LA "BARRIÈRE DE L'ECOLE MILITAIRE
Elle était située à l'extrémité de l'avenue Lowendal, à la rencontre des rues de l'Ecole & Croix -Nivert & des boulevards de Sèvres & de Grenelle. Son animation d'autrefois^elle ne l'a pas perdue comme la plupart des barrières^ parce qu'elle a forcément , fatalement la même population^ qui lui eft fournie par l'Ecole- Militaire^ sa voisine, — dragons & fantassins mêlés. C'eft même pour cette population spéciale & nombreuse qu'on a autorisé^ dans les environs ^ l'établissement de petites maisons mvftérieuses du genre de celles auxquelles j'ai fait une rapide allusion à propos de la barrière du Trône. L'éternelle hiftoire de Mars & de Vénus, des myrtes & des lauriers!
L'École-Militaire, où ont été casernes tour à tour tant de régiments de tant d'armes différentes^ efl une création de Louis XV^ qui en voulait faire une pépi-
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nière d'officiers, comme l'indique son nom. En 1787, Louis XVI la supprimait & deftinait ce vafte édifice à remplacer l'Hôtel-Dieu, jugé avec raison insuffisant & insalubre. L'idée était bonne, humaine, digne d'un roi père de ses sujets plutôt que leur bourreau, berger plutôt que boucher : à cause de cela sans doute il n'y fut pas donné suite, & l'Ecole-Militaire devint ce qu'elle eft au/ourd'hui, une caserne^ une grande & belle caserne, — si tant eft que les casernes puissent être jamais belles.
Toutes les fois que je passe devant la grille de l'avenue Lowendal, je m'arrête un inftantpour contempler ce va-&-vient de soldats dans les cours immenses , ce remue-ménage d'armes reluisantes^ & je me dis : « De tous ces hommes pleins de force^ de santé, de vie, combien reverront le clocher natal? La guerre en tuera la moitié^ & l'autre moitié^ rouillée par l'oisiveté des camps,, ne saura plus ou ne voudra plus manier la charrue nourricière... Quels bras alors feront pousser le blé?... »
Mais à quoi vais-je réver-là ! Français^ succès, — guerriers^ lauriers^ — gloire^ victoire : cela suffit^ le relie elf vain*-
LA "BARRIÈRE DE LA mOTTE-PICQUET
Ouverte en 1840 à l'extrémité de l'avenue du même nom, au point de jonction des boulevards de Meudon & de Grenelle^ elle se composait de deux pavillons conrtruits sur les dessins de M. Jay, archite61:e. La nécessité de cette barrière n'était pas très-clairement démontrée; on s'en était passé pendant cinquante ans, on s'en serait passé pendant soixante-dix ans. Mais il y avait une grille d'entrée au Champ de Mars, en avant de l'Ecole-Militaire & parallèlement à l'avenue de la Bourdonnaye : il fallait bien une grille de sortie de l'autre côté, parallèlement à l'avenue de Suffren.
Sutîren, la Bourdonnaye, la Motte-Picquet, Dupleix, ces noms, qui servent d'étiquettes aux voies de communication de ce quartier essentiellement militaire, évoquent de grands souvenirs. Qui n'a entendu
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parler de M. de la Bourdonnaye, du bailli de Suffren & de ce pauvre Dupleix, gouverneur de Pondichérv ? Quant à Toussaint-Guillaume Picquet de la Motte, ou de la Mothe-Piquet, il mérite quelques lignes de plus que les autres, d'abord parce qu'il a servi de parrain à la barrière qui nous occupe présentement, ensuite parce qu'il a une importance hiilorique plus grande.
Né à Rennes en 1720, entré au service à quinze ans, il avait déjà lait neuf campagnes navales en 1745. Au commencement de la guerre d'Amérique, il était chef d'escadre. En 1778, au combat d'Ouessant, il montait le Saint-Esprit & combattait avec avantage contre des forces dix fois supérieures. Ensuite il croisait sur les côtes d'Angleterre avec dix vaisseaux & rentrait un mois après dans le port de Breft avec treize prises faites sur l'ennemi. En 1779 , il rejoignait le comte d'Eftaing & contribuait à la prise de Grenade, ainsi qu'à la vi6toire remportée à la fin de juin sur le viceamiral Byron. Mais son titre de gloire le plus précieux, c'eft le combat de Fort-Royal (18 décembre 1779), où sur VAnnibal^ & aidé du Vengeur & du Réfléchi , il tint tête pendant quatre heures à une flotte anglaise de quinze vaisseaux. Cela lui valut, dès le lendemain, les félicitations mêmes de l'amiral ennemi Parker, & quelque temps après le cordon rouge de Sa Majerté. Il y a du Surcouf dans la légende de la Motte-Picquet.