‹ Histoire anecdotique de la Fronde 1643 à 1653Chapitre 2 sur 6 · HISTOIRE ANECD0T1Û13E · texte numérisé non relu

HISTOIRE ANECD0T1Û13E

générale» nonobstant la fête^de TEpiphanie, et prenant lecture d'ane lettre adressée par le roi au prévôt des maiv chands» lettre où Ton remarquait ces phrases Le roi 8*est vu obligé de partir cette nuit même, pour ne pas demeurer exi)osé aux pernicieux dessins d'aucuns officiers du parlement, lesquels ayant intelligence avec les ennemis déclarés de TÉtaty après avoir attente contre son autorité en diverses rencontres et abusé longuement de sa bonté, se ^nt portés jusqu'à conspirer de se saisir de sa personne. » Louis XIV était censé parler ainsi à Tâge de dix ans! Il établissait une distinction entre les gens de robe que Ton traiterait avec rigueur, et les bourgeois auxquels on témoignerait toujours beaucoup de bonne volonté. La lettre était signée, au bas, par le secrétaire d'Etat de Gucnégaud* Gait nego (Gai ! je le nie), s'écriaient les plaisants.

Emu par cette imputation exagérée, le parlement ordonna de garder les portes de Paris, de tendre des chaînes dans les rues, de laisser venir les approvisionnements sans obstacle, et d'éloigner les gens de guerre à vingt lieues à la ronde. Mais, par contre, comme le dessein du cardinal était de forcer les Parisiens, par famine^ à se détacher du parlement, dès le 7 janvier Mazarin lit publier à Poissy un arrêt du conseil qui défendait de vendre des bœufs, moutons ni autres vivres aux marchands de la capitale. Les bouclier& revinrent sans rien emmener.

Mazarin agissait, et la résistance qu'on lui opposait avait nn guide unique ; le mouvcmentinsurrcctionnel s'organisa, avec le concours de toutes les haines, de tous les enthousiasmes, de toutes les passions. Le 8 janvier, une assemblée générale de police, composée des membres des cours souverainesy du comte de Montbazon, gonvemenr de Pans, du prévôt des marchands, des écbevins et des députés des six corps des mardmnds, se tint à THétel-de-Yille : sorte d*éiatiî-généranx, ou plutôt d'assemblée nationale. On y arrêta que le prévôt des marchands et les échevins délivre* tai^t des commissions pour lever des gens de guerre^ au nom du parlement, ponr faire venir des vivres à Paris et les escorter. Immédiatement. rHôtelHle-tVille se saisit de Fareenal et y mit six cents hommes. Le mêbie jour, unedépu*^

tation alla trouver la reine à Saint-Germain, afin de la sup-

Elier de donner la paix à la capitale et de ramener .ouis XIV au milieu de ses fidèles Parisiens.

Fournier, président en l'élection, et premier échevin de Paris, prononça un discours. « Notre ville, dit^il entre autres choses à Anne d'Autriche, durant l'ahsence de Vos Majestés, se peut dire un corps sans âme, sans mouvement et sans forme. i> Il termina en adressant ces paroles à Louis XIV : « Si Votre Majesté nous honore de son retour, si ardemment souhaité de nos citoyens, nous tacherons par toutes sortes de devoir de lui donner de nouvelles preuves de nos affections, etc. i> A quoi la reine répondit « qu'elle aimait le peuple de Paris, ne lui voulait point de mal ; que, le parlement obéissant, elle retournerait et ramènerait le roi à Paris; que, le parlement sortant par une porte, elle renfrerait par l'autre. » Discours inutiles, comme on voit, et démentis par les actes des partis en présence. Les Parisiens ne désiraient pas leurs Mnjestés autant que le prétendait réchevin Fournier, et Vamour d'Anne d'Autriche pour le peuple semblait à tous fort hypothétique. Dès son retour à Paris, la députation reçut une lettre de cachet, enjoignant à Montbazon et aux échevins de se servir des forces militaires qu'ils avaient pour chasser le parlement, auquel cependant ceux-ci restèrent inviolablement attachés.

Aussitôt, nombre de pamphlets se publièrent « sur l'enlèvement du roi par Mazarin. » Un poète comparait le ministre au monstre Typhon enlevant Jupiter, Ttjphon Jovein rapiens; un autre composait et pubUait ce quatrain :

Ces voleurs de Louis, cei infâmes harpies, Le grand maistre (Condé) et le cardiualt

Après s^ôtre saisis de toutes les copies Ont enlevé l'original.

n fut, en mille endroits, placardé d Un avis aux bons et fidèles scrviUurs du roi, les bourgeois de Paris, de demander qu'il lui plaise, — au parlement et à l'échevinage, — supplier le roi d'ordonner aux bourgeois de prendre les

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armes pour son enfrce dans Paris; de faire sa demeure au Louvre; d'employer les revenus des biens et bénéfices de Mazarin à payer les ouvriers qui achèveront ledit Louvre; d'agréer le duc d'Elheuf pour gouverneur de Paris, etc. b Il parut YOuy-dirc de la Cour, où on lisait : « Si la reine fait feu, vous êtes assurés que Monsieur le Prince sera la pierre à fusil, avec laquelle on le battra; monsieur le duc d'Orléans servira d'allumettes; aussi bien brùle-t-il toujours par les deux bouts ; les chemises des nièces de Mazarin serviront de mèches, et la calotte du cardinal de soufflet, avec lequel on allumera le feu par toute l'étendue de la France, et des os des pauvres François brûlés on en doit composer un musc que ceux de la cour, ou plutôt de la faction de Mazarin porteront continuelleiiient, et dont l'odeur ira jusques en Jilspagae réjouir sa Majesté catholique. 1

Enfin^le Contrat de mariage du parlement av$eia ville âe Purii contenait les propositions suivantes : c Le parlement présentera les personnes qui devront avoir part au gonvei^ nement dn royaume et à Téducation du roi ; il pourra les destituer pour déportements ou incapacité ; il recevra le serment des ministres et conseillers d'£tat; il nommera les candidats à Fadmiiiistration des finances, et exercera la ehai-^e de contrôleur général par deux de ses membres en commission; il aura la nomination a perpétuité des gouverneurs des places à dix lieues à la ronde autour de Paris. » Ce dernier écrit forme le programme politique des chefs de la Fronde, dans le parlement, qui veut . désormais régner et gouverner.

A côté de la magistrature frondeuse, laissant a^ le peuple sans le trop pousser, se placent les agitateurs, appartenant, pour la p1upai*t| à Tordre de la noblesse. Ils ne demeurent pas înactifs en pareille occurrence. Paul de Gondi, comme la duchesse de Longueville, n'a pas quitté Paris, et il brûledu désir de faire parler de lui, de commander au mouvement. Une lettre de la reine lui ordonne de se rendre à Saint-Germain; mais il s'arrange de manière à ne pouvoir obéir : arrêté presque à sa porte, il rentre à l'archevéché. Le duc de Longueville revient de Normandie :

UigilizedlDyTj385l?

le prince de Marsillac est attendu à Paris, où le duc de Bouillon se trouve déjà. Il y a firand trouble^ alors, chez les hauts perso^nagcs que domine l'anibifion, mais confiance chez le peuple et les bourgeois qui ont foi dans la bonté de leur cause.

Dc« le 7 janvier, le lendemain de la déclaration royale qui transférait le parlement à Montargis, les magistrats commencèrent à régner et à gouverner. A Tunanimité moins une voix, et Mattliieu Molé lui-même signant sans protestation, ils firent des remontrances : «Attendu que le cardinal Mazarin était notoirement l'auteur de tous les désordres de TEtat et du mal présent, la Cour le déclarait perturbateur du repos public, ennemi du roi et de son Etat, lui enjoignant de se retirer de la Cour en ce jour, et dans huitaine hors du royaume, et, ledit temps passé, enjoignait à tous les sujets du roi de lui courir sus, avec défense à. toutes personnes de le recevoir. » L*arrêt fut lu et publié, le même

Jour, a à son de trompe et cri public, » aux portes de ^aris, dans les faubourgs, et sur les places publiques. La voix d'opposition à ce grave arrêt était celle de de lîernay, conseiller qui jouissait de trente mille livres de rentes en bénéfices, dus à la générosité du ministre italien; la cause du vote de de Bei-nay devint patente pour tout le monde, car ce conseiller, que l'on surnommait le « cabaretier de la Cour, » avait une 'table fort somptueuse, à laquelle s'asseyaient les courtisans, les grands joueurs et les brelandiers de Paris.

Oh ! alors, les satires contre Mazarin se multiplièrent. Dans le Passeport et V Adieu de Mazarin, en vers burlesques, on. terminait en lui disant :

Par la cherté de la farine, Par la crainte de la famine.

Par la perte de nos traffics, Par la réforme dos tarifs^ Par la discorde des deux frères, Enfin, par toutes nos misères , Dont nous gardons le souvenir, Allez sans jamais revenir.

HISTOIRE ÀNtCDOTIQUE

Il parut V Ambitieux, ou le portrait d'^lius Sejanus en la personne du cardinal Mazarin ; V Idole renversée, ou le Ministre d'État puni; le Ministre d'Etat flambé; le Cardinal Mazarin en deuil quittant la France, avec une ballade sur lui et sur la régente, ballade où on lisait :

AmiA, pleurez Ba dure départie,

Lm cIaos im molt vMtm ami Maaeiriii

TtoossdlMigage, et qvitte 1* putio.

Unpoite finissait ainsi/a TarmUelMeroiiet piècede vers :

« Qn'engouflM dm 1a loufret fBOêoohé âtnt le gquffin, Seol, da toat Us dnniiét Iflt toctnm Usovffice. »

On publia les MédiUUUm du Cardinal Mazarin,... avec

Toraison qu il a composée pour la réciter quand il sera sur réchafaud». et les c Soupir$ et regrets des méea de Mazor rin sur la perte et mauvaise vie de leur oncle. » Dans le Médecin poLitique^ ou consultation sur la maladies de TËtat, « on ordonnait deux saignées^ Tune de la bourse aux par* tisaaSj Tautrc de la veine aux ennemis. > Ce pamphlet ne manquait pas de sens dans les idées émises^ et une certaine énergie éclatait dans les Justes plaintes des bourgeois de Parisy adressées à MM. du parlement, où'flamboyaient ces phrases : a Pourquoi pensez-vous que la ville de Paris porte dans ses armes un navire et deux fleurs de lys ? C'est pour tesmoigner qu'elle est bastante de résister à tous ses ennemis, et qu^elle renferme en soi les deux tiers de la France. »

Oudart le Féron, prévôt des marchands, pensa être massacré par le peuple, ou tout au moins noyé, sur le simple soupçon qu'il n'était pas sincèrement dévoué au parlement, et plusieurs personnes de la Cour, restées à Paris, se virent maltraitées par les frondeurs. Une troupe d'hommes et de femmes poursuivirent madame de Motteville, coupable d'être « attachée à Anne d'Autriche, » jusque dans l'église de Saint-Roch, où des filous, proiitant du vacarme^ lui demandèrent la boui^^e en plein jour*.

D£ LA FaOI^BE 89

Certes, les frondeurs ne doutaient point de leur nombre et avaient confiance dans leurs forces. Par toutes ces exubérantes publications ils se préparaient à la lutte armée (|ui devait bientôt suivre. Une levée de soldats était ordonnée, La guerre' civile éclatait, et avec elle, dès son début, se montraient à découvert les ambitions si longtemps contenues des princes qui aspiraient à jouer des rôles hors ligne dans ces troubles nouveaux.

Charles, duc d'Ëlbeuf, de la maison de Lorraine, gentilhomme aàsèz malfamé, et que sapauvretéavilit, selon Retz, se pi ésentfl^a>mme chef militaire : il «c venait de Saint-Germain (9 janvier^, où il n* avait pas trouvé à dîner, pour voir trouverait a souper dans Paris, » d'après le dire de Cosse, duc de Brissac, qui lui-même espérait commander les frondeurs. L'un et l'autre voulaient faire fortune; le premier, ruine sous Louis Xlil^ et père de trois fils^ Charles, prince d'Harcourt, François, comte de Kieux, et François- Marie, comte de Lillebonnc, aspirait à pourvoir ses enfants. Un poète, soudoyé sans doute, composa une pièce de vers: La France à Mgr le duc d'Elbenf, général des armées du roi, oii il l'appelait « protecteur de la monarchie, » « héros issu des demy-dieux, » « grand Théodose, » « vrai Constantin, » « Martel^ » etc. En réalité, le plus iucontestable titre du duc d'Elbeuf, c'était sa priorité en date ; il ne valait pas le comte d'Harcourt, son frère.

Deux autres compétiteurs plus sérieux, Armand de Bourbon, prince de Conti, frère cadet de Monsieur le Prince, et le duc Henri II de Longueville, beau-frère du même, ne se firent pas attendre. Ils se montrèrent à la porte Saint- . Honore (10 janvier), ou leur présence donna d'abord l'alarme à toute la capitale, maigre leur dessein de la servir ; on mit des chandelles partout aux fenêtres, on alluma des feux dans les places. La vérité ayant été reconnue sur leur compte, tous deux étimibien avec le coadjuteur, qui n'aimait pas d'Elbeuf, Conti parut devant les magistrats munidpaux, et leur dit qu'ayant embrassé leur parti et celui du parlement, il venait habiter ptès d*eux, pour s'occuper des affaires communes. Les flatteurs ne manquaient point à ArmandBourbon de Conti. < Grand Armand, » écrivait l'un,

« Orind ABHiiiD, que tonte U Fnaei Estime sans eomparaison.

Tu nous vas metire hors de sonffirance Far la fuxoe de ta raison, »

Un autre retraçait <r Lt$ généreux pressentiments d^une fille villageoise, touchant les victoires que la France doit espérer de la sage conduite du pi-incc de Coiiiy. »

Tant de chefs s'oU'raient aux frondeui-s, qu'un amiable arrangement sembla nécessaire. Ce n'était pas chose facile que de s;itisfaire les voraccs appétits des princes mécontents, et la place de général suprême agréait tant au duc d'Elheuf, qu'il déclara vouloir la conserver. Le coadjuteiir Gondi déchaina aussitôt sa cabale contre cf M. d'Elbeuf et ses enfants, faisant merveilles, se promenant chamarrés d'or par les rues, pompeux et triouqjhants, comme de petits dieux Mars; » en quelques heures il les discrédita, répandit le bruit (pie d'Elbeuf s'entendait avec la Cour, et persuada aux ofticiers de la garde bourgeoise qu'aucune rivalité sérieuse ne pouvait exister entre un prince de Lorraine ruiné et un prince du sang tel que (^onti. Déjà ses efforts avaient ébranlé les masses; la charson de Jacques Carpeutier de Mun^nj contre d'Elbeuf lit le reste ;

Monsieur d'Eibeuf et se? eufana Font rage à la Place Royale ; Ils sont tous quatre pîafians,

Monsieur d'Elbeuf et ses enfiîiiB.

Mais sitôt qu'il faut battrd aux champe^

Ils quittent l'humenr martiale ; Monsieur d'Elbeuf et ses enfans Font rage à la Place Royale.

Le prince monseigneur d'Elbeuf, Qui n'avait aucune ressource, * ' St qui ne mangeait que du boeuf, A maintenant un habit neuf.

Et quelques justes dans sa bourse s Ce pauvre înon!?ei(rneur d'Elbeuf, Qui n'avait aucune ressource.

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La jactance, Tavidité et la misère de cette famille, ainsi chansonnées, donuèrcnt beau jeu au coadjuleur et à son protégé. On reconnut Conti pour généralis.sinic des armées du roi dans Paris, bien mi'il fût parent do Condé, gcm'ral du Mazarin, — ^\cc les ducs d'Elbeuf et de Bouillon, et le maréchal de la Mottc-Houdancourt, pour lieutenanls-"-énéraux sous ses ordres. Quatre anuées de captivité avaient exaspéré la iMotte, remis en liberté en septembre 1648. Les lieutenants-généraux eurent égalité de commandement, chacun son jour. Toutefois, par comprouiis sans doute avec le duc d'Elljeuf, celui-ci obtint de commencer le premier, et ses ftls occupèrent les premiers emplois, qui, dit le Journal du Parkmnt, « continueraient les jours mêmes que commenceraient les deux autres. » Eu outre, le famélique prmce de Lorraine dut tenir la première séance au conseil de g/ierre, assemblé de droit chez Conti. Comme on s'aperçoit bien qiril existait parmi les chefs frondeui's plus de jalousie et d'amour-propre que de véritable haine, et comme on pressent déjà la Fronde nobiliaire de 1651 !

Quant au duc de Longueville, il fut un simple conseiller deConti, qui n'acceptait les fonctions de généralissime « que pour les exercer sous les ordres et l'autorité du parlement. j> Mesdames de Longueville et de Bouillon, conduites par Oondi, s'installèrent à l'Hôtel-de- Ville, comme ota^^es de leurs maris : ces astres de beauté rayonnaient au milieu des bourgeois, et émerveillaient le peuple, en émouvant surtout la fibre galante des jeunes seigneurs qui participaient a la Fronde. Elles parurent sur le perron de rHôtelae-\ille, en tenant chacune un de leurs enfanta entre leurs bras, enfants, beaux comme leurs mères. La Grève était pleine de peuple jusqu'au-dessus des toits ; les hommes jetaient des cris de joie et les femmes pleuraient de tendi-esse. Lela formait tableau et produisait un grand effet sur les imaginations bourgeoises.

Ici ne pouvait se clore la liste des chefs de l'armée parisienne. Un nom, aimé déjà des classes pauvres, était dans toutes les bouches, celui du duc de Beaufort, l'ancien héros m importants. Il s'était échappé le 1''^ juin 1648, jour de la Pentecôte, du château de Vincennes, où nous l'avons vu

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conduire en septembre 1643. Libre, après cinq années de captivité, François de Beaufort n'avait pas osé se montrer à la Cour, ni même dans Paris. Caché dans leVendornois, il saisit rcxcellcnte occasion qui maintenant se présentait à lui, pour continuer son rôle de mécontent par celui de frondeur. Il vint offrir aux Parisiens (14 janvier) son nom, sa belle mine, « ses longs et blonds cheveux, » ses formes agréables au peuple qii*il appela « mes chers compagnons » dans une harangue. Plus encore que Longuevillc et que Conti, ce petit-hls de Henri IV, si bien fait de sa personne, grand, adruil aux exercices, et infatigable, devint aussitôt l'épée mise au service particulier du coadjuteur c à qui il fallait un fantôme; plus Qu'eux aussi, il jouit de cette emyrante fumée qu'on appelle la popularité. Son panégyrique eaVen se terminait de ta sorte :

Fraxii^Qi*^ souvenez-vous que François il 80 IXOIQmO/

Que ce qui le renonimc Ce sont les actions dignos du nom (rançois^ Qu'il «ait Uen pratiquer : ear S est n oonrtois

Que toat le monde lotie Son afTabilité, ses franches aotions ; Nul autre qn'un Françoi» ii*a ses perfcctiona, U est double François, U faut que je l'adveue. '

Gui-Patin nous assure t que toutes les femmes de Paris ne juraient que de par Beaurort. « Celui-ci, d'ailleurs, méritait bien qu*on lui donnât plus tard le titre de Boi des hûUeSf car son langage^ principalement, était populaire. Soit par vicieuse liabitude, soit par affectation, il paorlait mal, et

Srononçiait souvent un mot pour un autre. « Il disait 'un homme qu'il avait une-confusion, pour une cont^uion; et d'une femme «n deuil, qu'elle avait l'air Inique , au lieu de l'aûr lugubre. » Une grande dame ajoutait qu'un certain sei^eur allemand ressemblait à. Beaufort^ < si ce Q'est qu'il parlait mieux le français. » C'était l'antiili^ de Gaston (TOrléans^ beau discoureur. Aussi <diantà-l-on dans les rues» à propos de l'un et de l'autre :

Dans un combat, il brise, il tOline^ On le redoute avec raison j

^ i^u.^cd by

hf, LA FRONDE

Mais à la façon qu'il raisonne, On le prendrait pour un oison.

Gaston, pour faire une harangue, Epronve bi^n moins d'«robamSk Ponfqnd Beanfort n'a-t-il laUuigoe?

Que le lecteur se reporte à l'esquisse que nous avons tracée du caractère de Beaufort, comme chef des impor^ tanUj et qu*il y ajoute ces quelques derniers traits, — il aura une idée complète du personnage. Beaufort n'avait abdiqué aucune de ses prétentions anciennes, lorsqu'il se présenta àVHôtel-de-Vilîe, en janvier 1649 ; il avait de plus des ardeurs populaires, sans but réel, comme sans conviction. On reconnaissait toujours en lui ce prince sans gêne qui, naguère, en usait si familièrement avec Anne d'Autriche, qu'un matin, rapporte Henri Campion, pendant qu'elle était dans le bain, et que les seigneurs attendaient 1 heure de la voir, il s'était approché devant tout le monde de la porte entr'ouverte par l'iiuissier, et avait poussé celui-ci, pour entrer de force.

Outre les princières figures qu'on apprécie, nous Tespérons, à leur juste valeur, il y avait dans le parti frondeur — les ducs de Chevreuse et de Luyncs, le premier fort endetté, le prince de Marsillac (duc de La Rociiefoucauld), lesmarquisde Vitry, de Noirmoutier, de Clanleu, de la Boulaye, deLaigues, de Fosseuse, d'Alluye, et Henri de Sévigny ou Sévigné, les comtes de Fiesque, do Maure, de Matha et de fifon&ésor, enfin Rohan, dit Tancrède. Réunion éclatante, mais peu sérieuse. Nobles champiHis qui s'étaient précipiiés dans le mouvement pour des mtérèts personnels et divers. Le cointe de Maure entra dans le parti par suite du désordre de ses affairés, c n n'avait jamais un quart d'écu» » dit Tallemant; il ne tarda pas à être ri^eulisé par des triolets de Marîgny. Sévigné n'avait pas grande valeur; Matha était toujours en quête d'argent; <m contœfoitla légitimité de Tancrède Uohan» on doutait qu*il fût né de la duchesse de Roban, et, comme il y avait, à propos de sa naissance, procès piencbmt au parlement les

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mazarins prétradaient que ledit Tàacrède se mettait dans la Fronde pour mieux se concilier ses' puges. Noirmoutter» Laigues et Clanleiien voulaient à Conde, çarcc que celui-d leur avait fait quelques plaisanteries très mal fondées à Vendroit de leur bravoure; Laigues était capitaine des gardes du duc d'Orléans. Luynes, fort dévot et janséniste au fond, prenait le parti du coadjuteur, parce que Gondi semblait [)rotéger ses amis en religion.

L'orgueil, l'esprit de vengeance, l'ambition, et surtout l'amour de la renommée, faisaient agir ces chefs. Bien peu leur importaient le parlement et le peuple. Il leur fallait briller. On dansa, on qalantisa à l'Hôtel-de- Ville. Ce fut d'ordinaire, remarque Retz, un mélange d'écharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons dans la salle, de trompettes sur la place, qui donnaient un spectacle qu'on voit plus souvent dans les romans qu'ailleurs. Une polémique s'éleva, entre deux chansonniers, sur le lieu où s'assemblaient les chefs de la Fronde. L'un, N. de Ghauvigny de l^iotf le a mazahn, » dit :

Cette cabale est mal habile D'avoir choisi l'H6tel-do-ViIle

Pour confi'rer de ses exploits.

Leur esprit, qui toujours s'élèvej Ne devait pas avoir fait choix D'uQ lieu si proche de la Grève.

Ii*Miire, anonyme et frondenr, répondit:

Si ContyjBeaufort, Longueville, Ont fait choix de l'Hôtel-de-Ville, N'ont-ils pas fait bien prudemment?

De<ians laGrè\e, sniis dcscendro, - Us poun"ont voir corainodément Le Mazarin qu'on y doit pendre.

Les actes des méoontents perdirent en gra'rité ce qa*en habileté ils gagnèrent. Les ccurtisans, riches on influents » remportaient en savoir-faire suîr les officiers bonifteois, mais déja^'par leor eencours, la Fronde sè bifuiquan. dès ' 4^ naissance, pour se séparer dans la suite* L'entreprise

plébéienne ressembla alors aux troubles éclos sous Marie de Médicis. Ce qucla révoKc avait de sincère dans son esprit, (le prime-sautier dans ses allures, disparut peu à peu.

Néanmoins, rcntbousiasme p:énéral tint lieu de parfaite entente. Un poète présenta à Boaufort des vers burlesques intitulés Déroute des troupes de Mazarin^ vue en songe. Parlement, noblesse et peuple rivalisèrent de zèle pour la commune défense. Une pièce, « Serment de l'union des princes et seigneurs ligués ensemble pour le bien public, contre le mauvais gouvernement de Jules Mazarin, » fut signée (18 janvier) chez le duc de Bouillon, parle prince de Conti, le duc de Longueville, le duc de Beaufort, le duc d'Elbeuf, le duc de Bouillon, le duc de Brissac, le maréchal de la Moite, le marquis de Noirmoutier, etc. Frédéric Aïaurice de la Tour d'Auvergne, duc ilc Bouillon, dont le proverbe disait : <r S'il eouimande, rien ne bouiie, » inspira alors à Marigny un triolet commençant par ces deux vers ;

Admirons monsieur de Bouillon :

C'est un Mars, quoiqu'il ait la goutte.

Le 12, une descente avait été opérée chez les banquiers de Mazarin ; le même jour, un arrêt du parlement avait ordonné Texpropriation nécessaire pour fortifier par des retranchements les faubourgs de Paris, pendant que la ville requérait les carriers, plâtriers et autres de fournir incessamment les matériaux nécessaires pour les réparations et fortifications de la capitale, et exigeait, « à peine de punition, j> le travail immédiat des maçons, manouvriers et autres.

Les levées de soldats s'effectuèrent promptement; les nombreuses armes de l'arsenal servirent. Et l'on riait, et l'on plaisantait 1 Vingt conseillers qui avaient donné chacun quinze mille livres à l'armée parisienne, furent appelés les Quinze-Vingts, Défense, asous peine delà vie, » de se déguiser pour quitter la capitale. Toute maison à porte cochère (lut foui nir un cavalier monté et équipé, ou 150 livres ; ce fut ce qu'on nonnna la « cavalerie des portes cochères. » Toute aiaison à petite porto équipa un fantassin, ou douu«^

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^ 30 livres. Chaque cavalier reçut 40 sons par jour de solde;

' chaque fantassin, 10 sous. Bientôt un gros régiment de cavalerie se forma, avec le marquis de la Boulaye pour chef (13 janvier), et le coadjuieur posséda un régiment d'infanterie, connu sous le nom de Régiment de Corinthe^ par allusion au titre du maître, arclicvc(|ue de cette ville. Tant de soldats improvisés demandaient a être exerces :'il parut une c iMtfuetian prompte et fadU aux Parisiens pour bien apprendre rexercice du mousquet et de la pique, et les rendre parfaits en Tart militaire. » Sorte de théorie à Tusage des milices bourgeoises, qui posaient écrit sur leurs drapeaux : OOiERlMUS Reuem nostrum (Nous cherchons notre roi)»

DE Là nom»

Les frondears prennent la Baatillo. — La Fronde s'étend par tonte la France. — Blocus d» Le pain de GoneMe. — de

j^taine Ploard. Autorité dn Parlementi — Emprisomieinent de la Rullère et de Lannay-Gravé* Le petit Catilina. — Faite de M guerre des pots-de-chambre ; n mort et épitapho de TaAcsède de Rohan ; derniers moments et mort du duc de Châtfllon. — Le mouchoir de Monsieur le Prince. — Pièces contre Condé.— Un messager de paix mal reçu. — Le Senor don José Illescas^ ambassadeur d'£spague. — Comédie du coadjuteur ; on se moque de loi e^ de m emii espagnoli» — Lee tronpee wejmaiiemiee de Tamise. -~ Traité de Seint-Oennain. — » Mol de MattlUea Uolé. — Lm labtae litiilee da ooeiQ^teiv.

^XkL ISJaa^ 1649 an l«r «vifl 164».—

Pour premier exploit,les frondeurs prirent laBastille^non

approvisionnée de vivres et sans munitions; disons mieux, cette forteresse, où se trouvaient seulement vingt-deux soldats, commandés par N. Leclerc du Tremblay, frère du

célèbre père Joseph, se rendit presque sans résistance au duc d'Elbeuf, après quatre ou cinq coups de canon tirés et ayant fait brèche (13 janvier IGiô). Du Tremblay,cr dont le cœur n'avait jamais tremblé, » selon le Courrier burlesque^ avait promis de se rendre s'il n*était pas secouru dans les vinj^t-quatre heures; il sortit en effet le 13, à midi. Pendant le siège, les dames de Paris se promenaient dans le jardin de l'Arsenal; quelques-unes eurent le courage, ou plutôt la curiosité d'aller visiter la batterie, afin de donner bon exemple aux soldats de la Fronde. Pas une goutte de sang ne fut versée lors de la prise de la Bastille ; mais, une fois la forteresse rendue, peu s'en fallut qu'on n'en vînt aux mains. Portail, conseiller au parlement et colonel do la milice, voulait disputer, Tépée en haut, à Lefèvre, autre conseiller, également colopely riionneur d*entrcr le premier dans la place, à la têtq

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de sa compagnie. Le duc d'Ell)euf arrangea la chose de nianière à ménager ramoiir-propre des deux colonels, à apaiser une de ces rivalités trop fréquentes parmi les nouveaux chefs frondeurs ; il. les fit entrer ensemble avec lui.

Quelle joie ressentit le peuple de ce succès ! à peine se préoccupa-t-on du débordement de la Seine, arrivé ce jour même. La Bastille était prise ! Louvières, vaillant garçon, lils <r du bonhomme » Broussel, en fut nommé gouverneur; de même, le commandement de l'Arsenal appartint à un conseiller du parlement, fait caractéristique, qu'un artiste de Tépoque, de Saint-Ygny, célébra par une grande estampe allégorique, intitulée Cédant arma TOG^ (que les armes cèdent à la toge). On récita néanmoins des prières de quarante heures pour la paix, et des ordres furent donnés pour faire ouvrir les boutiques de marehands.

Le parlement ordonna la sidsie de tons îer biens meubles et immeubles de Slazarini ainsi que eella des revenus de ses bénéfices ; puis la compagnie engagea les autres parlements du royaume à Sùivte son exemple (18 janvièr). Il Itd importait que le mouTement frondeur ne se circonscrivit pas dans Paris. Son appel fut entendu, prévenu même en certains pays. En Provence, à Âix (17 janvier), lK)uis do Valois, comte d'Âlais, gouverneur, ayant' voulu arrétcor les chefs de la magistrature, à l'aide d'un corps de .' troupes et d'un gros de noblesse, vit mettre ses soldats en déroute, et devint le prisonnier du peuple insurgé (20 janvier). Marseille et d'autres villes s'armèrent, s'unirent à Aix. Rouenrefusa derecevoir le comte dllarconrt, nommé par la régente gouverneur de Normandie, à la place de Longuévilie, suspendu de ses fonctions (â4 janvier). Les Cours souveraines de cette province organisèrent un gouvernement frondeur, généralement reconnn par les habitants. Amiens, enfin, prit le parti des Parisiens, parce qu'où lui avait arbitrairement ôte l'élection de ses magistrats municipaux. L'incendie, on le voit, se répandait sur toute la France, -et le parlement pouvait agir en maître. A lui les

rênes de r£tat« Par son ordroi. los comptables et fer^

micrs des villes durent apporter les deniers publics dans les coffres de riIôtcl-de-Ville, et non au Trésor ; par sa générosité toute princière, la reine d'Angleterre, réfugiée en France, reçut une allocation de vingt mille livres, « attendu le besoin qu'elle en avait, d

Cependant Paris s'attendait à une vive attaque ; l'armée royale, forte de sept ou huit mille hommes, se contenta de le blocjuer. De Saint-Denis et de Saint-Cloud, où elle était postée, elle envoyait des détachements s'emparer des villes qui approvisionnaient la capitale : Charenton, Lagny, Corbi'il, Poissy et Pontoise. Elle pillait Bercy le 9 janvier iG49. Mais les soldats de Condé ne réussissaient que peu ou point à arrêter, soit la foule des paysans qui chaque nuit apportaient des hottes et des paniers de vivres aux barrièresdc Paris, soit les partis nombreux qui sortaient incessamment de la ville pour escorter les convois. En tête de ces partis se distingua surtout la Boulayc, que l'on surnomma <r grand Gassion de convois, » ramenant de la farine, des bœufs, des moutons, etc., « faisant des prisonniers bons à manger, » comme on disait. De plus, la duchesse de Nemours nous apprend, dans ses Mémoires^ que les ofiiciers royalistes vendaient sans scrupule du pain aux Parisiens.

Toute la campagne était dévouée au parlement ; près des faubourgs, les villages, barricadés, recevaient à coups de mousquet les fourrageurs mazaririistes. Une gravure, avec ce titre : Le retour de Gonesse^ représentait des voitures de pains précédées d'un homme portant un drapeau dans lequel il y avait :

C'est songer eans doute h sapeaTi^ C'est songer encore à aa gloire, Et combattre sous la victoire, Que combattre soua co drapeau.

Si le pain de Gonesse devenait d'une rareté désespérante dans Paris, <r ce qui incommodait grandement les estomacs délicats, j> on y possédait de la farine, et les boulangers cuisaient à force. Bientôt, le pai'lcment ordonna

(23 janvier) de conduire les blés et farines au Louvre, pour être vendus aux boulangers. Défense aux bourgeois d'en acheter, sous peine d'une amende de 500 livres ! Défense de les piller, sous peine do mort ! On tint registre des ventes, pour contrôler les fournées des boulangers. Les convois de vivres étaient appelés « la manne céleste » par les pamphlétaires. La cupidité des marchands et surtout la panique qui régnait sur les marchés, aggravaient le mal. Dans le courant de janvier, les frondeurs firent de nombreuses perquisitions dans les maisons religieuses, qui

Î)ossédaient de grandes provisions de blé. D'un jour à 'autre, le prix des subsistances doublait ou diminuait d'un tiers.

Parmi les Parisiens, les uns se désolaient de n'avoir pas le superflu :

La livre de vaut cinq loli ; Et si œ n'est pas da GonMM*..

Le moyen de vivre à Paris,

Puisqu'on .n'jr mange plus ds traffes, etc.;

les autres, avec raison, se plaignaient de manquer du strict nécessaire. La misère était grande ; toutes les denrées se vendaient à un prix excessif. Proposition fut faite (:20 janvier) de faire sortir de P^ris les pauvres et les bouches inutiles ; autre proposition (22) de donner des gardes à toutes les personnes de condition. Pour comble de maux, les eaux^ fort débordées, rendaient Paris c semblable à la ville de Yenise. La Seine le baignait entièrement : on. allait par bateau dans les nies. » Certains poètes se firent les éâm des mécontents contre la Fronde :

Ma foi, nous en avons dans Taile, .

Les frondeurs nous la baiUent héÙêf

Male-peste de l'union !

Le bled ne vient plus qu'en charrette $

Confossion, oommnnîon.

Kbus flUons mou&r de disette.

Qn^'en dites-Yons, tronpe frondensej tfflÂli^ chanve, et looitié nmeoiei

Où lont donc tons vos gens de main?

Avec six ou sept cent mille lioaunOS^ A pciuo trouvons-nous du pain, Pauviei afifaméa ^ue nous sommes.

Cette situation précaire des frondeurs aiguisait la verve épigrammatiquc des courtisans établis au château de Saint- Germain. Comptant toujours sur l'habileté et sur Theureuse fortune de Condé, ils raillaient les soldats novices do la capitale, leurs capitaines de rencontre, leur général contrefait, Conti. Âu bas du capitaine Picard y estampe satirique sur Tannée de la Fronde, ils imprimaient :

Wxff Heaxd, dit U oftpitaia*.

Je tais lieatenaDt et eoseigne De imroompagnie lee aergeof,

Corporaux aussi enspesade,

Et lorsqu'il faut entrer en garde

Je faict moi seal tous les rens^

Les Parisiens, de leur côté, plaisantèrent sur la position critique de la Cour. Un pamphlétaire, auteur des Logements de la cour à Saînt-Germain-en-Laye, écrivit que, n'ayant pas trouvé de logements convenables au château, il avait fallu se mettre dans les hôtelleries. « Nous choisismcs, dit-il, pour le roy le Mouton ; Monsieur fut logé au Papillon, et la reine au Chapeau-Rouge... les filles furent logées à la Petite- Vertu ; M. le cardinal fat logé à la Harpe, la couronne lui ayant été desniée, et ses gens, au Loup d*07 et d'argent... Madame fàt logée au Silence... Mademoiselle fut logée à l'Empereur; son Altesse Royale ent pour elle le Mulet-Bardé; madune la princesse (de Condé) fût logée à TAssurance... H. de Montbazon prit la Corne, son lo^is ordinaire, et ma-* dame sa femme, a la Magdeleîne; M. de Chevreuse, an GrandrCerf ; H. de Longneyille^ à la Prudence, et madame, àTEcu; M. de laMeilleraie fut logé aux Crochetèurs, etc. ^ »

* Voir les Courriên ' dt kt Ftonde, puUiés . jjÊX J. Janaet, «omelw, p. 186 etinivsiktaf»

402 HISTOIRE ANEGDOTUniE

Plus de relations entre la Cour et Paris, qui sévissait contre les « suspects d'intcllif^ence avec l'ennemi, d où c Ton gardait fort bien les portes, et l'on pendait force espions et gens jjortant lettres, » où les femmes animaient par leur présence les l)ourgeois devenus soldats. La Cour lit (juelques efibrts : elle convoqua {^3 janvier) les étatsgéneraux à Orléans pour le quinze mars prochain. Mais cet appel du pouvoir royal à l'autoriié nationale des trois ordres fut accueilli par la noblesse, dédaigné parla bourgeoisie et le peuple, qui ne se portèrent point aux éle<;tions. Détrompes sur la vertu de cette assemblée, où, comme le remarque Augustin Thierry, les classes privilégiées comptaient deux voix contre une, ils aimèrent mieux poursuivre une expérience nouvelle sous U conduite des magistrats de leur ordre. Le travail des élections demeura incomplet, et la réunion des états-génâranx lut indéfiniment ajournée. Tont d*abord, les eorps municipaux avaient reconnu à Fenvi Tautorité suprême du parlement; celui de Paris, avec son prévôt des marchands, ses écbevins, ses cons^lers, ses syndics de corporations industrielles, ses quarteniers, ses colonels et capitaines de içilice^ devint le pouvoir exécutif des lois faites par la compagnie souveraine. Ses arrêts politiques se tennioerent par cette formule : « Enjoinet a» prévoit des marchands etéchevins de tenir la main à Vexé' eution ; b et les ordonnances de la ville portèrent en général celle-ci : « Conformément à l'arrêt de nosseigneurs de la Cour de parlement. » £n vain on déclara les chefs de la Ronde coupables de lèse-majesté^ « si dans ùrois jours ils - ne se retiraient au[)rès du roi et de la regentci pour y rendre le service et la lidélité qu'ils devaient. t> Ces «ordres énergiques de la Cour pâlissaient devant respritinsurrecw tionnel. Dans une lettre imprimée, un capitaine déclara : c Quand les rois privent eux-mêmes de leur protection • leurs sujets sans justice, ils les absolvent du serment de fidélité. »Rion n'égalait la hardiesse desé.rivains. Le parlement, voyant que les li!)ellistes en arrivaient à no respecter ni le ciel, ni la terre, ni même « l'autorité de la compagnie, rendit un décret contre les libelles sans nom d'im])j iuieur ni d'auteur (25 jauYiei j. Mais, en f ai eiUe crise, ^uel résut

DE LA FRONDE jjOj

tat pouvait amener cetfc défense? Commander, et n'essuyer aucune atta(iue, cVût été trop de bonheur en vérité pour Jes magistrats, dont Tomnipoteiice allait jusqu'à ordonner aux villes voisines de Piiris d'envoyer leurs blés dans la capitale; — jusqu'à faire arrêter Gaudin de la Raillère, fameux traitant, et le partisan Launay-Gravé ; — iusqu a détendre de laisser sortir personne de t>aris (si ce n'est par les portes Saint-Jacques et Saint-Denis); ^ jusqu'à rendre un arrêt sur le prix des armes et sur les postes; — jusqu'à établir, enfin, une chambre pour les iinanceschczle premier président, une autre pour les passeports, une ti-oisième pour juger des avis donnes sur l'argent caché, et une chambre des dépêches chez le président Le Coigneux. La Raillera était accuse d avoir vole naguère les rentiers et THotel-de- Ville; La unay-Grayé avait fait, assurait-on, a plusieurs pillages dans Ja genreralité d'Orléans pour le recouvrement des tailles gu il avait en parti, d Les partisans, dit alors une mazarimde, « ont la férocité du liun, la volerie de la choudte, la cautèle du renard, la malice du singe, la bruahte du lestngon, l'envie du chien, la gloutonnerie du Joup, la superbe du paon, la lasciveté du satvre, la cruauté du tigre, la trahison du crocodile, et, pour faire court, la liame et le vo^nin du serpent contre l'homme. y> La Raillcre et Launay-Gravo en furent quittes pour quelques îours d emprisonnement : on ne put leur faire rendre gor*>-e à ces arais de d'Emery. Après avoir, non sans peine, adniis au nombre de ses membres le coadjuteur, c qui se faisait honneur du nom de petit Catilina qu'on lui donnait quelquelois, » comme remplaçant l'archevêque son oncle, le parleliïîent de Pans se vit approuver simultanément par Reims, jours et Poitiers. Il n'y eut plus de ménagement. Le duc delà 1 remouille fit publiquement des levées pour la Fronde et Gondi prêcha au peuple « la défense des lois dû ro}-îiume. » L'armée parisienne passa plusieurs revues dans la Place-Royale, aux applaudissements des belles dames.

Des paroles et des écrits on allait passer aux actes; frondeurs et inazarins se devaient bientôt rencontrer sur des champs de bataille.

Tout à coup, un détachement de frondeurs sort de Paris,

enlève da côté de Brie un troupeau de cochons appartenant aux soldats dû roi; un autre se montre près de Meudon, sans avoir à combattre ; un autre pille une mÀison près de Jttvisy; un autre ramène de Longjumcau un convoi de l vivres; un autre enfin se saisit d'un poste abandonne par ! Gondé dans Charenton (19 au 27 janvier 4649). Mallieurenseme^t, le chevalier de Sévigné, parent de Gondi, éprouve une déroute complète aux envurons de Longiumeau, avec une partie de ce fameux régiment de Gorinime, levé par le coadjuteur. Pris aux fondeurs en cette rencontre : 60 charrettes chargées de farine, 400 chevaux et autre butin ; c'est ce la première aux Corinthiens, » disent les moqueurs. Le marquis de Vitry est attaqué près de Vincenne?, et battu : parmi les siens est blessé mortellement Tancrède , le fils contesté de la duchesse de Rohan , jeune homme de vingt ans, que le parlement allait reconnaître pour héritier de la maison de Rohan , et qui, en se jetant dans la mêlée, avait généreusement crié : « Il faut que cette action me conduise à la duché qu'on me dispute ou à la mortl » Tancrède, dit aussitôt Scudéri,

Eut la naiuanoe illustre auMi bien ^ue la mort..,;

et il parut, en outre , une épitaphe de Tancrède ^ où l'on trouve ces vers :

M C'est pour le parlement qu'il entra dans la lice : 11 a tout fait pour la justice | Et kjnsiioe zlin pont Ini, »

On ne répare tous ces petits échecs que par des couplets et des épigrammes. Les cabarets et lés autres maisons de débaucne sont les tentes où l'on tient les conseils de guerre^ au milieu des plaisanteries , des chansons et de la gaité la plus dissolue. Là licence est si effrénée, qu'une nuit, les principaux officiers de la Fronde, « ayantrencontré leSaint- Sacrement qu'on porte dans les mes à un homme qu*on soupçonne d'être mazann^ reconduisent les prêtres à coups de plat d'épéo. » Aiasî a'cxprime Voltaire, ayec une eza«

DE hk FRONDE

^ération apparente, mais aù fond avec vérité. Paris en* lier semble en délire. Est-ce par enthousiasme ou par peur f A cette Lpooue, les «o/<faU-&uraeots font plus de bruit que de besogne. Timides dans le combat^ ils se livrent aux excès açrès la retraite ou la victoire. Un seul avantage vient les dédommager un peu de leur mauvaise fortmae : à Livry, Beanfort l'emporte sur une division de Tannée royale que commande le maréchal de Grammont. Aussi, comme à son retour dans Paris les dames de la halle le reçoivent triomphalement î Beaufort a tué de sa propre main, ose-t-ondire, nmt soldats et leur chef ! Le duc d'Elbcuf a mis garnison danarjfaie-^Ifflate-Robert, pour faciliter les arrivages de blé.; /

lie nnl a'aggrttvisit; le désordre était sérieux, sinon le soulèvement. Le rbi accorda aux Parisiens six jourâ pour rentrer dans le devoir^ à Tinstant où le parlement ordonna aux villages des environs de Paris de se barricader et de fermer leurs portes aux coureurs ennemis, c'est-à-dire aux troupes du roi (3 février). La tentative infructueuse de la Cour pour dompter les Parisieni détermina enlin Condé à agir vigoureusement, à « faire la guerre des pots-de-c h {timbre, » comme il disait. Il s'empara de Lagny, de Corbeil, de Saint-Cloud et de Charenton (8 février). Dans cette dernière affaire, la seule qui fut sanglante, les soldais* bourgeois tinrent très forme. Le commandant de la garnison se fit tuer sur les barricades, et neuf conipncrnies parisiennes furent passées au fil de Tépée ; le parti de la Cour y perdit le duc de Ghàtillon, frère de celui oui s'était battu en duel (1643) pour madame de Longueville. C'était l'ami de Condé, qui eût donné pour lui mille Charenton, et qui, par désespoir de le voir blessé dans le bois de Vincennes, se tira les cheveux et lit d'horribles imprécations. Châtillon, avant de mourir, recommanda, assure-t-on, trois choses à Condé : Quitter au plus tôt le parti de Mazarin«( le fripon, » protéger le filsoue la duchesse de Châtillon allait mettre au monde, abandonner la « vie scandaleuse qu*il avait menée iusqu*alors. » Ces paroles émurent Condé <; elles s'imprimèrent profondément dans sa mémoire. Ausâ^ tôt parut U Mwchùir pour muyer les yeux it M, h prvm

406 BISTOIAE ABECDOTIQUE

de Condé ; stances d'assez mauvais goût, oraison funèbre tout à fait iaconvenante :

J^estfane beaucoup noleits la sort D'vn cblon yi^ant qne â*im roy mortf Pour ce qui regarde Ift tom ; ChastiUoD doit (?tre ponrry, Ses 08 sont réduits en poussière, £t comme lui, tout doit périr.

Cher de Cqndé, prends garde à toji EBvite le sort misérable Qu'on prépare à toy et à moj.

En Chàtfllon, Condé perdait encore nn peft/«maftr», et il versa quelques larmes lorsqu'on l'enterra. Encore un de moins parmi ses jeunes amis que les grandes batailles n's^ yaient point cpar^^nés. Polier de Gèvres avait été enseveli sous une mine, à Thionvillc ; Pisani avait expiré à Nordlingen ;le beau Guy de Laval était mort devant Dunkerque; La Moussaye, Chabot, Nemours, et bien d'autres petitê' maitreSf avaient succombé à la fleur de Tage. Les rangs de la jeunesse guerrière qui s'était groupée autour de Condé s'éclaircissaient. On ne put que déposer sur la tombe de Châtillon le bâton de marécbal qui lui était destiné ; et la mort de ce • gentilhomme désola la Cour à ce point que, dans les appartements d*Anne d'Autriche, bien des courtisans semblèrent élever la voix contre le cardinal» cause première d'un tel malheur.

Les autres combats entre Condé et les frondeurs ressemblaient à de simples jeux. Les bourgeois s'enfuyaient d'ordinaire à l'approche de M. le Prince. Soit par crainte de voir les choses tourner au tragique, soit par manque de persévérance, les frondeurs se laissèrent promptement aller au décourafiement. La discorde régna parmi eux. On proposa en plein parlement une nouvelle démarche auprès d'Anne d'Autriche (11 février), pendant que, tâchant d'émouvoir lepeuplc, un gentilhomme et un moine répandaient par la ville des billets imprimés en favaui'dela Cour et demandant la paix.

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Le 42, les bourgeois qui gardaient la porte Saint-Honoré virent paraître un héraut en cotte d'armes, tenant un bâton semé de fleurs de lis, accompagné de deux trompettes, et porteur de messages pour le parlement, Conti, et les gens de la Ville. Entraîne par le coadjuteur, homme et charmé des révoltés et des révoltes, le parlement refusa de donner audience au héraut, parce (jue les rois n*en avaient jamais adressé qu'à des égaux ou a des ennemis. » Les magistrats craignaient un piège ; ils ne voulaient pas que la Cour pût les accuser plus tard d'usurper l'autorité souveraine. Conti et les officiers de la Ville déclarèrent <r se conformer au parlement. ^ Alors le héraut, après avoir sommé qu'on lui ouvrit la porte, laissa ses trois paquets sur la barrière et repartit pour Saint-Germain, où, peu après, des passeports étant arrivés, les gens du roi se rendirent en carrosse, pour faire connaître à Anne d'Autriche les motifs de la conduite du parlement envers le messager de paix (17 février).

La foule avait bien vu les gens du roi se mettre en route. On les reçut avec tant d'égards, à Saint-Germain, que cela fit présager* un commencement de négociation. » Les courtisans s' effraj'aient de l'extension que prenait la révolte : ils s'ennuyaient aussi de Paris... Turennc, leur disait-on, voulait suivre l'exemple de sa famille : épris de la duchesse de Longueville, il allait passer avec ses troupes du côté de la Fronde ; F^ongueville et la Trémouille marchaient sur Paris, avec deux corps d'armée levés en Normandie et en Poitou ; puis, savaient-ils, le roi d'Espagne envoyait une sorte d'ambassadeur au parlement, afin de lui annoncer * qu'il avait fait avancer dix-huit mille hommes sur la frontière pour le secourir en cas de besoin. » Enfin, la mort de Charles I" d'Angleterre ramenait la Cour vers les idées d'accommodement avec les frondeurs.

Ne laissons point ici dans l'oubli tout ce qui se rapporte à l'ambassade espagnole. L'incident vaut qu'on s'y arrête, car il fait foi d'un pur patriotisme chez les hommes consciencieux de l'époque, parmi les magistrats, les bourgeois et le peuple.

Madame de Chevreuse avait sans honte négocié, à Bruxelles^ un traité d'alliance avec l'Espagne. Bouillon y

108 HISTOIIVE ANECDOTIQUB-

consentait, Tnrenne probablement allait y consentir. Gondi n*atieiidait pour signer que l'arrivée du vainqueur de TAl* lemagne aux portes de Paris. Pressenti par le coadjuteur sur ce traité avec les Espagnols, le parlenient s*étail tout d'abord indigné. Mais Bouillon et Gondi ne se tinrent pas pour battus. Ils jouèrent une comédie àssez mi^ combi- # née, dont le dénoûment leur paraissait cependant deToir réussir.

Qu'on se figure un moine espagnol, n^mi de Tarchîduc d'Autriche Léopold, muni de blanc-semgs, et résidant à Paris depuis plusieurs semaines. Ce moine était censé, d'après le plan de Gondi, avoir été accrédité auprès du parlement pour traiter de la paix générale, que chacun en France désirait si ardemment. A cette fin, on lui avait fabriqué une lettre de créance, et Ton avait demandé à introduire devant la compagnie le senor don José Illescas è Arnolfîni, gentilhomme envoyé par Tarchiduc. C'était le moine en question.

Ce jour- là (19 février), les gens du roi rendaient compte aux magistrats assemblés du gracieux accueil qu'on leur avait fait à Saint-Germain. La vue de don Jase Illescas

Î)roduisit un médiocre effet; sa mission déplut et parut ouche à plusieurs. « Eh quoi! s'écria tout à coup le président deMcsmes, les larmes aux yeux, en se tournant vers Conti, est-il possible qu'un prince du sang de France propose de donner séance sur les fleurs de lis à un députe du plus cruel ennemi des fleurs de lis? » Le parlement siégeait, en effets sur des bancs fleurdelisés. « Il n*y a pas d'apparence, ajouta aussi Crespin, doyen des magistrats, d*omr un envoyé des ennemis de l'Etat après àvi^ refusé d'entendre un héraut de Safilajesté; ces prétendues puveptures de paix sont sans doute un piège... » Bfoussèl sou« tint un ayis contraire. Il lui parut bon ^d'admettre et d'entendre renvoyé, « pour que la compagnie ne demeurftt pas responsable envers les peuples d'avoir rejeté des ouvertureà de paix... » Après délibération et vote qui donna raison à Broussel, don José Illescas fut introduit. Sa harangue, fort subtile, flattait la vanité des magistrats, en qui, disaitpil^ f résidait jpncipalemeut Twitorite légitime du roi

niniti?ed bv Cooo(p|

frcs chrétien. » Avec eux l'arcluduc (laitcrait crunc paix ccjuiiabîe et ferme.

La péroraison (^u Tinx ambassadeur demandait une réponse prompte; ce à quoi la compa;;nicnc se laissa pas prendre. IlIIc vota unanimement. « que des députés porteraient à Sa Majesté la lettre de créance de l'arcliiduc. » Llle ne voulut point délibérer sur les propositions qui lui étaient adressées, «avant que Sa Majesté eût faitconnaitre sa volonté. » Molé et de Mesmc furent chargés de porter l'arrêt. Rien qui étonne dans cette condescendance. Ne célébrait-on pas, le 20 février, à Notre-Dame, au milieu d'un fri and concours de peuple, la messe commémorative de l'enlrte de Henri IV à Paris ?

La comédie du coadjuteur éprouva donc une chute complète. Sa considération, celle de Turenne et de Bouillon en reçurent une grande atteinte. L'opinion publique sur ce point se ti'ouva d'accord avec le parlement. De ce temps datent les railleries publiées contre Gondi, notamment des triolets qui dévoilaient son ambition démesurée. Lisez le suivant :

Monsieur notre coadjuteur Vend sa crosse pour une fronde.

Il est vftillant et bon pasteur.

Monsieur notre coadjuteur.

Sachant qu'autrefois un frondeur Devint le plus grand roi du monde, Monsieur notre coadjuteur Vend sa crosse pour une fronde.

Contre les Espagnols, il parut une ode dans laquelle, à peu près comme un vaudevilliste hbéral de 1816, un poète au cœur national disait :

Lorsque nous faisons les fous, Cola S3 passe entre nous; CenVst que vapenr de bile ; Mais f,i vous vous faites voir»

Adiou In guerre civile ; : .

* Tout ha vous recevoir

440 fltSTOIUE ANECDOTIQL'E ' '

Matthieu Mole et de 3îesnies, porteurs de rarrêt qu'avaient motivé les propositions de rarcliiduc, devaient en mémo temps entamer des conférences avec la Cour. Une entente d*Anne d'Autriclio avec les mécontents t^Aiincrait, croyaiton, bien des misères. 11 y avait eu des intelligences entre certains habitants de Pai is et les hôtes de Saint-Germaîn, Le Palais de Justice devenait nn lieu d'émeutes.

La Fronde maintenant semblait être une brouiîlerie des seigneurs avec le pouvoir, plutôt (pi'une tentative du peuple pour obtenir des garanties de libei-té. Le parlement, qui s*en était aperçu, ne voulait pas « ])erpétuer le désordre p(Uir bouleverser l'Etat ; » et pendant que Molé négociait la paix à Saint-Germain, les gens de la \ille faisaient de leur mieux pour remédier aux maux des Parisiens. Une ordonnance (l**" mars) du ju'évôt des marchands et des échevins de Paris enjoignait aux boulangers et pâtissiers de cuire dorénavant des pains de deux et trois livres seulement pour la subsistance des pauvres; une autre (16 mars) exigeait, pour le gros et petit pain, la marque et le nombre de livres qu'il pesait, défendait de vendre le blanc plus de deux sous la livre, le bis-blanc, plus de dix-huit deniers, le « pain des pauvres, » plus d'un sou. Les passions po])ulaircs étaient excitées par des écrits, jiar la Gazette des Hal^ les, sur les affaires du temps ; par la Gazette de la place Maubert^ ou suite de la Gazette 'des Halles. On voyait bien, en bas,' «e qui se passait dans les conseils des chefs ; on n'ignorait pas que personne ne pensait au peuple, sinon pour s'en servir comme d'un instmmient. Dans le Haxùfd de là hUan^ue renverséê et la ctmolaiian des friorehandê fo«. fomc, un écrivain déclarait que la Fronde était une Vjéritaole comédie, « bù les uns jouaient le personnage du roi; les autres dés personnages de princes, de valets et de fous. » Il trouvait auela comédie se prolongeait trop, et qu'dle coûtait fort cher. Un auteur imprima les Crié des pauvres aim pieds de leurs Majestés^ demandant la faix.

Gertaineinent, beaucoup .de gêus désiraient voir se terminer la guerre,' miûs bien peu, y compris le parlement, Tauraient achetée par Tabandon de tout ce qui^vait éA& laiidepuis une année, diuu le sens de» réformes adminiS"*

DE LA FRONDE * 4 H

trativcs. Mole outrepassa les l)orncs de son mandat. Suivant SCS inclhiations paciliqucs plus que les vœux de l opiiiioa publique il Paris, il signa à Uuel (11 mars 16i8) un traité par lequel les actes du parlement étaient iinnulés, son armce licenciée, ses assemblées abolies. Lin retour, la Cour accordait une' amnistie, rendait aux seigneurs leurs biens et di"-nités, promettait d'éloigner les troupes. Tout l'échafaudage politique élevé depuis Tarrèt d'union croulait instantanément.

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gneu

paonne. Molé courut risque d'être massacre, dans une cmeutc où^le mot de république fut prononcé, où des hommes armés demandèrent « qu'on leur livrât la grande barbe. » En cette occasion, Gondi et Beaufort protégèrent le nremier président, grâce à de vives haranjïues. Matthieu Moh, sortant de la galerie du Palais-de-Justice pour rentrei* chez lui, se vit attaquer par quelques frondeuiti exaspérés, dont l'un le menaça de le tuer. — « Mon ami, dit froidement le magistrat, quand je serai mort, il ne me faudra que six pieds de terre, »■ Et il continua sa route, sans hâter le pas, et sans essuyer de nouvelles menaces. Bientôt des mesures furent prises pour la sûreté du Palais (i i mars).

On proposa à la Cour d'essentielles modifications au traits de Uuel. Proiitant de l'occasion dans leur intérêt propre, les seigneurs affichèrent des prétentions d'autant plus grandes, queTurenne s'avançait avec son armée. Bouillon, qui « avec la physionomie d'un bœuf avait la perspicacité d'un aigle, » demandait Sedan, — c'était sa perpétuel e demande- Turenne voulait l'Alsace; La Tremoudle, le lloiissillon ; d'Elbeuf, la Picardie; Beaufort, la charge do grand-amiral; Longueville, le gouvernement du Pont-dcrArchc en iNormandie, et le maréchal de la Motte, celui de I5elleo-arde. Peu ou beaucoup qualilié, chaque gentilhommo lie ii'ontra si exigeant, que les magistrats s'en indignèrent et que le public s'en moqua. Comment satisfaire tous ces appétits, sans mettre le royaume en mille pièces i La Cour ne put s'entendi-c avec les seigneurs, mais elle en gagna quel-

' mSTOlRE ANfiCDOTIQUB

Snes-uns par des largesses ; ci, pendant que les généraux e la Fronce aYOuaient leur alliance avec l'Espagne, Mazarin,' usant de rose, ruina leur espérance en Tnrenne» dont il acheta les troupes weyniariennes pour la somme de Irait cent mille francs. Abandonné pardon armée, Turenne se réfugia dans la Hesse/puis en Hollande, et, par sfliite, Tarcbiduc^ voyant tout compromis, reprit la route de la Flandre.

Les députés du parlement ne cessaient pas de négocier k paix à Saint-Germain fils préféraient les douceurs de la soumission aux tracas d'une fermeté stoïq[ue. Gondi faisait le mort, et, blotti au fond de rarchevéché, il attendait les événements: l'insuccès de don Jose Illescas avait paralysé tous ses moyens actifs. U ne s'opposait point à la paix, et il refusait de s'arranger avec la Cour. Son habileté était devenne bien embarrassée, (vomme les généraux de la Fronde, après leiir dernière équipée, n'avaient pu conquérir que la Ibaine des magistrats et des bourgeois de Paris, il les laissa essayer seuls de * sôulever le peuple <r pour purger le parlement, » de se rendre maîtres de rH6tel-de-Yille et de laisser avancer l'année espagnole jusque dans les faubourgs. Au reste, les parlementaires surent esquiver le coup que leur portaient les seigneurs, en pressant la reine de faire la paix, d'accepter les moditications du traité de Riiel, de diminuer les impôts, et de permettre les assemblées du parlement.

C'était éviter un mal pour s'exposer à un pire. Plus par lassitude que par raison, mais de part et d'antre avec un empressement seml)lable à celui d'hommes à bout d'cxpé- ^ dients, la Cour et les magistrats signèrent le traité deSaint- • Germain, enregistré le 3 avril à la chambre des comptes et à la cour des aides. Les seigneurs aussi, <r a3'ant tous arraché quelques lambeaux des libéralités royales, se résolurent Cjue la paix se fit, et, dit madame de Motteville, ce fut au roi a la recevoir de ses sujets, après l'avoir achetée chèl^ment. »

Le 5 avril, à quatre heures, les voûtes de Notre-Dame retentirent de cliants d'actions de grâces : on célébra un leDÊum^oMi lu paix de Ruel, La GaiiciU de France cou-

stata : a II est difficile crexprimer avec quel empressement le peuple se portait à cette cérémonie, loiUes les rues et les fenestres par où le parlement et les autres compagnies passèrent, comme aussi la nef de Nostre-Damc, en estant si fourmillantes, que le parlement, qui estait là au nombre do cent quatre-vingts personnes, et les autres compagnies, furent plus d'une heure à passer depuis la porte de la nef jusqu'au chœur. » De parles prévôt des marchands et échevins de Paris, « les trouppes et gens de guerre, tant de [)ied que de cheval, levez en vertu des commissions de la ville, » et qui étaient encore de service, avaient reçu un ordre formel de licenciement.

Le jeudi-saint, le parlement s*étant assemblé pour vérifier le traité de paix, on vit (iondi alTecter de prolonger la cérémonie des saintes huiles qui le retenait à Notre-Dame. Le peuple, inquiet de ne point le voir paraître, le demandait à grands cris, et le duc de Bouillon lui lit dire publiquement de venir au plus tôt aj>aiserla sédition par sa présence.

Enlin il arriva. Le premier président Molé, en l'apercevant, dit assez haut : « M, le coadjuteur vient de faire des huiles qui ne sont pas sans salj)èti-e. » En effet, Gondi était mécontent de la paix, et il déelarc dans ses Mémoires qu'il entendit Molé, mais qu'il n'en lit pas semblant, pnrce que s'il eût relevé cette parole, et que cette parole eut été portée dans la grand'salle, « il n'eût pas été en son pouvoir de sauver peut-être un seul homme du i)arlement. » Gondi, avec Brissac, Vitry, Fontrailles, Monlrésor, et son cousin MaUia, avec Noirrnoutier, La Boulaye, Laygiies, etc., forma une espèce de corps agitateur qui, approuvé par une bonne partie du peuple, n'était pas un fantôme. Ce qui va suivre prouvera que le feu couvait sous la cendre : Gondi, mortifié de n'avoir pas été nommé dans le traité de paix, omission par laquelle Mazarin le confondait dans la foule, aspirait, pour la seconde fois, à se venger.

SISTOIRE ÂÎ^ECDOïlQCfi

Parti âo8 MUigii, — Enthonsiasme en écrits. — H faut désormab

filer 5onx. — Guerre de plumes. — La Fronde se transforme. — Condé se plaint de l ingrate Cour. — A propos du siège de Cambnii. — Los amours de la reine et du cardinal ; les pamphlétaires traitent laquestiou. — ClaudeMorlot, libraire. — Ri^pression. — Fin à» rancienne Fronde et commencement de la nonveUe, «tii> tue de Hênii IV et la etattte de Ldois Xm. ^ Cafkctftres dè la nouvelle Fronde ;1c9 peraonnalités. » Anne d*Antriche boude Pa^l)8.— ^Le roi des Halles et ses siijeta et sujettes,— Le branlo-Mazarin, etc. — Anecdote du Jardin-Renard. — Louis XIV h Paris. — Homma^^es nu jeune prince. — Clianaon fur le retour de dam Ânnê, — Bivalitéa. .

— Du 1er avril 1649 au 25 août 1649^ ~

Lapaii» telle qu*on l'aTait signée, était factice; elle ne contentait qu^à demi les'fronfieurs du parleinent, de la noblesse et du peuple^ imparfaitement inéinele»s mitigés^ c*estr èMlire les hommes qui, n*osant se déclarer poar aucnn parti, s'apprêtaient depuis longtemps à se rallier aux Tictorieux. Les mitigés, sorte de tiers-parti comparable aûx poliiiqueê du temps de la Ligue^ sans principe avéré, etjNur conséquent sans - dévoûment, demeuraient encore indécis, avec raison à leur point de vue, si nous eïi <^tfyons un poète qui, dans la Praneé paisible ou la .Paixmiraculeu^i ode, éoriTait : < Dieu

n*a point déclaré sa haine ' •

, A l'un plus qu'à l'autre parti, N

Tous deux ont en le démenti - ' Par une victoire incertaine. >

Mais, comme le parlement avait ajouté à son enregîsk>ementdu traité^ a que le roi et la reine régente seraient sup-

Ï>liés d*honorer Paris de leiir présence, » les Parisiens se aissèrent aller aux mouvements les plus irréfléchis. Us

t)E LA FRONDE

assistèrent en grand nombre, comme on Ta vu, au Te Deim

âui fut célébré à Saint-Gcrmain-dcs-Prés et dans Notrc- >ame par rarclievcque (5 avril), cérémonie où reparurent les pardes françaises et suisses. La miraculeuse châsse de sainte Geneviève, exposée depuis sept semaines à la dévotion publique, fut recouverte (6 avril), et une dé])utation du parlement alla saluer Anne d'Autriche à Saint-Germain, le lendemain d'une entrevue qui eut lieu entre Condé,Conti et madame de Longueville.

La persévérance est une conséquence de la conviction. Peu de frondeurs avaient foi dans rexccllence de leurs principes, peu se sentaient capables de supporter les longues fatitrues et les privations de toute sorte, ues jours heureux allaient renaitre, pensaient-ils ; plus de disette et plus de combats : c'était merveille. l*aris, depuis quinze mois bloqué, avait soif île liberté de locomotion ; il aspirait à sortir des barrières. A certains gros marchands, il manquait de nobles pratiques. La Cour, en revenant, ne ramèneraitelle pas un luxe nouveau ? Les ambitieux seuls, ou les hommes à idées, pouvaient rester indiflérents à ces avantages matériels.

Il y eut presque de l'enthousiasme après la paix de Saint-Germain, enthousiasme qu'une foule d'écrits surent provoquer ou entretenir. Il parut .* La France prosternée aux pieds de la Vierge pour la remercier de la paix ; — Paris transformé en un paradis au retour de la paixy mauvais vers burlesques; — les Acclamations de joie des bons Parisiens, etc., — les Douceurs la paix et les Horreurs de la guerre ; — Us liemcreîments des Parisiens à Mademoiselle, au prince de Conti, au duc de Longueville, au duc d'Orléans, poîfr leur avoir procuré la paix. Beaufort reçut d'un écrivain le titre de ce prince de la paix, d Sur le même sujet furent encore imprimés : le Délogement de la discorde sans trompettes, vers l)urlcsques ; — les Doux entretiens d'un caporal de la ville, étant en garde, satire médiocre contre la milice bourp;eoise ; — Lettre de viademoiselle la Paix à mademoiselle la Guerre ; — les Délices de la paix, dédiés à Matthieu Molé, etc., etc.

Gaston d'Orléans entra le premier dans Paris (15 avril);

416 niSTOIRE ANFCDOTIQUE

le j^nr même où, dans rHôtol-de-YiUe, les colonels de

cette capitale étaient invites- à un dîner auquel assista le duc de Mon tbazon, gouverneur de Paris ; le 16, ce fut le tour de Condé. Tous deux reçurent les complimonfs du Parlement et de la Ville; mais le public, .qui méiirisait ronde du roi sans daigner le haïr, ne se laissa pas elilouir par les grandes aumônes que Gaston distribua, le 17, daijs iibtre-E^ei afin de se rendre populaire ; le public trouva aussi un pamphlétaire pour interprète de ses sentiments contre M* le Prince qui, sérieusement, passait, auprès de quelques gens, «pour ne se nournV que d'oreilles de bourgeois parisiens. » L/Cs magistrats furent blâmés, et de verte manière, à cause de la ^^racieuse réception par eux faîte au ^ef des pctiis-maîtrcs.

Personne n'ignorait qu'il fallait voir en Condé Tinstigateur de toutes les violences commises par les soldats du roi pendant laguerre dcParis. Ilrcsta trois jours dans la capitale, et retourna à Saint-Germain, présenter Noirmoutier et Laygucs à la reine, voirie duc de Longucville, saluer Leurs Majestés (20 avnl), quekjues jours après un acte scraldable, accompli par le comte d'IIarcourt et le prince de Conti, par les officiej's de l'Election de Paris, par une déjjutation d'environ trois cents membres des cent vingt métiers. Condé, dans le château royal, se moqua sans doute des frondeurs avec Les courtisans, en applaudissant à ces vers de Scarron :

Il faut désormais filer douz»

Il faut crier raisc'ricorde.

Frondeurs, vous n'êtes que des £qu9 ; Il faut désormais filër doux.

mftiivais présage pour vous, « Qu'une fronde n'est qu*ime eoxde.

Il faut désormais filer douX| Il faut crier miséricorde.

Par contre, un poète frondeur publia, sur le retour de la Cour à i*aris, une pièce de vers dont nous extrayons ceux-ci ; '

Silvt à ton» ces grands guerriers, • A tons ^ ofaeiobeun de Ifwiie»!

Grands conquifants de CHtalogati

Prcuant Paris pour Lérida ; Vous avez eu de la besogne Qtii «8t encor votre agenda.

• Les pamphlets anti-mazarinistes ne cessèrent pas de circuler, pendant un voyap,e de Leurs Majestés du eôté de la Flandre et pendant leur séjour à Conipiègne. Adieu la concorde et les espérances de calme avenir ! Tous les mécontents ne sont pas disposés <r à filer doux ; » Gondi etBeaufort n^^ont pas paru à la Cour. Madame de Longueville, très froidement reçue par Anne d'Autriche, se tient sur la réserve ; madame de Chevreuse est rentrée en France, pour recevoir bientôt l'ordre de s'éloigner de la capitale, avec sa fille, « pour cause d'iutrif2:ue, en compagnie du coadjuteur. » Celui-ci, à force de démarches auprès de Matthieu Molé, obtient que mademoiselle de Chevreuse ne partira pas. — «c Elle a de fort beaux yeux, » lui dit malignement Molé, après avoir promis à Gondi de faire rcY0(5[LLer par la reine une mesure capable d'irriter le peuple.

Mazarin n'a pas perdu son pouvoir ; seulement, il n*ose venir au Palais-Royal. La guerre de plume recommence, plus vigoureuse que par le passé. Dans la France et lei royaumes ruines par les favoris et les reines amoureuses, un écrivain débute ainsi : oc Ce n'est pas d'aujourd'hui quo les plus grands royaumes du monde se sont perdus d'euxmêmes, et c[ue les plus j)uissantes monarchies de l'univers sont tombées dans une funeste décadence, par l'insolence des favorys qui gouvernaient les roys et leurs Estats ; par la faiblesse des princes qui se laissaient gouverner, ou plutôt gonrmander de leurs ministres; et parla passion des reynês aui se sont démesurément affectionnées de ceux desquels ellea recevaient du soulagement en la conduite des aflTaires importantes de leur royauioae..^ »n cite Israël^ l'Egypte, la Perse, et&. Et il termine : c Bref, lisoni les aniiales de tous les empires du monde, nous n'y remarqua* rons que des tragédies sanglantes, des changements, des révolutionsi des troubles, desjOfuerres, que les favoris et les reines amoureuaes y ont causes, et cauneront, isi les princas.

IIS HIST0IM AmctKlTIQUB

ne do viennent plus sages, et les reines et les princesses moins dissolues. »

Non, non, la Fronde n*a pas dit son dernier mot. Ne vat-ellc pas se métamorphoser, ^âce à l'incurie des parlementaires?0ebourgeoiseq<i'elleetait,nedeviendra-t-ellepas parement nobiliam ? €ondé« ém sob entrerae de Chaillot «vec madame de Longnerille , sa sœàr, a. traité une questioii toute personnelle, et fin nwprodkment s^éstopéré entre la c grande frondeose » et iok L'ancien èhef des petiti'mattrtê ne manque pas de troUTer qae la Couf ^ingrate à son égard. 11 en yent à Hatarin, qui négocie le mariage de deux de ses nièces avec led fils ainés des ducs d*Epernon et de Tendôme. Par là, le ministre échapperait à la protection de Mbnsienr le Prince. Coude déclare jmblîquement, en cette occasion, « qu*îl continomit à dmndre rantorité rojale contre les entreprises des magistrats, mais

âu'il4»urait aussi défendre ses amis et Inl-mème ètmtre le espotisme et Tinsolence d*Qn farori. w Qael manifeste ! Et celte conduite orçœiilense coïncide avec les pamphlets les plus hardis, lances cônire le cardinal et contre la reine ! Le héros de Rocroi a refusé de commander l'armée que Mazarin a menée an devant de l!arehidac, et il se réjouit de fécliec éprouvé par celui-là an siège de Cambrai juin);Cest pour .plaire à Condé ^pfuA malin a écrit 2

Gftnbrsi, si tn te fasseè reoda Auxarmea de son émineoce,

Paris pnns doute «'tait per(?u •. •

Je crois même qu'il (Mazarin) oftt TOBdll

Le reatô de toute la France. ^

C'est pour plaire à Condé qu'on a fait paraîtfé a Le$ regrets du cardinal Mazarin sur le lèvement du siège de

Cariibrny, avec la description des arcs de triomplic qu'il pn'lendait faire ériger lorsqu'il ferait sa première entrée dans la place ; » c'est pour plaire à Condé, enlin, qu'un paniphlétairr iiflirnie que Mazarin éîuit déjà duc de Camhvaij

avant le siège. Monsieur ie Prince ne met pUis de bornes à

dby

IlfE LA FRONDE

ses exigences ; il tyrannise la régente et le ministre, et dit à celui-ci qu'il faut absolument quitter le royaume.

A partir de ce moment les accusations les plus graves pèsent sur les rapports existant entre Anne d'Autriche et Mazarin. Leur attachement réciproque passe pour une amoureuse liaison. Le public devine ou imagine ce que, plus tard, l'historien a généralement admis, ce que des documents nombreux ont rendu vraisemblable, notamment les Lc//m de Mazarin, publiées par M. Ravenel. Sont-ils amants, sontils époux ? voilà toute la question. Claude iMorlot, l'imprimeur, compose La Custode du lit de la reijne, qui dit tout, — ui proclame en vers moins vigoureux que sales les amours e la reine et du ministre. Surpris pendant l'impression de cette diatribe, il est arrêté, mis au Chàtclet (17 juillet), et, le mémo jour, condamné à la potence et à l'étranglement. Il en appelle au parlement^ qui, décidé à sévir contre les • libcllistcs, comme le prouve son arrêt du 28 mai dt rnier, confirme la sentence du Chàtclet. Mais, à peine Morlot est sorti de la cour du palais, que le peuple commence à crier, puis à jeter despierres, à tomber a coups de bâton et d'épée sur les quelques archers présents. Ceux-ci, après une courte et inutile défense, se sauvent, dit Guy-Patin, laissant un des leurs tué, et plusieurs blessés, ilont Le Crant, lieutenant criminel, qui reçoit force coups de bâton. Le bourreau prend aussi la fuite. Le condamné est délivré, pendant qu'une autre bande se porte sur la place de Grève, pour y détruire l'instrument du supplice, abattre la potence, rompre l'échelle, lancer des pieri'cs et des cailloux dans les vitres de l'Hôtel-de-Ville, et continuer le désordre dans la lace jusqu'à neuf heures du soir. Emeute de garçons liraires, d'imprimeurs, disent les uns ; d'écoliers, disent les autres; de «r gens de néant, » de a vagabonds, sans nom, sans lieu et sans exercice, » remarquent les procès-verbaux de l'H6tel-de- Ville.

De pareilles scènes n'auraient pourtant pas dù arriver, car, dès le 5 juillet, le prévôt des marchands et M. de Montbazon, visité le 2 par le duc d'Orléans, avaient invité les colonels et qunrteuiers « à apporter pour leur part tout le soin qu'ils pourraient pour emi^êclicr qu'il ne s'ini-

ItO fllSTOilLE ANECDOT^QUE

primât, «iàt^ Teodit, ne débitât aucim libelle diffstmatoîre, BOUS quelc^ue prétexte que ce fût/ se saisissant dé cenx qui impriineraient, crieraient, rendraient et débiteraient lesdîts tibellesy pour être mis ès-mains des juges ordinaires. » Mais les chefs de la Fronde bourgeoise n'avaient été que fort peu écoutés par les pampîilétaires et les hommes d action, alors q^u*iis dirif^ent, on plutôt approuvaient le mouvement insurrectionnel ; maintenant qu'ils se rapprochaient de la Cour, ils ne possédaient plus l'ombre de rintluencesur les masses. La paix de Saint-Germain avait enlevé au parlement sa popularité : on se riait de ses démarches. Le jour oii les gensae la Ville, après être allés en députationprès dos magistrats, et près du cliancelier, rentré à Parisdepuis la fin d'avril, se dirigèrent (30 juillet) vers Compiègnc, pour

Îr témoigner à Anne d*Âiita*iche, au roi et au duc d'Orléans, eurs regrets de Tenlèvemcnt de Morlot , la Fronde mourut d'impuissance. Sa période logique se termina, au moment oii les Parisiens aigrirent que des troubles recommençaient à Bordeaux.

Il n'y eut plus, chez les mécontents, aucun mouvement d'opinion, aucune action révolutionnaire, aucun principe inspiré parle besoin de lois lixes. On ne marcha plus, remarque Augustin Thierry, vers un but d'intérêt social, vers rétabliss(;mcnt de garanties contre l'arbitraire. Des brouillons, des ambitieux et des dupes, seuls, combattirent encore contre le pouvoir. Le peuple ne put se faire illusion sur le but de la « nouvelle Fronde, » conune cela lui était arrivé au di'but de « l'ancienne ; » il saisit parfaitement les causes des ranciiTies nobiliaires contre Mazarin, à qui les gentilslîOiMmes ne pardonnaient pas ses audiences impossibles. Tous ces courtisans, solliciteurs acharnés, avides d'argent, d'emplois, de bénéfices, étaient furieux de voir que le premier ministre leur refusait sa porte. Ah ! disait une mamarinade,

Fnssicz-vous nobles de cent races.

Fils de comte et de inareschal.

Jamais au Pn^ais-Car'liuîil

lé Qsi m vous fera faire phico. ^

cd by Googl

• Voilà le secret de la haine des nobles contre le cardinal;

secret à demi dévoilé par les imprimés du temps.

En effet (26 mars KliO), il avait paru une Lettre du roi Henri JV en bronze du Ponf-Neufà .ton fAs Louise XIII de la Plncc'Iloyale^ datée du Pont-Neuf, après minuit ; puis, une Réponse du roi Louis XIII en bronze de la Place-' Roy nie à son père Henri IV de dessus le Pont-Neuf, datée de la Place-Royale, à cinq heures du matin. C'étaient deux insignifiantes facéties, dont il ne faudrait pas parler, si elles n'avaient inspiré le dizain suivant :

" Quelle merveilleuse aventure Donne à ces images la voix, £t leur ùàt violer les lois De la mort et de la natue ?

France, c'est qUe pour tes dooleim) L'excès de tes cruçls malheurs Paos des princes de icr rencontre un cœur 8GnaîbId| Quand ceux qui devraient t'urracher D'une calamité si longue et si terriblOi £n ont de broiu;e et de xooher. »

fei le poète «e faisait Técho de ro|»mon et de la eFaînie m publiques. La mésintelligence entre le pia*lement et la Cour n'existait plus; mais, au compte de Tambîtion, il restait encore une grande querelle à vider, et les champions nou-' ▼eaux qui entraient dans la'lice ne prenaient nul souci de la situation malheureuse du peuple. Encore moins se préoccupaient-ils des principes de réformes politiques éHiii$^par lafronde parlementaire. Ce qu'il fallait à Coudé, c'était l'a^ grandissenient de sa maison ; ce qu'il fallait à ses petits^ maitrei^ c'était le partage^exclusif du pouvoh'. Et les Parisiens respirèrent à peine quelques enivrantes bouffées d*uno paix sans bases solides, qui succédait à une guerre privée de génie dirigeant.

La nouvelle Fronde renaissait des cendres de la première, sons forme de simple rivalité entre îe vainqueur de Rocroi et l'auteur du traité de WestphaUe.

Désormais, les personnalités seules seront en jeu ; les revirements les plaç brpques et les plus bizarres s'opére->

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4SI HISTOIRE ANECDOTIQUB

ront ; on terra des petiîS'-maitres devenir frundeKrSy el des fix>ndeiii3 8*entenare avec Anne d'Autriche. Lès faosiiEtés ressembleront un peu, au fond et en la forme, à celles de répoq ue féodale. On ira gaemtyer dans les prclvinees^ ea batailles rangées, après avoir excité tous lee amours-* propres, dévelcj^pé toutes les liaineSi escoaipté toutes les chances, dominé, à Paris, le parlement et. le peuple, eil profitant des habitudes d*émeutes prisés par celui-ci, de la pusillanimité de celui-là. Nous Terrons se produire devant nos yeux une intrigue unique, mais Tintrigue la. pliis emî)rouillée, éclose aux cerveaux de Gondé et de sa sœur, de Beaufort et de Gondi, qui voudront se venger de Mazariïi, cramponné h son ministère comme un naufragé à un mât brisé, tantôt, disparaissailt avec lui sous les ûois pendant la tempête, tantôt reprenant le dessus, pour arriver sain et sauf au port. A la vieille Fronde, amoindrie et incapable, n'appartient plus que le rôle secondaire; la nouvelle» .active, vivace et sans scrupules, occupera le premier plan.

Après la paix de Saint-Germain, la Cour résida trois mois pleins à Compiègne, sous le prétexte de s'approcher de l'armée de î'icardie. Anne d'Autriche, assurait-on, « dit de sa propre houelic qu'elle aimerait iiiieiix mourir que de rentrer dans Paris. » Soit par ressentiment, soit par manque de conliancc, la rép-ente prononçait là des paroles qui lui semblaient devoir produire un grand ciïct sur les frondeurs. Erreur complète. « Si elle ne vient, écrivait de Paris Guy-Patin, il y a bien du monde résolu à s'en passer.» Beaucoup de Parisiens lui rendaient rancunepour rancune. D'ailleurs, les esprits n'étaient pas calmés. Beaufort, le roi des Jlnlh'Sy par exemple, se trouvait sans cesse entouré de ses sujt'(ii et surtout de ses sujettes^ car, scion un satirique, il euikiiimait

toutes nos femmes,

lioi bonnêtat et las Iniftnrai, * Les jeunes, les vîeUles, les laideit 6to«

Une foule de liarpnq:èrcs et antres s'attroupaient devant souholclde la rue Uuincampoix, rcjiipliss aient l'église Saint-

Nicolas-des-Champs, lorsque Beaufort y paraissait au banc d'œuvre des marguilliers, vétu de sa hongreline de velours noir ; elles le regardaient avec amour jouer à la paume, % et parfois elles oflniient de payer ce qu'il perdait. I n jour, ameutées autour de son carrosse, elles supplièrent leur roi de ne pas consentir au mariage de son frère Mercœur avec la nièce de Mazarin, mariage contre lequel Condé s'était aussi, comme on l'a vu, très vigoureusement élevé. Cette idolâtrie passait les bornes. Un antre jour, par suite d'imprudence, Beaufort ayant éprouvé une violente colique, sa cour ordinaire avait crié à l'empoisonnement, et demandé avec furie vengeance <r de ce crime italien. * A l'instant les églises s'étaient remplies de personnes priant pour la guérison du roi des Halles,

Tout était permis, en excès de mille sortes, au duc de Beaufort ; d'autres jeunes gens, quoique mnzarim^ s'avisèrent de vouloir l'imiter, de fréquenter les Tuileries, Télégant jardin de Renard, qui avait été autrefois vale^de cliarnbre de Potier, évêque de Beauvais, et ensuite garde des meubles du roi. Ce jardin était célèbre dans les fastes du beau monde.

Des individus y soupaient bruyamment, au son des violons, quand Beaufort, blâmant cette conduite, se posa en trouble-fête, comme cela lui était arrivé, treize ans auparavant, chez Chavigny, dans le bois de Vincennes.

Douze mazarins, parmi lesquels René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de Jarzé ou Jarzay, capitaine des gardes du duc d'Orléans, qui se vantait « de faire manger dcTherbe à tous les bonnets carrés (le parlement), » le duc de Candalc, fils du duc d'Epcrnon, dont Mazarin avait voulu faire son neveu par alliance, et le comte de Montmorency-Bouteville, étaient attablés (18 juin). Bientôt entra dans leur salle notre frondeur Beaufort, que suivaient le duc de Retz, le maréchal de la Motte, le duc de Brissac, et cinquante gentilshommes, pages etlaquais. Beaufort dit, en criant, à Giindale « qu'il venait familièrement se réjouir avec lui, et proliter de la liberté qui régnait alors sur le pavé de Paris. » La raillerie déplut ; on y répondit avec aigreur. Beaufort injuria les mazarins j secoua leur

HISTOIRE ATSECDOTÏQUE

nappe, renversa plats et bouteilles, fit désarmer par ses

gens ceux qui avaient mis la main à leur épée,~et s'éloigna eu aflectant des aii's do vainqueur, et couvert des applaudissements <r de sou peuple. » Lesjeunes inazarins quittèrent

i^uris en toute ; mais Gandaie appela au combat soa cousin Beaufort,

Ce Mars qui bat, qui rompt, qui frappe } Et perce tout, jusqu'à la nappe.

Un duel entre le roi des Halles et un partisan de la Cour ne pouvait avoir lieu. On racconuuoda l'oflensc avec roilenscur, par crainte d'un soulèvement général. La flatterie n>n célébra pas moins, mensonge olVronté, « Le Combat généreux de Mgr le duc de Bcaufort pour Thonneur du roi et de Messieurs de Paris. » Le branle Mazarin dansé aumtperde quelquet-^ns de ce parli-là chez M. Renard, oit M, de Beauforf donna le bal, parut aussi pour réjouir les frondeurs; Mais Blot ne manqua de plaissmter Bcaufort à propos de l'ayentare du JtedinHflenard :

. Il deviendra grand potentat Par ses actions mémotablet, '

Ce duc dont on fait tant d'état t

Il deviendra «rrnn l potentat, S'il sait ren\er^cr notre Etat Comme il sait renverser la table. Il deviendra grand potentat I ' Par ses actions mémorables. .

La soupe frondée^ k granà Jerzay battu, la DiTrqute des cabaliste$ au Jardtn-Renardteila Matwn de ce qui s'est passé aux Thuilleries, oà Faufenr débute par cette pbrase : < Il fàu% que Tantîquité cède aux merveilles de notre siècle, » commentèrent 1 anecdote, assez ridicnle au fond, mais néanmoins capable d'entretenir les animo» sités de Tun et Tautre camp*

Vers le même temps, le due de Brissac; Fontrailles, Matha, et quehjucs chauds frondeurs, aperçurent, en sor^ tant d'un iei^, des valets de pied du roi, qu'ils insultèrent

BB LA FRONBC -

et qu*ns ballirent, sans respecter leur livrée : « Les rois ne sont plu^ de mode, leur d'rcnt-ils; cela était bon pour le temps passé. Allez porter ce que nous vous donnons à votre niait re, à la reine et au cardinal. » Phrase traduisant bien, d'ailleurs, les sentiments du public, a car on ne parlait dans Paris que de république et de liberté, en alléguant l'exeniple de l'Angleterre; » car on prétendait « que la monarcbie était trop vieille, et qu'il était temps qu'elle finît. » Après un dîner chez le baigneur Foulon, certains seigneurs, ayant rencontré un convoi, apprirent que l'homme qu'on portait en terre était mazarin, et ils se précipitèrent Tépécà la main sur la croix qui précédait le cortège, en criant : Voilà l'ennmijL^^ cérémonie funèbre put néanmoins s'achever.

Qu'ils s'attaquassent à la majesté royale, ou qu'ils osassent profaner la sainteté de la religion, les frondeurs demeuraient impunis. Le peuple témoignait parfois son indignation: c'était le seul châtiment des coupables, que la Cour n'osait poursuivre. .\ > -

 rîn3lîgaâon de Mazarîn, Anne d'Autriche se détermina pourtant à rentrer dans sa capitale. Le procbaiir retour du roi fut annoncé an parlement {12 août), et le corps de Ville reçut un avis qui le dispensait des cérémonies accoutumées

Sour les entrées royales (l6 août). La Cour ne voulait point e luxe officiel, afin de mieux juger le véritable esprit des Parisiens, comme si la simple curiosité ne devait pas guider ceux-ci au devant, du petit roi. Fallait-il s^émerveOler à la Tue des gens qui étaient sortis de Paris ? du corps de Ville stationnant sur la route de Sainte-Denis, avec cinq cents bourgeois à cheval, « en housses et habits noirs ? >'La foule inondait le passage du carrosse où se tenaient la reine, la grande Mademoiselle, fille du duc d'Orléans, la princesse douairicre de Condé, la comtesse de La Flotte, dame d'atours, le roi, les ducs d*Anjou etd*Orléans,Ck)ndé et Mazarin. « Cela ne signifiait rien que pour ceux qui prenaient plaisir à se fiatter, » ainsi que l'observe Gondi. Jamais le peu-* pie de Paris n'a résisté aux charmes d'une fête ; et c'était se leurrer que de considérer cette rentrée c comme un véritable prodige, » comme c une grande victoire pour le

. il 26 HISTOIRE AN£CD0T1QUE

ministre, » * Uu'imporf ait que Ton regardât attentivement Mazarixi et Condé, celui*ci ramenant Tautre, placés

tous deux à une portière du carrosse, et que Ton s'ccriàt : Voilà le Mazarin l Qa'importaient encore les ardentes acclamations de ceux qui, vantant la beauté du ministre, lui tendaient la main, lui déclaraient « leur amour, » et s'en allaient boire à sa sanf-é ! Il y eut force réceptions et compliments oniciols. La Ville alla saluer Mazarin le 21 août, et le ^ri, Louis XIV, dans sa douzit'iiic année, se montra à cheval avec toute sa cour, et lut admiré ; iMazarin, aussi, traversa seul Paris^ en carrosse, pour aller entendre une messe soleiinellr dans l'éiilisc des jésuites de la rue Saint- Antoine. Kicn ne man({ua : un bal fut donné à l'Hôtel-dc Ville (^5 septembre); bal oOcrt par le piévôt des marchands .et les echevins; bal auquel Anne d'Autriche voulut faire assister toute la cour, en y comprenant, après des diflicultés levées par Condé, madame de Loniruevillc ; bal pour lequel la répente récria la parure des dames de sa suite, et qui, conformément à ses ordres, eut lieu en plein jour, <r n'en déplaise, dit-elle, à certaines dames fardées qui ont été grandes irondeuses et qui ne gagneront rieu à la clarté du soleil. »

Le fond des consciences était-il connu ? Ne pouvait-on pas craindre un enthousiasme superhciel? ('ondé coudoyait Wazarin dans le carrosse du roi, à snu entrée ; le lendemain de la cérémonie, Gondi allait présenter ses couipliments à Leurs 31ajestés, sans que ces apparentes alliances dussent faire oublier aux gens sensés rin(piié(ante situation des finances, et Textrème difficulté que le pouvoir rencontrerait dans son action.

1(08 écrivains gagés ne se firent pas faute de célébrer révéaement du jour. Il y'eui des TrioleH royaux, offerts à Leurs Majestés ; — des t^erg. présentés an roi ; — les Plus keureuxjouri de l'année pitrk retour de L^urs Majestés; — le Beiour désiré du roi Louis aJV; — le Boi triomphant au milieu du peuple ; la Sainte Allégorie sur VExaudiaï chanté dans les églises de Parts' pour Isr prospérité du roi et son heurenx retour, paraphrase .en vers du vieux eantiçpie; — le IViompAe Vpyo/ et (a Bé jouissance des

(inek (l'iin(

D£ tk FaOND£ 117

bons' Français sur h retour du roi, etc., où Rôzftrdii(it ira roi de France :

« Sans vous, la France Miât saut naos i

Nous étions sans France sans vous ;

Sana voQi| nous étioni sans Hbus-mêmei. m

Et ce fatras criirprimé?, ce p:alimatins de toutes formes, étaient corroborés par des estampes dont nous possédons iielques épreuves, à la Biblioiliéque impériale. Que dire le grande gravure, entre autres, intitulée : Les justes devoirs rendin^ (par les frondeurs) au Roy et à la Reine régente mère? On y voit Beanfort, Gondi et le maréchal de la Motte, trois frondeurs assurément peu convertis. '

Ces cftbrfs de certaines gens pour échauflér les tièdes âmes, à Teudi oit de la reine et de son fils, furent bientôt annihilés» par des publications encore plus ré[)andues que celles dont nous venons de leproduire les titres^ et qui attaquèrent à Tenvi Anne d'Autriche et Miizarin. Ecoutez, en eil'et, chanter dans tuutes les rues ces ^uis refrains :

La reine a dit en sortant de la ville:

à Je m*en reesonvieddral ; « Saehez, Français, que Je aoSi^ dft Gttffil»!

« Que je me vengerai ; • . • i

« On bien j'aurai la mémoire perdue. « Klle est revenue,

Durae Anne, Elle est revenue.

t« idne ^ dit : c J*ai sonfiTert en élir6iiemi((

« tJn si sensible affront :

e Je gagerais qa'anrant qoe je mienne

« Ils s'en repentiront. »

£Ue A| ma foi, %i\ ^^^cutb perdnA:

Llle est revenue f • Dame Anne ,

. Elle est revenue. ^ .

A r«inivemire de la naissance du roi (5 septembre ) » on tira on feu d'artifice sur la place de Grève, en [âréseneo

4 28 BISTOIRE ÂNEGDiSDTIQUB

de Leurs Majestis et du cardinul , d'après les ordres des prévôt et cchevins. A propos de rtfligie ou image de la Justice, placée au haut de ce feu, un frondeur pomposa ceUd epigramme , adressée à Mazarin :

L'on s'en va brûler la Justice, Vous ne savez paa pourquoi c'est?

C'est qu'elle a révoqué l'arrêt Qui YWB cottâtf&nait au i appUo».

£t devant la jeunesse de Louis XIV, même, les plumes ne s'arrêtèrent pas. Rapportons nm sorte de paraphrase des paroles que Brlssac prônonça en août dernier. En traitant de la piomtice gûW les toù sur les peuples , et du pwvair des peupks sur les ndst François IlaVenne -osa dire :

Les gens promeni un toi pour let r^r en pals ; liais alors quil les vexe k tort dessus la terre , Us en font un sujet,* parce qu'il est mauvais ; Enx-mdmes , à la fin , lui lanoeot le toniiene*

Ces hardiesses ne divulguaient déjà plus le système politique du parlement, rendu muet, ou à peu près; elles n'avaient déjà plus d'action sur la hourgeoisie et le peuple, dont les tendances libérales avaient échoué. Qu'étaient-clles donc? simplement les émanations dans le public des luttes d'amour-propro et d'ambition entre une noblesse reuuiantc, représentée désormais par Condé, et le cardinal qui ne })arvenait pas encore à se faire accepter.

Suivons les divers actes d'une i-ivalité que l'intérêt etl'égoïsrae guidaient seuls. Ils mirent le comble aux misères des

f)opulations, misères auguientées par la mauvaise récolte de 'été 1649, On verra le côté sérieux de cette seconde période de la Fronde, lorsque, vers sa lin, nous tracerons le tableau de Paris et des provinces.

Les cliefa de la Froûde nobiliaire.. — Mondeur et madame de Longueville. — Le prince de.BiornlIao. -»» Naissance et baptême da comte i» Saînt-PaBl. — > Prétentions de Coedé. — Son méprU poor tfasarin. — > Trahison» de le Rivière. — Mot de mademoiselle

de Montpensier. — Pamphlets Contre Tabbé. — * Le maïqnSs de

Jané. — Ses galanteries; ses préten<lu8 triomphos amoureux. — ■Réapparition de d'Emery àlaBurintendance, — Los rentiers de l'Hô- • tel-de-Yille et leurs syndics. — Assassinat comique de Gny-Joly; peur de Charton. — Un cheval victimé^— Lcljauftourée de la Boulaye. ^ Oaet-apens contre Condé} sur le Pont-Nenf. — Procès ; témoins à brevet; habile défense de Gondl/^ Le pablio m Palais. — ' Fête de Noël. —Le coa^jatenr ét son bréviaiie,

Da d5 août 1649 an 4 Janvier 1650. ^

Outre le coadjuteur et ses amis^ outre Goniî, BouilloOt d*Elbeuf et Beaufort, trois personnages avaient pris ane large part aux troubles de 1648. C'étaient le duc de Longueville, sa {emme^ et le prince de MarsUiac. Au momënt de les Toir a^r dans la nouvelle Fronde^ plus vigoureusement encore que dans Tancienne,. chei'chens les cause» de leur conduite dans leurs caractères mêmes.

Quand Henri II d'Orléans, duc de Longueville, épou^ala sœur de Condé (164:2), il atteiîniait sa quarante-septième année, et sa femme sa vingt-troisième. Petit-neveu et tilleul do Henri IV, ce seigneur, dès sa majorité, s'était opposé au système de Uichclieu. Médiocre sous le rapport du talent, mais vif, agréable, libéral, juste, courageux, on renconti'ait en lui, selon Retz, « l'homme du monde qui aimait le moins le commencement de tontes les adaires. » En 16 15, placé à la tête des négociateurs de Munster, il s'était vu jouer par Abel Servien, ])orteur d'ordres secrets de Mazann. Aussitôt il se retira de ce grand tournoi (bplomatiqur, non sans aigreur, non sans ressentiment contre le cardinal. Il se jeta ^ns je camp de la Fi onde, mais u' accepta aucune fouctioa

HlSTOiaS. J^EPDO'^QUE

particulière, et crut assez faire que de travailler pour les iiR'coiitcnts dans son immense gouvernement de Normandie. Cétait beaucoup, en eflet. Après la paix de St-Germain, il revint à Paris, et Mazarin lui «promit» Pont-de-l* Arche; mais, comme vous le pensez^en, Pont-de^l'Arche ne lui fut pas donné. Qlfi^s&dw ses iâtér^ta. Loi^gueville, au L'eu dp eoncentrer ^m^nlentements et ois rester iba9 l'iniMsiion» contifluafleg fronderieB, 6ou8 risflueiu» de ea fimune, de Condé eiide Gonti.

Ccrmari, quoique peu aimé de ea iiioitié, suivait la route politique aue lin traçait la belle ét romahesque dudbesse de LonguevilljB. Or, voyez, c^ue d'enchainemeni^ ! Qui dirigeait la sœur de Coitdé? Le pnpice de ifàrsillac. la postérité devait honoTiBr .sous le nom de La Bocheu^ucauld, auteur cbs Maximes, Née jpâ août i(ll9) au cb&t<iau de Vincennes» où son père, Heari II de Bourbon» pvisonmer d'Ëtal, expiait de graves torts, madame de Longueville devint une «familière» delliètd de Rambouillet, presque line précieuse. Elle conquit les suiïrages de la cour et de la ville, joignit Ténergiecontenueirindolence ordinaire^ et ne tarda pas à paraître ee que Ton appelait alors un « astre de beauté». Jeune, mai icc à un homme qui avait plus du double de son âge» èaivréa de la gloire acquise parsod frèrequ*elle aimait beau-» eoupT, et qui le lui rendait si bien que dès-mauvaises langues e& médirent, elle se créa un nomoreux cercle d* adorâtes»

Earmi lesquels die distingua Marsillac (François ¥1, duc de a Rochefoucauld), dont madame de Maintenon a dit plus tard^ «qu'il avait une physionomie heureuse, Tair grand» beaucoup d*esprit et peu de savoir.» Ce ne fut pas là un ttmple«goût,» mais une passion profonde. Et cette passiou mécontenta Condé, qui, profitant, assiu-c-t-on, du voyage à Munster ouraadam«î de Loniiiirville accompagna son mari, s'arrangea do manière à ce qu'on la rt ciit tnom[)halemcnt en Westplmlic. Toutefois, bien que, dans la collection des négociateurs de 5lunstcr, on la repiéscnto avec cette épip;raplie : Vicit iter durum piefas^ ce qui veut dire que le désir de rejoindre son uuiri lui Ut supporter les diflicuUés de la route, la jeune duchesse n'en seconda pas moins les vuei

de Uafsiliac sur.eU<^^lieuKi amom*» om*ettt d^s résultats

DB LA FRON&fi 131

politiques. Marsillac cntraiua, pcul-èlre môme plus qu'on ne le croit gonéialcnient, dans le parti do la Fjoiide madame de Lon^xueville, qui, par passion, devint l'iioroïnc de la guerre de Paris, l'inti-igaate frondeuse ^ue l'on cou-» . naît. '

Ce que Tamour avait commencé fut consoramc par l'esprit de famille. D'abord ant:ip:oniste avouée de son frère, général de rarmcc royale, poiiduut le blocus de Paris en i 648, | madaiïie de Loogueville se refroidit peu à peu. On diessa [ les articles de la paix de St-Germain dans ses appartements de l'Hôtel-de- Ville, dans les appartements où elle était accouchée (29 janvier 1649) d'un fils, que le prévôt des marchands et se« éc^evsKis avaient temi sur les fonts de baptême, et oui avait reçu d'eux le nom de Char!et Farts, Connu sons le nom de comte de Saint-Paul, cet enfant, que Fabbé de Choisy dédarait cle prince ,1e mieux fait, le plus aimable et le ];uus magnifique de son temçs, » fut tné^ yîngfrtrm ans plus tard| au passage du ^n, sou» l^s yeux de son onèle Gondé.

Une foiâ la paix signée, la diicliessû de LongueviUe re« parut à la cour. Màis,' nous Favons dit, Anne d'Ajolricbe, n'oubliant pas ses c exploits, i.lul fitun froidaccueil. Madame * de LongueviUe, ainsi maltraitée, sentit redoubler en eli^ l'avertton qu'elle ressentait depuis longtemps contre Mazalin. fille distilla sa vengeance. Rien ne lui coûta pou? enlever Gondé au parti de la Gour, Gondé tout infiatué a'ail« leurs do ses mérites, et prêt à entreprendra par orgueil^ sous rinâuence de madame de LongueviUe, ce que madame de LongueviUe avait entrepris» par -amour, sous l'influence de Marsillac.

Çà et là» dans le réoï des faits de la guerre de Paris, nous avons pu remarquer le mépris du héros de Rocroi pour le cardinal. Aucun raccommodement sincère n'était possibleentre eux. Maintenant, plus Mazarin fera d'avances et (Vif initiés' à Çondé, plus celui-ci se montrera exigeant, fier, dédaigneux, intraitable. Le ministre « dépîait)> à Monsieur le Prince: malgré les intriguas successives des frondeurs ou des mazarins, Condéne peut soulTrir qu'un prélat italien

U prime, lui qui, seion un pampbiétaiie, «ne çxoii pas que ^

mSTOmC ANfiCDOTIQUE

le ciel soit an-tlcssus do saiète./) Condé s'enfle de succès. Il a promis à Anne (rAutrichc de ramener Mazarin à Paris: il a accompli sa pi'oniesse. Ce qu'il lui faut pour récompense, c'est la première place dans les conseils du roi; si on la lui refuse, il déclarera la guerre. Tantôt il se vante « d'avoir tiré Mazarin du gibet; » tantôt il dit «que les nièces du caidinal sont bonncspour épouser ses valets, » et il ajoute: «r Si Mazarin se fâche, j'ordonnerai à Clianiplleury, son capitaine des gardes, de me l'amener par la barbe à Y hôtel de Condé. » Le jour où le ministre lui refuse définitivement Pont-de-l'Arclîe pour Longueville, une altercation a lieu. Gondc passe la maînkms lementonde Mazarin, et lui dît avec un sourire moqueur : c Adieu, Mars » (12 septembre 1649); et, peu après, il lui écrit une lettre pleine de sarcasmes, dont l'adresse porte :«r AlVIUnUrtssimo signore FaeMno.f Ces injures de mauvais goût ne suffisent pas encore. Condé, après une débaudie^ après un grand repas donné chez un baigneur aux chefs des ^mpagnies seuveraiûes, porte la santé de la rdne, puiss*écrie t AMazartnfàla Rimère ! d'un Ion oui permet de douter «*il s'adresse au favori de Gaston éans, là présent, ou sll propose de jeter Mazarin à la rivière. Dans plus 4*un^uper, il lui arrive de chanter des coin Ii'ts satiriques contre le cardinal.

£t pourtant, héroïque en ses dissimulations, oeloi-ci répond a chaque outrage de jlfonsieur le Prince parnn sourire, a chaque emportement par une offre avantageuse. Pour séduire ce colosse d'orgueil, il ne cesse de lui proposer des principautés : celle de Montbelliard, celle de Charleville, 4>u le duché du Uhetelois^ qui sont en vente. Il lui conseille de conquérir la Franche-Comté, pour en devenir le suzerain. Il va, enfin, jusqu'à lui promettre Tépée de connétable, convoitée par Gaston d'Orléans, et qui assurerait à Condé le commandement suprême des armées, après comme avant la majorité du roi. Mais le tentateur n'a ]^oint alîuire à une âme crédule. Autant de j)ropositions, autant de pièges ;Mîizarin est un éternel prometteur. A moins de donner sa plaec à Monsieur le Pj-ince, le iin cardinal est presque assuré de ne pas réussir. Mazarin offi e beaucoup à qui prétend tout avoir ; aussi^ chacun des négociateurs â apprête

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à jeter son masque ; Com\6 atieiul, cherche un pn loxfe, et Rlazarin^ perdant patience, va montrer les dents à ce nouveau rival, dont la voracité le gène.

Craignant la jalousie de l'oncle du roi, Condé s'était concilié Tabbé de la Uivière, que l'on appelait souvent alors « le premier ministre v du duc d'Orléans, et qui ne demandait pas mieux que de trahir son muitre. La Rivière voulait mériter que mademoiselle de Montpensier, après la mort de son père (IGCO), l'apostrophât rudement, a Feu M. le duc d'Orléans, disait-il un jour, était un prince très sage, très pieux, et qui valait beaucoup. » — «Vous devez savoir mieux que personne, lui répondit Mademoiselle, ce qu'il valait, vous l'avez vendu asst z de fois pour cela. » L^indigne favori, Tabbé « digne de la rivière, » jura donc à Condé de l'avertir de tout projet contraire à sa sûreté, que Ton communiquerait à Gaston ; pour prix de cette complaisance, Condé promit d'abandonner les prétentions de son frère Conti, et de laisser au méprisable abbé la présentation de la France au cardinalat. Combien d'aspirants à la ourpre romaine ! Et que de déceptions ! La Rivière eut eau multiplier ses trahisons, il ne put obtenir le chapeau si désiré, même en allîuitj plus tard à Rome. Il revint enrhumé de la ville éternelle, ce qui lit dire à Bautru : « C'est qu'il est revenu sans chapeau. »

Les pamphlets « pleuvaient sur la Rivière. » Dès le commencement du blocus de Paris, on avait composé les « Entretiens de Mazarin et de la Rivière au retour du Sabbat, » pièce encore plus ordurière que spirituelle ; puis, très peu de jours api'ès la sortie du roi de Paris, l'auteur du « Fidèle domestique à monseigneur le duc d'Orléans, sur les alïaires de ce temps, » avait prétendu c^ue Gaston, malade, avait été enlevé de son lit par la Rivière ; tel écrivain accusait notre abbé « de charmes et de subtilités magiques; » tel autre lui indiquait « les moyens de faire sa paix avec Dieu et le peuple; » tel autre publiait une chanson sur laBelleroze, regardée comme maîtresse de la llivière ; un plaisant, qui signait « Polichinelle... qui fait sentinelle... a la porte de Nesle, JE> lui envoyait une lettre-rondeau^ se terminant ainsi : , - -

mSTOIBB ÀNCCDPTIQUfi

Bentres^èsTOiui, pédant à robo noires OuTra renvoyé et riiommo et le fi^aj^eau - AlaKlvière;

Dans les Qu'as-tu vu de la Cour, ou les Contre-vérités^ on disait : a J'ay vu l'abbé de la Rivière changer de poil et de façon, n*avoir plus dessein de vendre son maître, mespriser les présents du cardinal, n'avoir point d'ambition pour un chapeau rouge et vouloir retourner dans Paris, pour reconnoitre la bassesse de sa naissance et demeurer avec sa mère dans la rue de Saint-Iïonoré ; » enfin l'auteur delà « Sanglante dispute arrivée sur le jeu entre le cardinal Mazarin et l'abbé de la Rivière à Saint-Germain, » supposait que ces deux hommes avaient joué au piquet la plus grande partie de la nuit, s'étaient pris de querelle à propos, d'un coup douteux, et s'étaient battus comme des poi*tefaix. . f •

Âisufémeat, pour Gondé, aai mamtenftnt imitait un peu la |>olitîque d^ Hazariû, le rôle d'espion donné à la Rivièce ne pouTait être que d*une imparfaite utilité. L'abbé possédait une réputaiioi^ trop mérîteê de traître fiieffé. Monsieur le Prince s'hait assuré des bons offices d^un au^e homme par qui, chaque matin, il devait êtfe informé secrètem^t ' de tout ce qui se passerait an Palds-Royal. Le marquis de Jarzé. gentilhomme d'Anjou, capitaine desgarde^u-corps, l'un des jeunes gens ^ui accompagnaient Caudale, dans sa qoerelle avec Beaufort au Jardin-Rcnarcl, avait accq)té cette mission singulière et fort risquée.

Plein de gaité, de hardiesse aussi, grand diseur de bons^ iHotSf aidé d'ailleurs pir madame de Beau vais, première femme de chambre de la reine, .qui, selon Montglat, o n'était pas ennemie de nature, » et que sa maîtresse appelait Catau tout cour^ aCatau la borp:nesse, » parce qu'elle avait un œil de mciins, Jarzé paraissait propre a réussir dans une intrigue. Son audace s'était déjà manifestée quand, amoureux de mademoiselle de Snint-Mép;rin, hlle d'honneur de la reine, il avait bravé Gaston d'Orléans, son rival, qui lui défendait de parler à la belle. Gaston avait été jusau'à ordonner de jeter Jarzé par les fenêtres, un jour que eelui*

ci entrait aU Palais du Luxembourg. Mais le hasard avait sauvé notre gentilhomme angevin, que cette aventure ne rendit pas plus sage, et qui vécut clans l'intimité de Mazarin. Parfois le ministre s'cnf» rmait avec Jarzé dans ses jardins, pendant des après-dinécs entières, pour jouer avec lui à la bauchette^ espèce de jeu de boule à la mode d'Italie. ^

Jarzé amusait Amie d'Autriclie, afTectait les coquetteries avec elle, et s'iiiiaginait être favoi-ahlement écoute. Disons plus, Jarzé concevait de telles illusuins que, dans ses confidences à Monsieur le Prince, il s'annonçait comme devant bientôt supplanter Mazarin dans le cœur de la reine.

Est-ce bien le grand Condé qui se livre à de pareilles manœuvres, qui donne une main aux nobles de la Fronile, et l'autre à 3l;iz;irin? Est-ce bien Thomme de guerre si hardi, si résolu, si brave, qui, quatre mois durant (d'octobre 1G49 ii lévrier lOoO), se laisse ballotter par les j)artis opposés ? Sa gloire s'éclipse en de telles conjonctures. Les intrigues qui se croisent à son endroit sont, comme on le va voir, si mesquines, qu'une certaine honte rejaillit sur lui, et qu'il joue à la fois un sot et un méchant perfionnage.

Ce qui se pas^^ait à la conr transpirait au dehors. Les frondeurs essayèrent de ranimer refïervescence publique. La rentrée de d'Emcry «le maudit» à la surintendance (9 novembre 1649), n'avait pas indisposé les Parisiens; eeox-ci pensaient « que, s'il avait gâté les finances, il sauriiît mieux qu'un autre comment il faudrait les réformer. » Hait avec a*Emery reparufeni les ^f^^^^^* j^^^ rargeni parmi le peuple, assez à propos pour empêcher les néeonttfntelnents ostensibles, sans remédier à la pénurie réelld des finances. Loin de là, d'Eraerj s*était servi d'une

Sortîon^^ fonds nécessaire à l'acquittèment de la moitié es arrérages écfans, eè non payés, des rentes de rHôtel-de- Tille. Malgré eertaîneâ mesures accommodantes du parlement à cet égard, lé public s'apérçut bien Vite dè l'étflt des choses. ' Ce qui ressemblait presque à de la joie, hH du retour de d'Ëmery, se changea en mdifférenee chez les uns, en inquiétude <mez ks ankea& Des réeriminattons' recom-

436 ' HISTQIEE AKECDOTIQUE

menccrent. a Cet homme, pensèrent certains frondeurs, est un ilp^vc ou un lion qui ne s'apprivoisera jamais guère Ini^n, » D'Eiuery avait pris ses précautions ; il logeait, au Palais-Cardinal, dans l'ancien appartement des Mazarinet' tes ( nièces de Mazarin), afin d*ètre pins en sûreté contre 4es attaques du peuple, si la trop grande cherté du blè ou quelque autre sujet faisait insurger 1^ Parisiens.

Il 7 eut des assemblées tumultueiks des rentiers dans « rQdteVde^Yille, assemblées interdites, mais qui aboutirent . à la nomination de douze syndics (22 novembre) [«ar plusieurs centaines c de bons bourgeois et vêtus de noirs. » Ces syndics, parmi lesquels figuraient Charton, président aux enquêtes, et Guy-Joly, conseiller au Chàtclet, présen* tèrent requête au parlement, à Teffet d*obtenir nne ai^emblée générale de toutes les chambres, ce que redoutaient et la cour d'Anne d'Autriche et les magistrats qui s'entendaient avec elle. Un arrêt de la Grand' chambre cassa le . S]rndicat, défendit toute assemblée (3 décembre), et par là mit en émoi les conseillers des enquêtes, chàteuilleux sur rarticlc de leurs droits. Malgré Tarrêt, ils se rassemblèrent à rHôtel-de-Yille, entendirent des plaintes contre quelques archers qui avaient poursuivi, menacé même de prison l'un des syndics (6 décembre), et résolurent de présenter, att nom des rentiers cette fois, une nouvelle requête.

Matthieu Molé inculquait au parlement des idées anti* frondeuses. Pendant le court délai de quatre jours pris par les magistrats, le parti resté fidèle à la Fronde voulut agir.

Gondi se remua : moins ses amis étaient nombreux, plus il leur importait de faire du bruit. La princesse do Guéménén'avait-ellc pas coinparc la Fronde « a un certain régiment de Brulon, où on n'avait jamais compté que deux dragons et quatre tambours? » Il fallait donc s'agiter, s'assembler, et s'armer encore, si possible était, <( relever les frondeurs par un grain de plus haut goût. » Le cerveau de Gondi imagina un stratagème écjuivalant à la comédie de Don Jo:?e Illescas, le faux envoyé de l'Espagne. Il improvisa une tragi-comédie, un assassinat, au succès certain, où Guy-Joly, le syndic des rentiers, joua le suprême rôle. Il s'agissait d'irriter le peuple, en lui faisant croire que

Kuariii avait (»<doimé d'assassine Guy-Joly, dier à la #>ule des reatiers, parmi lesquels il figurait. ^'■i Voici Guy-Joly prêt S être Ja vidime. fdnte da cotHrronx Âa cardinal. On lai ajuste son pourpoint et son manteau aor un morceau de bois, dan» une certaine attitude, et un bon tireur, nommé d*E$tainville, écuyer du marauis de Moirmoutie^9 percera manche d*un coup de pistolet. De plus, pendant la nuit du iO au 11 décembre^ Guy-loly« at.6c une piert'e fusil, se lait au bras une blessure correspondani^on ne peut mieux avec le trou de la balle. Tout ^nt bien disposé, la répétition générale du drame ayant eti lieu à la satisfaction des auteurs et acteurs, le samedi li, iioii)B^|ky7Joly mon<e en carrosse, et se dirige vers la rue des 6em9rdins.. Là, juste devant le logis du président Cbarton, chez qui le conseiller du Chàtelet a Thabitude d'aller tous léà jo|irs, d*£stainville, assez adroit pour ne pais toucher sa victime, tire un coup de pistolet. Guy-Joly se l^aûssê. en JaperieeYant le terrible assassin, et la balle perce le carrosse, dans l'endroit où aiirait dù être aj^uyée la^ manche trouée.

' Aussitôt, évanouissement du prétendu blessé, dispari- ^ tibn du meurtrier prétendu, qui se sauve sur un bon cheval prêté par le marquis (le rossf'use : rien ne manque à la scène. Le peuple s'assemble et porte Guy-Joly chez un chirurgien voisin, sorte de Sganarelle, ou bien frondeur mis dans le secret de la comédie, qui pose un appareil sur la blessure. L'alarme est dans le quartier, se répand même dans Paris. Charton, épouvanté tout de bon, vient, « en équipage de guerre, » supplier le parlement de lui donner des gardes. Il a cru qu'on en voulait à sa vie, parce qu'il est collègue de Guy-Joly, comme syndic des rentiers, et qu'il ignore la petite m;ichination du coadjuteur. - Ce pauvre président! On rit de sa terreur, on se moque de lui, car il répèle plus de cinquante fois /e dis ça, son ordinaire formule. « Certainement, dit un conseiller-clerc de la Grand'chambre, il faut lui donner des gardes, et envoyer chercher un charpentier pour les faire. » Le vieux Broussel, avec intention, }iroposc de fermer les portes de la viHci afin de ne pas laisser fuir le coupable* . ' /

438 • niSTOIRE ANECDOTIQUfi

Conique Yictime de l'affaire, û6 fut le eh«Tal de FosieiOde, ior lequel Guy-Joly s'était flniTé; Fossense fit mencêr Ift malbeureuse béie à la campagne, où on Feinpoîsoûna^ pour € en ôter tout à fait la ^connaissancèi » Néanmoins, peu s*en fallut qu« l'autorité .ne mit la main sur le- c meurtrier » d'Ëstainville, assez imprudent pour avoir bourré son pistolet avec le dessus d'une lettre qui lui ayaitété adressée; par bonheur, son nom se trouva brûlé, et les hommes de justice ne ramassèrent que. le reste du papier avec les balles toutes * chaudes.

Dc'jà le dénoûmcnt de cette tragi-comédie était pris au sérieux par la foule, et Mazarin passait pour avoir soudoyé un assassin de l'un des chefs du parti frondeur; déjà ]e parlement rendait arrêt pour informer contre le meurtrier, et nommait deux rapjiorteurs pour visiter « l'infortuné » Guy-Joly ; déjà le marquis de La Boulaye, ancien général frondeur pendant la guerre de Paris, s'élançait avec une vingtaine d'hommes par les rues, tambours en tête et pistolet au poing, criait, gesticulait, déncmcait au peuple un assassinat innninent de lui-même ou de Be.'infort, conseillait à tous de prentire les armes, réclamait de nouvelles barricades. Personne, cependant, ne bougeait, soit qu'on le regardât comme un fou, soit qu'on vît en ce gentilhomme un agent provocateur, suivi de « quinze ou vingt coquins, dont le plus honnête homme était un misérable savetier, » écrit Retz dans ses Mémoires.

Peut-être « l'assassinat de Guy-Joly » aurait-il à la fin révolutionné les masses, si l'aitention publique ne se fût pas, le soir du nrèmc jour, détournée de cet événement pour se fixer sur un autre incident, contre -partie de la jonglerie inventée par le coadjuteur^ et reniée par lui dans

autant de verve que 6onm« Céiait Macarin ; Mazarin , qui affirmait qué'ka froniietors voulaient tuer Condé, à la laveur (fa tumulte excité par eux. Excellent moven , sait-il^ de détacher coi]q)létement Monniéur le Prince 4e ses accoiutanoes avec les chefs de la Fronde. Anued^Autriche était diée fsve tes dévotionià ordisaifes

L'auteur

raconter -avi^

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du samedi à Notre-Dame, malgré les bruits de sédition qui étaient parvenus jusqu'au Palais-Koyal. Condé, qui 1 avait accompagnée au retoiir, ne redoutait rien de grave et ne croyait guère à un soulèvement. Le soir, sur le l*ont- Neuf, près de la place Dauphine , des hommes à cheval, peu nombreux , att'edant Timmobilité et le silence, tirèrent, dit-on , (juelques coups de pistolet pour éloigner des curieux qui cherchaient à les reconnaître. A la môme heure, Condé se trouvait encore chez la reine, au Palais-Ro^'al. Comme il allait , pour revenir à son hôtel situé à côte du Luxembourg, passer par le Pont-Neuf, Mazarin envoya Servien, secrétaire d*Etat, lui dire de prendre garde aux gens que Von avait vus embusqués près de la place Dauphine, car sans doute les frondeurs voulaient se venger de l'assassinat commis le matin sur un des leurs. Condé s'apprêta à braver le péril. On le supplia de ne point s'exposer ainsi, et, sur le lieu désigné, on dirigea seulement son carrosse, avec pages et valets, suivi d'un autre à la livrée du comte de Duras. Au milieu du Pont-Neuf, une décharge de mousqucterie assaillit les deux voitures, et blessa mortellement un laquais du comte de Duras, pendant que La Boulaye, posté dans la chambre d'une femme publique, observait tout à son aise. Cet événement absorba le coup de Guy-Joly.

Mazarin obtint plus de succès que Gondi ; il était plus habile metteur en scène et imaginait des faits plus vraisemblables. Aussi, dupe des subterfuges du cardinal, Condc entra en fureur contre les frondeurs. Le lendemain de l'affaire du Pont-Neuf ( 12 décembre), tout Paris apprit € que le coadjufcur et le duc de Beaufort avîiient voulu enlever la personne du roi, le mener à riIôtel-de-Ville et massacrer Monsieur le Prince ; qu'ils agissaient de concert avec les Espagnols qui s'avançaient vers la frontière. » Le 14 , Condé présenta requête contre « ses assassins. » Un procès s'ensuivit, digne pendant de celui que Guy-Joly avait intenté aux mazarins^ et dans lequel les interrogatoires dévoilèrent l'exacte vérité. Charton, Gondi, Beaufort et Broussel furent entendus, et, après conclusions prises, les trois derniers furent accusés. Dans leur effroi, madame

de Hontbazon et le dac de Beaufort avaient prépare leur retraite àPéronne, près de Charles deMonchy, maréchal d'Hocquinconrt , oui y commandait. D'Hocc^u in court était dé jà fort opposé à Monsieur le Prince, et il était Tintime de mesdames de Chevreuse et de Montbazon. On avait conseillé au coadjuteur de chercher, lui aussi, un asile loin de Paris ; mais Gondi se proposait d'autres échappatoires » car une intrigue manquée ne nouvait décourager son ima^inative. Quant à madame ae Montbazon et à Beaufoi't, Montrésor calma leur panique et leur persuada qu*il fallait^ au lieu de fuir, marcher tète levée, faire bonne mine, afin de contenter les bien intentionnés.

Pourtémoins, dans son procès, Condé n'avait que des hommes sans moralité, — un certain Canto, condamné naguère à être pendu à Pau; Piclion, roué en effii^ie au Mans; La Comète, Marcassar et Gorgibus, filous de profession, tous munis, par-dessus le marché, de brevets d'espionnage signés du roi et de Le Tellier. C'était la première fois, remarque Henri Martin, qu'il était question en France a d'agents provocateurs, » et l'innovation fait peu d'honneur à Mazarin. Aussi, avec quelle horreur on parla de Monsieur le Prince chez les frondeurs, et même chez beaucoup de mitigés! Gondi sut se défendre avec adresse. « ?]st-il possible, messieurs , termina-t-il, qu'un petit-fils de Henri-le-Grand, qu'un sénateur de l'âge et de la probité de M. Broussel, qu'un coadjuteur de Paris, soient seulement soupçonnés d'une sédition où l'on n'a vu qu'un écervelé, à la tête de quinze misérables de la lie du peuple ! Je suis persuadé qu'il me serait honteux de m'étendre sur ce sujet. Voilà, Messieurs, ce que je sais de la moderne conjuration d'Amboise. »

Non-seulement le discours produisit un immense effet sur l'assemblée, mais les dernières phrases, partout colportées, charmèrent la population parisienne, qui s'en* ttiottsiasina aussi d*unç n^iuâte de Broussel récusant Matthieu Holé comme ennemii des accusés. Dans cette requête, on lisait notamment : « Le premier président a témoigné une haine mortelle ooi^tre ceux qui ont été nommés sy ndhcs des rentiors^ fl les a traités de séditieux, et sa passion a

paru si grande, qu'en plein bureau de riIc)(cl-dc-Yillc, il a dit, en présence de plusieurs personnes , ([ue les syndics voulaient faire une charnière des Coniinuncs. )> Chafjue fois que Ton s'assemblait au Palais, le public se mettait a crier, quand passait le roi des halles : Chapeaux bas! c'est M. de Bea'(/ort/ Vive Beaufort! Vive Brom^sel! Les frondeurs avaient toujours de chaudes sympathies dans les masses. Dans les enquêtes, même, quelques membres insultèrent le premier président, auquel ils reprochèrent d*avoir reçu trente mille écus de rente pour vendre la compagnie à la CoQr(^i» décembre). Matthieu Molé se plaignit au duc d'Orléans de ces insultes; mais le coup était porté, et les clameurs les plus violentes poursuivaient a la grande barbe. »

Les fêtes de Noël ayant interrompu la procédure , Gondi profita de l'occasion pour aller prêcher sur la charité à Saint-Germain-l'Auxerrois. Il y obtint un succès de larmes, une ovation populaire. Le parlement rentra bientôt en séance (27 décembre), et le coadjuteur se pi ésenta de nouveau devant ses juges, plein d'assurance, luxueusement escorte d^iilleurs par une foule de gentilshommes, de bourgeois et de peuple. Ce procès ressemblait fort à une mêlée : on se coudoyait de part et d'autre, on s^inju riait, on se battait. Il y avait peu de conseillers ou de présidents qui n'eussent des poignards sous leurs robes. Chacun, enfin, se munit d'armes; Gondi le premier mit un jour dans sa pocho un poignard, si mal caché que Beaufort, qui en voyait passer la garde, dit gaîment à des officiers de Condé ! « Voilà le bréviaire de M. le coadjuteur! »

Malgré Broussel et sa requête de récusation, imprimée et distribuée dans Paris, Matthieu Molé demeura juge, à la majorité de 98 voix contre 62 (4 janvier 1()50). Ce n'étaient qu'incidents sur incidents, requêtes sur j equêtes, conclusions sur conclusions. Les frondeurs n'avaient rien à gagner à ces lenteurs judiciaires, sinon le découragement do Condé qui se voyait à la veille de perdre le plaisir de la vengeance. Nul doute que Gondi, Beaufort et Broussel ne dussent être absous. Les témoins à brevet ne tardèrent p^is à prendre la fuite. Tous les magistrats étaient convaincus de l'innocence des accusés. Mais Monsieur le Prince dcman-

lit mSTCWB* AUBCDOnriQUE

(lait qu'on éloignât de Paris Gondi et Ii( aufort sous quelque prétexte honoi aljle; la princesse douairière de Condé trouvait bien insolentes les prétentions de ces deux hommes de rester dans la capitule, quand son lils les en voulait faire sortir. Pour Anne d'/Vutriche, elle s'é^ayurt de voir Condé aux prises avec les frondeurs, car ces dissentiments ménageuient à son autorité uae sorte do résurrection.

DE LA mOKDE U3

Gondé brouillé avec les fsosdeurB. — Les amours da marquia da Jané. — ékjgiit madame de Beauvais. 7- Couplet sur Jac»é« ^ Conclaïte de Monsieur le Prince envers U Cour. — ]tf aifagii du due de Ricboligu et de « la laide Hélène, n ^ Pensé^es de Yen** ' geaoce cbez Anne d'Autriche/^ Gondi change ^e front. — Gas* * ton et mademoiselle de Soyon. — Gondi supplée la Rivière. — liitri;iues de madame de Chevreuse. — Gaston abandonne Condé, Amestation de Condé, de Conii et de Longueville. — Détails» — Grand bruit dans la presse et feux, de joie. — Pamphlets. *^ M IlLetour da piinee de .Condé daoi le ventre de et mère, n — L*P,, nXUAixm 4tM. i9 BêomforL Jiiesseae. — Condé plaîsantto m Çadêi-la-Pfrt$. — SAuve'*^-pAu1; panni les ehefii dt la Fronde.

•^Pa 4 janvier 1650 1» janvier 16fS0, — *

Monsieur le Prince est brouillé avec les frondeurs : que . faut-il de plus à Mazarin, ministre observateur de la maxime : Diviser pour régner? Son but est atteint. A quoi bon pousser les choses trop avant contre les frondeurs, et surtout contre le malin Gondi, dont on se peut servir ? Laisser Condé dans risolement, le voir se ])erdro par orgueil, et, dès qu'il passera les bornes, le traiter en ennemi déclaré, voilà le chemin qu*il convient de suivre. Mazarin a tendu ses iilets... Encore un peu de venir s'y prendre.

Condé, on le sait, avait la rage dans le cœur contre Mazarin, à qui chacune de res victoires profitait; Condé se liarurait que Xabbaie Mazarini l'avait perfidement envoyé à Lérida pour s'y casser le nez, dit Michelet. Il se rappelait qu'un soir, ])endant qu'il assistait à une comédie, un impertinent s'était permis de siffler, avait failli être empoigné pour ce fait irrévércnt, et s'était dérobé aux poursuites, en s écriant avec malignité : cr On ne me prend pas... Jo suis Lérida. » Condé avait connnencé des intrigues, et; à la prcnîière occasion qui lui servirait de prcic^tte, ii devait

tpmps, et le jeune hon

444 niSTOIIlE AiïrâxmouE

rompre la pla^o, La RivitVre ci Jarzc étaient ses deux rs; i(Mis, près de Gaslon ifOiicans et d'Anne d'Autriche. On parvint cependant à bi'ouillcr la UiviÎM-c avec le duc son maître ; et Condé, vers la fin de son procès, éprouva rcITct (les mauvais vouloirs de Gaston. Do plus, la reine ayant appris, par les conlidonccs de Jarzé, les gorges-chaudes que Monsieur le Prince faisait avec ses amis, chassa la complaisante dame de Beauvais, aui soutenait le marquis dans ses chimères. Madame de fecauvais, vieille, laide, avait cherché à se rendre Jarzé favorable, en lui promettant SCS bons offices. Notre amoureux l'avait comproraisç : pendant un séjour en Brie, ne s'était-il pas avise d'écrire à la femme de chambre pluâîears lettre^, avec Tintentioii que ces lettres fassent montrées à la reixse \ M azàrin était piqué de tons oe» manèges, et, d'après son. désir formely madamie de Beanvais reçut Tordpe de s'éloignor;

Quant au marquis de Jarzé, revèou à Paris,..il alla droit an Palâis*Royal, où il affîcha sa présomption. Anne d'Ao* triche ne Teut pas plus tètaperçu , qu'ello rapostroplia aigrement et brusquement. Grande lut la déception de wzé, jusqu'alors traité en amoureux comique, ayec forée badinâmes. Le marquis, appelé par' m&dame de Motteville c le moins sage de tous les nommes, r> entra dans le cabinet de la reine, t Vraiment, monsieur de iarzé, a'écria .aussitôt celleM;!, vous êtes bien ridicule, on me dit que Vous faites l'amoureux. Voy«z un peu le joli galant! Si vous n'éties connu fou à marotte, Ton yotis jetterait par les fenêtres; mais je vous commande de vous en aller chez vous pour vous faire panser. En vérité, j'ai pour vous de la pitié. Il fau- .droit vous envoyer aux Petites-Maisons. Mais il ne convient pas de s'étonnfM* de votre folie : vous tenez de race. » Allusion auroaréclial de Lavardin, p;rand-pcre du marquis, autrefois nmoarenx de Bfarie de Médicis, et repoussé avec perte.

Cette leçon avait été combinée avec le cardinal. Le pau- Vie Ja}7c, selon madame de Motteville, fut accai)lé de ce coup de fondre. Il n*osa rien dire pour sa justification. Il sortit du cabinet en bégayant, mais plein de trouble, pâle et défait. "La collection de Mauropas renferme ce couplet l'air dç la DiabkisCf atti'ibuc à Maj-ignj :

JDE LA mONDC '

Jarz^, fais-tu la cour, on Pftmoiir A cette main fuite an toar, - - Quoi que lasse Ton audaco • IJn autre a pris ta place, - Cheval, Ke Mis-to <|iM ce cavdiiMl Ne toufTiin jamais de ii?al.

Jarzé, ainsi éconduit, raconta sa mésaTentore à Condé.

Celui-ci trouva hautement manyais que, sans ayisdesa part, Anne d'Autriche eût osé gourmanaer le rival improrôé de Mazarin. Bon gré, mal gré, il fallut aue la reine consentit à revoir Jarzé, à lui accorder le parclon de ses témérités.

Des querelles de tabouret, envenimées par les façons despotiques de Monsieur le Prince, qui se mêla aussi du mariage clandestin du jeune Richelieu avec madame de Pons^ froissaient d'ailleurs vivement l'esprit de la reine.

Entrons dans quelques déiails sur cet épisode du genre amoroso-politique. Armand de Vignerot, duc de Richelieu, pclit-ncveu du célèl)re cardinal, héritier de son nom et de sa fortune, avait été placé sous la tutelle de la duchesse d'Aiguillon. En 1650, le duc de Richelieu atteignait sa vingt-et-unicme année; il commandait le Havre-de-Gràce. La (kichesse d'Aiguillon, veuve sans enfants, reportait toutes ses affections sur son jeune neveu, qu'elle cherchait à établir d'une façon splendide, et pour lequel elle avait arrange un mariage avec mademoiselle de Chevreuse, — parti brillant entre tous. Mais elle était l'amie d'Anne Poussard du Vigean, qui avait perdu depuis 1648 son premier mari, Fi'ançois d'Albret, comte de Pons. Madame de Pons ne possédait point de fortune, n'était plus jeune, et paraissait moins que belle. Pour l'esprit, pour la coquetterie, elle y excellait ; et, en vérité, cela tenait de famille, car mademoiselle du "Viçean, sa sœur, avait inspiré à Condé, quand il était duc d*Lnghicn, une passion telle, que le héros, en la' Quittant pour aller commander la guerre de Flandre» en 1646, se trouya m^l devant toute la cour. Maddme de Pons, recevant les assiduités du duc dé Ridielieu, ne sembla

niSTOlRB AtfECIK>TIQUB

pas danftereuse à la duchesse d'Ai^riiillon. Bien imprudemment, celle-ci dit un jour à son amie : a Je souhaiîrrais que cet enfant devint assez honnête homme pour être amoureux de vous. » — « Prenez-y garde, ré|:ondit en riant madame de Pons ; je vous avertis que s'il me parlait (ramour et voulait devenir mon mari, je n'aurais pas le courage de le refuser. » VA la duchesse d*AigiLillou, à ces mots, rit plus fort ; elle plaisantait sur une chose prise au sérieux par la veuve, si hien que, peu après, croyant sa conscience dégagée par suite des imprudentes paroles de madame d'Aiguillon, madame de Pons toléra, encouragea, attisa sans doute la passion naissante du duc de Richelieu. Au bout de quelques mois, le jeune homme caressa volontiers la pensée d'é|)ouser l'amie de sa tante, tout en ne détestant pas, assurément, la charmante mademoiselle de Chevreuse qu'on lui destinait. Ses indécisions, ses perplexités croissaient de jour en jour. Mademoiselle de Chevreuse était si belle! Madame tle Pons était si persuasive ! Malgré le surnom de « laide Ik lène » que les courtisans donnaient à cotte dernière, la moindre chose pouvait faire pencher la balance en sa faveur, car le duc avait un caractère faible et facile à influencer. • - '

Déjà, par le fait de madame d* Aiguillon, les préparatifs dtt mariage de son lieveu avec mademoisclie de Ghèvrease sont commencés; déjà le jeune Richelieu se décide à suivre les volontés de sa tante, qu'il craint de mécontèntèr. Adieu les beaux projets de la «r laide Hélène ! » Mats une question de politique se mêle à tout ceci.'Madame de Pons trouve de puissants auxiliaires dans Condé et dans madame de Longueville, son amid. Si madame de Ponà épouse le duc de Richelieu, celùi-^ se brouillera avec sa tante. C*est à merveille. Par ce mariage, le gouveitiemènt du Ifovre-Kie« .Giîce est enlevé au parti de la reine, et voilà le duc de Longueville qui devient maître absolu de la Normandie. Il n*y a pas un instant à perdre. Monsieur le Prince conduit un jour Richelieu, encore hésitant, à Try e (Picardie, Oise), magnifique château de la duchesse de Longueville, ou madame de Pons Taprécédé.^Puis, sans autre formalité, le mariage es4 céiéhré, en présence de Cmié el des» som.

DE LÀ FRONDE U7

jouant les rôles de père et de mère. Le lendemain, les nouveaux époux partent pour le Havre, et « peu s*cn faut, observe un contemporain, que cette union ne cause autant de maux aux Français que celle de Pùriset de la belle princesse de Grèce en fit aux Troyens. » La duchesse d'Aiguillon, en apprenant révéncment, s'irrite au suprême degré; madame de Chevreuse ne se contient pas d'indignation. Anne d'Autriche partage leur ressentiment, et en- Toic au Havre des courriers pour empêcher qu'on y reçoive le duc de Richelieu. Monsieur le Prince, de son côté, envoie dans la même place des messagers, avec ordre de jeter dans la mer, avec une pierre au cou, les gens qui se présenteront de la part de la reine, et bientôt il paraît au Palais-Royal, 011 il raconte avec une gaîtc blessante, avec une hauteur sans pareille, les aventures de la noce clandestine. Anne d'Autriche lui déclare que la duchesse d'Aiguillon fera rompre ce mariage, à cause de l'extrême jeunesse de Richelieu. « Une telle chose, accomplie devant des témoins tels que moi, ne se rompt jamais, » répond Gondé plein d'assurance. Et la reine concentre encore sa colère.

Mais, par ses ordres, de Bar, qui commande au Havre pour la duchesse d'Aiguillon, ne livre pas la citadelle au duc de Richelieu; de plus, il persuade au nouveau marié, dont l'esprit est si tendre et si facile, de conserver la place au roi, de se détacher des intérêts de Monsieur le Prince, et d'écrire à Anne d'Autriche une lettre d'excuses, qui ressemble fort à une demande de pardon et à un serment de grande fidélité pour l'avenir. Les projets de madame de Longueville et de Gondé sont déjoués; le gouvernement de la Normandie entière leur échappe.

Au lieu de pousser le parlement à venger Condc, Anne d'Autriche ne se contint plus devant les insolences du héros deRocroij qu'elle résolut d'acciibler en s'unissant aux frondeurs, en tenant des conférences avec Gondi, que Mazarin embrassa.

Gertains de voir la Fronde parlementaire rester neutre, et mettant à profit la vieille jalousie de Gaston d'Orléans contre Gondé, Anne d'Autriche agit à l'égard de celui-ci comme elle avait agi en 1648 à l'égard du parlement. Elle

HISTOIKE àNEGDOTIOUE

vengea Mazarin, non sans quelque imprudence apparente, mais avec énergie, d'après la nature de son caractère, et avec raison, car s:i position vis-à-vis de Monsieur le Prince était devenue intolérable. Une adroite plaisanterie du cardinal sur la bonne figure que ferait Gondi en manteau rouge, répée au côté, un cliapeau à plumes sur la tête, dissipa les soupçons de Condé, instruit des visites faites à la reine par le coadjuteur, déguisé en cavalier (2 janvier 1050). Décidément, Monsieur le Prince ne s'entendait guère aux ruses de lapolitique. N'eût-il pas dû comprendre que la Cour changeait de front, qu'elle l'avait laisse se débattre seul avec les frondeurs, pour choisir après la lutte entre les combattants? N'eùt-il pas dû craindre que les haines nouvelles ne l'emportassent sur les anciennes? N'eûtil pas dû prévoir la défection de Gondi, personnellement ravi d'être « compté pour quelque chose » dans les événements qui se préparaient, lui qui à différentes reprises avait été c compté pour rien? » Gondi, tout brusquement^ se donna à la Ck)ur, non pas seulement dans Tespérance de devenir cardinal, mais au prix de faveurs accordées à ses apis, faveurs dont la plus considérable devait être Toe* trot de Tamirautéau duc de Vendôme, avec la survivance à Beaufort. Il tenait dans sa main le roi des halles, satisfait du marché; il put promettre sérieusement quePaiis l'esteratt tranquille, si Mazarin osait tenter un coup hardi* . U s*agissait d'emprisonner Condé, Conti et Longueville* Grosse afiliure, assurément, en rapport avec le génie aventureux du coadjuteur^ mais capable d*éffrayer Gaston d*Or- Jéans, dimt cependant le concours était nécessaire. Madame de Chevreuse se chargea de sonder l'oncle du roi, a qui avait inclination peur elle, » a écrit Gondi. Gaston, fort peureux de sa nature, tremblant toutes les fois qu'il venait .au parlement, et, dans de certains Jours, ne pouvant absolument pas y être mené, tant il éprouvait ce qu'on appelait ( les accès de la colique de Son Altesse Royale, » écouta la foule des arp:iiments présentés par madame de Ghevreuse; il goûta surtout celui qui montrait Paris exposé à mille sop» tes de troubles, et mis à feu et h sang. On le brouilla en outre avec La Rivière» en profitant des mayeus qu'ol&ait pour

cela une intrip;ue d'amour entre Gaston d'Orléans et mademoiselle de Soyon. La belle 803*011, par repentir ou par caprice, s'était tout à coup jetée dans un couvent de carmélites, oii elle avait longtemps résisté au violent désespoir de son amant. A force de supplications, celui-ci avait obtenu de sa maîtresse qu'elle revint au palais du Luxembourg, à condition d'y porter l'habit du cloître et d'y continuer les austérités religieuses. Un pareil traité ne pouvait sortir son plein effet, comme on le pense bien, et mademoiselle Soyon accepta de fréquents tète-à-téte avec Gaston. Parfois elle se montrait soumise aux exigences de cet amour, et assez souvent elle tenait rigueur, en disant qu'elle agissait d'après les bons conseils clel'abbé de La Rivière. Le duc d'Orléans finit par s'irriter contre « les morales » de son favori, et, ayant reçu par écrit du coadjuteur la promesse qu'il remplacerait La Rivière, il lui abandonna toute la direction de sa conduite. Gondi exploita aussitôt l'amour du prince, comme madame de Chevreuse avait exploité sa poltronnerie. Mademoiselle de Soyon, devenue dame d'atours de Madame, par l'éloigncment de l'abbé de La Rivière, se lia entièrement à Mazarin. Dominé par sa jalousie contre Condé, par l'une de ces implacables jalousies que fait naître la gloire d'un homme vraiment supérieur au cœur d'une nullité titrée, Gaston enti*a dans les projets de la Cour ; il abandonna Condé, qui eut à peine le temps de connaître cette défection. Après huit jours de préparatifs secrets, d'amabilités feintes prodiguées par Mazarin à Monsieur le Prince, on procéda à l'accomplissement de l'acte prémédité.

C'était le soir du 18 janvier 1650, au Palais-Royal. L'heure ordinaire du conseil approchait. Anne d'Autriche renouvelait presque la scène de l'arrestation do Reaufort, où elle avait pleuré, et, pour dissimuler son trouble, se plaignait d'un fort mal de tête. Elle s'était jetée sur son lit, au chcvetduqucl s'assit bientôt la princesse douairière deCondé, qui avait le privilège de la voir à toute heure, et qui lui adressa mille gracieuses questions sur son indisposition. Peu après Condé lui-même, à qui Mazarin avait tiré, sous un prétexte, sa signature pour une arrestation, entra dans la chambre et se plaça dans la ruelle du lit de la reine,

150 HISTOIMS àNECDOtlQUE

qu'il quitta après quelques insignifiants discours. De là, il passa dans le petit cabinet donnant entrée dans la galerie du conseil, s'entretint avec ^lazarin, discuta aigrement avec La Rivière, et, toujours hautain, absolu, emporté, attendit pendant plus d'une donii-hcure le prince de Conti et le duc de Lontiiieville, avec lesquels il ne tarda pas à êti*e introduit dans la galerie du conseil. Mazarin, au lieu de les suivre, prit l'abbé de La Rivière par la main, et lui glissa tout bas à l'oreille : « Repassons dans ma chambre, j'ai quelque chose de conséquence avons dire. » Le cardinal, fort occupé de son dessein, et l'abbé, auquel cette retraite extraordinaire annonçait un gi ave événement, s'en allèrent ensemble. Pendant ce temps Guitaut, capitaine des gardes de la reine, arrêtait Condé ; Comminges, lieutenant, arrêtait Conti; et Gressi, enseigne, arrêtait Longueville. J^azarin s*était Gompitt à mèlor une force à tout ceci, car Omàé ayaît signé lui-fluéme sa propre arrestation. Un car« rosse devait conduire les trois pnnees à Vincennes.

Aussitôt, un gentilhomme, Bout^ville, passant à toute bride sur le pont Notre-Dame; eria au peuple que l'on ye>« sait d*anrèler le roi des Halles. Â cette nouvelle, on prit les armes. Mais Gondi les fit poser un moment après, en marchant par les mes, eveo cinq on six flambeaux devant lui. Beaufort premenade méme,et les Parisiens, voyant qué leur héros était sain et sauf, passèrent de l'inquiétude la plus somb)*e à la ])lu8 bruyante Jubilation» Us allumèrent

Sartout des feux de joie, et Boutteville euti peine letempa e se dérober i la fureur de la multitude qu'il avait abusée

£Dr une fausse nouvelle. Gondé était si ùniveorsellement aï! Le duc d'Orléans, n'ayant plas de frayeur une fois le coup d'Ëtat réussi, manifesta son contentement par ces paroles : « Voilà un beau coup de filet; pn vient de prmàtû un lion, un singe et un renard, »

Les libellistes ne restèrent pas muets. L'un publia le Mé^ dt véritable de ce qui s' fit . passé à l'emprisonnement des princes, pièce dialoguée, ssez plaisante, où parlent Condé, ie roi, la reine, le cardinal, le Parlement, et Paris enfiiï} un autre entonna le Te Deum général de tous les àùns Fran^*

(uîf sur la prits dp MM^ fsi ptimm un aulrt relftla U

joooie '

Êwffiet 4a hk foriwnê dmmé ou prinm 4» Candi* Un auiro 8*écria :

Enrag» •& ta formnr} m^s aoyéâaïkt to bftft.

Dans le Coup de foudre^ ou TEcho du bois de Vineenncs» on remarqua ces vers sur les incarcérés :

Si quelqu'un lear ouvr ? In porte.

Je veux que le diable l'emporto, £t que i'ci>tatier saint Martin

Le tounnœte toir et nuitin*

Le BjÊUwrdu prince de Condé (fana h penire de sa mèrê renferma cette allusion à la naissance du grand général né dans le château même oà on l'enfeormait :

Ce fier torrent, dont It ng» et Tenvie RavBgeaieiit tout sans ordre ni raîsoiiy

S'est englouti dans la même piiSM Où il avait reçu ïw et U vie«

Condé, d'abord effrayé de son arrestation, qui lui parais* sait c< sentir bien h'S États de Blois, » se montra promptement calme et insoucieux, gai même en apparence. « Amis! cria-t-il aux gendarmes et aux chevau-legers qui l'escoi'taient, ce n'est point ici la bataille de Lcns ! » Se rappelant l'habileté avec laquelle Beaufort s'était évadé, en 4648, il répondit à quelqu'un qui lui oOrait Tlmitation de Jésus- Christ, pour charmer les ennuis de sa captivité : — t Non," non, rimitation de M. de Beaufort. »

Quand les trois princes furent arrivés dans la chambre qu'ils devaient occuper, ils n'y trouvèrent point de lit pour coucher, et ils passèrent la nuit à jouer aux eartes.

Le comte de Miossens avait été chargé de mener Monsieur le Prince à Vincennes. La voiture du prince s'étant, dit-on, briséeen route, « voilà une belle occasion pour un cadet de Gascogne », insinua Condé à Miossens, qui lesta fidèle à la reine et reçut plus lard, pour récompense, le bâton de maréchal. Miossens, à qui Mazarin avait promis cette dignité, rencontra le cardinal sur le Pont-Meuf, Tar^ ■

4«Sh fllSTOXEE àNECDOTlOUE

rèta, lui promit à son iour cent Coups de bâton, 4^ la bonne heure, dit Hazarin, voilà qui est parler! » Et la no— niination deMiossens maréchal é Alhret fut signée.

Gondé, le précieux prisonnier» ne tarda pas à être trans* fâré à llarcoussiSf puis au H&yre, sous la garde du comte d%rcourt, de la maison de Lorraine» surnommé Cadei-ia^ Perle y paixe qu'il portait une perle à Toreille. Gondé, placé dans la même voiture que le comte, fit cette chanson longtemps répétc&pai* le public :

Cet homme ç^tos et court

Si fameux dans l'histoire,

Ce grand comte d'Uarcourt,

Toat nyoBnantdt gl^ra»

<}iii «eooanit Casai et qui teprit Turin, Ett âaveim xaoora do Jolei Masaria.

Autant Condé supporta avec fermeté, et Ton pourrait dire avec gai te, sa disgrâce, autant Conti £t Longueville, le premier faible de cori)S, le second déjà vieux, tous deux inférieurs à leurs rôles, tombcrentdans rabattement. Gonti, pour passer le temps, se mit bientôt à apprendre le métier de sorcier, et à évoquer le diable : son frère s'en amusa. Longueville, lui, se recueillit et médita sur les vicissitudes delà politique.

Le parti nobiliaire de la Fronde fut d'ailleurs rudement frappe. La duchesse de Longueville se sauva dans le carrosse de la princesse Palatine, avec le prince de Marsilîac; la princesse douairière de Condé reçut Tordre de se retirer à Chantilly, avec sa belle-tille, le duc d'Enp;liien son petitfils, et les enfants de madame de Longueville; des agents mazarins les y gardèrent. Le duc de Bouillon partit poursa vicomte de ïurenne. Il y eut un temps de désarroi parmi les chefs, sans que, néanmoins, les seiîrneurs désespérassent de mener à bonne fin leurs ambitieuses entreprises : ils attisèrent l'esprit de rébellion dans les provinces. Quant aux parlements, ils maintinrent leur association, et, par suite de leur tolérance, sinon à leur instigation, les libelles contre Mazarin et Anne d'Autriche contiuuèrent de pulluler.

D£ LA FROISDC:

DéploTAble état des provioces. — La procession du roi René, h Aix. — D'£pernoD et la ville de Bordeaux, t— Siég« du Château-Trompette. IdQsères de la Gaifnne. — Madame de LongueviUe en Konnandiê. «-'Elle « angine m Tnr^ne, à Steoay. — Soulèvements

divers. — Faits et gestes de la princesae de Condé. — La Conr de Chantilly. ~ Pierre Lenet. — Sanglants épisodes en Guienne. » La Cour du château de Turenne. — Séjour h Bordeaux; plaisirs. — Les vendanges. — Bordeaux traite de la paix. — Les dames da Parlement de Bordeaux aux dames du Parlement de Paris, e^ réponse 4e oelles-cî. — > Entrée et résidence du roi à Bordeaux. <— Evénements de ?aris. — Beqntte ponr la liberté des princes. Vie et mort la princesse douairière de Condé. — Aocnsations.

Mazarin « achète »» Rethel, — • Ressources de Gondi. — Le roi prisonnier; les princes délivrés, — I\îazarin quitte Paris et Condé y «ntre. — Mazarin à Brucl. — Les théatias se dispersent. — • Mort et épitapke de d'Kmer/.

— Du 18 janvier 1650 au 6 avril 1651.

Avant Tarrcstation de Condé, déjà Tétat des provinces était alarmant. Partout licence et anarchie, succédant à la tyrannie fiscale. A vingt lieues autour de Paris, impossibleNde fsdre payer tailles, aides et gabelles. sergents, bonnis dans les campagnes, n'osaient plus se nibntrer : les impôts ne rentraient pas; sur les rives de la Loire, on ven* dait publiquem^ le sel, à-main armée. Le Languedoc et le Dauphiné exigeaient qu'on rendit à lei]^rs Ëtato provindanx le libr« vote de Fimpôt dans sa plénitude; le parlement de Grenoble enjoignait aux; gens de guerre de sortir du Daupbiné, et « toutes les autres provinces travaillaient à leur lîbératiôn, > En Provence, maigre la paix de Saint-

HISTOIRE AI^ËGDOTIQUfi

Germain* le comte d^Alais^ gouverneur, Vavait pas abdiqué c son orgueil furieux et inseusé; il marchait toujours eutironué de ses gardes et emprisonnait les citoyens sans aucune formalité. » Entre cet homme et le parlement d'Aix^ la guerre existait encore. Parent et ami du comte d*Âlais, Condé s*était opposé à sa révocation demandée par les froodeurs- parlementaires. On avait vu Monsieur le Prince» dans ses jours d'hésitation, menacer de c faire périr sous le bâton » les déi)uté8 du parlement d'Aïs arhvés dans Paris pour y plaider leur cause; et ceux-ci avaient pu acheter dans la capitale une estampe <r à Thonneur de Louis de Valois Angonléme, oomle d'Alais % » vers l'époque où^ dftus leur ville» on bafouait rimpopulaire gouverneur.

En eflet, à Aix, le jour de la Fête-Dieu (1649), les habitants avaient introduit parmi les pcrsonnaires de la procession historique dite du roi René, un acteur (jui, par sa taille, sa démtirche et son costume, représentait le comte d'Alais; à ses côtés marchait une femme dans laquelle on reconnaissait madame la Gouvernante ; les magistrats du se-

. mestre suivaient, piteusementaccoutrés ; enfin des paysans, vêtus de robes jaunes, chantaient la /arce ou satire dirigée contre le gouverneur. D'Alais, cruellement oOensé, avait envoyé des troupes contre Aix; le parlement de Provence en avait levé aussi, et un gentilhomme commandait son armée provinciale, dont les enseignes coloniielles portaient ces

. mots en langue latine : Pro pafria mori vivere est (mourir pour la patrie, c'est vivre). Plusieurs rencontres avaieni eu lieu, jusqu'en septembre 1049, où une réconciliation s'opéra entre le parlement et le gouverneur.

L'emprisonnement de Condé mit une sorte de frein au despotisme du comte d'Alais. De ce côté, du moins, rien de grave ne s'éleva plus. Mais si le vainqueur de Rocroi avait soutenu, aimé le gouverneur de Provence, en revanche il avait poureuivi de sa haine le duc d'Epernon, goix- ▼erneur de Guienne, que Mazarin protégeait, comme on protège le père d'un homme à qui l'on veut marier sa nièce:

nous n'avons pas oublié les projets du ministre sur le duc de Candale, ni les fureurs de Condé à ce propos.

D*Epernon et le parlement de Bordeaux ttaient en guerre dès avant le siège de Paris. La paix de Saint-(ierniain n'avait que momentanément suspendu les hostilités; elles recommencèrent, quand le gouverneur voulut élever ça et là des forts sur laDordogne et une citadelle à Libourne. Pourquoi ces châteaux? se demandaient les bourgeois bordelais. Pour abriter la tyrannie du duc , soupçonné de crimes atroces, accusé d'avoir empoisonné sa première fennme, et tellement mal famé, que le bel esprit Bautru fit un livre ayant pour titre : Les beaux traits de la vie de M, le duc d'Epernon, avec le reste du volume en blanc. Interrompus bientôt par un accord entre le gouverneur et le parlement, les travaux furent, peu après, non-seulement repris, mais activement pousses. Le peuple de Bordeaux s'indigna, et, avec permission des magistrats, six mille hommes armés allèrent à Libourne chasser les travailleurs, pour se voir, au retour, tailler en pièces par les troupes du duc d'Epernon. Le combat se termina par un massacre. Les battus furent vertement réprimandés par Anne d'Autriche, qui interdit le parlement, et d'Epernon rentra dans Bordeaux comme un triomphateur (;24 juillet 1649). Triomphe de courte durée, car les Bordelais ameutés dispersèrent spontanément la suite du duc, faillirent s'emparer du duc lui-même, qui pourtant s'échappa sain et sauf du palais do justice où il était venu faire véritier les lettres-patentes d'interdiction.

Or, pendant que des députés étaient partis de Bordeaux pour la capitale, afin de justifier l'émeute et d'obtenir l'appui du parlement de Paris, les magistrats bordelais rendirent un arrêt par lequel, « considérant que des massacres, pillages, ruines, ravages, démolitions de maisons, étaient journellement coînmis par les ordres du sieur duc d'Epernon; qu'il avait été tiré, par ses troupes, plus de quatre mille coups de canon sur la ville, et qu'après tant de désolations réitérées et de fois violées, il serait impossible d'entretenir avec lui la correspondance nécessaii*e pour le service du roi ; il déclarait ledit sieur duc d'Epernon

UISTOIRE ANECDOTIQUE

perturbflteor da repos public^ fiusait inhibitions et défenses à tons gentilshommes et sujets du roi de le suivre et d^exécater ses ordres. » D'Epernon était traité comme son protecteur Mazarin ; les Bordelais suivaient, à distance de lieu et de temps» Tezemple des Parisiens. Troupes levées» général nommé par le parlement, boutiques fermées, attaque ^o<^bre 1649) et réduction du Château-Trompette, rien n» manqua à cette Fronde provinciale» encore plus bénigne cependant (jue la Fronde parisienne. Le Château- Trompette avait capitulé, c Âu moment où la garnison allait sortir» dit la relation du siège, il commença à tomber une pluie si grosse et si importune, qu'il était de tout impossible de demeurer parmi la campap^ne, ce qui fut cause que par courtoisie on laissa la garnison dans le château le }our entier et la nuit suivante. » Malgré ces formes douces, la Guienne était en guerre civile : a on y pillait, violait et brûlait, » assurait un président du- parlement de Paris. € Nous avons vu, disaient les magistrats, égorger les prêtres au pied des autels, violer des filles en présence de leurs pères, et des femmes sous les yeux de leurs maris ; et cela dans l'enceinte du sanctuaire. Nous avons vu le saint ciboire où étaient les hosties consacrées exposé en vente par les soldats que commandait le duc d'Ejiernon. » Ils ajoutaient : a Ce duc a changé sa qualité de gouverneur en celle de désolateur de sa patrie ; il a été assez hardi pour faire battre monnaie à son coin, à la face du parlement. Il s'attribue la qualité de prince ; il exige celle (ÏAliesse, qui n'appartient en France qu'aux princes du sang. Il a fait assommer à coups de bâton un huissier dç la cour qui allait lui signitier un arrêt. » '

Anne d'Autriche voulait (jue Bordeaux rentrât dans le devoir avant de lui rendre justice ; Condé n'aspirait» lui, qu'à voir d'Epernon disgracié.

Les choses en étaient Là, dans le Midi, lorsqu'on emprisonna les princes. La Normandie, où madame de Longuevillè se réfugia d*abord, ne se montra pas disposée à un soulèvement. Mazarin avait fait poursuivre la belle frondeuse qui, voyant ses espérances déçues» s'était dirigée à pied dft Dieppe veA un petit port. Là elle n'avait trouvé

o 1 y GOOC -tf ^

que deux bateaux de pécheurs, et ^'était sans prudence cîiibarquée contre l'avis des mariniers. Tombée à la mer, ayant manqué se noyer, elle revint à terre, prit des chevaux pour elle et sa suite, erra quinze jours durant, et monta enfin au Havre sur un vaisseau anp:laisqui la transporta à Rotterdam. Cette odyssée n'éteignit point l'ardeur politique de madame de Longucville ; notre héroïne traversa la Flandre, et rejoignit bientôt Tiirenne à Stenay, place forte sur la Meuse, dont la prévôté avait été donnée aCondé.

Turenne appartenait alors au parti de la Fronde, comme on sait; il mettait à exécution les menaces qu'il avait adressées à Mazarin, pendant le blocus de Paris, quand il lui avait écrit : « qu'il éprouvait un chagrin extrême de voir . son frère se mêler de ces désordres; qu'il ne ferait jjimais rien contre la fidélité qu'il devait au roi ; mais que le blocus de Paris lui semblait une démarche bien hardie dans un temps de minorité ; et que si le cardinal continuait à ^ traiter le peuple avec tant de sévérité, il ne devait plus compter sur son amitié. » En effet, Turenne était devenu Tennemi de. Mazaiin. Séduit, « englué, » selon Texpression de Michelet, par les charmes de madame de Lcmguevîlle, il se déclara t Ueutenant-général pour le roi» à l'effet d'ol>tenir la liberté des princes, i> après s'être formé un petit corps d'armée composé presque entièrement d'officiers et de soldats des régiments appartenant aux princes captifs, . etlicenciés comme sujets. ^

La Fronde nobiliaire, à son début, eut Stenay pour' (quartier général. Madame de Longueville, non moins ac- . « tiver dans cette ville qu'elle l'avait été à Paris, entretittt i correspondance avec tous les gens du parti, et Turenne agit d'après les inspirations de cettô héroïne, qui publia à Bruxelles un curieux manifeste, pour donner du zèle aux frondeurs de toute la France. Ce manifeste était dirigé J contre la Cour, qui, par déclaration du roi (7 mai 16^), avait regardé madame de Longueville <r et ses consorts » comme criminels de lese-majesté, si, au bout d'un mois, ils n'étaient pas rentrés dans le devoir. On y accusait Mazarin ; d'avoir juré la perte de toute la famille die Gondé. Turenne .

45S HISTOIRK ÂNEGDOTIQUE

leva une armée, et traifa avec les Espagnols dont il obtint des subsides. Bientôt des placards séditieux» por^t son XiQHli furent affichés dans Paris, et un homme qui voulait arracher un de ces placards fut tué au bout du Pont-Neuf.

Cependant, et peu à peu. la noblesse se souleva en Bourgogne, en Normandie, en Provence et en Guiennè, comme auj^ temps de féodaUté. Les deux premièn» provinceSi fi4<blement dingces, se soumirent, a l'arrivée d'une armée royale, devant Mazarîn et le petit roi ; mais la quatrième tint ferme contre la Cour, chose facile à s'expliquer, lors* qu'on sait quels personnages excitaient l^enthousiasme en (juienne, — la princesse de Condé avec le duc d'Enghien, son fils, avec son intelligent factotum, Pierre Lenct, autrefois procureur général au parlement de Dijon. Oui, la femme de Condé, la femme que Je héros avait assez mal traitée depuis la mort de Richelieu, son oncle, s'était échappée de Chantilly (avril IGoO) ; elle avait voulu venger soa mari et conduire le duc d'Enghien à Montrond d'abo]'d,puiâ à Bordeaux, au milieu des amis de Monsieur le Prince. Aussi, surpris de ce dévoùment conjugal, Condé, arrosant des œillets dans le château de Vincennes, dit-il un jour à d'Aleneay, son chirurgien : « Aurais-tu imaginé que ma femme ferait la guerre pendant que je cultiverais mon jardin? » 11 faut savoir que Pierre Lcnet, dont la famille était depuis plusieurs années singulièrement attachée à la maison de Cuntlé, avait redoublé de zèle. Un complot militaire, organisé par lui, alin d'an êter Mazarin au milieu de l'armée, de le prendre pour otage et garant de la libei'té des princes, de s'en défaire même, au besoin, avait été découvert. Avec un tel serviteur, plein de hdélité et de « manœuvre, » aue ne devait-on pas oser eu des circonstances si critiques f

Dans la Cour de Chantilly, depuis l'emprisonnement des

Ï)rinces, on comptait peu de gentilshommes résidents; mais wcnet y attirait tous les jours beaucoup de jeunes ofiiciers, dont les uns venaient prendre des ordres pour la guerre qu^ils pensaient prochaine, dont les autres venaient faire leurs adienx aux nobles compagnes de madame la princes3.e. Ce n'itaieut que visites, promenades, rendez-vous,

mystérieux. eiitretiéiia aoïis des berceaux fleuris ; ce a'éiaient qù*adieux tendres éit amoureuses ^pîires; confideoees qui inspiraienl ioradrigaux et chansons; jalouaîea qui engen* diraient soupirs» ïragrets et élégies. Croyons bien que le sort

des prisonniers occupait médiocrement tant de cenrelles éyaperées, et que les courtisans de Chantilly auraient fini par oublier Condé, Conti et Longueville, si des exprès du s dua de Bouillon n^eussent mandé auprès de lui la prinœsse v « et «on fils, si Lenet, ne aamfiant pas les affaires aux plai- I Mi^AjL eùt interrompu les agréable» passe4emps de cette . oamr surveillée.

Non^ découragé par Vinsucoès dé son complot eontre Msflaùrin, Lenet «'efiSorça d^aViver Ténergie de la princesse ij0^iûàfiàéj puis il essaya de tromper lu vigilimee des agenta^ auîeardinal à Chantilly. On trompa le prinrî[)al espion: cto Mazarin, en supposant que la princesse était mal^e, en lui substituant l'une de ses filles qui lui ressemblait fort, et que l'ou coucha dans une chambre obscure; le lilsd'un jardinier, du même âge que le petit duc d'Enghien, fut mis eu sa place. Voilà comment s'était eiiectuée, à. Vînsu. de la régente, la fuite de la princesse à Montrond.

Bientôt la (iuienne d(|\int un champ de bataille. Bouillon et Marsilhic se rcnffireni avec leurs troupes à Bor- ' deaux, qui résista vigoureusement à l'armée royale et ne capitula que par suite des retards de la flotte espagnole envoyée à son secours. Nous ne pouvons entrer ici dans aucuns détails militaires de la guerre civile ; mais, comme exemple do l'animosité des deux partis, il convient de citer la lin horrible du baron de Canolle, major du régiment de Navailles. Pris par les frondeurs Ijordelais, il demeurait libi ement à Bordeaux sur sa parole. Pendant le siège, et par représailles, quand Anne d'Autriche fit pendre le commandant du château de Vayres, sur la Dordogne, pour avoir « tenu contre une armée royale, » on alla chercher ' Canolle dans une maison où il jouait avec des dames, et on le mena sur le port, pour y êti e pendu. Le baron demanda un confesseur. « Non, répondit-on; il est mazarin, il doit être damné » (août l()oO). Uui s'aviserait de dire, en présence de tels faits, (^ue la Fronde ne présentât pas un

48è hlSTÛi&E AN£;ca)OTIQU£

caraetère'sérieux? Quand deux adveisaîres s*Biit^tiiei^ pour des causes futiles^ leur combat est-il pour cela msÀûs sanglant? Jugeons les évén^énis par les résultats heureux ou déplorables qu'ils amènent, plutôt que par les plans qui les font surgir.

hds taits sérleuxr dans les provinces comme à Paris, se produisaient à côté de frivolités sans nombr»; Ibt pendaisson du commandant du château de Yayres^ et celle du baron de Guiolle, n'interrompaient point les gais loisirs dés courtisans de la princesse de Condé.

Les habitudes contractées dans Chantilly s'étaient transportées dans le château de TurennCf-en .Limousin, demeure trè^ fortifiée, située près de la source de- la Tour* msai» et sur un rodier escarpé. Des fenêtres de ce château, on voyàit les feux des soldats joyalistes, et pourtant on y passait les journées au n^eu de splendides galas ^ avec les divertissements les plus variés. Tout y avait des allures chevaleresc[ue8 : tables perpétuellement dressées dans la sallè principale, oii, quand les potap;es étaient dessérvisj ott portait les santés des héros de la Fronde, en buvant à genoux, dans de grands gobelets à rallemande, le chapeau bas, l*cpéc nue en main, à la libci-^de Monsieur le Prince; protestations fréquentes du duc dci&ouillon jurant de mourir pour Gondé, et de ne point remettre son épée an fourreau tant que les princes seraient empi'isonnés ! Et puis, dans les jardins du château, après les repas, des danses de paysans devant les héroïnes! Chillres amoureux et galantes devises incrustés sur les troncs d'arbres! Entretiens passionnés mêlés aux coiiciliubules avivés par Lenet!

A peine la princesse de (îondé eut quitté le château de Turenne pour venir sur la Dordogne et ;i Bordeaux, qu'avec elle se déplacèrent le plaisir et le danger, réunis. Bordeaux était assiégé. l*]h bien, la population entière faisait des préparatifs de défense, comme s'il se fût agi d organiser une fête. On disposait tout avec gaîté, entrain, galanterie. Les plus nobles seigneurs traçaient, conduisaient les ouvrages, sans cesser de penser aux belles dames, et de les coui tiser. Des Bordelaises titiées portaient de la terre dans des ^uuicrij cni ubaniié^^ mudaïue de Condé mçttait la

main h Tœuvre, et le jeune, due (rEngliieri, ayant le meilleur air sur son \)eiii eheval blanc, se popularisait en visitant les ateliers. Aussitôt que le jour tombait, 3faisillae, en cavalier attentionné, amenait des violons, proth^unit les rafraicliissenients de fruits et de confitures. Un dansait et faisait bonne chère. Sur le tard, la princesse de Cor.dd songeait à regagner son hôtel ; elle remontait dans une élégante galère, aux voiles brodées en or, et chargées de devises, parmi lesquelles la sienne flamboyait : une grenade en feu avec le mot coacta. Elle traversait la Gironde; et quatre ou cinq cents navires de marchands, richement pavoises, l'honoraient de salves d'artillerie à son passage.

Cela charmait les gens de Bordeaux, qui chantaient et dansaient toute la nuit, pour recommencer le lendemain cette existence hybride, jocoso-héroïque.

A vrai dire, le travail devenait nul, le commerce expirait dans la ville, et l'enthousiasme dura autant que la morte saison des afiaires.

Mais, le mois d'octobre approchant, mois des vendanges et des proQts commerciaux pour la ville révoltée, les propriétaires de vignobles, les faiseurs de vins de Bordeaux, ne laissèrent pas que de réfléchir; leur ardeur pour pousser la guerre jusqu'aux dernières extrémités s'attiédit considérablement; bientôt ils ne voulurent plus « que la paix et les vendanges. » La Cour lit des olVres. Après une longue délibération, dans laquelle, au dcsesjioir de Lenet, « les vendanges eurent plus de part que la volonté du plus grand nombre de messieurs du parlement^ » les oîîres furent acceptées. Anne d'Autriche traita (1*' octobre) avec les Bordelais, qui ouvrirent leurs portes, et auxquels elle accorda une amnistie générale.

La princesse de Condé eut permission de se retirer à Montrond, avec son fils, et leurs ofhciers et domestiques ; Bouillon et Marsillac obtinrent le même avantage, ils se rendirent dans leurs terres. Puis le jeune Louis XIV entra dans Bordeaux (5 octobre), avant à ses côtés sa mère, le duc d'Anjou, Mademoiselle, lille du duc d'Orléans, Mazarin, le maréchal de la Meilleraie, toute la Cour enfin. Un arrêt du parlement de Paris avait supplié le roi de par-

4611 lilSTQia£ ÀNECDOTIQUfi ,

donner à la tUIc de Bordeaux» et Louis XIV^ dès fUm entrée, avait en euet pardonné.

L'inienrention dn parlement dje Paris dans lea jEtiRifaiBs de Guienne inspira aux dames dû parlement de Bordeskiîx

S ^6 seplemtire 1650) Fidée d^envof er une lettre aux dàfties lu parlement de Paris. Toute nmagination gasconne y brfllait. Les Bordelaises disaient, entre autres choses : « Nous nous servons des plumes de nos Masques pour vous écrire» encore eût^ce été avec le sang de nos ennemis, sans que Tos yeux, remplicide douceur, eussent été blessés de ceKe peinture. > Ëlles racontaient les troubles en détail, exal-» talent les vertus guerrières de leurs maris, et faisaient des vœux pour que tes dames du parlement de Paris, imitant r^ntiquité, c prpnonQasscnt elles-mêmes, les oracles de la justice, » car alors, ajoutaient-elles, cil ne faudrait plus d'avocats; chacun voudrait vous parler et voir la majesté de vos visages. Par un mépris, par un dédain, tous châ^ ^ tieriez plus les coupables que par les bourreaux et les sup- " plices. Qu'il serait beau de voir toutes les parties également satisfaites des arrêts qui sortiraient de votre bouche ! Il est vrai qu'il y aurait lieu de craindre de voir les plus innocents chercher à devenir coupables, pour être vos prisonniers, et ceux que vous voudriez mettre en liberté, refuser de sortir de vos prisons qui auraient pour eux tant de charmes ! d Les dames du parlement de Paris, flattées par cette épitre jm^'icim, ne deuicurcrent pas en reste de politesse; elles répondirent on ne peut plus galamment à € leurs sœurs » du parlement de Bordeaux, à qui elles donnèrent le titre « d'illustres amazones. » Cela sentait son Scudéri tout pur; cela s' accorde bien avec Timportance du rôle des femmes dans la Fronde; cela nous montre tout le cas que le sexe faisait de Fliéroïsme de la prii^ccsse de Condé et de madame de Lungueville. v

Le cardinal espérait sans doute aue l'entrée triomphale du roi dans Bordeaux amènerait des résultats détiiiitifs ; un Te Ikum en musique fut chanté dans l'église métrt)politaine, après que rarclievèque eut adressé une belle iiurangue à leurs Majestés; le parlement bordelais alla visiter la rûiae^ le octobre, rUotel-de-Viik donns^ uu

bal splendide. Louis XIV, pour s'attacher le cœur des Bordelais, montait quelquefois à cheval, et, accompagné d'une cour brillante, se promenait fréquemment sur le port et dans les principales rues de la ville. Chacun d'admirer Tuir majestueux du jeune roi, de raccueillir avec des vivats, de lui souhaiter mille prospérités; Mazarin seul trouvait devant lui des visages soucieux, des gens prêts à l'invectiver. Louis XIV paraissait se plaire à Bordeaux, où il resta dix jours, d'où il partit dans une ravissante galère pour Blaye et Paris.

Emerveillé de la réception faite à la Cour par les Bordelais, le cardinal ne doutait pasque le séjour de Louis XIV à Bordeaux ne dut suffire à calmer la Guienne, commo le vojage d'Anne d'Autriche à Rouen, en février, avait calme la Normandie, comme la présence de la Cour au siège de Belle^*-arde, en mars et avril, avait calmé la Bourgogne. Mazarin se trompait fort, et, selon les expressions de Retz, ce le bonheur lui montait trop à la tête. » Le traité conclu avec les Bordelais ressemblait au traité de Saint- Germain. « Ne vous mettez pas en peine, madame, avait dit un bourgeois de Bordeaux à la princesse de Condé, lors des préliminaires, nous recommencerons après vendanges. » A peine les raisins eurent été mis dans les pressoirs, que la politique reprit le dessus et succéda au culte des intérêts matériels, dans l'âme des Bordelais.

Le jour où la Cour rentrait à Paris (15 novembre), Condé, Conti et Longueville étaient dii'igés de Marcoussis sur le Havre : ils avaient séjourné environ trois mois dans le donjon de Marcoussis, ou ils avaient été transférés le 28 août. Mais au moment même où le cardinal croyait ti iompher, les vieux frondeurs, par le fait de Gondi, s'unirent aux partisans des princes. Saint-Eglan, gentilhomme du duc de Bcaufort, avcit été assassiné (â9 octobre) dans la rue S;iint-Honoré, par une douzaine de voleurs. Cela donnait lieu à mille conjectures. On accusa Mazarin d'avoir voulu faire tuer le roi des Halles, dont le carrosse était occupé par le malheureux Saint-Eglan. On s'était trompé,disaient bien des gens ; les assassins avaient cru frapper Bcaufort.

464 mST(HRE AN£iCDOTIQUE

Certains faits avaient été les avant-coureurs de l'union des deux Frondes. En août 1650, le duc d*Orléans avait été traité de ce mazarin y> dans la grande salle, au Palais, sans doute parce que la régente FAvait investi, ensçn absence, du gouvernement du pays an nord de la Loire, Par suite des affaires de Guienne, on avait craint une émeute au Palais, où Ton aeceptait la cause irordelaise avec une sorte d'én^ousiasme. Dê^ conventions furent signées et suivies. d*un traité général auquel Gaston d'Orléans adhéra le dernier, après qu*on Tout traeué entre deux portes, après* qu'on lui eut, comme par force, ïnis la plume à la main» Une pareille coalition contre Mazarin. suffisait à contrebalancer la victoire que celui«ei avait obtenue sur la noblesse . frondeuse de Bordeaux. Lea magistrats de (a grand*chambre portèrent dans un baàquet, le jour après la St-Martin» « la santé de ceux qui assistaient Tannée précédente à pareille fête. D Ils désignaieut Condé. Une requête de sa femme, tendante à la mise en liberté des princes, occupa les compagnies (fin novembre et 7 décembre). De plus, "la mort de la princesse doiiairière de Gondé,à Gbàtillon-sur-Loing^ (décembre), servait lacause des augustes prisonniers ; bien des gens pensèrent que la mère de Gondé et de Gonti, qu^ la belle-mère de Longueville avait succombé sous le coagrin. C'était une supposition gi atuite, car si la princesse ne mourait pas de vieillesse, puisqu'elle n'atteignait que sa cinquante-septième année, encore devait-on se rappeler les agitations de toute sa vie, Charlotte-Marguerite de Montmorenci avait brillé à la cour dès l'âge de quinze ans, au point de tourner la tête au Béarnais, Henri IV; son père l'avait destinée h Bassompicrre, et celui-ci, malgré le goût qu'il ressentait pour sa future épouse, avait renoncé au mariapre, par condescendance aux projets du roi. Sully gourmaudait fort Henri IV à propos de sa passion violente pour mademoiselle de Montmorenci, mais, nonobstant les conseils du sévère ministre, le Béarnais maria la belle demoiselle avec le prince de Condé, « pour abîiisscr le cœur au prince et lui hausser la tète, » disait une méchante langue. Mariée^ la j)rincesse de Condé avait été poursuivie à outrance par Henri IV et gardée à vue, mai;^ mal gardée par

son époux. Le roi s*était aviso de vouloir eulever Tobjet de sa passion, alors que la princesse résidait à Bruxelles, et ^ beaucoup de gens assuraient que la jeune femme donnait les maius à ce projet, si bien que Condé, craignant pour sa propre sûreté, crut faire prudemment en laissant su femme dans les Flandres et en si^ retirant à Milan. L'assassinat de Henri IV avait amené unraccofumodenient entre les époux ; Cliarlotte prouva bientôt sa sincérité, quand Louis XIII lit embastiller le prince de Condé dont les prétentions étaient devenues quasi-royales. Pendant plus de deux ans, elle partagea la captivité de son mari ; puis, après sa délivrance, elle agit constamment dans les intérêts de son illustre maisou. On voit par ces courts détails combien la princesse do Condé avait éprouvé de vicissitudes, et l'exemple qu'elle avait donné à sa belle-lille, Clémence de Maillé, en ce qui concernait les vues du vainqueur de Rocrui devenu chef de la Fronde.

Non-seulement il parut plusieurs oraisons funèbres de la douairière de Condé, mais sous ce titre : Tombeau de ma' dame la princesse douairière , on publia une pièce de vers latins et français, dans laquelle nous lisons :

0 barbare! ô sanglant trophée!

Fut-il jamais crime plus noir !

Elle est morte sous le pressoir Do mille angoisses étouffée, Spectacle lamentable à voir !

Mère de trois énfants ôlle meurt solitaire... 1^.

....•0 hontel

Un ignoble Sicilien, Ou, pour n'oublier pas le massacre ancien, Un bourreaude Français, quid'honncnr ne tient compte. Fait toutes ces horreurs au mépris <le nos lois ; Et nous le souffrons, nous François * !

Reprocher la mort de la douairière de Condé à Anne d'Autriche et à Mazarin, c* était ajouter une machine de

* Dans la collection des ITazarinactes de la BibHothèqae*Salnte- . Geneviève,

guerre à toutes celles que l'on disposait contre les partisans de la Cour. Quelle auréole d'infortune ])our Monsieur le Prince! sa mère expirait a victime des tyrannies de l'Italien; » sa femme et sa sœur se conduisaient en héroïnes dans la Guienne! Mallieureuse famille de Condé, aussi persécutée que glorieuse î Les clioscs tournèrent de telle façon que le parlement, sans cependant accomplir d'actes éclatants comme par le passé, redoublait d'acharnement en ses rancunes contre le cardinal, et oubliait les formes autrefois si dédaigneuses de Monsieur le Prince. Quand les magistrats se levaient do leurs sièges, on entendait crier dans le Palais de Justice ! c A bas le Mazarin 1 » Un poète Tenait d'imprimer des^fttiim siir Fana^mme dé Jolea le | eardinàl (Lardés ce Tillain) ; on émtain avait relaté Les I

. otiéwif0f^eiifq fait$ tHminelê du cardimtA MaMoHn^ t que ks peuplé» instruits enToientà ceux il^t ne )p. sont pdnt» » pamphlet dans lequel on accusait le nmu$tré d*avoir TOida

* mire peser la taille sur les privilégiés et la noblesse.

Aussi, lorsque dans la Champagne, à sept lieues de Reihél/ entre les yillaffès de Semide et. de Somroepy, Mazarin et le maréchal du Pfessis rtompctt'tèrent sur Tarenne ei les Espagnols réunis une victoire décisive {{^ décembre lôSO)» par suite de lamiellé il' ne resta plus à l'Espagne qu^une ville française, Mouson^ sur la Ifèuse, 4es Parisiens se réjouirent médiocrwent. On se moqûade aTEspagnol berné sortant de la France; » on pourtraietale « àenor Descarabonbardo jouantde la guitare, » et le c cQpitaine Fracasse» qui disait:

Je niîff on vray fotidte de gnerrs, * InTinolble dani les dimgffrs, '* .Et mon haleine est tfa tottÎMEn

Contre les efforts étranger, Aussy je viens pour desfier La faim qui dompte les plus bravOS^ . A^aut pour mo fortifier '

Des aulx, des «ignons st des tvn»^

Les cartons de la Bibliothèque renferment plusieurs graymQ& sa^ri(jues sur le même sujet. Mais on raiUa les vaiAcu^i

sans rendre justice aux vainqueurs. C'étaient pourtant des succès vraiment nationaux : en battant Turcnnc on avait battu aussi les ctranp:ers. llélas! la passion politique est aveugle autant et plus même que les autres; peu de gens surent pré au cardinal de s'être mis, pendant la bataille, et bien (ju'il eût la p:outte, à la tête du régiment des pardcs. L'auteur de <r TOnibre de madame la princesse, apparue à la rcvne, au parlement et à plusieurs autres, » imprima : € Mazarin a pris une bicoque qui pouvait tenir deux jours, avec les escus dont il a ébloiiy le gouverneur, et encore il l'a acquise avec plus de perte de François que d'Espagnols, n'est-ce pas un admirable stratagème de sa conduite pour se faire admirer, ou plutôt pour le faire rougir de honte ! » Le Ubelliste assura que la poudre employée à allumer des feux de joie pour célébrer ce prétendu succès valait iniiniment plus que l'importante place gagnée; il s'écria :

Si Mazarin a pm Rethel,

Ce n'est pas avec ses prouesses ;

L'or l'a fait, que sert donc l'autel,

Pauvre peuple, que tu lui dresses?

Cet avare vient libëral^

Mais c'est pour te faire du mal...

Il conseilla enfin à la France <r de joindre au Te Deum des forts un Libéra nos pour ses morts, » et déclara que Mazarin « faisait publier ses grandes bassesses comme de prodigieux miracles. » Un poète publia ces mauvais vers :

On doit au cardinal rémunération ;

Sans cet absent vainqueur on n'eût riea fait qui vaill6î

Il a mené nos gens à l'expédition,

Et de loin papçné la bataillo Ainsi qu'un badaud fait la prédication.

Au parlement, la prise de Rcthcl occasionna quelques volte-face, notamment celle du conseiller François Mcnardeau, ancien frondeur. Celui-ci proclama que le cardinal Mazarin était tout le bonheur de la France, qu'il était cause du gain de la bataille de Uethel, comme de toutes les autres victoires gagnées dans les campagnes précédentes;

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.468 HISTOIllB AlfCCDeTIQUE

ii loua la saçreî^se de sa conduite, la bonté de son cœur, et conclut à « iiiuintcnir messieurs les princes en sa garde, » r nrce qu'il en îiurait un soin y»artici.ilier, ainsi que du restij Uc i^Etat. Les paroles de Menurdeau, pronoi:cées le jour même où, par un Te. Dcum, on remercia Dieu de la victoire de Kethel (Î2I) de cem'oî e), ne furent pas mal nccne!llies, soit par rassemblée, soit par le peuple lui-même qui remplissait les salles et les galeries du palais. Redoutant une défection générale. Gondi se servit de tout son esprit. 11 demanda au parlement qu'on s'occupât a de la réconciliation intérieure, » après avoir taillé en pièces reonemi da dehors.

Habile homme que ce coadjuteur pour ranimer les cendres presque éteintes, pour galvaniser un parti déjà demimort! Bientôt un conseiller osa proposer de déclarer nul, tant que les princes gémiraient en prison, tout mariage contracté avec des parents de Màzarin, et, conformément à Topinion du duc de Beaufort, un arrêt porta (30 décembre) que c très humbles rémontrances so-aient ^tes au roi et à la reine régente sur remprisonncim^t des ^is princes «t pour demander leur liberté, » comme aussi c que le ïuc d*Orléans serait prié d'employer son crédit et autorité ponr obtenir ce que Ton demandait a\«c tant de justice. »

Anne d^Àutricbc prétexta de sa sanié pour ne pas fixer de jour d'audience aux gens du toL Le loidemain (3i déjcembre), Mazarin aniva dans Paris, et n'y trouva que des visages hostiles, eh deliors de ses jftmis ))ersonnels. ' Visant à amener une rupture entre la vieille Fronde et le parti des prinees, il ne tarda pas, cependant, à vivre en grande familiarité avec le duc a OrléanSvCe prince qui n*a* vaît pas seulement le respect:de lui-même. La Gazette ap-

tit au- public que, dans un souper donné chez le cardinal janvier 465i), a tout s^était passé avec beaucoup de ►érté. » Le duc (rOrlcans y assistait. Un gentilhomme proposa « de jeter le coad juteur par les fenêtres. » £t les courtisans, au Palais-1\( ynl, d'udmirer beaucoup ces prouesses, de se moquer des frondeurs et de célébrer hâtivement la résipiscence des princes !

, Plaisanter n'est pas répondre^ «t le pariement attendait

i)B-lA FR0ND9 ' |$9

une réponse à ses remontrances. La reine qui, apparemment rétablie, avait reçu cniiu la dcputation des magistrats (20 janvier), fit de belles promesses. Montrant déjà ce au il devait être un jour, Louis XIV, au contraire, avait dit à Anne d'Autriche que « s'il eût cru ne point lui^ déplaire, il eût fait taire le premier président (Mole) et Teùt chassé. »

Înallailtràyailler à la liberté des princes^ pourvu que mwnè et cmadame de Longueville » désarmassent; une ^ it^^itioii géniale serait dès à présent publiée (30 janvier). ^ J^lponse ne contenta point le parlement, qui déli-bérà, et aamiel Gondi se plut à raconter un entlM^ qui ^sfihfiMsé an t^alais^Royal entre le duc d'Orléans et ^|H|ii^» brodés de jiouveau. Le cardinal avait comparé I^^Mideors^anx lîromwell et aux Fairfax. Quelle abond- 1^^^ penj^èrent Jes magistrats. Le ministre les assîmi* Ifi^ bien. faussement d'ailleurs, aux hérôs de la révolution anglaise, Gek soulevait leur indignation, cela eriait.vengeance.

Heureux de voir le due d'Orléans <r se joindre inséparabl^uent à la compagnie » (4 février), et faire devant lui une violente sortie contre Mazarin, le parlement, toutes chambres assemblées, arrêta, au milieu de longs bravos, c (]iie le roi et la régente seraient très humblement sup* plies d*envoyer au jplus tôt lettre de cachet pour mettre en liberté les dieux prmces du sang et le duc de Longueville, comme aussi d'éloigner le cardinal Mazarin de la personne du roi et de ses conseils. » Dans des rassemblements très tumultueux, le peuple aussi menaça la vie de Mazarin, qui, malgré la persistante énergie d'Anne d'Autriche pour lui conserver le ministère, courba la tète devant la haine publique, et partit (6 février soir) de Paris, du Palais-Hoyal, sous un costume de cavalier, avec deux ^gentilshommes, ou seulement accompafrué du comte de Broplie. 11 suivit la rue de Richrlîeu, s'adjoignit, h la porte de la ville, trois cents gentilshommes, se rendit à Saint-Germain, et de là s'achemina vers le Havre, où il voulait voir les princes. Encore se lit-il grand Ijruit au parlement, le 8 février, sur ce que, disait-on, le cardinal était encore à Saint-Germain. ^ Ce départ oûrait aux magistrats une occasion inespérée

de bannir du royaume Maznrîn, ses parents et ses domestiques ; ils en profitèrent et envoyèrent prier la reine d'exclure à l'avenir des conseils du roi tous étrangers, même naturalisés, et toutes personnes « ayant serment à d'autres princes que le roi » (7 février). Anne d'Autriche était presque prisonnière au Falais-Royal, où elle avait voulu se loger malfrré ses femmes, qui lui conseillaient de choisir plutôt le Louvre, parce que, « en cas d'émeute, » elle pourrait facilement gaprner la Porte-Neuve ( depuis Porte de la Conférence), située au bout du jardin des Tuileries. Le voisinage des halles effrayait la Cour^ mais non la tille de Philippe II, qui se sentait capable de rivaliser de bravoure avec les grandes frondeuses. Il déplaisait foii; à Anne d'Autriche de lire V Apothéose de madame de Longueville et le Temple de la déesse Borbonie, publiés à la glorification de la sœur de Gondé entreprenant de délivrer les princes. Pourquoi ne se comporterait-elle pas, elle aussi, comme une héroïne, et ne braverait-elle pas tous les dangers ? ^

Le peuple, soulevé par Gondi, enveloppa le Palais- Royal^ quand la régente eut été accusée par Gaston d'Orléans, en plein parlement (10 février), de vouloir emmener le roi hors de Paris ; le peuple demanda à voir Louis XIV, à le voir, ce ou'ou appelle voir. Anne d'Autriche, avertie, eut le temps de débotter Tenfant royal et de le remettre au lit. Les officiers des milices bourgeoises, ayant envahi le palais, furent calmés dans leur inquiétude et dans leur cottiTCfiax. Louis XIV, couché, dormait oe faisait semUant. Alors les bourgeois parurent se repenlîr-de leurs fsçons un bmtales, et ils allèrent bien res))ecUieflsement, retenant leur souffle^ ciHnine dit -Miehelet, s'éooulant sur la pointe du pied, devant le roi endormi. Hais, malgré tout, Anne d'Autriche avait eu peur, et elle donna^ sans condi- ÛùttÊ aucunes, l'cmire d'^argir les princes.

Cet ordfe tant réclamé avait été remis m seci^6talré âfé^ tatf H/I^élippeaux, marquis de la Yrillière (11 février^, qui pwtît aussitôt pour le' Havre, en compagnie de Marsiflac, de YkA», et autres gens désignés {»r la r^ne, ' DéÛvta: ks priimslinet^ Mactra

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DE LA I^RONDE

Yoilà du nouveau et de l'imprévu. Quelque chose d*assc2 étonnant encore, de fort inexplicable, allait se passer. Lo cardinal, voyant qu'il n'y avait plus d'accommodement possible entre lui et Paris, s'imagina de se rendre auprès des princes prisonniers; et, devançant la Vrillicre au Havre, il annonça (13 février 1651) la bonne nouvelle à Conde, Conti et Longucvillc. Il les tit sortir sans attendre les ordi'cs du roi, tant il était maître de leur sort, lors même qu'il voulait paraître n'avoir plus d'autorité dans le royaume. Tous, libérateur et libères, partagèrent un bon repas ; puis, quand Mazarin eut cherché à se disculper, sans persuader ; quand les princes furent montés en. carrosse ; quand Mazarin eut devant eux fléchi son épine dorsale, quand il leur eut demandé leur protection, Monsieur le Prince poussa un grand éclat de rire. Non comme un brave qui se moque en face d'un autre homme, mais comme un écolier qui s'en va grimaçant derrière le dos du maître; car alors Mazarin ne pouvait rien voir ni entendre, et, abandonné de la plupart de ses gentilshommes, qui n'avaient plus confiance en sa fortune, il se dirigeait presque seul sur Péronne.

Trois jours après (16 février 1651), les princes rentraient dans Paris, où la nouvelle de leur arrivée prochaine avait causé une joie extrême. La noblesse et les notables étaient allés les prendre à Saint-Denis, et Gaston d'Orléans s'était rendu jusqu'à la Croix-Penchée. Ils entrèrent dans la capitale, précédés de plus de deux mille chevaux en bon ordre, et suivis d'une foule de carrosses. Le peuple criait dans les rues : Vive le roi, et point de Mazarin ! Les princes exprimèrent leur reconnaissance à Gaston, et, oubliant d'anciennes et profondes inimitiés, ils embrassèrent Beaufort et Gondi. A la porte Saint- Denis, Coudé distribua cinquante pistoîes aux bourgeois qui la gardaient, fit largesses de ses bagues, de ses bijoux, de son argent, même de son épée qu'il donna à un jeune officier qui la regardait avec admiration et convoitise, en lui disant : « Mon ami, je souhaite que cette épée vous fasse maréchal de France. »

Le duc de Longueville n*avait pas laissé échapper, en

I*7t mSTOTRË ANECDÛTIQUE

passant à Rouen, Toccasion d*cntrer triomphalement dans cette ville, comme gouverneur de la province de Normandie. Quelques jours après, à Paris, il fut rejoint par la duchesse de Longueville, arrÎTant de Stenay, de même qiie Condé pat embrasser sa femme, arrivant de Montrond. Hélas! la princesse douairièrey sa mère, manquait seule aa rendez*yoas!

Sept semaines plus tard (5 avril), le cardinal s'installait, avec ses neveux et nièces, dans la petite ville de Bruel ou Bruhl, di&teau construit sur les bonis du Rhin, à une lieue de Cologne. Les Théatin$, ses protégés, s'étaient crus en danger et avaient quitte Paris. Ces religieux^ reconnais* sants envers Mazarin, avaient fait ])lus que la prudence ne le leur conseillait : ils entremêlaient leurs sermons de louanges souvent maladroites pour le ministre; traitant les Parisiens comme ils auraient traité leurs auditeurs d*I« talie, ils faisaient apparaître sur la chaire des figures de sainte qu'ils présentaient au pubUc.,Mais le public n'avait jamais pris ces exhibitions au sérieux; il s*etait contenté de rire, et d'appeler les Pères c joueurs de marion'* nettes, »

Dans le courant de Tannée 1650, Michel Particelli d'Emery, dont Mazarin s'était tant servi, avait expiré. Mort de

chnprin, disait-on, d'Emery emportait avec lui dans la tombe le « secret de faire de l'argent pour le trésor ; » en lui s'éteignait le type de l'indiflerence pour l'opinion publique. Une anecdote montre à nu le caractère de Tancien surintendant. Guillaume Bautra présenta un jour un poète de ses amis à d'Emery : « Voilà, lui dit-il, un homme qui peut vous donner l'immortalité, mais il faut que vous lui donniez de quoi vivre. — Monsieur, répondit d'Emery, je serai utjle à votre protégé, si je le puis, mais à la condition qu'il ne me louera point. Les surintendants ne sont faits que pour être maudits. » L'homme qui avait le plus excité à la fronde parlementaire avait donc rendu l'àme. On alla jeter de l'eau bénite sur son cercueil; mais, bien qu'il y eût, selon Gui Patin, force drap noir tendu en la maison de d'Emery, peu de gens le regrettèrent. Il fut enterré sans cérémonie à SaiutrEustache, sa paroisse, où il rcmpLissai

ks fonctions de marguillier. Un frondeur cçmposa, àpro<« pos de sa mort, ces quatre vers :

Les plus sages frondeurs en sont à l'alphabot.

Sachant des mazarins l'insolente bravade, Qui font voir d'Eniery en son lit de parade, Lui qu'on ne devait voir qu'«u parade aa gibet.

4^4 . mSTOlRB ÀtiEC^TIQOE

XIY

Botonr de Mars^jardinier à Paris. — Le Ctefuef i$ la Fronde. — I^eg Wles frondeuses. — Le Trou fait à la nuit par Mazarin^ et le Car^ âinal errant. — Mn/.arin est pendu en effigie. — Mort funeste de Maznrin. — Yiéch de Loret. — Credo de la Fronde. — Assemblées de la noblesse et du clergé. — Mazarin à Bruel. — Nouvelles «xigenofl» de Moofieur le Prince. Conduite du ooadjntear; 8«s griSb contre Condé. — GnoU de madame de Montbazon. Condé cet menacé; il quitte Paris, «-^ Conieila de Mararin à Anne d'Autriche. — Les ious-ministres renvoyés, — Monsieur le Prince à Saînt-Maiir. — Placards divers, — Gondi pris entre les deux battants d'une porte. — Gondi bénissant Condé. — Historique du placard. Majorité du roi. <— • Condé part pour la Guieune. — • Kouveauz oiiaistres.

— Dn 6 aYiU 1651 an 8 septembre 1651. —

Si quelque chose est comparable à la joie que les Parisiens ont manifestée lors de ranvîstafion de Monsieur le Prince, c'est IVnlliousiasmc avec lequel ils reçoivent à soa retour « ce Mars captif mis en liberté par ïhéinis. » Gondi Ta absous aux yeux des frondeurs. La mode s'en est mêlée. On a vu madame de Scndéri improviser, dans un pèlerinage à la chambre où Condé cultivait des œillets, ce qufifc* train qui a circulé partout avec succès :

En voyant ces^ ceillets qn*nn illastri» guexrier Arrosa de sa main qui gagnait des batailles, SouvienS'toî qu'Apollon a bâti des murailleSt £t ne Vétcnne plus de TOir Mars jardinier.

La population parisienne en foule a visité la prison de C^de à Vincenues. Monsieur le Prince passe pour être un martyr^ coiome sa mère a passé povMr ètr& uAe victime^

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