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Histoire anecdotique de la Fronde 1643 à 1653

IiiTi0i>irail0ir« — Portants é» JmponanUf Bm Petiti'MaUrt$,âM ProndewTi, et des Mazarins, — La fortune rapide à» Giiilîo Mazaiinl,

^ Mort du cardinal de Richelien; gravures, vers, anagramme, conards^ eto ; quatrain de Bonserade. — - Mazarin succède do fait k Richelieu. — Caractère du nouveau ministre. — Louis XIII hérite. — Retour des exilés; délivrance des « embastillés. » — • Mot du comte de Trévllle. — Gaston, duo d'Odéans. Qua* train rarBidièliea et Banompione. ~ Le am é cha l do Yitry. — » Le comte de Cramail.

^Ânnée ie4dt jnaqu'aa 21 fôvxîer 1643» «-

Pendant dix années, de 1643 à 4653, quatre partis d'inégales forces ont lutté pour s'emparer du pouvoir en France: — les Importants, les Petits-maîtres, les Frondeurs et les Mazarins; pendant dix années, d'abord sous un roi mourant, puis sous un roi mineur, toutes les passions politiques se sont entrc-choquéos sans générosité, sans bonne foi, sans vergogne, se calomniant toujours, parfois se calmant à demi, ne se pardonnant jamais. Jalousies traduites en intrigues, intrigues transformées en guerres, guerres dégénérées en massacres, — tel est le Cvaractère de cette période historique, dont on a trop méconnu le sérieux caché sous mille excentricités, faits comiques et ridicules mascarades.

L'époque communément dite de la Fronde mériterait à peine (^m'oh s' eu occupât, si les rcclierches de Thistorlea

niSTOIKE ANECDOTIQUE

devaient simplement aboutir à une narration peu intéressante de petits moyens employés par tel prince pour abaisser un rival, par telle galante dame pour obtenir les hom- ^ mages d*un gentilhomme à la mode et pour lui faire des lois de ses caprices. Ce serait matière à roman, et rien de plus. Mais à oui sait découvrir le fond grave sous la forme légère, à qui fait passer les malheurs publics avant les infortunes particulières, ces dix années de troubles paraissent dignes de remarque : elles ont vu s'opérer une crise dans l'existence du peuple français; elles ont vu agoniser et mourir le régime féodal, en même temps que naître les

Î)rétentions politiques de la bourgeoisie et les aspirations ibéralcs des classes infimes émancipées par la misère.

Aussi ne doit-on pas comparer la Fronde avec la Ligw^ si ce n'est pour certaines formes insurrectionnelles, comme les barricades, les travaux de fortification aux barrières, les prises d'armes, etc. Celle-ci, outre son essence religieuse, était une manifestation de la noblesse française prétendant s'immiscer dans l'ordre de succession au trône, couronner le cardinal de Bourbon à la place d'Henri VI le huguenot, cl lui donner le nom de Charles X. La bourgeoisie, en 1589, ne s'arma qu'en faveur du principe royal. La Fronde, au contraire, soutint simultanément cfeux principes : bourgeoise, elle demanda des réformes, des apparences de liberté; nobiliaire, elle réclama ses anciens privilèges, presque anéantis par Richelieu.

Dans ce conflit, quel fut le soi-t des populations des villes et des campagnes? Elles souftrirent de la misère et de la faim, se mêlèrent aux combattants, mais vainement, pour leur propre compte ; elles applaudirent ensuite au triomphe de la royauté, parce qu'elles espérèrent en la puissance absolue de Louis XIV. La noblesse et la bourgeoisie les avaient si complètement niées, que jamais leurs intérêts n'avaient été défendus.

Mais n'entrons pas dans des considérations générales que le lecteur devra établir lui-même après l'exposé des faits. Le côté sérieux do la Fronde nous semble assez indiqué ar ces quelques mots. Contentons-nous de terminer cette igr(;ssion par une déCnition préalable des quatre parti»

.q«i wb MÉmHSiirt anr la scène politigue, de 1643 à 16S3. >

Ouvrez le Dictionnaire de l'Âi^énue, au mot Impartant^ et vous y lirez : c Se dit d'un homme vain qui cherche a donner aux autres et qui a souvent luinoateme une opinion^^ • exagérée de sa qualité, de son mérite, de (||Éçrédit. Dé-« finition très exacte de tout gentilhomme quTngura dans la cabale empressée d'annihiler» après la i^qîit 4e JiU^ l'œuvre commencée; cabale composée, diilfeé^ c de cinq ^ ou esprits mélancoliques, qui av«dei^|| mine de pe%^.: ser enmx, qui sont morts fox^ et qui, '^f^eéi temps^a, no?, paraiasmni guère sagesv > Les tmpenrpié^' éki^ nompli parce qu'ils avaient Tair vain et or^ill^il^débi- > taient des maximes d*Ëtat, et rêvaient toriiablisaiéi^^ anciennes lois du royamae* ' .

Us voulaient faire revivre le passé. Presque en mémo temps qu'eux parurent les pttiU-màiinê, qui poursuivirent un but à peu près pareil , mais- qui procédèrent très différemment. Jeunes, pour la plupart, ils se faisaient remarquer par une élégance recherchée, avaient les manières libres et le ton avantageux avec les femmes, affectaient les formes lestes et tranchantes, sans viser à la science politique, étaient brusques , impatients, -se conduisaient en un mot alla marzkde. Us entouraient san» cesse leur jeune chef, Louis 11 de Coudé, avec lequel ils avaient combattu devant Arras, ou devant Aire, ou dans le ftoussillon;ils participaient à sa gloire et à sa grandeur» et formaient^ dans les réunions de la cour, un noyau puissant, une troupe rayonnante. Ils trouvèrent plusieurs fois l'occasion de pouvoir dire, comme Henri VIIl d'Angleterre : « Qui je défends est maître, » et leur épée fit pencher la balance du côté qu'il leur plaisait. Condé dominait ses partisans de toute sa hauteur. « S'il fallait vous donner l'origine des petits^ maîtres^ observe un écrivain, vous me croiriez quand je vous dirais: Condé, le vainqueur de Rocroi, était un grand maître; et ces jeunes gens de cour qui s'attachèrent à lui, singes inlidèles du grand homme, furent appelés petiU-* matins. »

Les importants et les petits-maîtres, d'abord simples ca-

Meiura ^sm f<xroe réclk^ ne iardùr^ paâ è s« foftdr«^ sait»

4 flISTOlEE ANEGDOTIQUB

dans le puiî des frondeurs^ soit dans le parti dès maxa^ fWi» Plusieurs de lears chefs^ même, appartinrent dans la somlMPbn et àFantre successivement, selon leur intérètou caprice: les caméléons politiques ne datent pas d'hier* "I^HÉStor les actes du gouvernement était le fait des impor^ fsÊ^ét on peu aussi celui des petits-maitres, protecteurs lUjÉtÎDns et exigeants de la cour. fr tl^étaâi dl'ipH^ longues années, l'habitude jda

pftrleûieill| 8ft manie, sa passion, pouvons^nous dire. Il numtraiti nnumirait^ remontrait,., tant et si bien, qu'un jour il se posa en asseihblée politique plus qu'en corps judidaire. Delà une lutte entre le pouvoir et le parlement. « Il T avoit, dans ce temps-là,-daDs les fossés de la ville (à la butte Saint-Roch), une grande troupe de jeunes gens volontaires qui se battoient à coups de pierres avec des fron<« déiff" dont il demeuroit quelquefois des blessés et des morts. » Un arrêt défendit cet exercice, que les jeunes gens continuèrent en cachette des patrouilles. Or, le duc Gaston d*0rléans, celui qui, selon Tallemant des Réaux,c avait un peufait le fou en sajetmesse, et brûlé, lanuit^plusd'un auvent de savetier, » alla au parlement pour empêcher qu'on y délibérât sur quelques propositions hostiles au ministère. Le conseQlerBachaumontditàson voisin : a Sifortevirum quem eoMj^s^êre^ siUnt (Aperçoivent-ils un haut personnage, ils se taisent) ; mais il faudra remettre la délibération à une séance ou n*a6sistera point le duc d'Orléans. i> Absolument comme faisaient les frondeurs qui s'abstenaient de leur ex^cice en présence des commissaires, mais qui recommençaient aussitôt après la disparition de ceux-ci. A quelques jours de là, dans la grande chambre, le président leCoigneux, « parlant selon le désir de la cour, » son fils, le même conseiller de Bachaumont, déclara : — a Quand ce sera mon tour, jo fronderai bien l'opinion de mon père. » Ce terme fit rire ceux qui étaient près de lui, et depuis on nomma frondeurs^ d'abord les membres du parlement qui opinaient contre la Cour, et ensuite les bourgeois ou autres qui blâmaient les actes de Mazurin. Ils se glorilicrent bientôt eux-mêmes du litre de frondeurs, qui leur avait été donné par moquerie;

4U se vî^nii>ri>nt A^^jj^gg^M^j^^^^^ choque évé?*

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nêment auquel fls prirent part devint une/rofw/^rîV. La modo s*cn mêla. Retz, dii-on» fit fabriquer des gâteaux à la Fronde* Pain, mets, chapeaux, gants, canons, mouchoirs, bijoux, garnitures, manchons, éventails^ dentelles, épées, équipa^ ges, tout se fit à /a Fronde on en porta quelque empreinte. Rien de beau ni de bon qui ne fût à la Fronde, et c nous fûmes nous-mêmes à la mode, dit Retz, encoreplus par cette sottise que par Vessentiel. » L*étymologie de ce mot amusa ScaïTon qui, dans sa Maxarinadet plaça ces quatre ?ers ;

La fortone se changera,

Et son onTrage défera,

Par quelque rude eoup de fronde

Faisant raison à tout le monde.

Aucune expression ne parut plus énergique que celle de bon frondeur.

Les amis du ministre que l'on frondait reçurent le sobriquet de 77iazarins. A ceux-ci s'attacha, sinon plus de haine qu'on n'en avait voué aux cardinalisfcs de Kichelieu, au moins plus de moquerie et de mépris, li^trc mazarin, grand Dieu ! c'était mériter la bastonnade et la corde, aux yeux des Parisiens. Mieux eût valu tuer père et mère. L'épithète de mazarin, donnée à un homme, équivalait à la plus forte injure, à une diffamation. Criait-on, dans la rue, au ma' zarin! les portes et les fenêtres s'ouvraient, les hommes et les femmes accabhncnt le malheureux d'ordures, do pierres, de coups, à le laisser pour mort sur le pavé. Tout mazarin trahissait la cause du pays, ressemblait nécessairement à un éti anp^er venant vivre aux dépens de la France. Il passait pour ami des traitants, des usuriers, des exacteurs et autres sangsues de la fortune publique. En un mot, chaque individu, rendu impopulaire par ses actes, devenait un mazarin^ et on le traitait comme tel. Malgré tout, quoique

Ï)oursuivi par les malédictions générales, ce parti a vécu ongtemps. Des quatre qui composent l'époque dont nous nous occupons, il est celui qui a fourni la plus étrange, la plus difiicilé carrière, mais qui, en fin de compte, atriom* phé. Les mùxmim n*ont disparu qu'après avoir pris le rôle de courtisans de Louis XIY» en flattant le pouvoir dans ses

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6 HISTOIRE AMMMMRQUB

fautes" éèllWhe dans ses prandeiirs, jusqu'à Tapogée de la monarchie absolue. Les rwasanws ont commencé avec l'existence politique du cardinal dont le nom était devenu leur

. sobriquet, et ils lui ont survécu : ils ont donc précédé et

-fiuivi la Fronde proprement dite.

A . En effet, le jour où Richelieu songea à faeire de Jules Mazarinson successeur, afin d* assurer rentier accomplissement de son œuvre inachevée, les ennemis du c Romain Giulio Masarini » se comptèrent par milliers. On ne pardonnait pas an jeune politique sa qualité d'étranger ; on se rappelait trop, peut-être, Concino-Coneini, le maréclial d*Aiicre, le favori de I^puis XllI, et la coterie des lialiens parvenus. Ayaisrt imcontré Mazarin à Lyon, quantt

^celui-ci était déjà célèbre par ses négociations relative» & la

-«accession de Éantoue et de Montferrat, Richelieu s*était entretenu avec lui, et avait déclaré net c qu'il venait de mri&t an plus fi:rand homme d*État qu'il eût jamais vu. »

' tle brevet de talent insigne, donné àJlaiarin âgé de vingthuit ans seulement (4630), mit en évidence ce brillant élève des jésuites, tour à tour juriste et militaire, diplomate par excellence. Il marcha vite, devint nonce extraordinaire du pap(3 à la cour de France, obtint des lettres de naturalisation (1639), reçut bientôtla barrette des mains de Louis XIII (25 février 164S), sans être entré dan!( les ordres sacrés, sans être prêtre. Enfin, lorsque Richelieu, qui, selon Hon- 4esquieu, c fit jouer à son monarque le second rôle dan» la monarchie, etlepremierdansTEuropc, qui avilit le roi, mais €[ui illustra le règne, > se sentit prêt à rendre Tàme en disant € n'avoir eu d'ennemis que ceux deTÉtat, » et consolé d'avance, c parce qu'il laissait le royaume au plus haut degr4 de gloire, » — il recommanda Hasarin à son royal survivant.

Richelieu étant expiré (4 décembre i64S), chacun, en France, considéra l'événement à sa manière, c Voilà un grand politique mort, » dit Louis XI H avec plus de mélancolie que de froideur, car il admirait le ministre sans aimer Vhomme, et d'ailleurs il pressentait lui-même sa propre fin. Le peuple de Paris se pressa pour voir le défunt cardinal sur son Ut de parade en son palais, après avoir néan-

moins allumé des feux de joie ; puis il raccompap:na jusqu'à réglisc de la Sorbonnc (i3 décembre 4642) où le ministre avait demandé à être enterré, où plus tard le grand artiste François Girardon a sculpté sonmausolée, chef-d'œuvre que nous y voyons encore. Tout en admirant la magnificence du char funèbre traîné par six chevaux, couvert d'un poêle de velours noir croisé de satin blanc, aux armes de Richelieu, escorté par une myriade de pages qui portaient en main des cierges de cire blanche, les Parisiens manifestèrent moins de tristesse que de curiosité : ils no comprenaient pas la perte qu'ils faisaient.

^ Toutefois, il parut une gravure à la gloire du cardinal, sur les bâtiments de la Sorbonne entrepris à ses frais, et récemment achevés ; une autre estampe représenta a l'Extase de Uichelieu, dans laquelle on place saint Louis lui apparaissant pour l'avertir qu'il va recevoir au ciel la récompense de sa piété envers Dieu et de ses fidèles services envers le roi. » Di^ns une allégorie, il tient enchaînés un lion et uu aigle, et on lit ces vers au bas :

Admire ce grand IlicLelien,

Révéré comme un demi-dieu ' , *

Dessus la terre et dessus l'ondo, - . ' . ' • - •. ^ Que ses desseins sont inouïs! • . . ;

De tous les royaumes du mDnde . *■ [

Il n'en faict qu'un seul pour Louis.

Enfin on répandit l'anagramme d'Armand Jean Duplesproduisant cette phrase : Le dieu Mars dans Paris, .et plusieurs canards montrèrent Tillustre défunt sur son lit de parade. Toutes ces gravures se trouvent dans les cartons de la Bibliotlièque impériale.

Bien traités par le ministre vivant, les hommes de lettres n'épargnèrent pas le ministre mort. Isaac de Benserado, qui touchait pension du cardinal, dont il prétendait être le parent par alliance, composa ce quatrain :

Cî-glt, oui, glt, parla morbleu l Le cardinal do Richelieu :

Kt ce qui cause mon ennui, Ma pensiou avecque lui.

t III8T01fi£ ANECDûtIQUE

La duchesse d'Aiguillon, nièce de Riclielien^ ne continua pas au poète cette pension qu'il regrettait tant, mais Benserade la rattrapa plus tard de Hazarin, pour prix d'un peu d'encens, et parce qu*il était un bel esprit fort à la mode. Un jour ce ministre se glorifia d'avoir, dans sa jeunesse, composé des vers italiens dans le même goût qm ceux de soirpensionnél

En apprenant la funèbre nouvelle qui allait remuer YEuh rope, les hommes de cour demeurèrent incertains, stupéfies. Qu'aniverait-il, après le trépas du politique profond

âui avait si vigoureusement frappé la noblesse féodale et émantelé ses châteaux? L'incertitude fut courte, la stupé* faction doublée, car , le soir même du jour mémorable» Louis XlII appela Mazarin dans ses conseils. Le lende«> main, par une letfre datée de Paris, le monarque valétudinaire déclara aux parlements et aux gouverneurs des provinces « qu'il était résolu de conserver et d'entretenir tous les étaolissements ordonnes durant le ministère de Richelieu. en sorte qu'il n'y aurait aucun change* ment... ^ qu'il n'était pas moins assuré de Mazarin, suc^ cesseur du défunt, « que s'il fût né parmi ses sujets. » Le surlendemain, le roi écrivit aux ambassadeurs près les puissances étrangères c que sa principale pensée Sirait... d'user de la même vigueur et fermeté dans ses afibires qu'il y avait gardées... » Cinq jours après, il fit enregistrer par le parlement de Paris un pardon flétrissant, accordé à son frère Gaston d'Orléans. Les choses ainsi arrangées, Louis XIII, qui composait en musique, et qui ne s'y connaissait pas mal, prononça à sa façon l'oraison funèbre Uichelieu : il piit un air au rondeau de Miron :

n a passé, il a plié bagage^ eto.

Cependant, tout en continuant la politique de son prédécesseur, Mazarin n'abdiqua pas sa personnaliic propre, a Le renard, a-t-on dit, succédait au lion. » L'impéiicux Richelieu avait, pendant sa vie, ])rovoqué souvent la jalousie de son maître, soit parce qu'il avait fait peindre sur la porte de son cabinet, au château de Limours, des lis surmontés d'un chapeau de cardinal, avec ces mots au bas :

DE LA FRONBB

€ Ils croissent à son ombre ; » soit parce qu*il était mieux et plus richement servi ; soit parce qu'on lui adressait toutes les déférences, tellement qu'un soir, dans une fête donnée au roi, il avait cru devoir, en politiaue adroit, prendre un flambeau et se mettre à marcher aeyant Louis XIII,

Sour faire acte de courtisaii. L'insinuant Mazarîn voulut, ès te début de son pouvoir, obtenir tout à force de souplesse, substituer le génie de h ruse à Tixidluenoe de la - tmeur, faire le facile, le bonhomme, tirer tout le parti possible de son Heius italien, se fahre aimer, enfin, quand son prédécesseur s'était fait craindre. Sans posséder le titre officiel de premier ministre, titre dont avait îouifiJchelîeu, Uazarin profita de ce Qu'on ne lui avait pas défini ses fonctions, pour agir en modeste « conseiller au roi. » Il s'étudia à se créer des amis dans les hautes et basses régions de la société française, à la cour, à la ville, partout , car il sa* vait ^e son système politique suffirait bien à soulever au-* tour de lui de très graves inimitiés. Comme à Casai, il eût volontiers crié, en s'interposant entre les partis divers : La faix! la faix! Combattre les principes, ménager les personnes, telle parut être sa devise» Ce rôle de médiateur convenait bien à sa position.

Quant à Louis Xlii, il s'en retourna vite à son château de Saint-Germain, après avoir recueilli le riche héritage de son ministre tr^assé ; — Palais-Cardinal, hôtel, argenterie, diamants, quinze cent mille livres comptant. Il ne se soucia guère d'autre chose que de vivre. Peu lui Importait, ayant toujours un guide éclairé, si, à Paris, les satires mordantes et les injurieuses épitaphes s'attaquaient à la mémoire de l'homme qui avait préparé le traité de Wcstphalie, de Thomme que défendaient seuls, et l'Académie, reconnaissante envers son fondateur, et Georgesde Scudéri, ridiculisé comme poète, romancier et homme de lettres, mais cœur droit^ àme loyale.

Tous ceux qui avaient été emprisonnés ou exilés sous le précédent ministère demandèrent un pardon que Louis ajourna, par crainte d'irriter la grande ombre qui planait encore sur le royaume de France. Le comte de ïréville seul reparut à la cour (13 décemtoe 1642) ; ce capitaine des

Digitizcci 1

10 BlSTOIliE ANECDOTIQUE

gardes devait sans doute cette faveur particulière à son esprit jovial, qui lui iit dire, peu après son retour, au roi qui vantait l;i mort édifiante du prélat: « Sire, si le cardinal est en paradis, il faut que le diable se soit laissç escamoter en chemin. »

Louis XIII l isait donc en fidèle observateur des actes de Hichelieu, non par énergie, mais par défiance de luimême et en attendant que Mazarin eût parié. Mazarin proposa aussitôt la clémence, et successivement obtinrent grâce : le duc d'Orléans, les roaréchanic de Bassompierre et de Vitry, le comte de Cramail (43 à 19 janvier 4S43). Le dnc de'Beaufort, fils cadet de Lésar, âxit de Vendôme, et petit-fils de Henri IV et de Gftbrielle d'Estrées, eut permission d'habiter son diètean d*An^ ; enfin le cerendl de Marie de Médicis revint à Saint-Denis, Tordinaire sépulture deis rois ^ mars 1643).

Gaston d*Oriéans, c pardonné,» ii*en eontinna pas moins à être Fobjet de la défiance de son frère, qui s'arrangeait toujours de manière à lui donner une fausse position jsolitique. Louis XIII n'oubliait jMM ses intrigues, ses conspirations avec Montmorency en iC^, avee Cincj-llurs, dix années plus tard ; il le méprisait, parce qu'il arait toujours abandonné et même aénoncé ses complices, à rheure du dang^. Au contraire, le roi se rappelait les gais moments autrefois passés en la compagnie Ai Bassompierre, le jovial, le galant, le favori d'Henri IV, c le bon serviteur, durement traité par Richelieu. » Bassompierre, rendu à la liberté, n'avait pas voulu sortir de la Bastille, sans aue Louis XIII Ten eût prié ; il oublia ses douze années dé captivité ponr redevenir, s'il se pouvait, un héros de la mode, et il s'étonna de voir les rues pldnes de carrosses, < de ne trouver ni barbe aux hommes, m crins aux chevaux. » L'un de ses amis, sansdoute^ composa ce quatrain, dans lequel le captif était censé dire :

Enfin, dmis r«nrière-8iiItott, La fortune d'Amsnd (Rîebdieo) •'acQorâe aveoUndenne, France, je sonde ma prison Quand me âmt woH dt U iiisao. '

DE LA FRO^'DE 4i

Nicolas de Yiiry avait jadis contribué à la disgrâce de Concini, tué de sa main sur le pont du Louvre en 1617; le bâton de maréchal Tavait récompensé de cet assassinat.

Il s'était distinp-iic dans la guerre de religion, par suite de Laquelle il était devenu gouverneur de Provence. Dans ce poste, il avait fait preuve du caractère le plus altier, le plus arrogant, en s'emportant au point do donner quelques coups de canne à Sourdis, archevêque de Bordeaux. Richelieu ne l'eût pas disgracié pour cela, mais ses actes arbitraires Pavaient fait mettre à la Bastille, où il resta six ans. Libre, Nicolas de Vitry pouvait encore rendre des services sérieux: il ne tarda pas à être créé duc et pair, mais il mourut Taa* née même de sa promotion.

Pour Adrien de Montluc, comte de Cramail, et prince de Cbabannais, son attachement au prince de Condé avait motivé son embastillement en iGoO. Richelieu, selon Laporte, le punit ainsi parce qu'il s'était permis de « donner de l'appréhension au roi, quoiqu'elle fût juste et raisonnable, » en apprenant à Louis XI 11 que l'armée des Lorrains était plus forte que la sienne. Cet honnête homme, au dire des contemporains, avait payé do douze années de captivité le grand tort de n'avoir pas déguisé la vérité au roi. Sa santé était afiaiblic par la longueur de sa détention. On estimait Cramail, on se rappelait qu'il avait été naguère un des plus galants intrépides de la cour : Marie de Médicis avait dit un jour « que si elle avait des enfants dont elle fût maîtresse, Cramail en seraitle gouverneur. » Petit-fdsdu brave Montluc, c'était un bel esprit, auteur de la Comédie des Proverbes et des Jeux de V Inconnu; un honnête homme, car Tallemant, le médisant, constate cette réputation.

Ces « revenants » devaient jouer des rôles divers à la cour; les plus âgés devaient bientôt disparaiire par le fait de la mort; les plus jeunes, ù cause de iew étourderie ou de leur vaniteuse, nullité.

II lUâTOIRE A^ECDOTIQUE

Maladie dâ Louis XIII. — • Ses rancunes. — Intrigues. — Le conseil ' de Régence, Mort, enterrement, apothéose et portraits do Lonia XIII. — Sort de aon testament. Mazaiin va partir pour Borne. » La régente et le oardinal e*entr*aident. ^i^ostrophe à l*jinage de Richelieu. Portrait physique et moral 4e Hazttin* — Hommagei à Maaann, à la régente, an ni.

— Du 21 février 1643 au 8 mai 1643.—

Déjà Louis XIU dépérissait (21 février 1643), Louis XIU « Cluc la Providence avait fait naître dans un moment qui lui était propre, » a qui plus tôt eût été trop faible, plus tard trop circonspect , i> a dit Hénault. Sa mort semblait prochaine. Une maladie de langueur le consumait.

On vit alors, dans les appartements de Saint-Germain, le

Î)lu8 affligeant Sipectacle. Mille intrigues se nouèrent, parmi es amis de Mazarin, d'une pai*t, et deFautre, dans la foule des gentilshommes amnisties ou rentrés même sans autorisation royale. Un vaste champ s'ouvrait aux ambitions de tous. Haïssant Anne d* Autriche, sa femme, autant que le duc d'Orléans son frère, Louis XIII, dont le seigneur Jean-Louis Guez de Balzac avait très malignement dit € qu'il ne pouvait faire des coups d'État qu*avec la reine, » ne s'était point réconcilié au fond avec celle-ci, lorsque, par une fécondité inattendue, après vingt-trois ans de stérilité, elle lui avait successivement donné deux fils : Louis XIV, appelé Dieudonné {\G septembre 1G38), et Philippe, duc d'Anjou septembre 1040), qui devint duc d'Orléans après la mort de Gaston, et qui lut la tige de la branche cadette des I^ourbons. x\nne d'Autriche, livrée h l'ennui, allait passer presque tout son temps au monastère du Val-rdc-Cirâce, et faisait de Vincent de Paul le (b'positaire do ses charités. Elle ne comptait pa«, pour ainsi dire, sous le rapport politique, et elle partageait la disgrâce perpétuelle de son beau-frère.

Louis XIII se montra luriiie implacable à l'égard de la fille de Philippe 11 d'£spagne; il n'agit guèi'e eu chrétien.

DE tk FRONDE

de son propre mouvement. Son confesseur lui avait présent l'oubli des injures : le pénitent moribond obéit; mais Tanimosité du roi ne céda pas complètement : sur son lit funèbre, il dit, en parlant d'Anne d'Autriche, qui niait d'avoir conspiré : « En l'état oiî je suis, je dois lui pardonner, mais je ne dois pas la croire. > Quelques jours après, en voyant les amis de la r«me se presser autoor. de lui, il dit encore : c Ces çems^là ylenneni Toi^ |i|^^illbnrrl4 bieor tôt; oh ! si j'en puis revenir, je leur mià mj&t âiér le déàr qu'ils ont que jèmeiircl i Cesparol^iifâlisMiiè^^ rimptussance préteàtfense de Louis Xin. Son ^tat languis* sanfenconra|;eûil6ir intrigues. On le cmt expiré deux fois, dsAié la dernière quinzaine de sa vie , et c on priait continuellement Dieu, par toutes les églisesde[Paris, le sainct sacrement esposé sur les autels, pour le recouvirement de sa sattté^ » lisons-nous dans les rostres de rH6Cel-de-Ti!le«

Malgré tout» Gaston d'Orléans, à la fortune duquel Mazarin s'était d'abord attache^ ne rentra en grâce que pour la forme, et il n'exerça aucune influence* Anne d'Autnche, au contraire, avait maintenant dë nombreux amis, autrefois emprisonnés ou proscrits , ou condamnés à mort, gens à qui le malheur n*àvait point enlevé leur audace. Ils bra- ▼aient, dans Saint-Germain, Louis XIII mourant, c Unis à la reine depuis bien des années, par les services qu'ils lui ^ avaient rendus, i dit La Rochefoucauld, ils com^bnent sur ses promesses, ils csp-éraient ne pas la trouver ingrate* Do ce côté, donc, il y avait l'avenir . Mazarin ne manqua pas Toccasion d'augmenter^ ne fût-ce que momentanémént, le nombre de ses amis personnels, en y ajoutant les partîâHEiiis d'Anne d'Autriche. Il s'accordait avec la reine, lorsque Louis XIII nomma un conseil de régence , où le cardinal eut pour collègues le duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume, sous Anne d'Autriche régente ; Henri 11 de Bour- . bon, prince de Condé, qui ne pensait qu'à l'accroissement de ses richesses, < et dont la plus grande gloire, au dire do Voltaire, est d'avoir été le père du grand Condé; r Pierre Séguier, chancelier, qui paraissait fort dévoué à la reine; le surintendant Boiithillier, et son fils Chavigny.

Ces collègues s'entendirent appeler très sphrituellement

c les collatéraux de la régence, » parce aoe Mazartir^ eomme eux ministre d*État, reçut en entre la présidence du conseil en l'absence du duc d'Orléans et du prince de Condé, avec mission de régler seul, sous la régente, Jea affaires ecclésiastiques. Pour comble de faveur, il tint le dauphin sur les fonts de baptême (2i avril 4643), dans la chapelle du vieux ck&teau de Saint-Germain. La princesse de Condéfut marraine. On dit qu'après la cérémonie^ lorsqu'on ramena Tcnfant à son père, celui-ci lui demanda comment il s'appelait maintenant: c Jem'appelleLDuisXIV ! — Pas encore, aurait doucement reparti le roi mourant, pas encore 1 » L'héritier du trône avait quatre ans et demi. L'événement suprême, depuis longtemps prévu, ne devait

i)ourtant pas tarder à arriver. Un mois après son baptême, 'enfant roysd <r s'appela Louis XiV. » Louis XIU, dit le Juste ^ < le juste à tirer de l'arquebuse , » observaient ^certains plaisants, trépassa (14 mai 4643), trente-trois ans, îour pour jour, après l'assassinat de son père Henri IV. Le ië mai, Anne d'Autriche ramena de Saint-Germain au Louvre le nouveau roi, et, à la cour, raffliction fut très piédiocre \ A peine re8ta-4-il près du défunt, — d'un roi de France 1 — les trois personnages qui, selon le c»* Témonial d*usi^e, devaient autoriser l'ouverture du corps. On remit aux jésuites le cœur de Louis XUl; on porta ses entrailles à Notre-Dame de Paris, et son cadavre alla directement de Saint-Germain, le château, à Saint-Denis, la tombe (19mai). Une gravure, rare aujourd'hui, fut intitulée: € Apotliéose de Louis Xlll ,ou sa réception dans le ciel, où il monte glorieux après avoir triomphe de l'hérésie et de la rébellion. » Hommage qui se trompait d'adresse, qui rendait à Louis ce qui apj):irtenait à Richelieu. Mais il parut une épitaphe bien tournée, traçant de Louis Xlll le portrait leplusexact: '

n «Qt eent vwtw de v«let, El pM «ne vertu de maître.

En effet, gradeusement danser, monter convttiablemeai à cheval ; mre des canons de cuir, des lacets, des filets,

i JLetke de Xoteiuic k mad^moiieHn ddBottiUon, e^ mmut.

des arquebuses ; être bon préparateur de confitures, adroit jardinier, passionné chasseur; larder des viandes comme Tin cuisinier; raser habilement comme un barbier; confectionner enfin des châssis, — telles étaient les qualités réelles du mari d'Anne d'Autriche, qualités que venaient anoblir un peu de peinture, quelques travaux de musique, çà et là des raisonnements passables dans un conseil , et auxquelles s'ajoutaient une certaine cruauté native, beaucoup de dissimulation, de la pudeur sournoise, une vaillance douteuse , une fainéantise achevée, des ennuis passés à l'état de nature, une horrible manie (ju'il garda longtemps, assure Tallemant des Réaux, a celle de se divertir à contrefaire les grimaces des mourants. j> Quand son jeune favori Cinq-Mars fut décapité, Louis XIU ne s'écria-t-il pas ? « Je vouarais bien voir la grimace qu'il fait à cette heure sur cet échafaud ! » Voilà le prince que la régente devait officiellement pleurer.

Sans perdre de temps, Anne d'Autriche conduisit le petit roi tenir un lit de justice au parlement (18 mai 1643).

Alors fut consommé un fait grave et fécond en conséquences. Louis XIU avait exécuté de point en point le 7<?5iament politique de Richelieu, dont l' avant-propos contient quelques pages plus habiles encore que flatteuses, une € succincte narration de toutes les grandes actions du roi. » Le sien n'eut pas la même fortune : on l'éluda très catégoriquement. Le royal défunt avait en vain écrit qu'il voulait que sa déclaration de régence « fût irrévocai)le, aussi ferme que la loi salique ; » en vain il avait solennellement signé cette décl iration, en mettant au bas : cr Ce que dessus est matrès expresse volonté que je veux être exécutée. » Le monarque fantôme s'était fait illusion, parce que la régente et le duc d'Orléans avaient signé aussi; il avait remis la déclaration à Matthieu Molé, premier président, en disant : « J'ai disposé des aftaires de mon royaume. C'est la seule satisfaction que je puisse avoir en mourant. » L'enregistrement au parlement s'était effectué le lendemain des signatures.

Pures et impuissantes formalités, contre lesquelles Anne d'Autriche, déjà experte aux choses de la politique, s'était

16 mSTOlRE ANECD0TIQ13E

armée en secret par une protestation devant deux notaires, basée sur ce que « sa signature avait été donnée par obéis- >sance pour le roi. »

Dans sa finesse déliée , Mazarin prévit que la veuve de Louis XIII attaquerait tout haut « les dernières volontés; »il se démit de son pouvoir, exemple suivi par tous les autres membres du conseil de régence, et il publia sa résolution de retourner à Rome. Alors, les belles dames et les courtisans de s'écrier avec joie : « Mazarin fait ses paquets! » Les ministres, selon eux , préparaient leur retraite et seraient remplaces par de f^alants mannequins ministériels. 0 bonheur ! plus de politique sérieuse, ])lus de système de Richelieu ! Non ; mais le galant duc de Beaufort va être favori en titre. Ce jeune et charmant écervelé ramènera à la cour la gaité, depuis longtemps exilée, le laisser-aller amoureux, presque le désordre : le plaisir en permanence! Mille projets s'agitent dans les cerveaux.

Les déceptions devaient suivre. Anne d'Autriche avait ioué sa comédie, comme Mazarin avait joué la sienne. Voici se lever une nouvelle journée des dupes contre les jolis ambitieux. Reconnue à l'unanimité par le parlement en qualité de régente sans partage, Anne d'Autriche garda Mazarin, homme indispensable, disait-on, parce qu'il était, avec Chavigny, seul dépositaire du secret de l'État; Anne d'Autriche suivit en cela le penchant de son indolence plus peut-être encore que les conseils de Vincent de Paul.

Veuve à quarante-deux ans, adonnée aux exercices de piété, et néanmoins fière de son rang, la lillc aînée de Philippe II (l'Espagne joignait à la bonté continuelle de cours moments d'énergie. Elle avait bien les goûts et les délicatesses d'une reine^ et elle montra toujours tant de recherche dans ce qui touchait à son corps, que plus tard Mazarin put lui dire avec raison : « Madame, si vous étiez damnée, votre enfer serait de coucherdans des draps de toile de Hollande. » Mais la régence libre et entière l'effrayait en la flattant. Le cardinal se rendit agréable à Anne a Autriche, qui craignait d*èire trahie par les grands, et à laquelle il conve- .nait de donner sa confiance à un homme qui, étant étranger, devait trouver en elle seule un véritable appui. La

hE LA FKONDE 17

galanterie, d'aflleors, protégeait Mazatîn jtont la fignre était belle, qui possédait d'élégantes manières et quelques traits de ressemblance» dit-on^ avec Backin^am. Ainsi le ministre et la reine trouvaient lin intérêt immense à 8*unir pour commander. Oelle-cî, surtout, sentait si bien les exigences de sa position présente et la nécessité de s'ap« puyer sur un bras vigoureux, qu'il lui arriva unjour, assuret-(m» de s'arrêter devant le portraît de Richelieu (du Musée du Louvre)^ de contempler fongieipps l'image de rhomnte qui l!avaît humiliée pendant toute sa vie , et de s*écrier : « Si cet homme vivait, il serait aujourd'hui pluè puissant que jamais! » Quelle transfiguration dans Ânne d'Âutrichel Que ne peut le besoin de conserver le pouvoir! Naguère, le terrible cardinal avait vaincu l'un des amants de la régente, et il avait tué l'autre!

Mazarin disait que c quand on a le cœur on a tout. > Etabli déjà dans le cœur et dans la tête d'Ânne d'Âutriche, soit avec passion, soit avec innocence réciproque, il plut singulièrement au public étranger aux inmgues de cour, qu'il charma par ses grâces personnelles, sa modestie apparente^ sa rare politesse, la séduction de son langage. Hazarin, cependant, n'écrivait pas plus correctement sa langue adoptive qu'il ne la prononçait, mais son style avait de Taisance et une libre allure fort enjouée. Belle taille, teint vif et beau, selon Brienne, les yeux pleins de feu, le nez grand et un peu élargi par le bout, le front large et niajpstiiciîx, les cheveux châtains et un peu crépus, la barbe plus noire et toujours bien relevée avec le fer, mains remarquables, propres et très soignées, le tout avec une odeur habituelle de parfums ; l'esprit étendu, fin, insinuant et délicat, selon Bussy-Rabutin, faisant plaisamilient un conte, et Tabord agréable par nature, voilà riiomme qui allait gouverner la France de concert avec une reine dont la coquetterie, les passions vives et le tempérament hardi, quoique endormi, ne furent un secret pour personne; voilà l'homme que Condé, Retz, l'abbé de Choisy et autres ont plaisanté siu* sa naissance obscure, et regardé comme un être inférieur, en fait de noblesse, de bonnes manières,

d'intelligence poUuque. Montglat a prétendu que le cardi-

4S HISTOIRE ANECDOTIQim

nal était brelandier, adroit aux jeux de main, à faire des tours de cartes et de billard; aussi parut-il, plus tard, une Ballade de Mazarin, grand joueur de hoc c ou beau jeu de trente et qu^ante; » aussi lui dit-on, dans un sonnet ;

€ ••• Dit|NM6

De la reine de cœur, pique, trèfle ou camto, Mftit n'en fiât pM ainu «b Is ma» âAFnate.

Aussi Taccusa-t-on, enfin, de tricher au jeu, en déclarant que la France était bien malheureuse d'être gouvernée par un Italien qui avait le loisir d'inventer des jeux, notamment celui du lioc. Mazarin avait les singes pour animaux favoris, et « deux singes sur ses genoux dansaient parfois avec lui, » assure une lettre burlesque du temps.

Une grande allégorie complimenta Mazarin sur sa nouvelle dignité : une estampe le représenta « prenant soin de réducation du dauphin, » et dans une autre, dont le titre était : « Etat de la famille royale après la mort du roi, > on put lire ce panégyrique de la régente ;

Anne, dont la vertu nous assiste au besoin, Va ramener le cnlme apr^'s tant de îempôtes ; Et ces princes divins, dont elle a tant de soin, De l'aurore au couchant borneront leurs conquôtes,

Snr le Ut de justice du iS mai, on célébra les laQanges du parlement favorable à la mère da petit roi :

Icy lo Parlement, pour nous tirer de peine, Beçoit Anne régente et nous met «oabz ta loy, 0 Dieu! que nom surons une adorable reynel lion Dlea, q[iie nous toKons vn adorable roy I

Et puis, comment toutes choses ne marcheraient-elles pas sans entraves! « Le dépost de la régence du royauuie do France faict par la reyne-mère régente entre les mains de la reyne de paix, mère de Dieu, » avait inspiré à un graveur la plus touchante allégorie; enlin l'enfant -roi recevait sa couronne des mains de Enfant-Jésus, d'apro» une estampe parue en 1643.

m Lk F&ONDE

Maiaxin «tt phué à U ttfce du oamdl. — Jalon^ que tes siiccè? ibnt nattre. — Beaufort, èhef de la cabale 4m Important», — Ses xaaoiÂree; tes cinq cents gentilshommêf • — Le peiaoïmà do U €oaT, 60 1643. — Les étoiles galantes. ^ Madame deMontbazoo

et son second mari. — • Intrigues de femmes. — Coligny et mndame do Lonfçiieville. Collation au Jardin- Renard. — Ruine des projets do lieaufort. «— L'Important est arrêté. — Plus de cabale. Déuoûment dramatique des « amours de Coli^uy et du madame de Longnovflle. »

• De mai 1643 an l*'" janvier 1644, —

Quel coup poor le plus grand nombre des courtisans ! Au moment « où ils croyaient le cardinal prêt à passer les

monts, » où ils espéraient triompher dans la personne du duc de Beau fort, devenu favori en titi*e, où ils touchaient à une belle et bonne réaction contre la politique de Richelieu, voici que, par enchantemqnt, le protégé- de Hichelieu marche à la tête du conseil (8 Viiai 1643) !

Augustin Potier, frère du président de Blancroénil, était le grand aumônier d'Anne d'Autriche, qui, autrefois, avait trouvé des consolations dans ses paroles, assurait-on. Saint homme, mais politique inea] )able, Potier se montrait tellement étranger aux aflaircs d'Etat, que, quand la reine lui présentait des dépêches, il ne pouvait donner (!• réponse sur aucune. Présoni{)tucux comme la plupart des gens médiocres, cet cvôquc disait que le royaume n'était pas plus difiicile à gouverner (jue ses curés. Ce pauvre esprit s'était avisé un jour de signiiier à l'ambassadeur des Provinces- Unies quelesHolîandais ne devaient plus compter sur les secoursde laFrance,àmoins «qu'ilsnc se fissent catholiques.» Les Hollandais n'avaient point goûté les conditions du ministre-convertisseur, lequel, ne doutant de rien, et tranchant tout avec la légèreté de l'ignorance, ne pouvait jamais acquérir rexpérience politique que donne le maniement habituel des affaires. Potier, après s'être employé, dans sa fatuité comique, à empêcher le parlement de frapper « les ministres de la tyraunie passée^ » aiin, disaitril, de ne pas

niSTOiRE ANECDOTIQUE

dérober à la régente la glorieuse mission de les expulser elle-même, Potier se vit remplacer par Mazarin. Anne d'Autriche essaya de calmer le désespoir d'Augustin Potier, en lui promettant le chapeau de cardinal : c'était la promesse banale du temps.

Claude Bouthillier perdit l'administration des finances confiée au président de Bailleul, à qui l'on adjoignit Claude de Mesmes, comte d'Avaux, avec Particclli d'Emery pour contrôleur général en nom et pour sur-intendant en fait. Chavigny, fds de Bouthillier, perdit sa charge de secrétaire d'Etat, dfonnée au comte de Brienne, mais il resta gouverneur du château de Vincennes, où il se retira. Charles de rAubes])ine, marquis de Châteauneuf,, disgracié, emprisonné par Richelieu, ne recouvra la liberté que pour de» mcurer, par ordre, dans sa maison de Montrouge. Presque eu même temps, Paul de Gondi, ambitieux libertin que le cardinal voulait s'attacher par prudence, eut la coadjutoreric de Paris et fut nommé archevêque de Gorinthe, dignité sans valeur à ses yeux.

Agé de quarante et un ans iVpeine, Mazarin disposait tout avec une activité remarquable. Ses amis provisoires trouvèrent bien vite que sa fortune devenait trop personnelle, qu'il continuait trop évidemment Richelieu, leur pei'sécuteur, a dont ils n'avaient pu faire condamner la mémoire ; » qu'il ne leur laissait qu'une part infime, pour ne pas dire nulle, dans l'adm^istration du royaume. De là, murmures d'abord, puis envie, cabale enfin ; de là, les prétentions élevées et les actes insensés du parti des imjiortant^, le premier qui se soit montré sous la régence d'Anne d'Autiiche.

Dans ce parti figuraient des mécontents de cent espèces, et avant tout le duc de Beaufort, que la reine avait rappelé d'Angleterre et reçu avec la plus grande faveur, qu'elle avait publiquement déclaré « le plus honnête homme de France.» Eneflet, la veille delà mortdeLouis XIII, elle lui avait confié, devant toute la cour, le dauphin et le duc d'Anjou, qu'elle craignait de voir enlever par le duc d'Orléans ou par le prince de Condé, dans le cas où ces ce deux collatéraux de la régence » eussent cherché à prendre les enfants royaux comme otages, pour se mettre à la tête du gouvernement.

DE LÀ FRONDE %i

Beaufort, possesseur d'un secret dont ravcu eût, dit-on, compromis Aune d'Autriche, lors de la conspiration de Cinq-Mars, avait gardé un silence tout chevaleresque ; Beaufort, Louis XIII étant expiré, avait conduit à Paris la régente et le jeune roi, reçus au haut du Roule par le duc de Montbazon, gouverneur de l'Ile-de-France; Beaufort, à Saint-Germain, s'était vu donner le commandement suprême des troupes dans l'intérieur du château. C'était trop d'honneur pour qu'il ne s'exagérât pas son mérite. Déjà le vieux prince de Condé avait protesté contre les allures de ce petit-Uls de Gabrielle d'Estrées ; il était arrivé un jour que Beaufort, ayant eu à avertir le prince de sortir d'un appartement, celui-ci avait répondu <x qu'il obéirait aux ordres qui lui seraient transmis par un capitaine des gardes, mais qu'il n'en avait pas à recevoir du duc de Beaufort. » Des pointes de jalousie existaient entre les maisons de Conde et de Vendôme, et bientôt la mésintelligence éclata aussi entre Beaufort et le duc d'Enghien. Nous aurons occasion d'en parler, car l'époque frondeuse est celle des grandes ruptures pour les petites inimitiés.

A côté de Beaufort se rangèrent les ducs de Guise et d'Epernon, les maréchaux de Vîtry et de Bassompierre, hommes aigris ou fatigués d'esprit; Augustin Potier, le duc de Retz, le marquis de la Châtre, les comtes de Fiesque et d'Aubijoux, Béthune, Fontraillcs, Beaupuy, la marquise de Senecé, madame de Hautefort, mademoiselle de Saint- Louis, le président de Blancménil, Châteauneuf, etc. Aussitôt son impoî^tance l'exalta. Il voulut gouverner l'État; a mais, selon Retz, il en était moins capable que son valet de chambre. » Loin « d'avoir toute la prudence qui se pouvait souhaiter, » comme dit la Châtre, il s'enivra, il s'oublia, il perdit le jugement ; aussi le coadjuteur Gondi rcfusa-t-il d'entrer dans une intrigue qu'il regardait comme extravagante. Beaufort, assez fou pour penser qu'Anne d'Autriche le ménagerait par reconnaissance du passé, s'affranchit des lois de la stricte politesse, s'avisa de tourner parfois le dos à la régente quand elle lui parlait, ou de lui répondre par des sarcasmes. Tantôt il brava ouvertement iMazarin ; tantôt il prit plaisir ù s'aliéner Gaston d'Orléans, en affcc-

n nisT(ttitB AmcixmQUE

tantde ne pas saluer son farori La Rivière. Or, Louis Barbier, abbé de La liivière, ancien régent du collège de Piessis, et qui devint évèquc de Langres, était Tàme damnée de Gaston. Ne pas honorer le valet, méprisable mais chéri à cause de ses complaisances vicieuses, c'était pour ainsi dire insulter le maître. * y^ v-

Les importants et leur chef avaient soif d'émotions politiques. Leur manie, selon madame Cornue], était de dire toujours qu'ils s'en allaient pour affaire d'importance. L'escorte de Beaufort se composait de cinq cents gentils-*' hommes ; le roi n'en possédait pas davantage.

Pour ces meneurs si gravement légers que snifàîÉB pinrtcmt, d'après Tusage, un grand nombre de gens armés, et oui, dans de fréqtMlesTéanions, assemblaioit parent^ ^'''^JSi^^^^^*^^ oomr d'alors offrait qh vaste champ- . .^eia ^Mf ; jh " 'i)É l iw ifl ife s ressources. Sous Louis l^IU on f

; mainienant on jr-i^herchaît et trouvait • le plaisir. Les jeunes gens y abondaient, y jetaient le plus brûlant éclat. £n 1643, le duc d'Ënghien^ âgé deinngt* deux ans, jouissait déjà d'une haute réputation militaire^ Beaufort avait vingt-sept ans, Guise vingt-neuf, Nemoura - dht-huit, Turenne trente-deux^ Marsillac trente, Gondi vingt-neuf ;Mazarin lui-même, nous l'avons déi teignàit qii'à sa quarante-unième année*

lies princesses étaient belles, peu cruellés dïidiesse de Longueville rayonnait de ses vhigt-quatre ans, au milieu de femmes plus ftgées qu'elle, et par consé-*^ quent envieuses. Madame de Montbazon passait un peu hi^ quarantaine. Les duchesses de Bouillon, de Chevreuse, der Chàtillon et de Némours étaient' éblouissantes de beauté. Oba d^laratt presque officiellement c que madame de Moni<^ bazon était une des galantes dames de la cour, aussi bîeti que la duchesse de Chewcuse, > et qu'elle «d^aisait toutes lés autres au bal. » Malgré son grand nez et sa bouche . un peu enfoncée, sa stature colossale, madame de Montbajfeon possédait un teint si blanc, des cheveux si noirs, et elle ' .,^«va^t tant de majesté ! Point ne manquait-elle d'amants^^ Pf^. ^successivement les ducs de Chevreuse, de Saint-Simon et de

"^li^eaufeit. On les lubpardoniiaity à cause de la niaiseiie do

DE LA FRONDE t3

son raavi, qui s*avisa un jour de dire à la reine : « Ma? dame, laissez-moi aller trouver ma femme, elle m'attend , et dès qu'elle entend un cheval, elle croit que c'est moi. » Et une autre fois il répondit à la même reine qui lui demandait quand sa femme accoucherait : <r Ce sera quand il plaira à Votre Majesté. »

Marie d'Avaucour, seconde femme d'Hercule de Rohan, duc de Montbazon, gentilhomme très avancé en âge et vivant dans la retraite, recevait présentement les soins de Beaufort, qui se constitua éperdument son champion. Madame de Montbazon était parvenue au plus haut degré de la dépravation. « Je n'ai jamais vu personne, dit lletz, qui ait montré dans le vice si peu de respect pour la vertu. » Belle-mère de la duchesse de Clievreuse, et pourtant plus jeune qu'elle, madame de Montbazon fit cause commune avec sa belle-fille, qui, mariée successivement au connétable de Luynes, favori de Louis XIII, puis au duc de Chevreuse, prince de Lorraine, était issue du premier mariage du duc de Montbazon. Madame de Ghevreuse avait été bien longtemps l'amie intime d'Anne d'Autnche ; mais, après avoir passé dix-huit années en exil par l'ordre du feu roi, elle ne trouva plus, au retour, dans la régente,' « qu'une souveraine sérieuse et dévote. »

Cette alliance des deux étoiles galantes de la cour, — la Chevi'euseet la Montbazon, — était grosse d'orages. Près de l'une et de l'autre se groupaient les élégants de l'armée, lorsqu'ils reparaissaient momentanément dans Paris. Les ■jolies bouches de madame de Ghevreuse et de madame de Montbazon ne s'ouvraient guère que pour deviser d'amour ou pour débiter des moqueries contre « Mazarin, l'Italien,» le faux gentilhomme romain, «c le fils d'un banqueroutier sicilien, j> « l'aventurier. »

Une circonstance inattendue, un véritable épisode de roman donna aux choses une tournure plus grave, et jeta de l'huile sur le feu dont brûlait le duc de Beaufort,

La tille (lu vieux prince de Gondé, la sœur du glorieux duc d'Enghien, la femme du duc de Longueville, l'emportait sur toutes ses rivales en grâce et en beauté sympathiques. Deliuucjalçusic implacable âge contreelle aux cœc""^

Si HISTOIRE AmoMmouB

delhcsdames deMontbazon et de Chevrease, ^ui la recevaient avec des arrière-pensées.

Le coup éclate. Dans la chambre de la duchesse de Montbazon, d'où vient de sortir Maurice de Ghàtillon (août 1643), comte de Coligny, on trouve par terre deux lettres sans adresse, « passionnées, bien écrites et d'un beau caractère de femme. » Voici le contenu de l'une d'elles : « J'aurais beaucoup plus de regret du changement de votre conduite, si je croyais moins mériter la continuation de votre aÛection. Tant (jueje l'ai crue véritable et violente, la mienne vous a donné tous les avantages que vous pouviez souhaiter. Maintenant n'espérez autre chose de moi que Festime que je dois à votre discrétion. J'ai trop de gloire pour regretter la passion que vous m*avez si souvent jurée, et je ne yeux vous donner d'autre punition de votre négligence à me voir que celle de vous en priver tout à fait. Je vous prie de ne plus venir chez moi, parce que je n'ai plus le pouvoir de vous le commander. •

Aussitôt, grâce à madame de Montbazon, la malveillance va son train : ces deux lettres sont tombées de la poche du comte de Coligny ! Ces deux lettres sont évidemment écrites par c la sage et vertueuse » Longueville I

Chacun sut bien, plus tard, qu'il n^y avait rien de corn*

Sromettant en tont eela pour la fille dn prince de Condé. [ais, au moment de la mystârieiiaedéoenvertey deux camps se formèrent. Il j eut jusqu'à quatorze princes, Beaufort en tète, qui offrirent de prêter leur épée et leur crédit à madame de Montbazon. La dndiesse de Longaeville eut mohia de défenseurs ; mais parmi >eax figura le héros de RocToi. En outre» la princesse de Condé se plaignit à la reine régente des attaques portées à l'honnenr de sa maison. Il se fit une sorte de réconciliation on ^asmnit honorable entre cette princesse et la duchesse de Honthazon, récondîiation plus qu'imparfaite, carpeuaprès,danslejar^ din Renard, situé à l'extrémité des Tuileries, sur les bords delaSeine,oùÂnne d'Autriche avait accepté de la duchesse de Gfaevreose nUe collation, un débat très vif s'éleva à

Sropos de la présence de madame de Montbazon dans un en où Tenait la {Hrbàcesae de CoAdé* La coliation manqua,

I>£ LA FRONDE

et la reine régente elle-même dut se retirer < sans ayoir rien mangé, i

Le dénoûmenidecet incident, sLiatile en apparence, ent une portée politique, parce qu'il coïncidait avec une machination de Beaufort, qui recherchait le renom de profond cons^ateur. c Chez ce duc, écrit Retz, tout avait pris un certam air de complot. On tenait cabinet mal à propos ; on donnait des renaez*YOUS sans sujet ; les chasses même paraissaient mystérieuses. » Il était excité en secret par madame de Chevreuse et par Cbâteauneuf, par des amis aventureux Saint4bar, Montrésor, Beaupuy, Fontrailk% Fiesqueet Béthune. Grand bruit pour peu d'effet, sans doute ; néanmoins il fut question, dans ces condliabules, d'un coup de main contre le cardinal-ministre, que Foa devait tuer. Déjà plusieurs occasions d'exécuter le complot avaient manque. Mazarin semblait ne redouter rien. Anne d'Autriche, plus préoccupée par les menéesdes importants^ conseillait au cardinal de surveiller ses ennemis, et, au besoin, d'agir contre eux avec rigueur.

Les différentes scènes relatives aux lettres prétendues écrites par madame de Longucvîlle, fournirent à la reine régente un excellent prétexte de ruiner la cabale. Après la collation si pleine de malencontres au jardin Renard^ Anne d'Autriche prit parti pour la maison de Condé, sans s'inquiéter de paraître de plus en plus ingrate aux yeux de madame de Chevreuse et du duc de Bcaufort, qui, de son côté, ne garda aucun ménagement dans sa mauvaise hu-^ meur, et continua ses trames contre la vie de Mazarin. La puissance du cardinal, directement opposé à Beaufort, était la ruine de celui-ci.

L'étourdi ! l'imprudent ! ses projets d'assassinat étaient ébruités, et la moindre faute le pouvait perdre. Loin de s'observerdevant la reine régente, Beaufort abusa une dernièro fois de son «importance. » Le 1" septembre 1643, Ghavigny, le gouverneur de Vincennes, l'ancien secrétaire d'Etat, offrit une brillante collation, dans le bois, à Ajine d'Autriche qui espérait bien ne pas voir se renouveler là une scène pareille à celle du jardin Renard, mais se divertir à son aise, en petit comité. Au milieu des visages gais et

M mSTOIKB ANBCBOTIQUË

d*ane eonrfoitte gracieiisemftni animée, Bmlbrt'ptratt^

peu disposé, fronçant les sourcils» Tair chagrin^ comme un raéchaDt trouble-féte. Il déplaît à )a reine régente, qui le reçoit mal, asses mal pour )e déterminev à reprenm Is route de PÎois.

Suivant son caractère, le duc irrité, exaspéré, s'en TÎeni au Louvre questionner^ menacer peuMIre Mazarin, à un tel point que le cardinal se munit d*une nombreuse escofte pour rentrer dans sa demeure, et que chacun se demande si rheure de Fassasanat du ministre a sonné. En vérité, les foçons de Beauibrt dépassent toute mesure. Qette fois, il faui sévir, pense Anne aAutriclie ; û faut punir cet ébouriffimt gentilhomme, dont les extravagance^ mettent en émoi la cour et la ville. Le lampion amoarenx de madame de Montbaion devient partron insupportable. Quelagai>» lante dame ait à se pourvcnr a un autre amant^ ear celuici va disparaître !

Hazann se lause persuader, et, dès le lendemain soir, le capitaine dos gardes de la reine arrête Beaufbrt, pum le conduit au donjon de Vincennes, pour qu*il j, trouve, sous la garde de Gliavigny, le calme nécessaire à son equit agite. De plus le duc de Vendôme, père de Vimpariaki^ reçoit rorore de quitter Conflans, près Paris, et de se reti- TeriiAnet; son fus aîné, l'insignifiant duc de Mercœur, est prié d'aller vivre dans une de ses maisons provinciales. • Hactame de Montbazon, restée sans défenseurs, quitte la cour; le marquis do Ghàteauneuf semble dangereux dans son château de Montrouge : on lui ordonne de se rendre en Berri. L'exil ou la prison frappent Béthune, Montrésor et autres. Le comte de la Châtre perd sa charge de çol<»iel général des Suisses, remise à Bassoibpierre. Quelones jours après, révèque Potier regagne son diocèse de Beauvais, sans le moindre espoir de devenir cardinal ; la duchesse de Chevreuse, enfîn, apprenant à ne pas trop c6mp4^ sur une ancienne amitié royale, est reléguée à Dampierre, puis à Tours, d'où elle se retiré en pays étranger. Un libelle V suppose tout gratuitement que, si le petiV»fils de Henri IV

â'ete arrêté, c'est parce fa'tlaaurprô Ibiaimdi&ft la niella

D£ LÀ FRONDE t7

Le menu monde des importants se dùperfle. Tonte la ea» baie s* évanouit, depuis son chef, régaroé cinq mois auparavant par Anne d'Autriche comme le € brave de la cour, » comme le c gardieii du trône^ > «oaime le c|»^cteur .de la régente, » jusqu'aux plus minces geiUilshommcs, dont le mécontentement se compose, pour un quart^ d ambition et d'envie, et dinoapacité pour trois quarts. La queue des révoltés du dernier règne est coupée.

ËU expirant, la « cabale des importants » montra combien ell^ avait été faible pendant son existence, et Tinanité de ses rêves sur le retour d'un passe que Richelieu avait pour toujours anéanti ; la bourgeoisie, c'est-à-dire le parlement, ne participa point à ses intrigues et ne s'émut nullement de sa défaite lionteuse; le peuple en ignora presque le nom. Seulement, par leur amour irraisonné des choses passées, les importants donnèrent aux parlements l'amour exagéré d'un avenir impossible, des pensées de gouvernement qui ne tardèrent pas à se faire jour, le désir trop hâtif de continuer, au protlt de la bourgeoisie, l'œuvi e que Richelieu avait commencée au profit de la royauté. Si l'eniprisonnemcnt de Beaufoi i produisit, an dire des mémoires contempor.iins, un immense eftet de terrciu-, ce fut ])rincipalement sur la noblesse. Elle se rappela le premier iicte déclaratif delà {)iiissaneedc Richelieu, — l'emprisonnement du duc de Vendôme (IG^G), en voyant le premier acte d'autorité de Mazarin, — l'emprisonnement du duc de Beaufort (1643). r^llc craignit de voir renaître l'époque sanglante pendant laquelle ses rangs avaient été bien cruellement décimés; les ombres de Marillac, de Cinq-Mars et de de Thou lui apparurent. Crainte puérile ; Mazarin ne voulait pas frapper avec le glaive, comme son prédécesseur, et le règne de la force, nous l'avons déjà dit, faisait place au règne de la ruse.

Remar([uez, en effet, qu'au moment où Beaufort est enfermé dans Vincennes, pour y rester cinq années prisonnier, Anne d'Autriche joue encore une petite comédie, et pleure, en se coucli;int, « sur les belles qualités » de celui qu'elle a ordonné d'arrêter, après avoir parlé chasse avec lui; remai'quez aussi que Mazarin, dans une lettie signée

HISTOIRE ANECDOTIQUB

du roi, officiellement envoyée en France et à l'étranger, explique les causes do sa fermeté, pour qu'on la lui pardonne, et déclare c que la reine a inutilement employé la douceur et les bienfaits pour divertir les mauvais desseins de quelques esprits... qu*eUe s^est fait violence de quitter les mouvements de la bonté qui lui est si naturelle pour entrer dans ceux de la justice et dans les moyens fftcheux d*une précautton nécessaire^ etc. »

Si Ton versa du sang pendant la durée de la cabale des impmimtti û fiant s'en prendre à la rivalité.de Ja maison de Vendôme et de celle de Condé; ce fut le second dénoùm^t de Tépisode des lettres trouvées chez madame de Hontbazon. Où la politique avait été bénigne, ramour-propre des femmes fit naître de tristes complications.

Après Taffront fait à sa sœur^ le ducd'Endiien avait ôivoye un cartel àBeaufort; mais de hautes influences, outre rcmprisonnement du coupable, les avaient empêchés de se batbe. Cinq mois plus tard, un dud fut décidé, pour la même cause, entre le comte de Goligny et le duc de Guise, petit-fils du Balafré, dief de la maison de Lorraine^ et ami ae Beaufort ( i!2 décembre 1643). Il eut lieu en plein jour, dans la place Royale, rendez- vous ordinaire de la lelle société. Lutte sérieuse, terrible. Guise et Goligny . se battirent à Tépée et au [)oignard, en présence de la au<o chesse de Longueviile qui, assure-t-on, vit le combat, cachée demère une fenêtre. Blessé, désarmé, réduit à demander la vie, Goligny devint l'objet des railleries de la cour et de la ville. Une épigramme, faisant allusion aux deux lettres dont il a été parlé plus haut» engagea la duchesse à se consoler c de ce oue son amant avait demandé la vie, puisque c'était pour elle qu'il voulait vivre, » Accusé presque de lâcheté, mais venu^é dans l'histoire par Turenne, qui pria c de faire compliment au maréchal de Ghàtillon sur l'affaire de son fils ,» Goligny expira quelques mois après des suites de sa blessure; ou bien, prétendirent certaines mauvaises langues, il mourut du chagrin d'avoir c obtenu grâce de la vie* »

DE LÀ FEONOE

Qnatrc ann<^es de «bon temps.» — L'hôtel de Rambouillet. — > Les expédients de d'Emery. — Misère publique. — Edit du toisé. — i Emeutes ; le curé Merlin neveu. — Triomphes des armées. — Charges et compensations. — - Agitations du parlement; arresta* tions ; soupçons d'empoisonnements. Portraits de Ccodé pèie et fils« — Embastillement da poète Sarrasin, — « Vpn» salutairvj. Maladiedn roi; orgie de Gaston d'Orléans, — Les premiers frondeurs, — Prophéties de Nostradainns. — Les bagatêl^ Im, la canailU, L'arrêt d'union ou d'oignon, qui fait pl&nrer.

— . Du 1« janvier 1644 à juin 1648. —

L'année 1643 finissait par le triomphe deMazarin en politique, par le triomphe du duc d'£nghien sur les armées espagnoles. Autant le prmnier acquérait de réputation comme ministre, autant le second en obtenait comme général. Les importants abattus, la maison de Condé devait être satisfaite : Beaufort^ le duc de Mercœur et le duc de Vendôme ne les offusquaient plus à la cour.

Tout se soumit an cardinal devenu premier ministre (fin décembre 1643). Celui-ci appela au conseil Particelli d'EjneiT pour. les finances, Michel Letellierpour la gueire» Pierre Ségniér pour les sceaux. Rien ne paraissait plus contrarier les plans de Mazarin, qui ne diiTérait pas tant (^u'on le prétendait « de Tautre cardinal. » La France allait jouir de quatre années de gloire; les gouvernants allaient exercer, pendant quatre années, un pouvoir non disputé, entravé à peine. La reine régente, qui n'aimait plus le triste château de Saint-Germain, oii ehe avait vécu constamment malheureuse, avait même quitté le Louvre, et était venue habiter en hiver le Palais-Royal, legs splendidc do Richelieu à la couronne ; en été, 1* agréable résidence de Ruel.

La cour se livrait aux plaisirs : elle devenait le paradis des femmes galantes. Fortunes dissipées à grand train, élévations subites non motivées, brigues parfois habiles, parfois ridicules, et toujours facilement déjouées par Mazarin, qui opposait aux emportements français son ilegmo

HISTOia£ ÂKËCOOTIQUE

italien en disant : c temps et moi, » tel était Vaspect des hautes régions politiques. J'ai vu, dit Saint-Évremondy

J*fli vu le temps rlc la bonne rence, Temps où n'-^nait une heureuse abondano9| Temps où la \ilic aussi bien que la cour ' Ne respiraient que les jeux et l'amoar.

Une politique indulgente T)e notre nature înuoocnt© Favorisait tous les désirs !

Tout goOt paraissait légitime ; La douce errenr ne s'appelait point crîmo; ILes irioes délîea^ le nommaient dei plaisîni.

Anne (V Autriche et sa cour faisaient de fréquents voyages à FontaiMclflcau; à Ruel, les divertissemwU se succédaient. Le jtu ûorissait dans les salons du Louvre comme dans ceux des gentilshommes. Cette passion descendait ■jusqu'aux classes moyennes et inférieures. La marquise de nambouillet acheta le droit d'él^iblir une blanque royale (une loterie) , avec privilège de vingt ans pour l'exploitation ^ Des titres de noblesse avaient été (l(^nnés aux membres du parlement (juillet iOM), et la même faveur s'était étendue bientôt aux membres de la cour des comptes et du prand conseil (décembre), ce qui rendait les niagisti-ats mondains et dépensiers mœurs jusqu*«dors inusitées chez les hommes de robe.

Le lancrap^e et les formes des Français d'alors étaient t^)ut exquis, imprégnés des parfums de la galanterie que l'on piatirjuait dans les coterifs littéraires, dans les « collations d joyeuses, et sui tout dans le sanctuaii-e du bel-esprit, — l'hôtel de Rambouillet, (k't hôtel, selon Saint-Simon, « était le rendez-vous de tout ce qui était le plus distingué en conciition et en mérite ; un tribunal avec qui il fallait compter, et dont la décision avait un grand poids dans le monde, sur la conduite et sur la réj)utation des personnes de la cour et du grand monde. » Il aimait la médisance bien tournée et les clironi(][ues seuii-scandalcuâcs. Les longs ro-

Bibliothèque iispériale, fonds Hurlai, a<> 116.

mans de Scudéri et les petits vers des poMes précieux entretenaient dans les esprits les idées romanesques, jralanfes et aventureuses. Pas de belle darne qui n'eût son hardi chevalier; pas de beaux yeux qui n'eussent fait s*arrner quelques seigneurs enllammés, et dont les regards n'eussent coûté la vie à un comte de Coligny, par exemple.

Mais, si Ton s'amusait beaucoup en haut, en bas Ton souflrait, non sans se plaindre, lorsque les occasions s'en présentaient, et elles n'étaient pas rares. Le parlement recevait à tout instant des sapj)lications ; les misères publiques le touchaient, et les victimes des mesures prises par d'Emery le regardaient comme cr un dieu vengeur et libérateur. » Beaucoup d'années de guerres avaient tant épuisé les ressources linancières, que, pour payer l'armée comme pour soutenir le luxe efTréné de la cour, Mazarin augmentait incessamment les impôts; d'Emery ne reculait devant aucun expédient. Cependant des révoltes avaient eu lieu çà et là en i643 ; chacun déclamait contre les exactions violentes des traitants , la puissance exagérée des intendants , et la « cruauté des fusiliers. » Au moment où le gouvernement pensait à réduire les tailles, les insurrections des croquante, qui, trois années auparavant, avaient troublé la Gascogne, s'étaient renouvelées dans la Hautc-Guienne. Sept ou huit mille paysans, révoltés contre les tailles, et encouragés par quelques gentilshommes, avaient assiégé dans Yillcfranche le comte de Noailles, gouverneur du Kouergue, pillé Espalion, qui ne prenait pas parti pour eux, et menacé Rodez, sans pouvoir en enfoncer les portes. L'intendant de Guienne, le lieutenant-général d'Auvergne, et l'évêque de Saint- Flour, frcrc du comte de Noailles, étaient arrivés au secours de ce seigneur avec quelques troui)es et un gros de noblesse. Le siège de Villefranche fut levé; on prit et pendit les chefs des « rebelles » ; le reste se dissipa. L'issue des «r jacqueries montagnardes » était toujours la même pour le paysan, remarque Henri Martin. Comme de nos ^ours, en nussie, aux émeutes, aux luttes sanglantes, succédaient les sanglantes punitions.

La misère et la faim, mauvaises conseillères, ont toujours et partout fait naître des soupçons irraisonnables, produit

des ouÀs terribles. A la même époque, le peuple de Paris avait poursuivi par les rues les jésuites qu'il accusait d*étre cause de la cherté des grains, c pour avoir enlevé quantité de blé et fait transporter eh pays étrangers. > Le gouvernement avait pris la défense de la compagnie contre cette € calomnie, » contre ces imputations vraisemblables, sinon vraies; mais on n'avait pas éclairci la question. Mazarin appelait, d'ailleurs, les Thêatins en France, ordre créé en 1514, dans le royaume de Naples, et dont le but était d'édifier le clergé, de le rendre à l'esprit de désintéressement et de ferveur, d'instruire la jeunesse, d'assister les malades, de combattre les erreurs de la foi. Protégés par le ministre, ces religieux devaient suivre la fortune de leur protecteur.

Paris et les provinces jouissaient donc d'une tranquillité apparente. Cette tranquillité devait infailliblement être troublée, tôt ou tard, par les importants^ qui songeaient à une revanche, et qui étaient prêts à s'unir aux premiers mécontents venus; par les petits-maîtres, amis du duc d'F^nghien le victorieux, et par tous ceux enfin qui, par calcul ou par conviction, se faisaient les champions de la cause populaire. Les importants redisaient encore le rondeau suivant imité de celui que Y ou, avait dit à la mort de Richelieu :

Il n'est pas mort, il n'a que changé d'âge, Ce cardinal, dont chacun en enrage....

Or nous talfons, dd penr d*eiitier en eags.

U est en oonr l'éminent personnage, Et poux darer encor plas de vingt ant.

Demandez-leur h tous ces importants, II* TOUS diront d'un moult plioox langage :

Il n'est pas mort.

Ils avaient trouvé dans les mots Jules de Mazarin l'anagramme : Je suis Armand, A vrai dire, bien des gens ne voulaient plus de « premier ministre j> et diffamaient le rai- « nistériat, venin doux et lent qui corrompt les parties les plus saines de l'Etat, charme trompeur pour le peuple, piège tendu à la royauté; » ils n'admettaient pas plus Mazarin que Richelieuj ils prétendaient que le roi devait gouyerner seul ;

D£ LÀ FRONDE 33

ils dcclaraîent « ne connaître de ministre qu*à Charenton ou aux Mathurins; » ils s'indignaient de ce que Mazarin os&t opprimer la puissance royale. Nombre de seigneurs, de mar-

gistrats, de bourgeois, désiraient ardemment voir cesser le régime des <r régences de favori et de ministres. » Obéir au roi seul, voilà la devise parlementaire, car ce le roi est à TEtat ce que le cœur est au corps, le soleil à la nature, le père à la famille, le pilote auTaisscau, » car la France, «r qui ressemble au ciel, » ne peut souffrir qu'un soleil.

Le parlement avait été consulté pour la régenœ: il M termina pas là son rôle, et, en corps, ou par chacun de ses membres en particulire, il se constitua juge des différends qui s'élevèrent entre les gouvernants et les gouvernés, il 80 plaça entre le « ministériat i> et la personne royale.

Par im édit, appelé ^dit du toisé, le conseil imposa (15 mars 1644) une taxe proportionnelle sur chaque propriétaire de nouvelles maisons bâ(ics contrairement a un vieil édit de 1548, dans les faubourgs de Paris. Cette mesure était le fruit des recherches de d'Emery, qui se plaisait à remettre en vigueur, pour pressurer le peuple, des lois et ordonnances tombées on désuétude. L'exécution du toisé présentait des diflicuUés extrêmes. D'abord ce furent les officiers du Chàtelet qui y procédèrent dans le fauljourg Saint-Antoine. Puis, après remontrances de la grand'chambrc du parlement à la reine, le toisé fut fait, trois mois plus tard, par des conseillers d'Etat et des maitres des requêtes: ce qui vida la question de jiiridiction. M;iis le peuple n'envisageait en pareil cas qu'une chose, chose vexatoire, le surcroit d'impôt. Aussi le parlement envoya-t-il les gens du roi à Ruel (juillet) : il fallait s*entendre, prévenir les complications.

Pendant ce temps, une émeute faillit d'ensanglanter Paris. Les mutins parcoururent les rues, ralliés autour d'un drapeau formé d'un bâton auquel ils avaient attaché un mouchoir. On se répandit en propos injurieux contre d'Emery, dont on menaça de brûler la maison. Chacun savait bien qu'une bonne partie des impôts était détournée des colTres du roi. Par bonheur, le premier président Molé apaisa les séditieux; la cour revint avec regret de Ruel, et

31 niSTOIRE ANECDOTIQUE

le prince de 'Gondé, soutien natiurol de raiitorité, fit exécuter sous ses yeox le toisé d'une maison du faubourg Saint- Germain.

Cette émeute n*a?aît ni chef ni desseint selon Orner Talon ; elle préoccupa néanmoins le gouvernement^ qui réduisit lîi taxe pour le toisé à Paris, et, par contre, augmenta les tailles de cinq à six millions dans les campagnes. Sous le titre de gttbsistances des gem iU gmrref oa Ôablit une •grosse taxe sur les moulins.

Peu après, nouvelle sédition à Paris, dans le quartier des balles. Merlin, curé de Saint-Eustache, meurt, et Tarchevèque, scion son droit incontestable, donne la cure vacante à Poncet, recommandé vivement par la reine. Mais le défunt, fort aimé du peuple de sa paroisse, a rési'jné en mourant son bénéfice a son neveu, qui porte le même nom que lui. Il en résulte un conflit. Poncet veut se mettre en possession de la cure ; mais Mrrlin neveu s'y o})pose, et près de lui se rantre un bataillon sacré de paroissiens. Quelques archcis de la ville et qucbjues p-ardcs sont envovcs pour soutenir Poncet, pour dissiper le « populaire. » Vainqueurs, les pa« roissiens s'emparent de l'église, montent au clocher, sonnent le tocsin, et ])rojettcnt d'aller incendit^r l'hôtel du chancelier Sépfuicr, qui, comme eux jiaroissien de Saint- Eustache, n*a pas pris le parti de leur jnotégé. Les harcngères des halles, plus animées encore que les hommes, " envoient à ce sujet une députât ion vers Anne d'Autriche, qui croit devoir les recevoir dans les apjiartements du Palais-Royal. Les députées déclarent a que les Merlin ont été leur curé de père en iils, qu'elles n'en peuvent soulTrir d'autres. » Enfin les bour;j;eois parlent de résistance complète à l'autorité, et déjà ils se barricadent dans les halles. On les apaise, mais en leur accordant Merlin neveu pour curé.

Cette seconde émeute, les écrivains du temps la traitent volontiers de « farce i)laisante, » car ils ne prévoient pas les malheurs que peuvent amener par la suite ces habitudes du peuple et des bourgeois prompts à prendre les armes. L'année 1641 s'écoule ti'ailleurs assez ^glorieusement pour qu'on l'appelle à bon droit Taunéc des Te Deum^ des victoi-

1» LA FRONDB

res ou des conquêtes. Le duc d'Engiiien à Fribourp; (avril), et le duc d'Orléans devant Gravelincs (juillet), ajoutent aux troi)liees de la France deux palmes nouvelles; et si Lérida s'est rendue aux Espagnols, après une défaite du maréchal de la Motte, Vexcellente tournure des négociations pour la paix à Munster fait prendre patience à ceux que d'Emery

i)ressure. L'année 1644 voit du Plessis-Praslin investir \osas (5 mai), d'Harcourt vaincre les Espagnols à Llorenz (3! mai), et le duc d^Enghien triompher si merveilleusement à Nordlingen (3 août), qu'une estampe allégorique peut, sans trop de flatterie, représenter « rAllemagne aux pied;i du roy, » pendant qu'une autre, rappelant Tentrée de aExir*.' ghien à Philisbourg, a ces vers pour texte :

Il vient, il voit, il vainct : tout cède à M valeur j

La fortune lo suit, la gloire Tacoompagno ; Il brave les périls, il dompte les malheurs, £t le bruit de soa nom fait trembler l'Allemagne.

Tout 1644 et tout 164K ne sont pas moins remarqnaibles ^ par les levées d'impôts. H faut payer, pajer 'toujours, pour acquérir de la gloire. Mille moyens déguisés amènent f'ar^ gent au fise. et surtout dans les mains des cpartisans, j» qui [nrennent à lerme ]e produit des édits bursaux, des créati(ms d'office^ etc. Tantàt on demande des avances énormes aux fermiers et receveurs généraux, àistérèts usuraires ; tantôt on retrandie les quartiers de rentes sur l'Hôtel-de-Ville, et l'on suf^rime un grand noBibre de pensions» La maison du roi est privée de son traitement. Un million cinq cent mille livres de reirtes nouvelles sont créées. Et, pour comble, TEtat vend une multitude de charges inutiles, dont les noms iMzanres exdtent partout la risée, — offices de conseillers du roi, contrôleurs de bois de chauffage, de jurés crieurs de vin, de jurés vendeurs de foin, eic;, etc. Les agents de banque, de change et de marduiiidises, oommenoent d'exister à Pari» (février 164ë^

Comme eoAipen8ation> le gonvemànent a ordonné par un édit de eonsà*nire un canal en Languedoc et de dessécher un marais [mm i()44) ; il a réjglé lés droits des curés

pour lc9 sépultures ; il a fait une ki somptuaire ^ défendu

mSTOIRE ANfiCDOTIQDE

aux paiiîcidters de porter sar leurs habits aacims passements d'or et d*areent (mai); il a établi, à la Savonnerie, une manufacture de tapis de Turquie (octobre); il a crée deux maîtres de chaque métier dans toutes les villes du royaume, c en faveur du retour de la reine d'Angleterre, femme de Charles V, en France ^novembre); » il a fonde un hôpitalde charité à Charenton (février 1 6Ao), seize hôtels des monnaies dans le royaume (mars), une justice soiive^ raine dans les iles de 1 Amérique faoûtj, etc., ete. Enfin, par le fait du cardinal Mazarin, Vowra est importé en rrance; Dans la grande salle du Petit-Bourbon, des acteurs italiens représentent pour la première fois la Noee supposée^ de Giulioâtrozzi,<^€ avec décorations^ machines ^changements de scène » jusqu'à présent inconnus en deçà des Alpes, de Gîacomo Torelli, — « avec des ballets fort industrieux et récréatifs, » de Giovanni Batista Balbi.

Le désir du peuple, qui ne participe point aux nouveaux plaisirs, et qui ne profite pas encore des quelques amélio« rations administratives énumérées plus haut, c'est tout simplement la fin des hostilités avec r£spagne. On avait plaisanté Mazarin; on commence de le haïr. Le peuple se figure, à tort ou à raison^ que le ministre redoute la paix et préfère de beaucoup Tétât de guerre dont il ne souffre pas, lui, rétat de guerre, si commode pour demander aux sujets de l'argent et des hommes!

Le nom de Fronde n'existe pas encore, ipais la discorde règne déjà, et nous avons indiqué des prélude^ de troubles politiques. Dès le mois de mars 1645, par suite de démêlés habituels entre les conseillers des enquêtes et des requêtes^ et la grand'chambre où Mazarin conservait toujours la majorité, le cardinal résolut de sévir contre les plus fougueux de la compagnie qui prenait en mains la défense des intcrêfs du public. Il y avait eu désordre. <r Toutes les femmes des pauvres gens aes faubourp:s étaient entrées dans la grand'chambre (pendant la séance publique du 27 mars), et trois ou (luatre, se mettant à genoux à l'entrée du parquet, avaient imploré justice et miséricorde, se plaignant de leur pauvreté, des charges qui leur étaient imposées, des soldats qu*on leur

donnait ù loger, » On avait vu, sur le refus du premier pré^

DE LA TROHDE 37

sident d'assembler toutes les chambres, les jeunes conseillers des enquêtes faire pour ainsi dire violence à la gi'and'chambre et l'envahir. Obéissant d'ailleurs à la discipline séculaire de la compagnie, ils n'avaient proféré aucune parole jusqu'à l'heure où l'audience se terminait. Le public seul avait or parlé. »

Mazarin usa de mesures violentes, lui qui déclarait si souvent or ne vouloir gouverner que par les conseils du parlement et regarder les magistrats coiiiinc les tuteurs du roi mineur, » lui que ceux-ci avaient toujours trouvé gracieux, de facile accès, d'une aménité toute maligne, tout italienne. Dans la nuit du 27 au 28 mars, trois membres des enquêtes reçurent un ordre d'exil Te étaient le président Gavant, les conseillers Lecomte et Queslin, chefs de l'opposition. Le président Barillon, autrefois partisan d'Anne d'Autriche en disgrâce, et depuis important^ fut plus mal traité encore. Des archers l'arrêtèrent chez lui et le dirigèrent vers la citadelle de Pignerol. Ga3'aut avait, deux années auparavant, manifesté ses opinions avec trop de hardiesse, en citant cca vers de Pibrac : ' : . ' .

Jo hais oes^nots de puissance absolae, De p}ei» pouvoir, do propre mouvement.

Barillon, lui aussi, à la même époque, avait parlé trop franchement « des ministres de Tancienne tyrannie, » sans prévoir ce qui pouvait arriver, sans craindre les brusqueries de la fortune. L'était un ancien partisan d'Anne d'Auti iche en disgrâce; et il exigeait beaucoup de celle qui ne voulait rien accorder aux amis passés, devenus inutiles, sinon embarrassants.

Aussitôt, l'esprit de corps, tenace et rancunier, se réveille dans. le parlement. Toutes les chambres s'assemblent. On se rend en costume, à pied, huissiers en avant, au Palais* Royal : on demande le' retour des exilés* Gr&ee à eette manifestation , Ga3râiii« Lecomie et Qnestin reviennent (27 avril 1645); mais Barillon reste 1 Pignerol ponr des Goiisklératiolis d*£tat, pouf des causes étrangères à Taflaiife des enquêtes, dit-on, jusaa'à ce crue le parlement soit juge dans son proc^. Le parCemeat mi4i$ nouvelles remoi^

38 mSTOlRE ANF.CDOTIQUE

tranccs pour ôbtenir la liberté du maj:pstrat prisonnier : elles demeurent sans tAXct (80 mai). Pcui-étre Mazarin outil cédo; jnais Anne tl' Autriche tient ferme. Une grave mésintelligence s*ctab)it entre le gouvernement et le pouToir judiciaire. Trois mois durant, le parlement s'abstient de rendre la justice. La mort seule de Barilloh met fin à la lutte; Gayant meurt aussi. Alors le bruit se répand que les deux € courageux magistrats » ont péri empisonnés, et la foule ajoute foi à ces bruits sans vraisemblance. Néanmoins, le parlement reprend ses travaux ordinaires; tout semble rentré daxis le devoir; la cour croit avoir vaincu sçs enr nemis.

Ses ennemis , elle les réchauffe dans son sr in. Les amants de la gloire prctendv nt gouverner; le duc d'Engliieii et srs petits-maîtres y dont nous -avons plus haut tracé lo portrait, entraînent le pouvoir sur uiu; pcnti^ qui mène à l'absolutisme, terrain glissant et qui eutraiue; la nioaarchie ainsi conseillée devra lutter 'àwc vigueur. Le tcui|)s des petites mutineries d'une part, et d'autre part des pctiics résistances, se passe complètement. Voici venir le moment où ceux avec lesquels le duc d'Engliien marchera se livreront • à la violence, voici l'épocjuc de transition où, comme nous l'avons dit, les derniers importants et les pcfits-mallres à leur naissance vont se fondre , qui dans le pa^ti des froii" deiirSy qui dans celui des mazarins.

L* année 1616 s'était écoulée sans grands événements, autres que ceux de la guerre. On avait seulement blànié le premier ministre d'avoir guerroyé en Italie, parce que le pape Urbain Vlll osait refuser le chapeau de cardinal à son frère, Michel Mazarin, religieux dominicain, puis archevêque d'Aix. Un traité avait été passé , après quelques hostilités, entre le chef du pouvoir en France et le chef de la chrétienté. Michel Mazarin, promu à la dignité tant enviée par lui, avait pris le titre de cai dinal de Sainte-Cécile (164 '), qu'il porta sans l'illustrer. Il était bien en cour et célébrait parfois la messe^ pour la régente, au Val-dc- Grâce.

L'ambition de la maison de Gondé avait éprouvé un échec, lorsque, par la mort du duc do Brczc, la charge do

m LÀ FRONBr

snrinfcTKÎant de la navignfion ctant devenue vacante, Anne <r Autriche s'était fait adjuger cette chaifre avec dispense je serment, au i.rejiidice du duc d'Enfihien , en faveur do 4ni lo prince de Coudé la demandait. Sujet de nu?contentement pour le jeune héros, dont le père mourut bientôt décembre ië'îC), lui laissant le titre de prince et un Kiillion de rente, avec de grands gouvernements.

lîenri II de Condé avait vécu en avare : il ne possédait ri;c(ire o^ue dix mille livres de revenu sous le roi Henri IV,^ A^•?ez débauche, pourvu cju'il lui en contât pou d'argent, on l'accusait d'avoir triche au jeu dans sa jeunesse, avec les écoliers de Bourges , qui vidaient leur escarcelle en sa coHipagnie. Bien des gens, Bautru en tète, lui reprochaient un vice honteux; dans uneciianson, « on faisait aller tous^ les beaux garçons de la cour au devant de lui. » Il avait, selon Tailemant des Beaux, l'âme d'un mtendantdc grande maison : jamais homme n'a tenu ses papicis en meilleur ordre. Henri II de Condé ne brillait pas par la vaillance; (fil est vrai, disait-il, je suis poltron, mais ce b de Vendôme l'est encore plus que moi. » Houune d'affaire avant tout, il avait haussé bien des fermes, prêté à de gros intérêts, et gagné de belles terres à la conliscaiion du rebelle Montmorency, déca[)ité. En politique, il ne manquait pas de solidité, comprenait et faisait respecter grandement les prérogatives du sangi o3'al, et possédait une volonté telle que, selon plusieurs contemporains, a gn perdit beauçoug à sa mort. » Il laissait un million de rente.

Tel père, tel fils, dit le proverbe; mais on ne l'eut pas applitpié en cette occasion. Le duc d'Enghien ne ressemblait guère à son père. A lui de relever la gloire de la maison, depuis longtemps abaissée, d'être magniiique au lieu d'accuuuder les richesses, d'obtenir et de mériter les grands commandements militaires, (racipiérir prématuré-* ment le renojn d'illustro guerrier, de ressembler à l'aigle, au moral comme au physique. Dans son regard prcstpie dur, il y avait *nn éclat fulgurant; dans son nez grand et courbe, quelipie cliose d'orgueilleusement terrible; dans son allure et dans ses gestes, une certaine forme impériw tivc f[ui trahissait son besoin de domination, ' . '"^

iO IlISTOmE ANLCDOTI0U2

Devenu prince de Condé^ c Monsieur k Prinee, > eomM on disait alors» le vainqueur de l'Allemagne^ un moment rassasié» n'en traitait pas moins Mazarin avec une sorte de

. dédain affecté. li 8*indignait qu'un aventurier marchât avant lui dans les conseLls*de TÉtat; il le jalousait, et il aspirait à devenir le protecteur ostensible d*Anne d*Autri-

- che et de Louis XiV. U ne parlait aux courtisans qu'avec un air de commandement, ainsi qu'un chef à ses soldats. Evidemment, c Monsieur laPrince » était destiné à un avenir, brillant, à imposer ses caprices» à commettre lauitefiL. Viennent les occasions, et il se montrera ! : ' /'^^^

Bien que Mazarin aimât peu les hommes de lettres, si rccherchés par Richelieu, il les gratifiait, et ne les punissait guère quand ils n*atta(|uaient que lui. En 1647» le poète jfcan-François Sarrasin fut, par exception, embastillé. Uu'ayait donc osé ce rimenr normand, qui fut secrétaire des commandements du prince de Conti? On le soupçonnait d'avoir , un jour de Tervc , écrit de méchants vers contra le roi, à Toccaslon des ipachines des comédiens italiens. Ami du plaisir^ Sarrasin se désola enprison|.et le séjour au*il 7 fit contribua sans do^te à tourner son esjiritdu côté, oelasatire. -

Quoiqu*il en soit, à ce propos le public murmura» eftioi^ ' [^occupant guère de la délivrance de Montrésor, ni dn rappel de la duchesse de Montbazon, ni de l'admission de Chàteauneuf auprès de la reine, ni de la rentrée du ducd^> Bouillon en France après trois annjies d*absence. Non ; ce qui émouvait la fibre du peuple parisien, c'étaient les bons mots répétés de tel ou tel poète contre les hommes do la cour, les épigrammes contre le premier président Matthieu Moîé, qu'il surnommait la « Grande-Barbe, > et les chansons menaçantes, imprimées ou non imprimées , contre les collecteurs d'impôts. Il parut un « Avis salutaire donné à Mazarin, pour sacrement vivre à l'avenir. » Cet écrit, Tua des })remiers lancés ;i la tète du cardinal, obtint un succi s qui faisait présager les Mazarinadcs. Condc et ses amis trouvèrent la plaisanterie bonne, et Tonpaiia en riant da. £ plaisant a\is. »

\ Déjà « te boA t^s a;ea allait > ie bon temj^ c^i^i^i

Dfi LÀ FRONDE i4

par Salnt-Evremond. La misère croissait toujours. Au commencement de 46-47, le maréchal de Plessis-Praslin partit pour châtier les révoltés du Languedoc, qui avaient refusé trois années de suite le don gratuit réclamé par la cour; le peuple de Montpellier avait massacré quelques percepteurs des droits du roi. Depuis la mise des tailles en parti, les « partisans » avaient tant accablé les campagnards, que la cour des aides avait dù renouveler les anciennes défenses de saisir les bestiaux et les outils des laboureurs pour non-paiement destailles. Chose remarquable! le parlement, qui se vantait de protéger les masses, donnait, en décembre 1647, une preuve entre cent autres, du peu que pouvait gagner la cause du progrès , de la civilisation, du bien-être général, à la victoire politique de Taristocratie de robe : il remit en vigueur toutes les peines atroces du ntoy en âge contre les gens qui blasphémaient non pas seulement Dieu, mais la Vierge et les saints. Or, Richelieu, « le t3rran, » avait de fait supprimé ces peines. Le peuple '«e trouvait oublié, entre les prétentions rivales du parlement et de la eour ; mais, si les magistrats agbsaîônt tièdement en faveur du bien de tons, les Parisîens.se disposaient à siôsîr les oeeasions de s'agiter àne leur présenteraient les cperelles dn parlement avec Mazarin. D*ua . antre côté , certains conrtîsanà aspiraient de pla^ en plus ^ à renverser c FlfitUett* » Un incident snrviùt, qui lear semblait favorable^ mais ils-n'éprouvirent qu'une fitusso joie^ ,

Loms %Vf revènait du istpeetacle, le 44 novembre t647» lorsqu'il fat attaqué de la petite vérole. U tomba en danger ' extrême. Anne d'Autriche, éplorée, se montra mère dé« vouée. Elle passa jours et màXÈ à so^er l'auguste enfont, pendant que de honteuse iutriffues se nouaient à la eour et au psriement.€hez l'abbé, de La Rivière, fttyori dn -duc d'Orléans, et, comme en sait, généralement méprisé, chez céf indigne prêtre à qui Mazarin prometÙt toujours un chapçair de cardinal sans jamais le lui obtenir, il j eut grand souj^r offert au duc d'Orléans, au moment nième où la santé du pjBtit roi ne laissait plus aucune espérante* Dans ce souper, on descendit jusqu'à la débauche : le duc

iâ flISTOia£ AKECOOTIQUE

d^Elbeuf bni à la santé du nouveau régent^ de Gaston d^Orléans, de qui Tambition sans énergie se mettait encore une fois à jour.

Anne d*Âutriche«t Mazarin cherchèrent alors des soutiens dans le parlement, dont aussitôt les prétentifms augmentèrent, et où Cbavigny et Cliâteauncuf , mécontents par habitude, cabalèrent avec succès. Un noyau de ^rondtun se forma, et pai*mi eux, le pi Q^ident de Longueiil espéra se venger de ce que la surintendance des finances n*avaitpas été accordée au président desMaîscns, sôn frcre. Irrité aussi, le président Potier de Blancménil ne pardon- * naît pas à Mazarin la disgr&ce de son irèrc Augustin Potier, révêque de Bcauvais. Le conseiller Pierre de BroUssel, enGn, se plafgnait de ce que la reine avait refusé à son £ls, qui se destinait à la carrîère des armes, une compagnie oans le régiment des gardes.

Louis XIV guérit : courtisans et magistrats, en étaient pour leurs peines, pour leurs espérances. Les premiers se remirent à saluer, a aduler leur jeune maître, Anne d* Autriche et Mazarin; mais les seconds, trop engngés envers le peuple, continuèrent de se laisser aller au mouvement général de haine contre le ministre, ce nouveau Samson dont la régente était la fialila, au dire de quelques malins es- - prits ; et, les uns par vci itable intérêt pour les masses, les autres par violent dépit, firent au pouvoir la plus rude guerre, avec Taide de la population parisienne, maintenant tout affolée de politique.

En ellet, dit madame de Motteville, c chaque marchand dans sa boutique rai sonnait des aîlaires d'Éfat. Ils étaient tn-

(^eeié$ de Tamour du bien publie qu*ils estimaient plus que eur avantage particulier. » Tons s'entretenaient de la récente révolte de Naplcs, du pêclieur Masaniello ; beaucoup

{pensaient qu'on Timiterait avec succès en France. La révoution d'Angleterre, aussi, tournait un peu les tètes, et la venue de la femme de Cluu lcs T** tirouvait bien qu'aucune majesté ne demeurait inviolable (fevnnl des sujets armés. Que dire encore? Des prédictions de Nostradamus, foi t accréditées chez le peuple, annonçaient, pour Tannée 1648, de gi*aves révolutions dans rÉta^t. L'une d'elles portait :

DE hK FEONDE. 43

Les T^(î1omontR jf\ faits perdront toute ptiiiMllOti

El les tk^rsj c'réa crieront liautenicjit ;

Dieu veuiilvi ac C')mpa<!;ner l i cour du Parletiicnt|

Qui travaUk eu co toai^s ù icU^^urir la Fraucc!

Depuis Ion fitcraps le pailcnicnt « fj oiidait » Tadminisfrafion de Mazaiin, qui, pour subvenir aux frais de la guerre, levait, à Texcmple de son prédécesseur, « de monstrueuses sommes de deniers. » Impôts nouveaux,, création de charges inutiles, emprunts à quinze pour cent, anticipations sur les revenus de TEtat, i etenues sur les ^itements des fonctionnaires publics, etc., to.ut annonçait un désarroi (M>mplet, que le faste majestueux de Richelieu aTak sù dissimuler, mais que la rapacité et Tavarice de Hazarin lais* saicnt voir aux populations dans toute sa hideuse nudité. L'opposition panementaire, qu*onnous pardonne cette espression ressemblant à un anachronisme, marcha très vite.

Outre les faits signales plus haut, il faut rappeler succinctement ceux qui motivèrent des troubles sérieux. Le parlement osa p] oposer . la réunion des cours souveraines, « afin de travailler à réformer TEtat que le mauvais ménage de Tadministration mettait en [ ri il ; et il refusa d^enrcgistrer (1640) Védit dujarif, qui établissait un droit d*octroi sur toutes les denrées entrant dans Paris. Alazarin, im-

E attenté^ dit « qu'il s*étonnait qu'un corps aussi respectule que le parlement s'amusât à ces bagatelles. » Mot imprudent, mot malheureux, que s'empressèrent de commenter ses plus adroits ennemis. Le .cai*aina1, prétendirentils, c considérait les intérêts du peuple coihmé dés bagd-

Un lit de justice fut tenu par Fen&ntH'oi (7 septembre 1647). En cette assemblée solennelle, le chancelier Séguier déclara inhabilcment à ceux qui refusaient d'enregistrer rédit du tarif : « Il y à deux sortes de conscience : l'une d'Etat, qu'il faut accommoder à la nécessité des affaires; l'autre, aux actions particulières. » Ce propos tenu par le chancelier , qui avait été parf/son des boucs de Paris, jeta beaucoup de défaveur sur lé ministère. Séguier parla en** çore desnécessités de la guerre ; mais Tavocat général Orner

Talon répondit, entre autres choses, « que les \nctoires ne diminuent rien de la misère des peuples; qu*il y a des provinces entières où Ton ne se nourrit que d'un peu de pain d'avoine et de son. Ces palmes et ces lauriers, pour lesquels accroître on travaille tant les peuples, ne sont point comptés parmi les bonnes plantes, parce qu'elles ne portent aucun finit qui soit bon pour la vie... Sire, toutes les provinces sont appauvries et épuisées. Pour fournir au luxe de Paris, on a mis imposition et fait des levées sur toutes les choses dont on s'est pu imaginer. Il ne reste plus à vos sujets que leurs âmes, lesquelles, si elles eussent été vénales, il y a longtemps qu'on les aurait mises à l'encan. » Il ajouta, critiquant les lits de justice, qui ôtent toute libei té au parlement : a Ils semblent établir un gouvernement bon parmi les Scythes et les Barbares septentrionaux qui n'ont que le visage d'hommes. » î.angage hardi, insolite, mais bien admissible, car Orner Talon, dans ce lit de justice, avait entendu Louis XIV, âgé de sept ans, <r agir de propre mouvement et de puissance absolue, » et béqrayer, d'une voix tout enfantine, « que son chancelier allait expliquer sa volonté. » C'était là une fiction ridicule, que des hommes instruits et sérieux acceptaient seulement pour la forme, et comme une chose d'usage. Les magistrats n'oubliaieat pas que Mazarin parlait par la bouche du petit roi.

Cependant, renregistremcnt eut lieu. Mais, Je surlendemain, les magistrats le déclarèrent nul. Irritée, Anne d'Autriche <r s'indigna qiie cette canaille s'ingérât de reformer l'État. » Le duc d'Orléans et le prince de Condé déclarèrent qu'ils soutiendraient la royauté menacée. La lutte commença. Chacun, noble, ou magistrat, ou bourgeois, choisit son camp C'en était fait. Au plus fort de triompher !

La reine régente défendit au parlement « de prendre connaissance des édits royaux jusqu'à ce qu'il eût déclaré en forme s'il prétendait avoir le droit de borner les volontés du roi. »

A cette défense, qui voulait résoudre tout d'abord affirmativement les questions de royauté absolue, l'indignation s'empara des magistrats et du public, cr Tout le monde s'éveilla, écrit Retz; l'on chercha comme à tùluns les lois;

1*011 ftWara»^ et, dans cette agitation, ce$ questions» d'obs* cures qu'elles étaient, et vénérables par leur obscurité, devinrent problématiques, et de là^ à l'égard de la moitié du monde, odieuses. » Après nouvelles délibérations, Toctroi fut modifié et adopté ; mais le parlement ne se réduisit pas au silence. Il décida qu*on ajouterait ces mots : Sous le ban plaisir du roi, à ses arrêts, et, «r sans rien déclarer en forme, » il persista à contrôler les actes du gouvernement, qui, de son coté, créa bientôt de nouvelles charges judiciaires, et exigea des magistrats, lors du renouvellement du bail de la paulctle, quatre années de gages en manière de prêt. La paulette était un droit annuel établi par le chancelier Paulet, sous le ministère da duc de Sully, Chaque magistrat payait annuellement une certaine somme à Tépargne, moyennant quoi roffice, en cas de mort du titulaire, appartenait à la veuve ou à ses héritiers.

Nous sommes en 1648. Le premier arrêt du parlement de Paris (43 mai) contient les germes d*nne insurrection : les cours se sont rassemblées pour le rendre. Par V arrêt d^union, elles cçnviennent de s'occuper des aflaircs et de la réforme de TEtat, dans une assemblée composée de députés des trois cours souveraines. Il ne s'agit donc plus de simples remontrances : c'est une coalition des parlementaires avec la magistrature financière, une menace faite à la couronne.

Qu'on juge de l'irritation d'Anne d'Autriche et de Mazarin en apj)renant ce que celui-ci, avec son accent italien, appelle ['arrêt d'oignon. Un arrêt du roi casse l'arrêt d'union (10 juin), sans empêcher l'assemblée projetée ; le secrétaire d'Etat Guénégaud et Claude d'Acigné, seigneur de Carnavalet, lieutenant des gardes du corps du roi, sont expédiés (15 juin) au palais pour déchirer l'arrêt. Dèsl'entric de ces messieurs au grefl'e, les clercs de la basoche et les marchands du palais, ceux-ci ayant fermé boutique, s'amentent par centaines contre de Guénégaud et Carnavalet, profèrent des cris de mort et les forcent de battre en retraite. Le même jour, on passe en revue les huit compagnies des gardes suisses dans la plaine de Madrid, à l'extrémité du bois de Boulogne. En vain la Coui; multiplie suc-

15 niSTOlKE ANECDOTIQUE

eessivcment les caresses el les menaoti : reaapnmt fon^,

qui s'attaaueà leur bourse, donne aux magistrats une Iiéroïque fenneté. Ils «e rénnissent dans la chambre de Saint-Louis, aa palais, pour confirmer lonr premier arrêt (1^ juin), et le peuple s'agite en leur faveur. Le roi a révoqué ie droit annuel de la pauleUe (^1 mai}> et l'on publie ce sonnet contre Mazarin ;

Qa'cst-co que cet arrêt ù'oignùn Qui noua ci'.ui^c tuni ùo grabongo ? Dit tout triatti ii son compaguan Co pantalon h bonnet rouge ; Lors uae femme qui l*6ntend Et pente qae par mocquoils L'union dit conté il prétond Aiuei tonner en rtiUvie t

Cet oignon te fera pleurer, Et no pourras le digérur, Dit-ôlle alors tout eu colùrd.

Vue outre dfst ; Tn te déçoia;'

Cet ItilleB, ma oonnièrei •

Mt ùii qn'eicoroher It frtacabt

hJ^ LÀ F&ONDE

HistoHqtie An Parlement Parîi ( aa ein&poeition, a* eUeôitalla, laa

prétentions. — Le peuple s'adresse à la régente et au roi. — Encore Igs Importanti et les PelitS'Maitres, — Satire contre le Par- , lemcnt. — «« Le gros pourceau spirituel. »» — Réformes financières. — Retraite de d'Emery ; attends-le. — Portrait do Pierre Brousael. — Xe père du peuple. — Portrait de l'abbé de Gondi ; l'agitateur. fermons politiques du Parlementé Colère d*Asno d'AvtiioIia. , J

— De jdn 1648 «H 2e «oÀt 1648.

' Avant d'aller plus loin, un mot sur Tinfluence du paii^ ment de Paiis ; en possédant le secret de sa force, nous posséderons aussi le secret de sa résistance, et nous saurons comment, à sa voix, la France presque entière se souleva contre un ministre déjà puissant.

Vénérable par son' antiquité, — fort par Pappui^ qu*il donna en mille circonstances à la royauté, — - souvent pris comme médiateur entre les grands vassaux et leur suzerain,

{>ar conséquent mêlé à toutes los fortes commotions nationaes ou politiques, — exerçant par ses enregistrements un véritable droit de véto sur les edîts du rd, et 'usant de ce droit avec audace, — défendant la bourse des paiiiculiers et jugeant leurs procès en derjpier ressort, ce qui le rendait bien chera la bourgeoisie, — annulant pnrfoislestestaments royaux pour disposer lui-même en réalité des régences, cette assemblée de lé^xistcs voyait prendre place en son sein, dans les occasions critiques, les somm tés nobiliaires delà Franco. Les ducs ci pairs, les grands oflicicrs de la couronne, et même les princes du s-inir, sieficaieiit avec le titre de conseillers nés djins l'c parleiucnt de Paris, (pii devenait ainsi la tète de la inap,is(ratiij'e française et formait, toutes les ehaîiiljres réunies, un personnel de près de deux cents hommes de loi. Sa juridiction s'étendait sur toute la Champagne, la Picardie, rile-de-France, la .Beauce, TOr-

4B ' mSTOIRE ÂNECDOTIQUÈ

léanais, la Touraine, l'Anjou, le Poitou, le Lyonnais, l'Auvergne et le Bcrri, c'est-à-dire sur les deux tiers du royaume. Quarante-cinq mille familles, l'élite de la bourgeoisie, étaient investies d'oflices de judicature et de finance : elles étaient la clientelle du parlement de Paris. Talent, probité, richesse, voilà ce qui distinguait, en général, les chefs de la compagnie: c'était, on Ta dit, une sorte de république judiciaire, fortement établie, savamment organisée.

Elle ne pouvait échapper à la vanité, vice ordinaire des gi-ands corps constitués. A plusieurs reprises, elle manifesta son mécontentement en refusant de rendre la justice. Le parlement de Paris se drapa fièrement dans sa toge, et, à dater surtout du dix-septieme siècle, il se grisa de majesté, sev montra chatouilleux à l'excès sur les points de

\ simple oérémonial, combâtiit ridiculement parfois pour la préséànee. Lon dii T$ Dwm chanté à Ndtire-Dame, eù. 1640, apr&i la idctoire de Casai, par exemple, le parle-

' ment sortit triomphant de la cathédrale, et aflfidia son triomphe, parce que les gardes française! et stiissôs; ctui faisant face à la porte da chœur, tonmaient le dos à la chambre des éomptes. i Les débats sur le cérémonial le préoccupaient ôutre mesure. Il se plaignit un jour, sous Louis XHI encore, d'avoir été pécéde par les députés de la noblesse»

. « Hessîeùrs, dît Gueméné aUx magistratsr mécontents, vous jprendrez lûen Totrtf sevanche dans la minorité. »

La revanche était prise. Depuis plusieurs années, le par* lement de Paris marchait sans égal^ et ses remontrances le conduisaient peu à pou à la domination. Le respect accordé à la majesté royale diminuait dans la po])ul8iîon; mais le parlement y gagnait une auréole nouvelle. Au Goîmmracement de ia48, les bourgeois et marchands criaient contre les impôts; ils disaient « fous librement que, si on leur demandait de l'aient, ils étaient résolus de suivre l'exemple des Napolitains. » Un matin (il janvier), dit

.niadai)ae de MoAteville, la reine allant entendre la messe à Notre-Dame, ce qu'elle faisait régulièrement tous les samedis, il 7 eut enviroD deux cenâ femmes qui la suivirent jusque dans Féglise, criant et demandant justice, c Elles

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se voulurent mettre à genoux devant elle pour lui faire pitié, mais les gardes les empêchèreni de 1 aborder, et la reine passa s^ns écouter leurs clameurs. » " . Peu respectueuse semblait être cette façon de pétition** ner. Aussi posa-t-on des sentinelles et établiWon des corps de garde dans tous les quartiers. Le 12 au matin, quand le roi, relevant de cette maladie qui avait donné tant d'espoir à son oncle, alla entendre une messe d'actions de grâces dans la catliédrale, il traversa Paris avec une très nombreuse escorte, officiers à çheval .et la cour presque^ entière ; « il fut suivi de tout ce qui pouvait servir à Tai^;* mentation de la majesté royale, afin d'exciter par cette voie, dans l'esprit des peuples, le respect que toutes ces sortes de choses produisent d'ordinaire dans les âmes faibles. » Exciter le respect ! C'est que déjà beaucoup de gens criaient Vive le roi! parce que le roi n'était qu'un enfant sans volonté réelle, et parce que ce cri amenait une antithèse. A bas le cardinal! Oui, A bas le cardinal l et Vive h roi! voilà le mot d'ordre des mécontents.

Le parlement éprouva bientôt les caprices de la popularité trop aisément obtenue. La résistance avait réveillé des ambitions éteintes ; les importants renouvelèrentlcurs cabales; les jjetits-maîtres se montrèrent déplus en plus oppressifs dans leurs conseils à la cour, conseils équivalant à des ordres. Mille prétentions s'élevèrent à côtéde celles des magistrats. Les conciliabules se multiplièrent. On regarda toujours le parlement comme le clief des opérations poli-* tiques ; mais, à peine il fonctionna dans son omnipotence, que ses actes furent l'objet d^^ blâme injuste 9a.^d6 la louange insensée. *

La chambre de Saint-Louis avait commencé ses solennelles délibérations entre les cours souveraines. Il fallait céder! Tel était l'avis que Mazarin donnait à la reine. Le cardinal ne voyait pas sans eflroi les forces du parlement s'accroître, et les magistrats prendre soudain des allures révolutionnaires, en demand;mt, sur l'avis de Broussel, la révocation des intendants établis dans les provinces, au détriment des officiers ordinaires de justice et de finance, ainsi que la réduction des tailles qui étaient excessives

mSTOIRE ANCCBOTIQUE

(cent millions environ, monnaie actuelle). Ce dernier point provoqua dans le public des sentiments divers. Le peuple accueillit avec joie la réduction dcstnilles, maisles esprits pointilleux accusèrent les compa^^nies d'avoir, en cela, plus songe à leur popularité qu'au soulagement des Français eu géacral. Oa trouve dans un poème du temps assez lu :

Messieurs, avant toute autre choMt

Afin d'affermir notre cause,

Qui n'est pas sans besoin d'appui, j Kous conclurons tous aujoiiid'hui

Que Ton soulage la canaille, i

Qàe Ton remttte un quart de \$Sûi6t \

Qa6 de nos pays désolés

lies intendasto eoient yappeléi.

C'est par telles inventions Que lo peu pi'!', prompt et volngs, Sfc meut, se conduit et s'engage. « Qiiand le peuple sera pour nous, Sans doute qu'on filera domt»

La noblesse s'étonna. « Les compagnies souTOTaînes en vinrent jusqu'à s'occuper du menu peuple et diminuèrent le quart des tailles, » remarque un gentilhomme, Bassy- Rabutin,.dont la surprise ici fait assurément l'éloge da parlement. Comme Mazarin avait été accusé d'envoyer beaucoup d'argent par-delà les Alpes, afin de s*assiirer une fortune en Italie et de s'y mettre à l'abri des événements, il V^Julut faire disparaître ces bruits en^ renouvelant la défense, sous peine de mort, de transporter or ou argent loin du royaume, sans une permission expresse dîi roi.

Se voyant en si bon chemin, les compagnies sapèrent 'dans le vif : elles dcclarèi-ent Vîmpossibilite de lever ûuann impôt sans l'enregistrement des cours souveraines, à peine dè «te; elles proclamèrent le droit déjuger elles-mêmes les malvcrsationsfinancièrcs. Tout ceci se rapportait à d'Emery, le sons;^intendant, que madame de Motteville appelle qc gros pourceau spirituel; 9 que son improbité cynique et ses spéculations énotttées sur la dette pubUque vouaient à l'exé-

craiion universelle. D'Einery était accusé d'avoir dit en plein conseil que labonne foi n'impoi tait qu'aux marchands, et que tout individu qui rallé^ruait dans le service du roi méritait d'être puni. Voilà un lionime qui comprenait bien les deux consciences définies par Ségnicr !

D'Emery, intéressé dans tous les traités et partis, faisait obtenir à vil prix aux partisans les fermes et autres dirjiis du roi. Les clioses en vinrent à un tel point, que, « pour recevoir un million, il fallait en abandonner quatre ou cinq aux traitants. » Un Mcmoire avait prouve « qu'un ccu qnr vient des contributions directes au roi, en coûte plus de dix au peuple. » D'Emery faisait acheter publiquement, pour lui et pour ses amis, des rentes au clenier deux ou trois, rentes que le roi lui remboursait sur le pied du denit*r quatorze; il accorda pendant dix ans, pour un million, la jouissance des impôts et billots de Bretagne, qui rapportaient cinq cent mille livres par année. Ce furent des taxes indirectes qu'établirent la pliî];art de ses édits bursaux. Pendant la minorité du roi, les ministres étaient assaillis de mémoires de tinances semblait! .)s à ceux dont s'est moqué Molière. L'un d'eux proposa d'établir un impôt sur toutes les cheminées de France, et lit valoir la facilité qu'en offrirait la perception. L'auteur demanda, à titre de récompense, le dixième du produit \

Quel génie pour trouver de l'argent! A quels expédients en était réduit le ministère de Mazarin! Comme se trouvent expliquées les émeutes contre les j^crceptcurs d'impôts, à Orléans, à Moulins et dans le Eorez! D'Emery avait prétendu t qu'il était impossible que les ministres des finances ne fussent point maudits, j> et, confornu^ment à son opinion, les malédictions ])leuvaient sur sa tète. Partout menaçait la sédition du \cniYc,s€ditio vcntr is^schii l'expression de Gaston d'Orléans.

Les réformes financières popularisaient déjà le parlement : avec quelle explosion de joie on apprit qu'il exigeait dorénavant la garantie, pour toute personne arrêtée par ordre du roi, d'être interrogée dans les vingt-quatre Jicurcs, '

* Bîbliotliè^iia inipôriaîc, fonds Harlai, u° 352,

HISTOniB AfnEGDOTIQUE

ou d'être mise en liberté ! C'était une constitution nouvelle, une barrière opposée au « bon plaisir. » Pour protéger aussi les marchands en détresse, le parlement déclarait nuls et révoqués tous privilèges commerciaux, et défendait d'iin-

f^orter en France les lainages et soieries d'Angleterre et de lollandc, les passements de Flandre, les points d'Espagne, de Gènes, de Rome et de Venise, avec confiscation et grosse amende contre les sujets du roi qui en achèteraient ou en porteraient : c'était là une véritable loi nationale. Il s'occupait enfin de la distribution des denrées dans Paris. Réformes sur réformes, comme on voit. Les ma^stratsse mêlaient bien de ce qu'ils avaient appelé « le mauvais ménage de l'administration. » •

Loin de céder, Anne d'Âutnche, de plus en plos énergique et fière de sa dignité, refusa de sanctionner ces de* mandes. ËUe ordonna au parlement d*en finir avec les ^séditions. '

Mais que signifient, aux yeux des magisirâts^ les sancp» tions royales pour leurs arrêtés? Ne formcfai-ils pas des cours souveraines? Us répondent à Hi reine en supprimant les intendants provinciaux' et les' commissions ex&aordinaires. Alors, de la colàNi,^Aiine d'Autriche passe à la fa-* reor. c Elle nef consentira Jamais que cette canaille atta-

Sue Fautorîté du roi. son fils; > elle veut c terrasser les séitieux« faire un chôment si exemplaire, qu*il étonnerait la postérité. » Toujours mutre de lui, toujours partisan des fomieB cauteleuses, Mazarin lataisonne, lui qui, dans une conférence tenue au Luxembourg, a donné aux memtyres du parlement les UireiàeReHai&atti/ifBdti h France, de Pères de la patrie; il s*wqiiiètè parce c c[ue la^régenle est vaillante comme un soldat qui ne connaît pas le dangfiT. » Mazarin a multiplié les largesses, pour s'attacher les courtisans ; maïs son système palliatif n'a pas tout à fait réussi. Pour défrayer la table et les autres danses domei^ . tiques du roi, il a fallu mèttre cm gage les pierreries de la couronne; et les gardes des Suisses, n'étant plus payés, ont voulu s'en La régçnte en a été réduite à emprun* ter de l'argent ai» dames de la cour* L'arrestation de iroi» capitaines des gardes, l'eidl du comte de Fiesque, le

m FKONOE 1)3

%annîd8émmit de la vertuense dame d'Hautefort, act^ émaûés de la volonté d'Anne d'Autriche, ont néanmoins^ accru le déchaînement de la haine populaire contre le mi^^ iiistre.

• 'M II' est beaucoup trop bon, » dit à son tour la c bonne tiâie, » en j>arlant ae Mazarin; c il ^te tout pour vouloir toujours ménager ses ennemis, s Anne d'Autriche Ta jusqu'à le taxer de c lâcheté* > Radoucie bientôt, cependant, elle le rend aux raisons qu'on lui of^ose et cherche à tirer parti (le la situation même. Elle supprime les intendants par déclaration royale, € pour que le peuple ait au moins obligation de son soulap;ement à Sa Majesté. » Le cardinal va pltti loûi ën fait d'abnégation. Il renvoie d*Emcry, sa créature, s(m-«Qi (tO juillet 1643)* Impossible, d'ailleurs, que cet homme conserve la direction des finances, car on manque à tous les engagements qu'il a contractés : lepar* lement n'a-t-il pas déclaré que les avances faites par les partisans et hommes d'affaires be leur seraient point remboursées? / .

D'Ëmery se retire donc. Gomme, après sa disgrâce, é doit aller vivre dans son château de Tanlajjr, les moqueurs le plaisantent, mais il s'en consolera aisément, car cette terre qu'il possède depuis 1642, et dans laquelle deux raillions et demi ont été dépensés, est l'une des plus belles de la France. Là, gorgé de richesses, il se rira bien des reproches qu'on lui adresse à l'endroit de sa probité ; il jouira impunément de l'immense fortune qu'il s'est acquise « par SCS habiletés ; » en attendant que Mazarin le vienne rejoindre , il redira avec gaîté le mauvais calembour inspiré aux malins par sa retraite à peu près volontaire :

« D'Émery, ne t'en vs p«i«

Jules te suit pas h pas, AttendA-le (à Tanlay) n

Mais d'Emery est encore plus ambitieux que cupide ; le souvenir de ses trahisons sous Louis XIII, de sa haute faveur pendant les premières années de la minorité de Louis XiV, lui Mt espérer qu'il reprendra tôt ou tard la di-

6i HISTOIRE ANECDOTIQUE

rediondcsfinnncrs. D'Emcry a n'aticnd» pas Mazariii,dans son château de 1 aiilay ; il se flatte, au ccnti aire, (jne Mazarin aura besoin de ses services et le ra|)pellera. Son rem-

J)l;ieaiit dans la siirintt ndinicc est le niaréehal Charles de M i'orte, due de la M* illeraie, qui trouve une caisse foii; mal pamie : luO niilhons de de ttes, et pas un smi vaillant. On lui adjoint Moj;injiis et d'Alip:re. La Me il leraic possédait la piobité de Sully, mais non ses ressources.

Cette facilité de Mazr.rin à s'ext'cnter ai!.anienta beaucoup res]K^ir dis révoltés; les jeunes conseillers, délaissant les a!i';iires o]-é!innii ( s du ])alais, ne parlèrent plus que (lu pouverniMMi nt du royaume ; les anciens se réjouirent d'avance de vi>ir le système ministériel échouer devant la résislance | arlenimlaire. Parmi ceux-ci bi illait Pierre Brousscl, reçu conseiller en 1G37, et qui avait, dans une séance des cours soiiveraines, produit des états jjiouvant que, depuis la rép nee, deux cents miiliolis avaient été levés sans cnreirisli-enient des couis.

C'était l'idole, pour ne pas dire le tribun du peuple, aspure Mont*:lat. — Vieillard dévlamateur, toujours |.rèt ii tonjîer contre la cour et les inqiôts, très surpris probablement lui-même de sa suipienante popularité, il présentait le type du magistrat formaliste, fanal i(pie de l'esprit de corps. C'était un personnage d'une ancienne probité, de nn'tliocre suffisance, selon La Rocliefoucault, et qui avait vieilli dans la haine des favoris. Pierre Broussel devint un dra}/eau vivant. Au-dessous d'un portrait gravé sur bois de Pierre Brousse), iuiage sortie un jour des presses de Claude Morlot, libraire, rue de la Bùcheric, à l'enseigne des Vieilles- Etuves, resplendissait un sonnet de Pierre du Pelletier, dont il faut lire ces six derniers vers :

« TTn illoBtre consul fiKmtat jadis pour Rotte, Et le Tibre pleura la mort de ce grand honmie,

Qui voulut que son sang payAt ?a liberté.

Lu Seine, grâce aux dieux, quoi qn'en dise le XibrO,,

Parle plus hautement do sa félicité,

Puisque de Broussel vil et ^ue la Fraaoe est libre. »

A l'exemple des membres du parlement, (^ui, le 1" juil-

Ict 1648, informa contre un conseiller des parties casiielles, coupable d'avoir mal parlé de la compagnie, les bourgeois se remuèrent, et bientôt, à rexemple des bourgeois, tous les Parisiens. Des pamphlets et des chiinsous sur la reine circulèrent. Les ambitieux jugèrent rinstaat oppoi îun pour mettre en avant les masses; le jeune Paul de Gondi commença ses intrigues.

Le coadjuteur Gondi avait, en 1048, trente-quatre ans. Lie non-seulement avec des gens de robe de toutes les classes, mais encore avec des ofliciers de la milice bourgeoise, il s'était aussi formé, par d'immenses lilx'ralités sorties de sa propre bourse ou de celle d'autrui, le gros d'un parti qui n'attendait que l'occasion pour agir. Ses dettes ne l'effrayaient point, a J'ai bien supputé, a^'ait-il dit à l'un de ses amis : César, à mon âge, devait six fois plus que moi. » Du 28 mars au 25 août, veille du commencement des troubles, il dépensa trente-six mille écus en dons et aumônes. Avec un pareil chef, chef occulte, tergiversant encore, le peuple ne pouvait manquer de s'agiter beaucoup, sans savoir pour qui ni {lourquoi peut-être ; mais quand le vent de l'émeute a soufflé sur la foule, une main inconnue la pousse, et la misère fait le reste.

Vainement la cour, inquiétée au dernier point, chcrchat-elle à dominer en seci'et le parlement ; vainement le roi accordîi-t-iî, dans un lit de justice, la remise d'un quart des tailles, avec ordre de ne lever aucun impôt sans l'enregistrement, avec promesse d'assembler les notables ; vainement défendit-on les séances de la chambi'e de Saint- Louis. Ces concessions entremêlées d'actes de vigueur ne satisfuisaient personne. Les assemblées tumultueuses, les pamphlets pleins de calomnies, ou de vérités qui n'étaient pas agréables à entendre, les chansons politiques allèrent leur train. Les Parisiens frondèrent de plus en plus, si bien que la régente, « ne voulant pas soufl'rir davantage l'empire de cette troupe de mutins, » se proposa d'abattre les « cabales » par un coup d'Etat. Reconnaissons, d'ailleurs, que Paris prolitait de toutes les occasions « pour faire tapage. » La mort subite du conseiller le Ijoulangcr au parlement (IG juillet) produisit une émotion. Emotion à la

M HISTOIRE ANËCDOTIQLE

niîte de la séance du 90, où le duc d'Orléans dédara que les peuples se sonleraieni de tous côtés! Emotion lors du Te Ikum chanté à Notre-Dame pour la prise de Tortose juillet) ! Émotion, parco qu*on arrêta l'intendant du duc de Vendôme (2 août) ! Émotion, lorsqu'une procession eut lieu pour expier uneprofanation commise dans l'église Saînt-Sulpice (6 août) ! Efmotion, enfin , ^uand le coadjuteur Gondi célébra la messe, dans la cathédrale, devant le roi et la reine-mère (15 août) ! Autant de jours, autant de foules rassemblées çà et là. On parlait haut, on riait, on critiquait les hommes et les actes de la cour.

Anne d* Autriche était lasse de Topposition que faisaient les < belles gens » du parlement, et des sermons politiques

âu*ellc en recevait, principalement depuis le lit de justice u 15 janvier 1648. Tantôt Orner Talon, au parlement, avait supplié le roi « de se contenter du pouvoir et de la bonne volonté de ses sujets; de faire que les nœuds d'amitié, de bienveillance, d*humanité et de tendresse se pussent accorder avec la grandeur et la pourpre de l'empire ; de donner à ces vertus des lettres de naturalité dans le Louvre ; de mépriser toutes sortes de dépenses inutiles et superflues ; de triompher plutôt du luxe de son sièele et de celui des siècles passés, que non pas de la patience,^ de la misère et des larmes de ses sujets. » Tantôt le président Antoine Nicolaï, dans la chambre des comptes, avait dit à Gastou d'Orléans : c U y a un homme dans TËtat qui abuse de la puissance souveraine, * et (jui règne en la place du roi; qui croit qu'il peut s'enrichir de la fortune des particuliers et de leurs dépouilles, et qui, après avoir consommé les biens dn . royaume et converti tout à son utilité particulière et à ses infâmes partisans, travaille tant qu'il peut pour entrer dans les premières dignités de la magistrature, s*imaginant y trouver son asile et l'impunité de tous ses crimes et de tous ses brigandages. » Tantôt enfin, le président Jacques Amelot-Beaulieu, de la cour de» aides, s'était écrié, devant le prince de Conti : <c Nous sommes le scandale et l'opprobre de tous nos voisins, qui savent que des gens nés de la corruption du siècle sont aujourd'hui les plus puissants de l'Etat; qui voient que d'infâmes partisau^ apîrès avoir ruiné les

DE LA FIlO^'I>E

familles les pins illustres et les plus anciennes par des avis pernicieux et punissables, triomphent encore de leurs dé* pouilles; qu'on révère la bone et la fange dont ils eeut^soi^ lis, parce qu'elles sont couvertes d*or, et qu'elles se trouvent un peu déguisées. » Anne d'Autriche regrettait déjà les quelques ooncessions faites « en paroles » aux cours souveraines, quand celles-ci « voulaient des effets, » et ne se contentaient plus de paroles ; Anne d'Autriche déclarait 4 qu'elle ne jetterait plus des roses à la tète du parlement,» quand celuinâ s*appr«tait à se pas souffinr désormais les oilapidations. .

UISTOIAE AM£CDOTIQU£

IiQ Tê Deum ûkSll&n, CoittinbgeB arrêté Bnmssel. — Conrad en

carrosse. — La Mcillcraie-PoWorcè/w.-^Gondi médiateur. — Journées des 2f/, 27 août 1648. — Description poétiqao dta bani* <?ail:3. — L'illustre cour de Parlement. — Pourparleri avec Anse d'Autriche. — - Transaction. Journée du 2U août* XnoiB* phe de Broussel. — On défait les barricades.

~ Bu 26 août 1648 «a l«r septemlnre 1648. —

Le lendemain du jour où le coadjuteur Gondi, faisant devant le roi et sa mère, dans l'église des jésuites de la rue Saint-Antoine, le panép:yrique de saint Louis dont on solennisaitlafêtc (25 août l(tî8), avait indireciemciit blàmé la conduite de Mazariii, un Te Uewn fut célébré à l'occasion de la victoire de Lens. Cette victoire, remportée par Condé sur les Espagnols que commandait le général Jean de Beck, rehaussait singulièrement Téclat de nos armes, et permettait de plaisanter sur (( le àeck de l'Ëspa^ol pris par le Français. » Grande fut l'ivresse des Parisiens, que les succès militaires n'ont jamais laissés indifférents, et la foule se porta aux abords de Notre-Dame, où se chanta le Te Deum, L'enfant-roi, au contraire, répétant sans doute ce qu'il entendait dire à ses côtes, n'avait prononcé que ces mots : oc Le parlement va être bien fâché. j> Comme si la caur seule triomphait à Lens, comme si les rebelles parlementaires perdaient tout à ce succès éclatant. La bonne nouvelle avait ét6 apportée à Paris le 22 août par le comte de Chàtillon ; les prévôts des marchands et échevins de Paris avaient Tecoramandé aux quartcniers de faire allumer des feux de joie dans leurs quartiers respectifs.

Anne d'Autriche pensa que, pour elle, le moment de la vengeance était arrivé ; cette fois, Mazarin et Gaston d'Orléans approuvèrent ses plans de coup d'Ktat. Quelcjucs habitants remarquèrent qu'il y avait un grand déploiement

de force armée pour cette solennité du T^i Veum; que le

DE LA FIIONDE fJO

régiment des gardes formait la haie sur le passap:e de Leurs Majestés, depuis le Palais-lloyal jusqu'à la eatliédralc ; et que les gens d'armes et les ^rardes du cor()S se massaient par pelotons sur divers points de la Cite. Selon rusngo, le parlement, en corps, reçut une invitation à laquelle il se rendit, lui qui aimait fort les cérémonies, sources de vivats populaires. Le 26 août était un mercredi.

Après rofiicc et la héncdiclion donnée par le coadjuteur, Anne d'Autriche dit h l'oreille de Comminges, son heutenant des gardes : <c Allez, et que Dieu veuille vous assister.» Le comte Jean-Baptiste-Gaston de Guitaut-Comminges, qui avait près de six pieds de haut, et environ autant de cii'confévence, répondit par un léger Iiochemcnt de tète, et s'aj)prcta à s'acquitter avec adresse d'une ljcso'j:nc qui devait le mener au grade d'nide de camp de Louis XIV. Il resta dans réalise assez de temps pour que la cour ])îit rentrer au Palais-Rojal, et les troupes demeurèrent à leur poste jusqu'à ce que les conseillers fussent retournes chez eux.

Alarmés, en ne voyant pas Commingcs suivre comme d'habitude la reine, les magistrats sortirent précipitamment do Notre-Dame : beaucoup craignirent de rentrer dans leurs maisons. Ils avaient raison d'être inquiets, car le lieutenant des gardes se présenta aussitôt chez Pierre Broussel , qui demeurait dans une petite maison dont les fenêtres donnaient sur la rivière, et située au port Saint-Landry , proche Notre-Dame, en la Cité. C'était alors le quartier le plus populeux et le plus bruyant de Paris. Quinze ou seize gardes accom[)agnaient Comminges. « Broussel achcvjiit de diner, lit-on dans une relation manuscrite, citée par M. Edouard Fournier, dans son Histoire du Pont-Neuf; on ne lui donna pas le temps de prendre son manteau. Il eut sddement celui de dire à ses enfants ces paroles remar([uables : « Mes enfants, je n'espère pas vous revoir jamais; je vous donne ma bénédiction ; je ne vous laisse point de bien, m^is je vous laisse un peu d'honneur, ayez soin de le conserver. » Le peuple s était aperçu de la chose ; aussi Comminges pressa-t-il Broussid de monter en cari'osse « en simple soutane et sans souliers. » Des gens ameutés avaient fait mine de couper les rênes dos chevaux et de briser la voiture.

60 HISTOIRE AMECDÛTIQUE

En même temps un autre officier se saîsii ilu président des enquêtes, Nicolas Potier de Blancménil, et le conduisit à Vincennes. Potier de Blancménil, neveu de réyêquc de Bcauvais , n* avait pu pardonner à la reine c le dégoût qui lui avait pris pour son oncle » au commencement de la régence. Le président LouieCharion, menacé d'un sùri pareil, parvint à s*esquiver. Peu importait : Charton^ homme très borné, dit Voltaire, était surnommé le pjrésident Je dis ça, parce qu'il ouvrait ses avis et les concluait toujours par ces mots. Trois lettres de cachet exilèrent en différents heux les conseillers Laîné, Benoit et Loîsel.

T^l fat le coup d'Etat dont Anne d'Autriche espérait monts et merveilles, et qu'elle considérait comme une émanation irrésistible de la vokmté royale contestée par les c mutins. » Hais la cérémonie de 'Notre-Dame reçut de ceux-HÛ le nom de Te Ikum àieilien , <r parce qu'il a faillj à estre a^issi funeste aux Français que les vespreff siciliennes le furent jadis à plusieurs de nostre mesme nation.» Les frondeurs commencèrent de résister à main armée. La rdne avait employé la force au secours de son autorité; les Paririens répondirent au coup d*Etat par une grave émeute, qui suivit l'arrestation de Broussel. Il sembla c que le canon, qu'on venait de tirer en signe de réjouissance pour la victoire, fut devenu tout à çonp un signal pour le choc en des troupes ennemies. »

Le carrosse qui emportait woussd. traversa la fbule Ameutée, et se dirigea vers l'étroite rue des Marmousets» au milieu de laquelle on jei$ un banc de bois de l'étude d'un notaire, afitf d'intercepter le passage. Le moyen ne réussit

SIS, et, à travers les gardes^ le carrosse ^agna le Marchéeuf. Quand il arriva sur le quai des Orfèvres, une de seS roues se rompit. Un effort, û le peuple délivrait le cher prisonnier ! Mais point : le carrosse d'une certaine dame d'Affis, de Toulouse, passait; Gomminges fit peu galamment descendre la dame, et Broussel monta. Puis, le cocher ^ fouetta ferme, et, en très peu de temps, travers^mt la moitié septentrionale du Pont-lHeuf , le quai du Louvre» la porte dite de la Conférence et le château de Madrid» le lieutenant des (prdes et le eonseiUer f ur^t à Saint-Germain«

, Çii et là repoussée par les gardes, la foule crie : Tue l tue! parcourt toute la Cité, et répète le nom si populaire de Droussel. A ces cris, portefaix et marinitTS d'accourir en toute hâte, de la Grève, du quartier Saint-Landry. On dirait d'une commotion électrique. Des bateliers débarquent sur les rives de la Seine. Chaînes tendues, bouti(jues fermées, pierres lancées aux soldats, fenêtres garnies de gens armés de projectiles ou de crocs, rien ne manque pour le combat des rues. La Cité appartient bientôt tout entière aux frondeurs. Le maréchal de la Meiileraie, pour nui certaines gens ont renouvelé l'ancien surnom de Poltorcetes, ou preneur de villes, s'avance contre la foule ameutée jusqu'au Pont-Neuf : il marche à la tète des gardes; un horloger le vise à bout portant, et, s'il n'est pas tué, c'est parce que le fusil n'a pas pris feu.

Au même moment, voici le coadjuteur Gondi qui se montre, ci qui, portant rochet et camâil, traverse les flots des frondeurs, va jôindre la Meiileraie. Gondi s'interpose entre le peuple et la Cour. Il prie le maréchal de le conduire au Palais-Royal, pénètre dans la demeure d'Anne d'Autriche, qu'il aborde et qui le reçoit assez mal. <r 11 y a de la révolte, dit alors la régente, à imaginer qu'on puisse se révolter. » Gondi réplique par quelques mots sur les moyens d'apaiser le peuple. « Je vous entends, monsieur le coadjuteur, ajoute Anne d'Autriche, les veux étincelants de fureur, vous voudriez que je rendisse "Broussel, mais je l'étranglerais plutôt avec les deux mains! » Et son geste traduit parfaitement sa pensée. Mazarin seul fait une promesse incomplète.

Aucun arrangement ne sera-t-il donc possible? Le prélat sort avec la Meiileraie, qui a l'épée haute. II va tenter un dernier effort, par peur ou par amour-propre. Le peuple , avant que Gondi ait pu parler, crie aux armes , car il a vu le maréchal s'avancer à la tète des chevau-légers, et il se croit menacé d'une charge de cavalerie. Des coups de feu sont échangés. Gondi et la Meiileraie risquent leur vie au milieu d'une effroyable confusion. Celui-ci jette par terre, d'un coup de pistolet, le syndic des crocheteurs. De son côté, pour un coup de pieiTc reçu, le coadjuteur, qui a

62 UISTÛl&E ANECPÛTIQUE

coBféâsé ragonisantVne se décourage pœnt; il parle à la foule qui encombre la rue Saint-Honore et le ^uaiiier des Halles; il lui bit déposer les armes, dans Tespoir de recouvrer pacifiquement Bnmssek Cela obtenu, Gondï retourne . au Palais-Hoyal rendre com])te de sa mission à Anne d'Au- * ti'iche, et la-presser de tenir la parole donnée par Mazarin. Mus les remereiments de la régente se formulent en raille^, ries, t Allez vous reposer, monsienr, dit-elle au prébit, vous avez bten- travaillé. » Ces paroles exaspèrent Gondi, , qui , venu powr jouer un rôle de médiateur, disparaît bien décidé à* jouer celui de chef de parti, loi qui nagui rc s'était mélc aux complots du comte de Soissons contre iiicUelien^ eVoui avait récemment demandé à la cour legouvci-ncmcnt de Paris* Avec cette fonction toute militaire^ Gondi fut de^ . venu un prélat-guerrier, comme il en avait existé sous le' dernier règne. Le coadjuteuri^isait trop haut : un refais ^ur et simple avait rabattu, non guéri son ambition, ' : v- Par la ville, la Meilleraie n'a pas réussi à repousser les frondeurs; il a replié* ses troupes autour du Palais-Uoyali Désespérant de' sa cause, il ne tente rien de plus. Lepeu-^ pie, au contraire, prend des allures de vainnucuV, et, inajh.' Ire de la Cité, de la rue Saint-Denis, des Halles et de la ru» SainM^noréf il brise partout les vitres, opère mille marcbéa et eontre-marches, pousse des cm de forcenés, s*agito, enfin jusqu'à Theure du couehar, heure à laquelle cliacus rentre chez soi. La nuit se passe saiis émotion et sans.

' trouble. » Seulement, les boutiques demeurent fermées, la plupart dos bourgeois stationnent en armes à leurs portes^, après avoir eu même la précaution de faire leur provision, de poudre et de plomb, assure Guy-Joly. Pour Anne d'Au-

> tricne, elle ne doute pas d'avoir triomphé. Elle assiste à uû: gai souper au milieu de sa cour. On la flatte sur son cou^^ rage, on célèbre sa victoire. « Encore un peu de vigueur, pense-t-elle, et tout sei-a dit, ce feu de paille ne se rallumera plus. » Et Gondi, que fait-il? Revenu dans l'archevcchc, Gondi se demande si cette journée ne doit pas avotf.

„un lendemain , s'il ne se rendra ])as maitrc de Pai'is. v Le jeudi, 27 août i()4<S, de bon matin, le parlement, as-

^iKak^ii: 1^1034 J^ikaoi^ les plainte» de deu^.^

Ofi LA tîmh^ 6S

de ses membres, les sieurs Jean Bouclicrat et Croussel, sur renlcvement inique (lu vertueux Pierre Broussol, leur oncle. Les gens du roi y requirent la prise de corps contre Comminges et autres a qui avaient arrêté nios.sieurs; » ils proposèrent qu'on all'At supplier la reine de rendi-e la lil)ertc a à messieurs les absenis, » prisonniers ou ('xilt'*s, pendant que le [farlcmcnt prendrait des mesures selon les circonstances. Des soldats, en elTet, étaient irrcupés autour du Palîiis-Royal dans une attitude iiiena -ante. Les bourgeois, pour leur sûreté, s'armèi'ent, eux (pii na s'étaient point encore mêlés au mouvement. Desclia.nes barraient les ponts. La focîle obstruait rues et places. On attendait, ou désirait du nouveau. Plusieurs magisti'ats, se remiant séjiarenient au palais, avaient été rencontrés, et leur vue avait ému les passants.

Tout à coup, un carrosse escorté de gens à cheval voulut traverser le Pont-Neuf, le lieu tumultueux par excellence. Des attroupements se foj-mèrcnt, entourèrent le chancelier. Car ce carrosse était celui de Timpopulaire Séguier, qui alhiit ordonner au parlement de cesser ses assemblées. Le chancelier, peu bràve, et dont on a dit :

Sa seule lâcheté l'a toi\{oiixi maintemi,

passait pour Vhomme du monde le moins honnête, etçi glorieiix qu'il ne se découyraît pour personne. Sur son ineiyilité courait cette épigramme :

Qu'il est dur an salut, ce fat de chancelier!

Cela le fait passer pour un esprit altier.

Vain nu-delà de toutes bornes.

. Ce n*est pai* pourtiint qu'il aoift ÙM^ . C'96i qu'il oraint de montiar lee oonei.

En cette cîrconstanee, le chancelier porta la penie de son impopularité, de son avarice proverlnale, de ses coorbeiies orainaires devant les ministres passés et présents. Il dat mettre pied à terre» et Ton accabla de huées ce malencontreux messager d'Anne d'Autriche. Force fut à Séguier d*aller chercher asile dans Thotel de Luynes, près le pond

6 1 ihsWiM ànecdotioue

Saint-Michel, à la pointe du quai des Augustins. Les frondeurs, notamment un grand maraud à qui Scguier avait fait perdre un procès en conseil, l'y poursuivirent, enfoncèrent les portes de l'hôtel, qu'ils pillèrent et fouillèrent du haut en bas sans découvrir le fugitif. « Ce sera prisonnier pour prisonnier, disaient les uns, et nous en ferons un échanjre avec notre cher protecteur ; » les autres criaient qu'il fallait le démembrer et le mettre par quartiers, afin aen éparpiller les morceaux sur les places publiques, et de montrer ainsi leur ressentiment par leur vengeance. Tout ce que put faire la Meilleraie pour le chancelier, ce fut de le ramener au Palais-Royal. Seguier, dans l'hôtel de Luynes, attendait déjà la mort^ et s'était confessé à Févéque de Meaux, son frère.

Ce mouvement devenait inquiétant pour la Cour; mais le parlement c ne fit aucun état » du danger que courait le chef delà justice. Le ehaûceUer est attaqué l... s*est enfui I... est pris ! .« .esttaé !.. • s'écrisôt^n de toutes parts.Etlaséditîoii allait croissaiit. Le nombre des frondeurs augmentait à vue d*œil. Hiron, colonel du quartiet Saint-Germain-rAaxerrois, faisait prendre les armes à'ses bourgeois; la femme de Itartineau, conseiller au parlement et colonel du quartier Saint-Jacques, faisait batâ^ le tambour et commencer les barricades sur ce point; la ville entière 8*allumait. En moins ' de trois heai^es, cent mille hommeâ furent sous les armes. Os élevèrent plus de deux mille bai^cades avec des tonneaux pleins de sable enchaînés Tun à l'autre, barricades bardées de drapeaux et de toutes les armes que la Ligue avait laissées entières. Ces espèces de citadelles, revêtues d'un rang de pierres de taiUe, atteignaient pour la plupart à une telle hauteur, qu'il fallait des échelles pour les escalader. A Feutrée de diaque rue apparaissait une de ces formidables barricades derrière laauelle, pour la garder» se tenait un corps de bourgeois armes; une ouverture pratiquée dans le milieu, fermée de fortes chaînes au besomi, ne donnait passage que pour une personne seule. La dernière barricade s'éleva rue Saint-Honoré, à la barrière des Sergents, et à qudques pas des sentinelles qui gardaient le Palais-Royalé s

Un célèbre arracheur de dents, Carmeline, commandait la barricade du Pont-Neuf, près du cheval de broiue. S'il plaît au lecteur, * . ,

Faisons un tour parmi les rncs.

Partout les chaînes sont tenduesi

Des caves ou sort dos tonneaux.

On amène des tombereaux;

Des diatiots et des obanettof^

On appfeMe' le« eieoapettM;

Et nos bourgeois fort résolus, '

Tietix soldats tout frais esmonluB,

Sont attachez aux barricades

Comme soldats à leurs rancade»»

A la Halle et nux environs « \

O9 se retranche de marrons.

De dtrotifllee, pommes ponniee,' De choux, de ooneombfes, d'ortic.1, * Do cresson, fRrafpier et naTean, Artichaux, raves et pozxetuz, PraneSy citrona, pokes, oram^,.

^ Comme suprême moyen de défense, les frondenrs [Aacèrent des pierres et des paves sur les fenêires, si bien que la ville se trouva transformée en un immense camp retranclié, au centre dLi(|uel siégeait le parlement, tandis qu'à ses extrémités le Palais-Royal, le Louvre et les Tuileries ressemblaient à des forteresses ennemies. Partout des chefs improvisés, partout le mouvement militaire, partout k bruit des armes. A en croire la relation colorée, déjà citée, yéridique dans sa forme burlesque, les hareogères, iQèlées . à tout cela, criaient : . .

Vive le roy, vive Bruxelle (Broufiseî)^ Vive la cour de parlement, ' Et sucré dn gonvememeot.

El!ea adjoustaient entre chose <tiii ne se peut dice',fa'ett pfotê.;; .

Mais, ajoute V Agréable rétdt de ce jia s^est passé UM dermèm èanieadfs de Paris c

66 mSTOlBE ÀKEœOTIQUB

• . é Passons asx autres quartiers

Où les gnrçons de tous mcstiers.

Quittant le soin de la boatiqno, ^ Prona'cnt riui'lcbardc ou la pi%uei

Le coutelas, ou re*piidon, Le brin d'ostoc, ou le bourdon, Chacun saisissant à lahaste Ce qui te trouve aoiu sa patte. Serrantes en-haut -des grenier»

Portaio.nt cailloux à plehiS paniers.

Les fonimcB estoient aux £!u»e0toes, Tout e'^a mêloit, bgrmis les prestreS/,»

Pendant cet iinivorsel broulialin, qui annonçait de fort sérieuses luttes, le parlement d('lil)érait. Vers dix heures et denu"c, cent soixante majiisirats sortent niaj<;stueusementdu ])alais « en coi'ps de cour, avec l'oljes et bonnets, les huissiers en tète; d suivons X A'^réikliiQ récit ;

... On voit arriver eu bon ordl0 - A pas comptez et gravement L'illustre cour de parlement , Tout le peuple leur fait grand'fcate :

Eux, indinant parfois la tesie^ Avec un modeste souris, Fiattoieut ees nouveaux agu^nis.

. Devant eux 8*oQTreni^l6s barneades; on crîe* à lenrs •oreilles : Vive' h roi! vive le parlement! Ils vont rendre une nouvelle Visite & Anne d'Autriche* Introduits dans le ^binet de la reine, au Palais-Royal, ils s'étonnent de la triste réception qui leur est faite. Anne d'Autrichë leur déclare que, s*tls ne calment pas bien vite l'agitation publique, « lis en répondent sur leurs têtes à elle et à son fils. » Ëilo leur refuse al>&olument la lit^erté de Broussel et autres prisonniers, et, après leur avoirférmé avec violence la porte de son calnnct, elle passe dans une autre chambre. Quelques pourparlers ont lieu^ néanmoins, entré les personnes que la reine a laissées en sortant et leo» membres du parlement. 11 faut délibérer, <U$eni ceax-d| il faut c r^dre^un

^ DE LA FRONDE C7

arrêt dans la ^-and* chambre » pour accepter comme suffisante une promesse arrachée avec peine à Anne d* Autriche, celle de rétablir chaque magistrat dans sa chai'p^e, pourvu que les compagnies cessent leurs assemblées |)endant le peu de jours qui s'écouleront avant les vacances.

Une réconciliation semble possible. Mais, à peine le parlement a franchi la première barricade pour regagner le lieu de ses séances, que le peu|)le, ne voyant pas Broussel, son pèrc^ soupçonne des trahisons, et refuse d'ouvrir le passage d'une seconde ban icrc, rue de l'Arbrc-See. ce Vive le TOI tout seul et M. de Broussul ! » s'écrie-t-il. Il s*en prend aux magistrats de Tinsuccès de leur demande; les bourgeois leur présentent même les armes comme à des ennemis. Un iiomme ose téméroiretncnt saisir par le bras je premier jirésidcnt, a tii îiillé et pris ]);(r la barbe qu'il porte fort longue. » On enjoint ù Matthieu Molé de retourner au Palais-Royal, et de n'en revenir qu'avec Broussel libre, ou avec Mazarin et Séguier pour otages : encore « ne sontils pas trop bons pour cela. » C'est alors que Matthieu Molé, vivement ému, « saisit sa barbe, » comme il a coutume de le faije dans les occasions délicates.

La dignité parlementaire étant ainsi compromise, une quarantaine de membres , présidents et conseillers, se sauvèrent à travers la foule ; le reste obéit à la force, et, conduit par Matthieu Mole, deMesme et le Coigneux, revint au Palais-Royal. Les magistrats , agissant sans façon , mangèrent d'abord, puis délibérèrent, et arrêtèrent enfin que, jusqu'aux vacances prochaines, ils ne s'occuperaient que du paiement des rentes de l'Etat et de la confection du tarif pour les droits d'entrée : transaction par laquelle Anne d'Autriche , sur l'attestation d'Henrictte-Marie , épouse de Charles I*""", là présente, <c que les troubles d'Angleterre n'avaient jamais paru si grands dans leurs commencements, ni les esprits si unis et si échauffés , » accordait ce qu'on Ini demandait.

Deux exempts et deux conseillers, en carrosse du roi et de la reine, allèrent chercher, à Saint-Germain et à Vincennes, Broussel et Blancménil. Les nuigistrats, satisfaits, quiilcrcnt lo Palais-Royal pour rentrer dans leuj's logis

filSXÛiaE ÂNECDOTIQUE

respectifs, après que MatthieuMolé eut montré les précieuses lettres de rappel au peuple, qui n'en passa pas moins la nuit sur ses barricades : nuit encore pleine de terreurs et de menaces. Mazarin craignit que le peuple ne vint Tarracher de ses appartements , et il eut un instant Tidée de quitter Paris, même la France.

La journée qui suivit, le vendredi (ï?8 août), ne devait pas être tranquille. Blancménil, arrive la veille au soir à raris, se montra sur le Pont-Neuf, puis assista à la réunion du parlement dans la f^rand*ch ambre. Mais Broussel ne paraissait pas ; des on dit le déclaraient mort. Le fait est que la lettre de cachet avait rejoint Broussel à auelques lieues de Saint-Germain, sur la route de Sedan. Le peuple attendait son idole ; « les bourgeois, eux aussi, juraient qu'ils ne désarmeraient pas qu'ils ne l'eussent vu de leurs propres yeux. » On ne fut content qu*à Farrivée d*un carrosse du roi à six chevaux, dans lequel était assis le vieillard popu« laire. Bien des gens se mirent presque à genoux sur son passage, et cent mille coups.de mousquet aceueilKrent ce ^ retour si désiré : vacarme nonible, qtii effraya quelque peu les conseillers. Les otôches sonnèrent i grande volée. Par* tout, dit r Agréable rieiU

Partout le cry se renouvelle :

"Vîw le roy, vive Broxelle (Broussel) l Quatre eenlt hommes à rinstant Le oondvîaent tambour Imttant»

Et le promènent |>ar les rlics t Les chaînes furent détendues, Tons les tonneaux sont renverséZi Mais non les soupçons effiicéz...

Ce fut un triomphe demi-sérieux, demi-grotesqae. Le peuple conduisit Droussel jusqu'à sa maison; et quand le parlement envoya chercher ce mariyr de la cour pour le montrer prudemment lui-même aux masses, on le trouva agenouille, en prières, devant l'un des autels de Noire- Dame. Des bourgeois en armes l'accompagnèrent sur le cbiçmiu de lagrand'ciiambre. c Jamais, an dire de madame

DE hk FBOKDK 69

de MotieYille, triomphe de Toi ott d^mfeteoT romain n*a-> vait été plus graiïîd qae celui de ce pauvre petit homme^ qui ii*avait lien de recommandable que d'éâ-e entité du Inen public et de la haine des impôts. » Voilà, ce nous semble. Une dédaigneuse phrase de dame de pitlais qui donne à Broussel nn brevet de personnage rare* Celui-là pensait donc au peuple! Matthieu Holé dit alors :.c Broussel mérite beancoupt sans doute, mais il n*est pas tout dans YÊiaà'j et il en &ut neuf mU^ea avec lui pour donner arrêt. » : Néanmoins^ Broussel ajant triomphe, tout est terminé; le ]parkment, lorsque déjà le calme a reparu, sanctienna la^ volonté pacifique des firondeurs dont la mission s*açhève, en rendant un arrêt, .

Par leqaelil est orjontaé ' A chacun d'ouvrir sa bontiquA.

Aux clercs reprendre leur pratîqn*,

Mousquets remis aux râteliers,

Les maçons. à leurs ateliers, etc., etc.

Dès midi, il ne reste aucune trace de barricades. Pour-r tant, comme Fa dit plus haut un contemporain, « les soupçons non effacez » inquiètent toujours les esprits. Les Parisiens sont en défiance. Au faubonrp^ Saint-Antoine, le soir, il s'élève un nouveau tumulte et déjà des barrieades se relèvent. Une charrette de poudre, sortie de l;i Bastille, est enlevée par le peuple, nui met enfin bas les armes, en apprenant que, par ordre de la régente, toutes les compagnies des gardes ont regagné leurs quartiers. Telle est encore rinquiétude publique que, le oi août, Anne d'Autriche croit devoir averth* le parlement de ne pas prendre d*om* brage en voyant le lendemain arriver dans Paris de la eé^ Valérie qui amène les prisonniers faits à la bataille de Lens.

IIISTOmE .ANËCDOTlQUi:

VU

Ma^nmo Anne et le Mazarîn sont insultés. — Gloire militaire de Conrld ; ses lettr'<? ; son nn^contentements ; ses susceptibilités. — Confé- ' renra i\ Sniut-Gcrraain. — L'as'îissinat de l'autorité royale. — Paix de Wostplialie. — Le parti frondeur ?o dessine. — Commencement des Al^zarinades. — Gazettes. Imprimés de toutes lc3 aort«s. — Colportenrs ; leur «soort^ <— Célébrité du Pont-Neuf.

Le nés du guetier Théophrasto ou Auojgftroile Bioaudot, baao et Euiibe fienaadot. . ' ^ '

ifc- Du le*" septembre 1648 au 1er janvier 1649. —

Les transactions on les concessions, de gonrernants à gouvernés, ont rarement une longue durée, parce que ceux-ci veulent avoir plus qu*on ne leur a accordé, et ceuxlà reprendre un peu de ce qu*on leur a arraché» Entre le parlement et la cour , la pacification était a[iparentè. En efifot, par une lettre (V* septembre) 4 Mazarin, le prince de Coodo^ que le manque d* argent empêchait de profiter' de sa victoire, offrit c de venir servir Sa Majesté en tout ce qu*cjle lui'Ordonneràit.; » de son côté, le parlement, prétextant des travaux, demanda une prolongation de session, que la reine lui donna pour quinze jours, tout en se plaignant des mauvais bruits que 1 on. faisait courir sur elle. Une fcrmentatioa sourde agitait toujours Paria, dont le peupl.e avait ap])ris à connaître sa force : personne ne croyait à la résignation alTectëe de madame u4mte, à la bonhomie accomniodante du Mazarin^ Aû Te Deum chanté dans l'église des Feuillants,

-pour la victoire de Lens (5 septembre), des cris séditieux avaient été proférés, et, le lendemain, pendant une proces-

. sion à Saint- Je$n-en Grève, pour rexpiation d'un sacrilège, les noms d'Anne d'Autriche et de Mazarin avaientété répétés avec accompagnement de quolibets. Le 1:2, la reine s'était vue obiigécrpour se rendre à Notre-Dame, de profiter de la présence aune compagnie des gardes au Marché-Neuf. Madnme Anne et le J/azarm deven aient le point de mire des mécontents» On leur manquait de respect dans les promenades» on les poursuivait de chansons et de huées

m LA nom» 74

dans les rues. Au commencement de septembre, Anne . d'Autriche, mortifiée, voulut aller passer quelques jours à la campagne, « seulement pour faire ncU<iyer le Palais- Royal, qui avait besoin d'être purifié. » il lui fallut agir avec mystère et promptitude dans raccomplissement de cet innocent désir, absolument coinme un écolier qui Xuit l'école buissonnicre.

\3n dimanclie matin (13 septembre), vers six heures, lo roi partit dans son carrosse avec Mazarin. Sur leur ])assage, quelques pens se mirent à crier aux armes I et voulurent piller plusieurs chariots du royal ba^^agc. La régente, restée à Paris jusqu'à midi environ, se confessa aux Cordeliers, visita le val-de- Grâce et rejoignit Louis XIV à Rucl, . après avoir prévenu le prévôt des marchands que son absence n'iraii p:is au-delà d'une semaine. Ces petites vacances, ce voyage de quatre lieues, entrepris ofhcieliement pour procurer à la Cour ks plaisirs de la campagne, irritèrent outre mesure les Parisiens, qui manifestèrent une surprise tout injui'icuse. Le paiiement s'ajourna à huitaine (15 septembre). ' ' ^' Cependant, la prise de Fumes par Condé, légèrement blesse pendant le siège, faisait espérer son prompt retour, autant par les frondeurs que par les courtisans. Condé jouissait d'une si brillante réputation militaire ! Partout on parlait de lui. Un écrivain avait publié V Alexandre pouf parallèle de monseigeur le duc (rKnghien avec ce fameux monarque. On l'appelait le prmcf. illustre^ le prince conque^' rrinf. Des gravures l'ctraçaient ses exploits. Sur lu prise U'Ypres^ çcs vers avaient paru : J * •

"Condé, prcàairt Ypres, fait mid» Au wy lo reste do la Flftodre.

A propos de la prise de Lens, une gravure allcgoi iqiie représentait cr la réccptioik faite à M. le Prince sur Tlieàreuse victoire oî)tenue sur les Espagnols en U' grande ét iiiénioralHe , bataille, de. Lei^. » La France y . disait au iiérbs : . ' , - .

Ccst assez faitr, ^xcnà priuce, ngrèâ cette victdire, etc.

72 mSTOIRE ANECDOTIQUE

On avait chanté en vers et en prose Timportante TÎetoire

du prince, ses trophées, sa « gloire familière. »

Chacun le désirait nlors pour chef. La noblesse voyait en lui un pcuide irrésistible contre le Mazarin; le peuple et le parlement ne redoutaient pas encore trop ses façons de dominateur; Anne d'Autriche et le cardinal se croyaient assurés de son appui, dont ils avaient un très pressant besoin ; une f2:ravure sur satin exposait aux regards « le roi et la reine régente priant Dieu par l'intercession de la sainte Vierge et de saint Dominique de détourner |es maux dont la France était menacée. »

Evidemment, de nouvelles rumeurs étaient prochaines, A Condé de tout décider, en se prononçant. Deux actes de Mazarin achevèrent d'aigrir les esprits : ils donnèrent à penser qu*Anne d'Autriche conservait de vives rancunes, nourrissait des projets de vengeance, ('havigny fat arrêté et enrciiné dans la prison de Vincennes, qu'il gardait (18 septembre) ;Châteauneuf fut relégué dans le Berri. En eux, pensait Mu2ariQ, résidait Tàme des cabales parlementaires.

Deux jours après , Condé arrivait à Uuelpour y saluer la régente. Il s'était fait précéder par une seconde lettre, où il s'exprimait très rudement sur les barricades et sur leurs conséquences, où il pressait Anne d'Autriche « de songer sérieusement au dedans, » si elle voulait qu'on pût soutenir et poursuivre les succès du dehors. Condé a se montra mal satisfait de ce qui s'était passé et de la diminution que l'autorité royale avait soullerte. » Il se plaignit bien plus encore, quand il sut que le président Pierre Viole avait, ençlein parlement (22 septembre), blâmé l'incarcération de Chavigny, l'exil de Cluiteauueuf, l'éloignement du roi, l'approche des gens de guerre ; quand il sut que Blancménil avait rapporté tout le mal des temps à un seul homme, à Mazarin, en demandant, d'accord avec Viole, le renouvellement de l'arrêt de 4017 qui défendait de conticr à un étranger l'administration du royaume, et que, après cette motion, le parlement s* était décidé à supplier la reine de ramener le roi à Paris, en invitant les princes < à venir pjrendre place en ^oa sein pour délibérer

sur les affaires nécessaires à la sécurité et au bien de TEf at. > Condé se posait donc en défenseur suprême de la Cour, en redoutable protecteur, ce qui contrariait beaucoup les idées de Mazarin. Mais il fallait que le ministre en passât par là.

Les princes présents à Paris, d'ailleurs , n'avaient pas répondu à l'invitation des magistrats; ils s'étaient rendus à Ruel pour s'expliquer devant Anne d'Autriche, qu'une dcputation du parlement était aussi venue trouver. Devant cette sorte d'aréopage improvisé, Anne d'Autriche justifia sa conduite : y avait-il crime à vouloir passer le mois de septembre à la campagne ? Non, assurément. Les princes ne s'associèrent pas à la désobéissance des conseillers, et Mazarin ne souffla mot. Le lendemain septembre), le parlement reçut Tordre de ne pas continuer sa délibération ; mais il n'en tint compte et enjoignit aux gouverneurs des villes voisines de soigner le passage des vivres; au prévôt des marchands, de pourvoir à la sûreté de Paris; aux bourgeois, de s'armer.

La capitale allait-elle être assiégée ? Y avait-il déclaration formelle de guerre entre le parlement et la Cour ? Comme tout devenait sombre et menaçant ! On avait arrêté et pillé, aux halles, une charrette de meubles, parce qu'on croyait qu'elle appartenait au cardinal ; près de l'île Notre- Dame (Saint-Louis), les bateliers avaient dévalisé un carrosse {23 septembre). Anne d'Autriche envoya chercher son plus jeune fils, resté au Palais-Royal ; la duchesse d'Orléans, quittant le Luxembourg, courut rejoindre son mari. Le auc d'Orléans et le prince de Condé proposèrent une conférence à Saint-Germain, conférence acceptée par le parlement, qui envoya dans cette ville vingt et un députés, parmi lesquels Viole, si opposé au cardinal. Toute la cour s'y transporta aussi. Là, salut officiel à la reine, splendide repas, conférence dans le château neuf ; mais, avant tout, exposé de prétentions, c'est-à-dire continuation du parlement, rappel ou élargissement des gens exilés et emprisonnes, retour du roi à Paris, etc. Viole déclara que le parlement n'entrerait pas en matière sans avoir eu, au préalable, satisfaction sur 1 aOaire de Chavigny et de Châteauneui. Çoûdc trouva le mot préalable inconvenant ; il ne le com-^.

mSTOIHE AlfCCDOTIQUE

prenait pas ! Apres contestations, on ne rompit pas tout à fait, mais on ne prit aucune décision. Plusieurs autres réunions suivirent, et elles aboutirent à un Téritable traité de paix entre rautorité royale et le parlement, qui voulut bien jouir enfin de ses vacances en partie écoulées. Chavignj sortit du Havre-de-Gnice, où il avait été transféré.

Le parlement paraissait satisfait et ne se préoccupait plus guère des barricades. Mais le peuple, heureux et tiep de son triomphe pendant les 26, 27 et 28 août, se félicitait d'anéantir le Mazarin et de se soustraire aux impôts écrasants (lui pesaient sur les masses. Aussi, pendant que les conseillers délibéraient sur les offres de la cour, il s'impatienta. Les cabaretiers et les marchands de vin de Paris, irrités de ce que le parlement tardait trop à les soulager, iBilvahirent le palais (14 octobre) et secouèrent rudement, sortir de la grand*chambre, les présidents, qui durent se réfugier dansVhôiel de MaUhieu Holé, et dont Vm eut sa robe déchirée. L'après-midi, les magistrats, sous Fin* flnence de Témeute, réglèrent rabaissement des droits surle Tin. Dix jours après, la Gonr subnsait elle-même la id du parlement, qui, par une déclaration célèbre (24 octobre), supprimait en réabtéla moitié desreventis publics. Cette déclaration, qu'Anne d'Autridbie signa avec aes larmes dé Colère dans les yeux^ et qu'elle appela V assassinat 4e rat^ tonU royab, coïncidait arec un événement bien grave^ avec un éclatant triomphe de diplomatie, avec la réalisai tien des projets de Mazarin, — la signature du traâé da Westphalie. Malgré ses immenses résultats probables, cette paix, qui intéressait toute l'Ëurope en terminant la guerre de trente ans, n*émut que peu ou point la population par^.^ sienne. (Quelle influence immédiate pouvait-eUe avoir sui^^ les impôts et sur la misère?

Loin de glorifier Mazarin pour son chef-d'(»n^, lô peuple ne gardait plus de limites en sa baille contre celui qui avait pillé, disait-on, toutes les finances du roi, réduit Sa Majesté à une indigence extrême, et tous ses sujets à une misère pire que la mort. La cruauté des agents do. jRnances avait été telle, que les Français, ajoutait^on, eus^^ sent été bien aises de leur abandonna tous leurs biens, et

DE LA FRONDE 7S

de paître l'herbe comme de pauvres bétes. Les registres des geôles donnent raison à ces ouï-dire : ils attestent qu'il y eut à la fois vingt-trois mille prisonniers dans les provinces du royaume, pour les tailles des taxes et autres impositions, dont cr cinq mille morts en cette lanj^ueur, » pendant l'anncc 1648 ^ Comment s'étonner, après cela, de la fréfjuenco des mouvements populaires ! Les chefs occultes des révoltés étaient trouvés, — Gondi et autres; il ne manquait plus que (le grands noms d'agitateurs. Justement, la discorde ayant éclaté au sein même de la Cour, les Parisiens pensèrent en profiter. Le duc d'Orléans et le prince de Condé, d'abord lidèlcs serviteurs de la reine, s'étaient brouillés au moment de recueillir les fruits de leurs services. Mîizarin prit le (■ernier pour appui, et les mécontents se rallièrent bien vite au duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume. Vain espoir pour la Fjonde encore : un prompt raccommodement s'opéra entre Tohcle et la mère du roi, laquelle revint à Paris (31 octobre).

Il fallut que les « mutins » se contentassent de marcher à la suite du parlement, qui informa contre les désordres des gens de guerre autour de Paris ; des bruits inquiétants circulèrent dans la ville.

Dès leur rentrée en séances, les conseillers se montrèrent hosliles au pouvoir : ils n'avaient rien perdu de leur caractère « frondeur, d Par exemple, comme Mazarin désirait emprunter avec intérêts de douze pour cent, parce qu'il n'avait pas le premier sou pour payer les soldats, ils refusèrent formellement. Gondi, de son côté, ameuta les curés de Paris contre la « consécration publique de l'usure. » L'opinion des Parisiens, ainsi guides, força Mazarin de renoncer à son emprunt (2 janvier 1049).

Alors commence une incessai te guerre de pamphlets contre le cardinal ; alors apparaissent les mazarinades, pièces très amusantes et très gaies, parfois hardies, toujours avidement lues par les contemporains. Elles composent plus de soixante gros volumes que l'historien doit consulter, bien que Retz ait prétendu « qu'il n'y a pas cent

' Bibliotlièq^ue impiirialc, fonds Dupuy^ uo 754,

feuillets qui méritent qu'on les lise. » Les ma-zarînades sont rexpression même de l'époque, où le grotcs(|ue se mêle au drame, où chacun se moque du voisin, où l'on rit d'un meurtre en se désolant pour un mot, où l'on passe continuellement (( du grave an doux, du plaisant au sévère. » Ce sont les chants des hommes qui paient, selon Mazarin, et aussi, d'après l'histoire, les rires forcés des gens qui souffrent. Elles ont une fécondité fiévreuse. Là, que de grossièreté, de cynisme, de havardage et de niaiserie! Mensonge et calomnie, voilà leurs moyens ordinaires. Tantôt elles flattent le parlement ; tantôt elles font des avances à la Cour ; ou bien, exclusivement politiques, elles traitent, sous forme légère, de très importantes questions de droit public. Souvent l'esprit des mazarinadex est faux, insu])portable, difficile à comprendre; plus souvent encore elles demandent au libertinage des chances de succès auprès des masses. Guerre de plume et d'épée, voilà le double caractère de la Fronde. Bientôt il n'y aura point a de rues ni de places publiques qui ne soient remplies de placards di(Tamatoires, »-ct l'on verra, au bout du Pont-Neuf, un poteau remph tous les matins de vers satiriques.

Aux pamphlets se joignent les gazettes attachées à divers partis. Le journalisme, comme œuvre de propagande, date de ce temps, et, dans le nombre des publications périodiques de la Fronde, dans leurs improvisations perpétuelles, ne semble-t-il pas que Ton découvre déjà le germe des journaux de 1789? Il faudrait avoir la patience de les parcourir toutes pour rèmre de la vie des frondeurs, et reprendre momentanément leurs espérances, leurs joies, leurs erreurs, leurs craintes et leurs passions. Par malheur, c'est rimpossible : aucun lecteur ne suivrait Thutorien qui essaierait de mettre sous ses yeux une semblable tour de Babel. Des extraits de maxannades suffisent pour redonner à la guerre de Paris sa physionomie étrange, sa véritable couleur.

Écoutez, à propos de leur influence, des contemporains, des imprimeurs adressant leurs Rementmenis à Imzarin : < Il ne se passe pas de jours que nos presses ne roulent sur plus d un volume de toutes sortes d ouyrages. tmt de

vers que de prose, de latin que de français... Une moitié de Paris imprime ou vend des imprimés ; l'autre moitié en compose. Le parlement, les prélats, les docteurs, les prêtres, les moines, les ermites, les religieuses, les chevaliers, les avocats, les procureurs, leurs clercs... écrivent et parlent de Mazarin... Les colporteurs courbent sous le pouls de leurs imprimés au sortir de nos portes; ils ne font pas cent pas qu'ils ne soient soulagés du plus pesant de leur fardeau... » C'était un épouvantable déluge, — a peu près cinq écrits par jour, ou trente par semaine. Il y avait des pamphlétaires aux gages des libraires, à tant par semaine, pour un dîner, pour une chemise. Les secrétaires de^aint^ Innocent, les écrivains de la Samaritaine obtenaient les honneurs dans la polémique, surtout pendant les deux premières années de la Fronde. Peu d'entre eux signaient leurs œuvres; un écrivain du Pont-Neuf composa jusqu a six mazarinades en l'espace de vingt-quatre heures, tes faiseurs avaient les imprimeurs du Mont-Saint-nilaire, gâcheurs de métier : papier sale, caractères usés, encre boueuse, luxe de fautes, justification idéalement incorrecte, horrible mélange de lettres irrégulières. Certaines mazarinades étaient imprimées toutes vives, avant d être achevées; d'autres, au contraire, circulant manuscrites, recevaient préalablement la sanction des amis de 1 auteur. Toutes passaient par les mains des colporteurs, qui étaient au nombre de mille environ ; la plupart, do violons devenus gazetiers, a donnant des pièces d'état^ au heu de sarabandes, » avaient du verbe, la taille élevée, la hgure ieune, le pied léger, et portaient un panier d'osier sans couvercle. Les feuilles étaient criées le matin, sortant de la presse, ainsi que les petits pâtés sortant du four, dit Uahriel Naudé, « à la même heure qu'anciennement a Home on vendait le déjeuner des petits enfants. » C étaient, dit encore Naudé, « gros escadrons de médisance; » c étaient commedes « essaims de mouches ou de frelons qu auraient encendrés les plus grandes chaleurs de 1 ete. »

Rude métier, toutefois, que celui de colporteur de pamphlets, de mazarinades : on y courait plus d un risque de huées, d'injures et de bastonnades, quand 1 miprune

78 HISTOIRE AMEa>OTI0Ufi

vendu déplaisait à la foule. Parfois il fallait au crieur une escorte, \ingt-cinq ou cinquante hommes. Des rixes s'ensuivaient, ordinairement sur le Pont-Neuf» car « la Sama^ ritaine devint la bibliothèque commune de la Fronde. » Si quelque mazarinade paraissait « bonne, > c*est-à-dire^ tien méchante, bien calomnieuse, bien appropriée à la passion du jour, le colporteur la débitait tnomphalement par milliers, au mflieu aes rires et des vivats parisiens. En généi al, autant la satire attaquait la régente et Hazarin, autant elle entourait le jeune roi de respects et d*afiPection, en le comparant au soleil qui dissipe les nuages, dont les rayons inondent la terre aune féconde chaleur, vers lequel toutes les fleurs se tournent avec amour. Dans les imprimés, comme dans les harangues, cette çom||arwp flamboyait Ibujours. -f^t^^'

Hais le succès de la mazarinade en brochulres fût éphe^ mère ; sous le « règne » de Coudé, le placard la détrona, et nous aurons à tracer plus tard, en 1651, Thistorique de Taffiche frondeuse comme nous venons de b'acer suocinçtoment l'historique du pamphlet frondeur.

Dana le déluge d*impnmés oui déjà submergeait PariSi 1^ Gazette de France^ ou plutôt les Nouvelles ordinairet^ de Théophraste Renaudot, publiées avec privilège, dcfen« daient presque ofOciellement Mazarin et la Cour. Renaudot était un médecin qui, pour « amuser ses malades, » leur avait fait distribuer, dès Tannée 1631, une espèce de bulletin où il consignait toutes sortes de nouvelles relatives à la ville et à la cour. Bientôt des nouvelles politiques étrangères avaient paru dans ce recueil, que Renaudot, inuni d*un privilège roj^al en 1632, imagina de vendre aux çens api se portaient bien. Richelieu fit de cette feuille un ms-unment de sa politique : on assure que ce ministre et son royal maître y inséraient des articles de leur façon, tels

Sue des relations de ^sièges et de batailles, des traités e paix et des dépêches diplomatiques. Renaudot avait de Fadresse, de la souplesse, du a manège, ts> comme on disait HlprSi il était parvenu à établir dans Paris, en son propre et privé nom, un Bureau de consultations gratuites et uil

^Qi^^de^tiM. Ia Faculté 4# ipdeci^e 1^ avait intj^iité un

procès, pour Fempcchcr d'exercer son art à Paris, et, par sentence, le Chàtelet avait donné gain de cause ù la Faculté (IGi3) ; une année après, la même cour avait formé le Mont-(le-Piété de Rcnaudot qui, secrètement, vendit dos remèdes, et, très publicjiiement, exerça son priviloirc de a Gazctier. » Ricliolieu s'était servi de notre homme ; iMazazin le prit pour défenseur. Aussi les frondeurs n'épargnèrent-ils pas le médecin-gazetier ; ils parlèrent des a conférences de Mazarin » avec lui, puis ils plaisantèrent sur «t le nez pourri de Théophraste Rcnaudot, grand-gazettier de France et espion de Mazarin, etc. J> Parfois Théophraste ripostait, non sans débordements ni scandale. Gui-Patin, le premier, a avait accommodé » le nez de Rcnaudot, avait appelé l'ami de Mazarin « maître d'école, écrivain, pédant, surveillant dans le huguenotisrae, gazetier, usurier, chimiste, etc.; » il l'avait nommé Cacoph7'aste au lieu de Théophraste. En soj-tant du palais, après la perte de son procès de médecine, Rcnaudot s'était vu aborder par Gui-Patin, qui lui avait dit : a Monsieur Renaudot, vous pouvez vous consoler, car vous avez gagné en perdant. — Comment donc? avait répondu Théophraste. — C'est que vous étiez camus lorsuc vous êtes entré ici, et que vous en sortez avec un pied 6 nez. »

Aussitôt que la Cour fut établie à Saint-Germain, Renaudot eut la direction d'une imprimerie installée dans l'orangerie du châtoau. Il se chargea des publications « mazarines, » et, i)lus d'une fois, il lui arriva de participer à leur rédaction. Spéculateur on toutes choses, le gazetier ne laissa pas échapper l'occasion de gagner beaucoup d'argent. Il continua sa Gazette privilégiée à Saint-Germain, mais laissa ses enfants à Paris, en leur recommandant de rédiger, eux, une gazette du parlement, une feuille frondeuse, le Courrier François» isaac et Eusèbe Renaudot se montrèrent dignes de leur père, qu'ils avaient aidé maintes fois, et la spéculation du a nez pourri » ne fut pas mauvaise. Ainsi le journalisme français, tout jeune encore, se distingua par d'habiles manigances, souflla le chaud et le froid, fut aux gages de la Cour à Saint-Germain, et, dans Paris, exploita fort agréablement les passions de la Fronde.

SO HISTOIEE iKECDOTIÛUe

vm

Pièces SUT Mazarîn. — Son nom est une injure. — Iclées do Condé.

Enlèvement du roi. — Mitère au château de Saint-Germain.

Paris mécontent. — La Fronde s'qrganisot Lob copie» et Voriffkiai. ^ L'Ony •difo do la Cour. — Contrat de mariage da ParleuMiit aveo^la iriUe de Paria. Arrêt contre Masarin. — Le cabaretier de la Cour. — Satires nouvelles. — Justes plaintes des bourgeois de Paris. — Les chefs militaires de la Fronde. — D'Elbeufet ses trois fils. — Contî. — Bouillon. — Longueville. — Parallèle entre Beaufort et Gaston d'Orléans, — XiO j^laiûx ^l'Hôtelde- Ville. » Armement des Farisiens.

— Pu 1^ janvier 1649 au 13 janvier 164d« —

Vers la fin de 1018, une prétendue Requête des TroU' Etats de VUe de France et de la tmne ville de Paris au ParUment, contre le cardinal Mazarîn, parut et fut répandue à grand nombre. iDes imputations calomnieuses s*y irouvaîent mêlées à des reproches mérités': maïs la foule croyait tout, sans distinction. L'imprimeur de cet écrit fut arrêté, condammé à faire amende honorable, et banni par sentence du Châtelct. On se régala aussi d'une chanson sur Vair : Hâ que faime ma maîtresse , sur V amitié que la reine porte à Mazarin; la platitude do ces vers, insérés dans la collection de Maurepas, nous dispense de les citer \ une autre chanson faisait dire au petit roi ;

Maman est Mazarîna Et je auia Ma»arin«„,

Et les injures les plus crues étident prodiguées à Anne d'Âutridie. Bientôt, .on publia dette pièce satirique sur l'homme qui ^yait succède à Richelieu, — pièce que nous ipetrooYo&s dans laçollection de Mawrqpas :

DE LA FRONDE S4

On dit que le feu cardinal (Riohslioil)

Voulut montrer à cet empire

Qoe s'il avait fait bieu du mal,

Un autre pourrait faire pire $ ^

Et qa'il choisit à oette fin

Ptomr SQooasaearleMafaiin.

Qu*importaient, toutefois, des châtiments rip:ourcux, quand le mal avait produit son effet ? Le nom de Mazarin, que Gui-Patin appelait <r un pur faquin, un pantalon à rouge bonnet, un bateleur à longue robe, » devenait odieux. On le considéra comme une injure ; les juges accordèrent des permissions d'informer contre ceux qui le donnaient à quelqu'un. Il tomba dans une telle horreur, que le menu peuple s'en servit comme d'une imprécation contre les choses déplaisantes ; et il était assez ordinaire, remarque Guy JoJj, d'entendre les charretiers, dans les rues, frapper leurs chevaux, en les traitant de 6... de Mazarin. Ce toile général de l'opinion publique n'eût peut-être pas fait sortir le cardinal de son caractère à la fois rusé et çonciliant : Mazarin, dit madame de Motteville, « semblait n'estimer aucune vertu ni haïr aucun vice. »

Mais aux injures du populaire s' étant mêlées les menaces du parlement, qui proposa de rendre un arrêt de bannissement contre Mazarin, celui-ci rassembla huit mille hommes autour de Paris, persuada bien à Condé qui, disait-on^ avait d'abord penché en secret pour les frondeurs, a de préférer la gloire de conservateur de la monarchie à celle de restaurateur du public, » s'assura du duc d'Orléans et des autres princes par des promesses, et résolut de quitter de nouveau la capitale. L'antipathie de Condé contre les a gens de chicane » s'était en maintes occasions manifestée. Elle le décida plus encore que l'argent, quoi qu'on en ait dit, à accepter le parti de la reine, où on lui offrait la position de chef suprême. Anne d'Autriche s'en réjouissait tant, que, violant en faveur de Monsieur le Prince les maximes d'Etat qui interdisaient l'aliénation du domaine à une simple régente, elle lui donna le domaine utile de Stenai, Jametz, Don, Clermont-cn-Argonne et Varenne (décembre 1648). ^

SISTOiRE AVfCDOTIQUE

D'après les avis de Condé, sans doute, il s'agit d'effrayer la capitale. Mais on ne le suit pas dans sa proposition énerp:i(|Lie de mander rannée au faubourg Saint-Antoine, de mener le petit roi à l'Arsenal, d'envoyer au parlement Tordre d'aller à Montargis ; en cas de résistance et de soulèvement, de s'avancer avec vingt canons par la rue Saint- ' Antoine, avec vingt autres par les quais, pour marcher di'oit au palais en renversant Itis barricades. La Cour veut plus de mise en scène et moins d'action. Elle se fait croquemitaine. Troupes aux portes de Paris, manque d'appro- / visionnements, menaces de réduire la ville par peur et par famine; voilà son proj^ramme. Il faut « empêcher pendant quelques jours le [iuin de Gonesse d'arriver, » ce pain blanc si renommé du bourg de Gonesse, que les boulangers apportent à Paris deux fois par semaine.

On est en janvier (1649). Anne d'Autriche veut s'éloigner de la capitale, sans pouvoir cette fois, car les vents d'hiver soufflent de toutes parts, prétexter le désir d'aller respii er Vair de la campagne. C'est en secret qu'il convient d'agir. Le 4 janvier, oh mène le jeune rqi visiter le duc d'Orléans; puis, la veille de l'Epiphanie, de la fête des ro» (o janvier), à l'heure où tous lies Parisiens festoyent, les princes et le cardinal quittent la régente an Palais-Royal,

Sour aller souper ^ v» ir la comédie chez le maréchal Antoine e Grammont, c homme assez souple pour tous les niinifrtreSy » guerrier c fameux pour la bataille qu'il perdit devant Honnecourt » le 26 mai 1642, et qui a le commandement supérieur de la rive gauche de la Seine* Ce souper* fait dire par Sarrazin» dans le Coq-à-l'Aine^ à propos de foommont;

Mais quoi t vous éti^sen colère, Et vous Mi bonne obère!

Pour donner le change à tout le monde, on met les enfants royaux au Ht, Tun après Tautre. Anne d* Autriche s*entretient fort gaîraent avec ses femmes : elle fait appor* ter un gâteau de la fève, dont Louis XIV a sa part; puis, minuit fionnant, elle se couche. Les portes du PaLais-lioyfd

sont fermées. Vers quatre heures du matin, Louis XIV, le duc d'Anjou, et leur mère, les princes et i)rincesses, môme mademoiselle de Montpcnsier, a laquelle Comininges est allé porter Tordre de se lever, de la part du duc d'Orléans son

{)ère, Mazarin et ses nièces, tous avec leur suite, sortent du ^alais-Cardinal par la porte de derrière, et se trouvent au rendez-vous donné au Cours-la-Rcine, d'où ils se dirigent vers Saint-Germain.

Mais à Saint-Germain, selon l'habitude suivie dans les châteaux inhabités, tout est démeublé : solitude vaste et nue î Puis, il y fait froid. Anne d'Autriche, si luxueuse, et ses deux l>ls, si adulés, s'endorment sur des lits de camp que le cardinal a ordonné d'apporter. La duchesse d'Orléans et mademoiselle de Montpensier couchent sur la paille : «c la paille elle-même devient bientôt si chère à Saint-Germain, selon madame de IJotteville, qu'on ne peut pas en trouver pour son argent. » Là, au milieu de cette royale misère, Louis XI V, par une déclaration (6 janvier), onlonne aux membres du parlement de sortir de Paris dans vingt-quatre heures et de se rendre dans quinzaine à JMontargis, smon il les regarde comme criminels de lèse-majesté, et leur interdit de s'assembler, ni de faire aucun acte de justice dans la capitale. La chambre des comptes reçoit l'ordre d'aller tenir son siège à Orléans; le grand-conseil doit se rendre à Mantes.

Paris donc, en s'éveillant au bruit des gens à cheval envoyés dans tous les quartiers pour avertir par billets les gens avec lesquels la reine voulait fuir, Paris ne trouva plus ni roi, ni princes, ni ministres : la duchesse de Longueville seule était restée en son logis, sous prétexte de.grossesse. Aussi adressa-t-on à cette princesse une brodiure : — Le Palladium^ ou le dépôt tutelaire de Paris. Ce Palladium était la duchesse elle-même, considérée comme une nouvelle Minerve dont l'image préservait Paris de la ruine. Le peuple apprit avec effroi la fuite de la Cour. Les bourgeois, a d'eux-mêmes et sans ordre, » coururent aux portes, pour les fermer. Chacun trembla de voii- paraitre un coi ps d'armée dans la plaine ou sur les hauteurs envii'onnantes. C'était une simple panique, dont on revint bientôt pour attendi-e ce qu'ordonnerait le parlement, installé en assemblée

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