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Elle était située à l'endroit où finit la rue de Picpus & où commence la rue de la Croix-Rouge. De sa décoration, je n'en parle que pour mémoire^ ne jugeant pas d'une grande utilité de vous décrire au long un bâtiment composé de quatre périftyles sans flyle & d'une attique de mauvais goût.
Tout l'intérêt de cette barrière eft dans le souvenir qui se rattache aux deux couvents dont l'un a eu rhonneur d'être décrit par Victor Hugo dans ses Misérables. Le village de Picpus — ou de Pique-puce, comme l'écrivent quelques étymologilles qui connaissent l'énigme de Boileau — n'était encore, en l'an 1600, qu'une réunion de deux ou trois maisonnettes^ lorsque le Père Mussart, ou Massard, y vint fonder un couvent de Pénitents réformés du tiers ordre de Saint-François, que le peuple ne tarda pas à appeler
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les Picpus. Les libéralités de la veuve de René de Rochechouart, comte de Mortemart, avaient commencé la fortune de ce monaflère : la protection royale & la dévotion publique firent le refle. On parlait beaucoup des Picpus, — non pas tant parce qu'ils avaient dans leur réfecloire des tableaux de maîtres & dans leur église des ftatues remarquables , dont un Ecce homo de Germain Pilon^ que parce que les ambassadeurs des puissances catholiques avaient l'habitude d'y recevoir l'hospitalité de la- part des moines & les compliments de la part des princes& princesses du sang royal. Cette maison conventuelle, dont l'entrée était au n° 3- de la rue de Picpus, fut supprimée en 1790, & ses hôtes, un inftant dispersés sous l'orage révolutionnaire, se rassemblèrent plus tard, en pleine Restauration, pour guider de nouveau les âmes, — ainsi qu'en témoigne ce passage de Paul-Louis, extrait de sa Pétition pour des villageois que l'on empêche de danser : « Les jeunes prêtres, au séminaire^ sont élevés par un moine, un frère Picpus^ frère Isidore, c'eft son nom ; homme envoyé des hautes régions de la monarchie afin d'inftruire nos docteurs, de former les inftituteurs qu'on deftine à nous réformer. Le moine fait les curés, les curés nous feront moines. Ainsi l'horreur de ces jeunes gens pour le plus simple amusement leur vient du trifte Picpus, qui lui-même tient d'ailleurs sa morale farouche. Voilà comme, en remontant dans les causes secondes, on arrive à Dieu, cause de tout. Dieu nous livre aux Picpus. Ta vo-
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lonté, Seigneur, soit faite en toutes choses; mais qui l'eût dit à Aufterlitz?... »
Un peu plus bas, dans la même rue, aux n°'^ 17 & 19, étaient les Chanoinesses de Saint- Augustin^ qu'on appelait aussi Religieuses de Notre-Dame-de-Victoire-de-Lépante, parce qu'elles avaient ajouté à leur inftitut l'obligation particulière de célébrer, le 7 octobre de chaque année, la viéioire remportée en 1572 sur les Turcs par don Juan d'Autriche; des chanoinesses charmantes sous leur coftume de serge blanche, leur voile noir & leur rochet de toile fine, '• — telles enfin que pouvait les souhaiter le galant archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, qui les avait établies là avec le concours du sieur Tubeuf, surintendant des finances. C'efi dans leur cimetière qu'on enterrait les condamnés exécutés sous la Terreur à la barrière du Trône. A cause de cela, sans doute, beaucoup de grandes familles, les Noailles, les Lévis, les Montmorency, ont choisi cette sépulture — qui les isole de la populace des morts qui encombre le Père Lachaise. Là aussi repose dans la paix éternelle, auprès de sa femmCj fille du duc d'Aven^ le général mar~ quis de La Fayette, — ce Lamartine de nos deux premières révolutions^ comme Lamartine aété le La Fayette de la troisième. Et l'on peut dire que non-seulement le compagnon de Washington ell: enterré en terre chrétienne, mais encore — ce qui vaut mieux — en terre libre, puisque c'eft de la terre envoyée tout exprès d'Amérique.
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D'autres établissements religieux avoisinent la barrière de Picpus : la Congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus & de Marie, l'hospice d'Enghien, etc.
J'ai parlé tout cà l'heure d" André Chénier : la Laure de Noves de son frère Marie -Joseph, Eugénie de la Bouchardiej comtesse d'Esparda^ a habité la maison en face de laquelle était le couvent des Pénitents de Saint- Franc ois.
Plus haut, en remontant vers la barrière, exiftait encore, il y a quelques années^ un pavillon en rocaille, illuftr.é de portraits de moines, où sont venus tour à tour demeurer Boïeldieu, Millevoye& Théaulon. J'ai peur que le chemin de fer de Vincennes n'ait renversé cet ermitage^ qui ne servait plus à rien du refte — qu'à consacrer le souvenir de deux hommes célèbres^ au moins, sur trois. Rien n'eft sacré pour la vapeur! dirait Emile de La Bédollière !