‹ Histoire anecdotique des barrières de Paris (volume 2)Chapitre 30 sur 47 · LA "BARRIERE T>E LA GARE · texte numérisé non relu

LA "BARRIERE T>E LA GARE

Nous venons de traverser la Seine, qui eft là dans sa plus grande largeur & ressemble à un fleuve un peu plus sérieusement que partout ailleurs, en aval ou en amont. Cela nous a fourni l'occasion de jeter en passant quelques pièces de monnaie « dans les flots, » suivant l'antique usage, afin de nous rendre les Dieux & les Divinités favorables. De la rive droite nous voilà sur la rive gauche^ un peu moins riche en barrières.

La barrière de la Gare, qui vient la première de ce côté de la Seine, était située^ avant i8i8j à l'extrémité du quai d'Auflerlitz, sur un emplacement voisin du pont de ce nom; mais^ à dette époque, le petit village d'Auflerlitz ayant été enfefmé dans Paris, elle fut reculée, &, plus tard, décorée de deux pavillons dans le goût de ceux de Le Doux, — c'eft-à-dire fort laids*

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Elle tenait son nom de son voisinage d"une gare destinée à mettre les bateaux à l'abri des glaces, laquelle n'a jamais été terminée.

Le seul souvenir qui se rattache à cette barrière elt celui du Port-à-l'A}îgiais, un amas de guinguettes qui trempaient leurs pieds dans Teau de la Seine^ — & peut-être aussi leurs tonmeaux. C'eft là, raconte M. Fournier en son Histoire des Hôtelleries, qu'au sortir des bains du quai Saint-Bernard, tritons & naïades se donnaient rendez-vous. Plus d'une soubrette qui, au sortir de l'eau, s'était trompée d'ajustements, y venait lefte & pimpante sous les atours de sa maîtresse, & nul marquis n'était assez mal avisé pour se plaindre de la métamorphose; plus d'une grande dame, à qui le même accident faisait troquer la robe traînante pour le court jupon^ s'y fourvovait de même parmi les grands laquais & ne s'en plaignait pas davantage. C'était dans les mœurs du temps.

« De la maîtresse à la soubrette Et de l'hôtel à la guinguette, On passe du grand au petit :

Changement pique l'appétit. »

Les deux sœurs Loyson, les deux nymphes souveraines du quai Saint-Bernard, venaient chaque soir d'été au Port-à-l' Anglais. C'eft là que Regnard les connut. Libertin magnifique, débauché spirituel, « cynique mitigé, » comme il s'appelle lui-même, quelles splendides orgies le poëte grand seigneur des Folies

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