CL. DE SIXIEME
prince Belikîsha, en répara les murailles pour en faire un des boulevards de l'Assyrie contre l'Élani. Un canal profond et toujours rempli d'eau lui sert de fossé au nord et à l'ouest, des marais la couvrent vers le sud; seul le front est donne sur une plaine et n'est défendu par aucun obstacle naturel. Les ingénieurs chargés de la fortifier ont dressé leurs plans en conséquence. Un mur simple en briques crues, hérissé de tours, court le long de la rivière et du marais; un mur double fait face à la plaine. Les deux parties en sont de hauteur inégale; l'extérieure n'a que douze mètres au plus jusqu'à la naissance des créneaux, l'intérieure monte jusqu'à seize mètres, et les tours dominent de quatre mètres environ le tracé de la courtine. Le tout ressemble d'ailleurs aux fortifications de Dour- Sharoukîn, aux dimensions près et à la forme des portes. Celles-ci ne sont pas précédées à Shapîbel d'un châtelet en saillie qui les protège; elles donnent directement sur Ja plaine, une à chaque extrémité, et sont exposées immédiatement aux coups du dehors. En revanche, la muraille intérieure ne présente qu'une seule ouverture placée au milieu du front. Chacune de ces trois portes est comme encastrée entre deux tours puissantes, fort rapprochées l'une de l'autre.
Dès que les éclaireurs postés à la frontière lui signalent l'approche des Assyriens, Dounânou prend toutes les dispositions pour fournir une résistance très longue. Il oblige les habitants de la campagne voisine à se réfugier auprès de lui avec leurs blés, leurs bestiaux, leurs provisions de vin et d'huile; il saccage les fruits et les moissons encore vertes, afin de ne rien laisser à l'ennemi. Les hommes reçoivent des armes et renforcent la garnison régulière ; les femmes prépareront le pain et la nourriture. Les ingénieurs exhaussent le sommet des tours de hourds, qu'ils composent d»1 grandes rondaches <mi osier et d'une légère char*
Fig. 172 — Tours garnies de leurs hourds.
pente, établie en surplomb devant les créneaux (fig. 172). Les soldats prennent leur poste à la partie du rempart qui leur est confiée, et y accumulent les moyens de résistance. On les voit disposer d'espace en espace, sur le chemin de ronde, des monceaux de galets à lïisage des frondeurs, ou des amas de pierres qu'ils jetteront sur l'ennemi assez malavisé pour se hasarder au pied du rempart. Donnanou, son frère Samgounou, son allié Palia, petitfils de Mérodach-Baladan, président aux derniers préparatifs, encouragent
tout le monde par leurs discours. « Sans doute l'ennemi est puissant, mais Shapibel est forte. Elle a déjà repoussé plus d'un assaut; elle repoussera celui-ci encore, pourvu que ses défenseurs déploient leur bravoure accoutumée. Les dieux, qui les ont secourus jusqu'à ce jour, ne les abandonneront pas dans ce péril nouveau. »
L'avant-garde assyrienne pousse une reconnaissance jusqu'aux murs, et, les trouvant bien garnis, se retire après avoir lancé quelques flèches au hasard. Le commandant d'une des portes, la voyant battre en retraite, se lance imprudemment à la poursuite. Sa troupe est repoussée, mise en déroute et rentre en désordre, laissant une dizaine d'hommes sur le terrain; il est lui-même grièvement blessé et tombe avec une dizaine d'autres entre les mains de l'ennemi. Les Assyriens n'accordent jamais quartier en pareil cas. On amène les prisonniers devant la porte même d'où ils étaient sortis pleins d'ardeur, une heure auparavant; là, sous les yeux de \r\\r* concitoyens qui bordent le
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rempart, on les empale vivants, puis on plante les pieux en terre sur une seule ligne, assez près pour que les défenseurs ne perdent aucun des détails de l'agonie, assez loin pour qu'une flèche ne puisse atteindre les patients et les délivrer de leurs souffrances. Cet horrible supplice est un de ceux que les Assyriens infligent le plus volontiers en temps de guerre. C'est partie cruauté naturelle, partie calcul d'intérêt. La mort vient lentement par le pal : le con-
Fig. 173. — Camp retranché des Assyriens.
damné attend quelquefois deux ou trois jours qu'elle se décide à le prendre sur son bois de misère. Chaque jour de mm» veaux prisonniers subissent la même peine, et, pour peu que li résistance se prolonge, les pals finissent par former comme une forêt entre les deux armées. Ce spectacle lamentable énerve souvent les courages et détermine des trahisons : il ne diminue en rien l'ardeur qui anime les défenseurs de Shapibel. Les Assyriens, après avoir tàté la place sur plusieurs points, reconnaissent qu'elle ne cédera qu'à un?
attaque en règle, et se décident à commencer le siège. Leur premier soin est d'élever dans la plaine, hors de la portée des remparts, unvastecamp retranché où leur armée pourrait tenir tout entière (fig. 175). Il a comme toujours la figure d'un cercle presque parfait, entouré dune mu raille en briques et flanqué de tours ainsi qu'une ville véritable. Chaque soldat est un peu manœuvre de son métier : quelques jours suffisent pour mener à bien l'entreprise. L'intérieur est divisé en quartiers, où les tentes sont rangées régulièrement le long des rues. Une partie en est réservée au culte. Deux enseignes montées sur un char représentent Assour toujours présent au milieu de ses armées : les prêtres lui rendent un culte journellement avec les mêmes rites que dans les sanctuaires de Ninive. Tandis qu'une partie des assiégeants se repose (fig. 174), le reste conduit les travaux d'approche ou bat la campagne. Ils dominent par là tout le pays d'alentour et interceptent les communications de la place avec le dehors. De temps à autre, un messager essaie de se faufiler à travers les lignes d'investissement, ou, nageant sur son outre, cherche à s'introduire dans la cité par le canal, à la faveur de la nuit. S'il est pris, c'est le pal; s'il réussit, les nouvelles qu'il donne sont telles qu'il aurait mieux fait de ne point risquer sa vie pour les apporter. Le roi de Babylone, effrayé par la défaite de Tîoummân, se refuse à bouger ; les petits états de la Basse-Chaldée suivent l'exemple du roi de Babylone, et personne ne lèvera même un doigt en faveur du Gamboul. Dounânou restera seul jusqu'au bout à supporter le poids de cette guerre qu'il a si légèrement commencée à l'instigation de l'Élam.
Trois tentes dans un carnp assyrien.
Fig. 175. — Les frondeurs assyriens.
Les Assyriens, certains que nulle année de secours ne viendra les inquiéter, mènent les opérations du siège avec la régularité qui préside à toute leur organisation militaire. Ils ont, dès le début, établi autour de la place une ceinture de frondeurs (fig.
175) et d'archers, qui ont pour mission d'entretenir contre les défenseurs une escarmouche perpétuelle et de ne point leur laisser un instant de répit, du matin au soir et, s'il se peut, du soir au matin. Chaque archer est associé à un piquier, qui devient son camarade, et comme son second, pour toute la durée de la campagne. Ils s'abritent tous deux derrière un vaste bouclier en osier, carré, haut de six pieds, et qui tantôt se recourbe du sommet et se termine en pointe, tantôt est surmonté d'une sorte d'auvent formant angle droit avec lui : il est muni d'une poignée, placée haut à l'intérieur et qui permet de le manœuvrer sans trop de peine. Le piquier porte le pavois, comme une sorte de rempart mobile qui le protège lui et son camarade : arrivé à soixante pas environ de la muraille, il s'arrête, la plante en terre et l'archer commence à tirer (fig. 176). Les archers de Gamboul ripostent, en se dissimulant derrière les nierions de la courtine ou der-
.176. — Les archers derrière le pavois.
rière les rondaches du hourdis. C'est entre les deux partis une lutte d'adresse et de vigilance qui ne se ralentit jamais : dès qu'un des adversaires se démas nie, une ou deux flèches arrivent à son adresse. L'habitude que les Assyriens ont de ce genre d'escarmouche ne les sauve pas toujours d'une imprudence, et chaque journée leur fait perdre quelques hommes.
Cependant leurs sapeurs, protégés par cette grêle de flèches, se traînent jusqu'à l'une des portes et essaient de l'enfoncer à coups de hache, ou d'y mettre le feu avec des torches (fig. 177). Les panneaux massifs bardés de bronze
Fig. 177. — Siège d'une ville : au centre, un soldat assyrien essaie de mettre le feu à la porte avec une torche.
résistent, la garde des tours voisines fait pleuvoir sur eux les projectiles, javelots, dards, blocs de pierre, poutres, ondées d'eau bouillante : ils ont beau être protégés d'une sorte de robe matelassée qui les enveloppe de la tète aux pieds, ils sont bientôt forcés de battre en retraite et laissent la moitié d'entre eux sur le carreau. Ils reviennent la nuit avec des fascines, du bois résineux, de la poix qu'ils entassent contre la porte pour l'incendier : des torrents d'eau, jêiés d'en haut, éteignent le feu, et cette seconde tentative se termine, comme la première, par la mort de plusieurs d'entre eux et la retraite des autres. Repoussés de ce côté, ils vont la nuit suivante s'attaquer à la tour d'angle méridionale et essaient d'y creuser une mine pour la faire écrouler. Ils prennent avec eux des pavois
semblables à ceux des archers, en appuient la partie recourbée contre le mur, et sous cet abri, comme une tortue sous sa carapace, attaquent les assises basses. Les assiégés précipitent, du haut des hourds, des poutres ou des blocs de pierre qui les écrasent, des étoupes enflammées qui incendient les mantelets, mais sans réussir à décourager les travailleurs ; enfin une petite troupe, guidée parDounânou lui-même, sort secrètement par une poterne, et, se glissant le long du 1|, 'v'jij!^ mur, les surprend à la faveur
des ténèbres, en tue une partie, met le reste en fuite, et rentre saine et sauve avec les pavois et une vingtaine de prisonniers.
Sitôt pris, sitôt empalés, et le lendemain matin, les Assyriens aperçoivent les corps de leurs camarades exposés sur le rempart : c'est des deux côtés une lutte sans merci, et les assiégés, se sentant condamnés, se vengent par avance des tortures qui les attendent.
Ce ne sont là après tout que des attaques feintes pour fatiguer l'ennemi. Pendant qu'on se bat de la sorte aux avant-postes, les ingénieurs achèvent dans le camp la construction des machines. II y a longtemps déjà que le bélier est en usage dans le monde entier, sous toutes ses formes : le bélier à bras, qui est une simple poutre ferrée, portée par une vingtaine d'hommes, le plus rudimentaire des engins employés à la prise des places; le bélier monté où la poutre est suspendue à des charpentes qu'on dresse au pied
Fig. 178. — Un sapeur assyrien
d'un mur et manœuvrée au moyen de cordes ; enfin le bélier mobile, qui n'est que le précédent établi sur quatre ou six roues, qui permettent de rapprocher ou de l'éloigner à volonté. On le recouvre d'une véritable carapace en peaux de bœuf fraîches ou en grosse étoffe de laine, arrondie par en haut pour le protéger contre le choc des gros projectiles, et surmontée d'une coupole entière ou d'une demi-coupole, au point d'attache des câbles qui soutiennent la poutre battante. Souvent même, cet abri primitif se transforme en une sorte de forteresse mouvante, et le dôme en une véritable tour, où des archers et des soldats prennent place, qui harcèlent l'assiégé et empêchent les torches ennemies de propager le feu sur la machine.
Les béliers sont placés en batterie à quelque distance du rempart , de façon à venir aboutir les uns sur une tour, les autres entre deux tours, aux points faibles de la muraille. On aplanit devant eux la portion du terrain qu'ils doivent parcourir, et même, dans les endroits où le sol n'offre pas une consistance suffisante, on établit un dallage régulier, capable de porter leur poids sans céder. Les assiégés contrarient le plus qu'ils peuvent ces travaux préliminaires, mais ils ne réussissent pas à les arrêter : les machines s'ébranlent, poussées chacune par une centaine d'hommes. Il leur fallut deux jours pour franchir la courte distance qui les séparait de la muraille : arrivées enfin à bonne portée, elles se mirent à l'œuvre avec activité, comme pour réparer le temps que la lenteur de leur marche avait fait perdre. A un signal donné, les servants saisissent l'extrémité des câbles attachés à la poutre et tirent dessus avec ensemble. Le premier effort est toujours assez rude, car elle est massive et le fer de lance pointu, ou la masse de métal carrée dont elle est garnie est d'un poids considérable. Elle entre en jeu pourtant, lentement d'abord, puis avec une ampleur d'oscillations
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toujours plus grande, jusqu'au moment où la tête vient frapper à toute volée l'obstacle qui lui est opposé. Le mur tremble, quelques briques se détachent ou s'écrasent (fig. 179), et les chocs se succédant régulièrement, la brèche s'ouvre peu à peu sur les six points d'attaque. La garnison,
Fig. 179. — Les tours à bélier ouvrent la brèche dans la muraille.
qui n'a pu empêcher la mise en batterie, essaie du moins de paralyser l'engin ou de le détruire. Elle descend des chaînes, des nœuds coulants ou des crochets qui saisissent la tète de la poutre et l'immobilisent. Les servants résistent, et c'est une lutte de vigueur qui parfois se termine à l'avantage des assiégés (fig. 180). Ils réussissent à s'emparer de la poutre ou à la briser sous un énorme quartier de roc. Cependant les torches, les étoupes embrasées, la poix ardente, les pots à feu, pleurent sur les toi dues. Les Assyriens continuent imperturbablement leur attaque : dès qu'un bélier est endommagé, ils l'arment sans tarder d'une poutre de rechange, et recommencent après quelques instants.
Les escouades de servants se relaient, les volées de flèches se succèdent sans relâche, les mineurs sapent le pied des tours, de façon à ne laisser aucun répit aux défenseurs et à concentrer leur attention sur ce point. Tandis que la lutte se poursuit avec acharnement autour des béliers, une centaine d'hommes, choisis parmi les plus braves, entrent dans le marais, un peu après la tombée de la nuit,
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Fig. 180. — Scènes d'un siège. A droite, les archers sous le pavois, et le bélier mobile que les assiégés s'efforcent de désarmer. Au centre, deux sapeurs sans armes ouvrent une mine; à gauche, deux sapeurs cuirassés attaquent le pied d'un mur. La rivière coule au premier plan.
avec de longues échelles : plusieurs s'enlisent, ceux qui atteignent le mur dressent les échelles, et, les trouvant trop courtes de quelques pieds, réussissent néanmoins à se hisser sur les épaules de leurs camarades et à gagner le chemin de ronde. Ils tuent la sentinelle solitaire qui s'y promenait, s'emparent des deux tours adjacentes, et proclament leur succès à grands cris. La garnison découragée lâche pied, malgré les prières de ses chefs : une porte forcée promptement ouvre un libre chemin aux assiégeants qui se répandent dans la ville, et organisent le pillage. Au lever du soleil, quelques groupes de soldats isolés résis-
CUAPITRE XIX.
Fiôr. 181. — Les Assyriens abattent les arbres en pays ennemi.
taient encore : à midi, la lutte était terminée et la chute de Shapibel complétait enfin la conquête du Gamboul.
La population fut emmenée tout entière en Assyrie, et la ville détruite. Les maisons furent incendiées, les murailles renversées méthodiquement jusqu'à ce qu'il n'en restât plus brique sur brique ; puis on abattit les palmiers et les arbres fruitiers (fig. 181), on coupa les digues qui défendaient les champs, et l'on barra les canaux de leurs débris. L'Assyrie ne reconnaît point aux autres peuples le droit de lui faire la guerre : s'ils lui résistent, elle les considère comme des rebelles et comme des sacrilèges, envers qui nul châtiment ne saurait être trop sévère. Elle n'apporte de tempérament dans la façon dont elle les traite, que selon le degré de force qu'elle leur reconnaît ou qu'elle leur suppose. Elle s'arrête après la bataille de Toulliz, et se contente de diviser l'Élam en plusieurs royaumes qui lui rendent hommage : c'est qu'une lutte engagée à fond ne finirait peut-être pas à son avantage, et qu'elle ne veut pas abuser du succès, où elle craint que l'abus ne demeure pas sans vengeance. Elle rase Shapîbel et détruit presque le peuple de Gamboul, parce qu'elle sait pouvoir le faire avec impunité, le Gamboul n'ayant pas une population assez dense pour fournir à lui seul une armée aussi nombreuse que l'armée assyrienne. La colère d'Assour et d'Ishtar n'est jamais imprudente : elle ne se donne libre carrière qu'aux dépens des faibles, et les excès auxquels elle se laisse entraîner contre eux compensent largement la contrainte qu'elle s'impose momentanément à l'égard des Forts*
Assourbanipal reçoit les ambassadeurs de l'Ourarti. — Ninive et ses palais. — Le triomphe : défilé du butin à travers les rues de Ninive. — La guerre est une opération commerciale qui enrichit les Assyriens. — Les prisonniers. — Le supplice des chefs vaincus. — Le banquet et l'ivresse assyrienne. — La fête au harem et la tête de Tioummân. — Le chant de triomphe. — Prophétie de Nahoum, l'Elkoshite.
Pendant qu'on remporte des victoires pour lui, Assourbanipal n'est pas resté inactif dans le palais d'Arbèles. Il a banqueté, chassé, sacrifié à Ishtar aussi souvent et plus que ses généraux n'ont marché, pillé, livré bataille. Il a même reçu des ambassades étrangères, devant lesquelles il a étalé son butin et paradé ses succès. Le roi d'Ourarti, Rousa, lui a envoyé ses nobles pour conclure une alliance avec lui. L'Ourarti n'est plus pour l'Assyrie cet ennemi formidable que Tiglathphalasaiill et Sargon eurent tant de peine à réduire : ses forces se sont usées dans la lutte, et des tribus venues de l'Ouest lui disputent les cantons de l'Euphrate, sur lesquels il étendait son autorité depuis deux siècles. C'est afin de pouvoir leur opposer toutes ses forces que Rousa voudrait demeurer en bons termes avec son voisin de Ninive : l'amitié, ou tout au moins la neutralité de
l'Assyrie vaut bien quelques présents et quelques paroles de louange, même de soumission. Assourbanipal reçoit les ambassadeurs en audience publique, et leur montre les deux envoyés susiensOumbadarâ etNaboudamiq enchaînés. C'est une leçon vivante qu'il prétend leur donner, du danger que l'on court à provoquer sa colère, et, par suite, de l'avantage qu'il y a pour les souverains étrangers à se conserver ses bonnes grâces. Les Arméniens se retirent dûment édifiés, et Assourbanipal reprend après leur départ sa vie de mollesse et de plaisir.
Cependant les courriers se succèdent de jour en jour, et chacun d'eux apporte la nouvelle d'un succès, l'arrivée à Dourîlou, la retraite précipitée des Élamites, la victoire de Toulliz, la mort de Tioummân, l'avènement d'Oummanigâsh et de Tammantou, le siège et la prise de Shapibel, le retour prochain des vainqueurs avec le butin. L'usage est que les rois qui reviennent de la guerre rentrent triomphalement dans leur capitale : les prisonniers défilent en tète du cortège, puis les tributs des nations soumises, et la fête se termine par le supplice des principaux chefs de la rébellion. Assourbanipal fait tout préparer pour la cérémonie ; le jour venu, il se place ta la tête de l'armée victorieuse et prend le chemin de Ninive. La capitale de l'Assyrie n'est pas, comme Dour-Sharoukin, une ville bâtie en une fois, sur un plan déterminé. Elle s'est constituée au cours des ans, par un lent accroissement de constructions et d'hommes, et conserve encore l'aspect désordonné des temps anciens. Elle s'élève sur la rive gauche du Tigre, au confluent de ce fleuve avec le Khousour, et présente la forme d'un trapèze irrégulier, beaucoup plus long qu'il n'est large. La partie qui borde la rive n'est protégée que par un seul mur. Un seul mur aussi couvre le front nord où coule, dans un large fossé, une partie des eaux du Khousour. Les quartiers du sud, qui sont tournés vers la plaine et n'avaient aucun
boulevard naturel, sont mis à l'abri d'une attaque par des mouvements de terre disposés savamment. C'est d'abord un premier mur, analogue à ceux des autres fronts, et, comme eux, pourvu d'un fossé ; puis, en avant du fossé, un ouvrage en figure de demi-lune, consistant de deux murs épais et d'un second fossé aussi large que le premier. La route qui vient d'Arbèles traverse ces défenses, et, se prolongeant à travers la ville, conduit droit à la butte artificielle où s'élève le palais méridional, la vieille résidence des anciens rois, restaurée magnifiquement par Sennachérib. La main de Sennachérib a laissé partout ses traces à Ninive. Il la dota daqueducs pour y amener l'eau fraîche et claire des collines voisines; il y construisit des quais en briques le long du Tigre; il y édifia enfin, dans un repli du Khousour, le plus beau peut-être des palais assyriens, celui où son fils Ésarhaddon et son petit-fils Assourbanipal ont trôné après lui. llsy ont représenté leurs chasses et leurs victoires sur la muraille, et Assourbanipal y a installé la grande bibliothèque où il rassemble les œuvres des scribes anciens ou modernes Le plan des palais ninivites est, à peu de chose près, celui du palais de Sargon à Dour-Sharoukîn. On y accède par des plans inclinés, et par de doubles escaliers ménagés sur les flancs du tertre artificiel qui les supporte. Les façades présentent la môme apparence de forteresses, couronnées de créneaux qu'elles sont et bordées de tours. Les portes sont décorées de mâts et s'ouvrent entre des rangées de taureaux ailés. Le harem y a ses appartements, communiquant à peine par quelques portes étroites avec le reste de la construction : des jardins y sont annexés, où des cyprès et des cèdres se mêlent aux berceaux de vigne et aux parterres de fleurs. Enfin la tour à étages se dresse à l'un des angles, et semble étendre la protection des dieux sur la ville prosternée à ses pieds. Les Assyriens n'aiment pas varier le type et les dispositions de leurs monuments. Les plans
qu'ils ont reçus de leurs ancêtres, ils les trouvent bons pour eux-mêmes et s'y tiennent fidèlement, au moins dans les grandes lignes. Ils ont vu pourtant, en pays étranger, bien des chefs-d'œuvre de construction qu'un peuple moins attaché aux traditions du passé aurait été tenté d'imiter. Ils ont pénétré en vainqueurs dans les palais des rois hittites, et ils leur ont emprunté l'habitude d'élever leurs murs en pierre jusqu'au haut; mais ils se sont arrêtés là, et les palais à la mode de Khatti, comme ils les appellent, ne sont que des édifices chaldéens en pierre au lieu d'être en brique. Ils connaissent le temple de Jahvéh à Jérusalem et celui de Melkarth à Tyr ; ils ont pillé les immenses sanctuaires de Phtah à Memphis, d'Amon à Thèbes, et ils n'ont pas eu l'idée d'en copier les motifs. Ksarhaddon n'a pris à l'Egypte que le type des griffons couronnés du disque de Râ
Fig. 1S-2. — Griffon de slyle égyptien.
(fig. 182), et l'on rencontre, dans le palais d'Àssourbanipal, des figures où le corps du lion égyptien se marie assez lourdement aux ailes et à la tête humaine des taureaux antiques. À cela près, l'on construit aujourd'hui encore d'après les règles établies par les Chaldéens, et les architectes de Goudéa, s'ils revenaient au monde, pourraient réclamer pour eux-mêmes l'œuvre des plus récents parmi les architectes modernes.
Les soldats des différents corps défilent par les rues, aux acclamations de la foule, puis les prisonniers et le butin, puis le roi sur son char, puis d'autres soldats. La tête du cortège est déjà devant le palais, que les derniers rangs n'ont point franchi la porte et se traînent encore par les fau-
bourgs. La richesse du butin excite l'admiration générale. F.es chariots et tout le matériel de guerre élamite ouvrent la inarche, et les chevaux de la cavalerie susienne et les mules du train royal, menés à la main, bridés et harnachés comme pour le service (fig. 183). L'espèce en est la
Fig. 183. — Défilé des chevaux.
même que celle des chevaux assyriens, mais se distingue aisément de la race égyptienne, ainsi que peuvent l'affirmer tous ceux des Niniviles qui ont assisté au triomphe d'Assourbanipal, après ses victoires sur Pharaon Taharqou et sur son beau-fils Ourdamani. La tête est petite, mais dune belle forme, les naseaux sont largement ouverts, les yeux vifs, l'encolure est cambrée, assez forte, le corps est lourd, la jambe fine et musculeuse. Quelques chameaux pris an Gainboul s'avancent derrière les chevaux (fig. 184). Ces grotesques animaux viennent d'xVrabie, où on les emploie au transport des fardeaux et à la traversée du désert. Ils n'ont qu'une bosse, à l'opposé du chameau d'Orient, qui en a deux et que les barbares de Médie amènent de temps en temps à Ninive, comme objet de curiosité. Les bœufs le petit bétail ont diminué en chemin, des frontières d< l'Élam et du Gamboul aux portes de la capitale. L'armée les prisonniers c.n ont mangé beaucoup, beaucoup ont su< combé à la fatigue ou sont tombés sous la dent des bêt< féroces Ce qui survit est encore si considérable qu'on n'er fait défiler qu'une partie : or Misse les antres hors de h
ville, à la garde de leurs bergers, en attendant le moment de les répartir entre le trésor royal et les soldats qui ont assisté à la campagne.
Aux bêtes succèdent des bandes d'esclaves portant les meubles et les objets précieux enlevés aux vaincus, les statues en or ou en argent des dieux, les vases qui servaient
Un chameau et ses conducteurs.
aux sacrifices, les trépieds et les fauteuils en bronze ciselé, tout le trésor de Dounànou, toutes les richesses des habitants de Shapîbel. C'est par milliers que Ton compte les lingots d'argent et d'or, les masses d'étain, de fer et de bronze, les vêtements de laine ou de lin. Et ce n'est là que le produit d'une seule expédition, le butin gagné au pillage de quelques cantons de l'Élain et du petit pays de Gamboul. Qu'est-ce donc lorsqu'il s'agit d'une ville comme Tyr, ou d'un peuple comme l'Egypte? C'est alors que l'on comprend l'amour des Assyriens pour la guerre, et pourquoi leurs rois ont organisé toutes leurs forces en vue de la conquête. Ce n'est point simplement ardeur brutale ou
recherche désintéressée de la gloire : c'est quelque chose de plus positif, le désir de profiter et de s'enrichir. D'autres peuples s'aventurent sur des vaisseaux afin d'aller trafiquer avec les Barbares au delà des mers, d'autres sont agriculteurs, d'autres cherchent dans l'industrie et dans le petit commerce un moyen honnête de gagner fortune : les Assyriens font la guerre. La guerre les nourrit, la guerre les habille, la guerre les dispense d'avoir une industrie, la guerre leur tient lieu de commerce, ou plutôt la guenc n'est pour eux qu'une opération commerciale, où ils engagent des soldats et des chevaux afin de gagner tout le reste. Ils se sont battus en Chaldée, en Syrie, en Klain, en Arménie, en Egypte, en Médie, ils se battront où l'on voudra, pour remplir leurs coffres, et pour faire affluer dans le trésor de leur prince les richesses du monde entier.
Les prisonniers suivent les porteurs de butin en colonne serrée. Les premiers rangs sont composés de musiciens et de musiciennes, qui appartenaient à Dounânou et chantaient devant lui aux jours de sa grandeur, lorsqu'il passait en procession solennelle par les rues de Shapîbel. La harpe au bras, la double flûte aux lèvres, ils s'avancent jouant encore el répétant leurs hymnes d'autrefuis, mais sous la surveillance des soldats assyriens, et parmi les applaudissements dérisoires de la foule. Les Élamites et ce qui reste des peuples du Gamboul marchent derrière eux. Les Assyriens n'ont pas, comme les Égyptiens, la coutume d'attacher les prisonniers dans des attitudes gênantes et cruelles, qui contrarient leurs mouvements et font d'eux des fantoches grotesques. (Juelques-uns ont les menottes aux poignets et les fers ;ui\ pieds : le plus grand nombre n'a point de chaînes. Ils vont sans distinction de rang ni de sexe, le noble au coude du roturier, les femmes avec les hommes, confondus dans une même honte et dans un même esclavage. Leurs vêtements, souillés de boue et de poussière, ne sont plus que des hait-
Ions sans forme et sans couleur qui les couvrent à peine. Les enfants, trop jeunes encore pour comprendre leur misère, regardent avec un mélange d'effroi et de curiosité cette multitude qui se presse sur leur passage. Les jeunes filles et les femmes se demandent avec terreur ce qu'elles vont devenir au partage du butin, et dans quelles mains elles tomberont, entre celles d'un soldat brutal dont elles serviront le caprice, ou enlre celles d'un officier de haut rang, chez qui elles trouveront du moins un peu de l'abondance et du luxe auquel elles étaient habituées. On a vu les rois eux-mêmes s'éprendre des captives qu'ils avaient traînées en triomphe derrière leur char, et plus d'une étrangère est entrée dans un harem assyrien comme esclave, qui ensuite y régna comme épouse. Les hommes, autrefois libres, gardent une attitude anxieuse et morne. Ceux qui sont vigoureux et habiles aux exercices de la guerre espèrent qu'un les remarquera bientôt et qu'on les incorporera dans l'armée ; la servitude militaire ne les effraye pas, et ils préfèrent cent fuis porter les armes pour leurs vainqueurs, plutôt quetravailler aux champs ou se plier aux vils offices qu'on exige des domestiques. Les esclaves d'origine sont insouciants et presque gais. Servir pour servir, peu leur importe que ce soit à Ninive ou à Shapibel; ils ne changent pas de condition, ils changent seulement de possesseurs, et beaucoup d'entre eux ne dissimulent pas la joie cruelle qu'ils éprouvent à voir l'humiliation et l'abaissement de leurs anciens maîtres.
l'n groupe attire surtout l'attention des Ninivites et soulève leurs clameurs, celui que forment les principaux chefs, pris à la bataille de Toulliz et pendant la campagne du Gamboul, Dounânou, son frère Sangounou, Palia, Nabouzalli, leurs femmes et leurs enfants. Dounânou porte pendue au cou la tête de Tioummân. Peut-être envie-t-il au fond de son âme le sort de son allié, qui, du moins, est tombé sur le
champ de bataille, et n'a plus rien à craindre des hommes;
mais sa démarche et ses traits ne trahissent rien de ses pen- II marche en redressant la taille, sans regarder à droite ni à gauche, la figure impassible, le front haut ; il semble ne rien voir et ne rien entendre, ni la foule qui l'insulte, ni ses femmes qui se lamentent et pleurent sur lui. Le matin même, au moment qu'on lui plaçait la tête de Tioummân sur la poitrine, le bourreau perçait les lèvres ou le nez de ses parents, y passait un anneau et une corde, comme on fait aux bœufs, et remettait à un soldat chacun de ces malheureux. Leur conducteur les tire violemment par intervalles, mais d'un mouvement si juste qu'il leur inflige les souffrances les plus vives sans leur arracher un lambeau de chair. Leur courage ne fléchit pas plus que c 'lui de leur chef, pendant les longues heures que dure ïe défilé; aussi bien n'auraient-ils pas traité Assourbanipal et les siens de la même manière, si la fortune leur avait souri et qu'ils eussent pris Ninive? Tous les peuples du monde, et les Égyptiens eux-mêmes, qui pourtant ont une réputation de douceur, se plaisent à torturer les condamnés avant de les exécuter. La mort simple, la mort par i'épée ou par la massue, la pendaison, la noyade, les supplices qui tuent vite et presque sans peine, ne sont pas regardés comme des châtiments réels : c'est une véritable faveur dont on est avare, que d'expédier les gens d'un seul coup, sans qu'ils se sentent mourir. Le rebelle et le criminel ordinaire n'ont pas droit à tant d'indulgence; on veut qu'ils goûtent la douleur jusqu'au bout, et qu'ils appellent longtemps la mort avant d'expirer.
Oumbadaràet Naboudamiq avaient été placés sur l'esplanade du palais, par ordre d Assourbanipal, et regardaient le défilé, la désolation et la rage au cœur. Quand ils virent la tète de Tioummân au cou de Dounànou, leur désespoir ne se contint plus. Tioummân, cruel et sans fui pour ses
Fig. 18o.— Un prisonnier ecorché vif.
adversaires, était pour ses amis un maître bon et généreux. Oumbadarà s'arracha la barbe et éclata en sanglots ; Naboudamiq tira le poignard qu'on lui avait laissé et s'en perça la poitrine. La tête de Tioummân fut exposée audessus de la grande porte de Ninive, et tous ceux qui entraient ou sortaient levaient les yeux, et l'accablaient d'injures ou de malédictions. Dounànou fut écorcbé vif (fig. 185), et jeté tout palpitant dans une fournaise qui le consuma. D'autres furent lapidés, d'autres eurent les yeux crevés par le roi lui-même : il les forçait à s'agenouiller devant lui,
leur relevait la tête en tirant sur l'anneau qui traversait leurs lèvres, et leur trouait l'orbite avec la pointe de sa javeline. Samgounou, aveuglé, fut enchaîné à l'entrée d'une des portes de la ville entre des pourceaux sauvages, exposé aux insultes des passants et nourri de ce que leur pitié lui jetait, comme à uncbien. Nabouzalli, Palia et beaucoup d'autres, après avoir été torturés à Ninive, furent envoyés à Arbèles, pour être sacrifiés àlshtaret mourir devant elle, lis furent écorcbés vifs, leurs cadavres coupés en quartiers et les morceaux dispersés dans les provinces, afin de montrer comment le roi savait punir les rebelles. Comme tous les triomphes assyriens, celui d'Assourbanipal se termina par une longue boucherie.
Après le défilé, l'ivresse du peuple entier. L'usage veut que tout ce qu'il y a d'habitants dans la ville, esclaves et libres, mange et boive aux frais du roi, le temps que la fête dure : c'est une manière de leur donner leur part du butin. Sept jours de suite, les portes du palais restenl ouvertes à tout venant. Des étoffes multicolores, tendues d'un mur à l'autre au moven de cables, ont transformé les
cours on d'immenses salles do banquet. La foule y outre du matin au soir, ou sort, s'installe sur dos lits d'apparat ou sur dos sièges, commande ce qui lui plaît : les esclaves ont ordre do ne rien refuser, mais d'apporter à chacun ce qu'il veut et autant de fuis qu'il en demande. Les femmes et les enfants sont admis aux distributions comme les hommes. Los soldats que leur service relient aux casernes no sont pas oublies : le roi leur envoie les viandes ol le vin qu'ils ne peuvent venir chercher, en une profusion
Fig. 180. — Les convives du roi à table et buvant.
telle qu'ils n'ont rien à regretter. C'est par milliers que les pains disparaissent, par milliers que les bœufs, les moutons, les chèvres, les oiseaux de toute espèce s'engouffrent au fond du gosier populaire, et pourtant ce qu'on mange u'e>t rien à côté de ce qu'on boit. L'Assyrien, assez sobre dans la vie ordinaire, ne sait plus s'arrêter lorsqu'il se décide à faire un excès. Vins d'Assyrie et de Chaldée, \in> d'Élam, vins de Syrie et de Phénicie, vins d'Egypte, les amphores et les outres, aussitôt ouvertes, sont vidées sanâ que la soif universelle semble se calmer. Après un jour ou deux, il n'y a plus si forte cervelle qu'elle résiste, et
Ninîve offre le spectacle extraordinaire d'une ville entière ivre à des degrés différents : la fête finie, il faudra plusieurs jours encore avant qu'elle reprenne son aspect ordinaire. Ce serait le moment pour un ennemi résolu de l'attaquer à l'improviste, quand le désordre est à son comble et que l'armée, comme le peuple, a perdu conscience d'ellemême. La tradition rapporte que plus d'une cité puis-
Fie. 187.
Les esclaves apportent des fruits.
saute a péri de la sorte, en pleine fête, sans presque àvoi; la force de résister.
Tandis que le peuple s'enivre pêle-mêle, c'est dans Us salles du palais qu'Assourbanipal traite les principaux chefs du palais et les ministres de l'État. Ils sont assis sur dechaises doubles, deux d'un côté d'une petite table, deux de l'autre, et se faisant face (fig. 186). Les chaises sont hautes et n'ont ni dossier ni escabeau où les convives puissent s'appuyer ou poser les pieds : l'honneur de dîner avec le roi doit toujours s'acheter par quelque fatigue. L<'< tables
sont couvertes de nappes frangées, sur lesquelles les esclaves déposent les mets. Comme les gens du peuple, les grands seigneurs ne mangent guère : aussi leur sert-on peu de viandes, mais des gâteaux et des fruits de différentes espèces, des raisins, des dattes, des pommes, des poires, des ligues que de longues processions d'esclaves apportent sans relâche (fig. 187 et 188). En revanche, ils boivent beaucoup, avec plus de raffinement peut-être que le
vulgaire,
Fig. 188. — Les esclaves apportent du vin, des gâteaux et des fruits.
.nais avec autant d'avidité. Le roi leur a distribué pour la circonstance les vases les plus précieux de son trésor, des coupes en or et argent, la plupart fondues ou ciselées en forme de tète de lion. Beaucoup sont d'anciens vaisseaux sacrés, dont les prêtres des nations vaincues se servaient dans les sacrifices; celles-ci viennent de Babylone ou de Karkémish, celles-là ont été prises à Tyr ou à Meinphis, d'autres ont appartenu au temple de Samarie ou de Jérusalera. En les employant à un usage profane, on insulte les