoth: je reléve- « rai la queue de ta robe sur ton visage pour montrer aux « nations ton déshonneur, ta honte aux royaumes. Je jet- « terai sur toi des ordures, je te conspuerai, je t'exposerai (( en spectacle, et quiconque te verra fuira, disant : a Ni- « nive est ruinée! » Qui voudra la plaindre? Où lui chérit cher des consolateurs?

« Vaux-tu mieux que Thèbes, la cité d'Amon. sise sur les « Nils, entourée d'eau, qui avait la mer pour rempart et le lac « pour muraille? L'Éthiopien était sa force, et les Égyptiens « sans nombre, la Libye et les Nubiens venaient à son se- « cours. Elle s'est en allée pourtant captive en exil, elle « aussi; ses enfants aussi ont été écrasés au coin des mes. « on a tiré ses nobles au sort a qui les aurait pour esclaves, « et tous ses grands ont été chargés de fers.

« Toi aussi tu videras la coupe d'amertume et resteras « gisante sans connaissance, toi aussi tu chercheras un « refuge pour échapper à l'ennemi. Toutes tes citadelles « seront comme les figuiers hâtifs : dès qu'on les secoue, « on n'a qu'à ouvrir la bouche pour manger. Vois-tu, t;i « garnison c'est une simple troupe de femmes. Les portes « de ton pays s'ouvrent d'elles-mêmes à l'ennemi, et le feu « consume les barres qui les tenaient fermées.

« Puise de l'eau pour le siège ! Refais tes remparts ! ftmle « l'argile et pétris la glaise ! Répare le four à briques ! Rfal- « gré tout, le feu te dévorera, l'épée t'exterminera ; elle te « rongera comme la sauterelle, fusses-tu en masse comme « la sauterelle et le grillon ! Tes marchands étaient plus

',(' i CHAPITRE XX.

« nombreux que les étoiles du ciel ! — La sauterelle dépouille

i el s'envole.

« Tes soldats étaient comme des sauterelles, tes officiers comme un essaim d'insectes campés sur les cloisons tant

« qu'il fait froid : le soleil paraît, ils parlent et l'on ne sait plus où ils sont restés. Tes bergers sommeillent pour toujours, ô roi d'Assour ! Tes capitaines restent au repos éternel, ton peuple est dispersé sur les hauteurs, et il n'y

a a plus personne pour le rassembler.

l'oint de remède à ta blessure, ta plaie est mortelle.

« Tous ceux qui entendent parler de toi applaudissent à ta

ci destinée : car sur qui n'aurait point pns^é sims cesse la

(i méchanceté?

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