‹ Histoire anecdotique des barrières de Paris (volume 2)Chapitre 45 sur 47 · IG · texte numérisé non relu

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fortj de i690, comme ceux du Gibet de Grenelle. Dans le voisinage de cette barrière — là où l'on a établi depuis une fabrique de noir animal — était une poudrière qui, en 1814, renfermait trois cent mille quintaux de poudre en barils, cinq millions de cartouches d'infanterie, vingt-cinq mille cartouches à boulet & trois mille obus chargés. Après la capitulation de Paris^ & dans le but de rendre Napoléon odieux aux Parisiens^ on avait prétendu qu'en fuyant il avait donné l'ordre de mettre le feu aux poudres, afin que les armées alliées ne trouvassent plus que des ruines là où elles comptaient trouver la plus riche & la plus belle des capitales de l'Europe. Cette calomnie avait fait son chemin dans les esprits crédules^ & l'Empereur était parti pour l'ile d'Elbe chargé de l'exécration des bourgeois, menacés par lui dans leurs plus chers intérêts^ — dans leurs moellons. Il y a même encore aujourd'hui des gens^ fort peu propriétaires pourtant^ qui en veulent à Napoléon de cette pensée sauvage — qu'il n'a jamais eue. Vous auriez beau leur dire qu'en effets avant de partir^ Napoléon avait donné un ordre concernant la poudrière de Grenelle, mais que ce n'avait pas été d'y mettre le feu, afin de faire sauter la moitié de Paris; que c'avait été, au contraire^ de faire noyer ses munitions^ afin qu'elles ne tombassent pas entre les mains de l'ennemi; vous auriez beau leur dire cela & le prouver par un procèsverbal en règle, conftatant que, dans la nuit du 3o au 3i mars, barils de poudre, cartouches, obus, bis-

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caïens furent jetés en Seine par un détachement de pompiers, sous la surveillance des généraux d'Aboville & Caron, ces gens crédules ne vous croiraient pas, parce que les calomnies ^ une fois semées dans l'esprit des sots, y poussent des racines si profondes qu'on ne saurait les en arracher. L'Humanité n'ell pas seulement béte, elle eft méchante, — puisqu'elle accueille plus volontiers les mauvaises nouvelles que les bonnes, puisqu'elle donne plus de créance aux bruits déshonorants qu'aux bruits honorables, puisqu'elle se réjouit plus des chutes que des ascensions ! . . .

Où l'Humanité se réhabihte un peu, cependant, c'efl: au Champ de Mars, le voisin immédiat de la barrière de Grenelle, — une vafte plaine aussi, mais peuplée de souvenirs.

Le premier que je veuille citer & que je cite avec empressement, c'eft le 14 juillet 1790, une date précieuse de l'hiftoire de la Révolution, — & même de rhiftoire de l'Humanité, car elle prouve éloquemment de quelle façon & à quelles profondeurs peut être remué le cœur d'une nation réputée frivole. Je regrette que l'espace me manque ici pour raconter, non pas la Fête de la Fédération, mais les préparatifs de cette fête, c'eft-à-dire Paris entier transformé en armée de terrassiers. Les douze mille ouvriers payés pour creuser & aplanir le Champ de Mars, bossue, mamelonné, étriqué, ne suffisant pas à cette besogne énorme, les diftricfs avaient invité les bons citoyens, au nom de la Patrie, à venir les aider, & deux cent mille

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citoyens avaient répondu avec enthousiasme à cet appel. Deux cent mille terrassiers composés de gens de lettres & d'artifles, de moines & de collégiens, d'étudiants & de paysans^ — sans oublier les femmies, honnêtes ou non, ouvrières & modiftes, actrices & bourgeoises, dames de la halle & dames de la courl « On voyait, attelés au même chariot, une bénédicline, un invalide, un juge, une nymphe de l'Opéra; les plus jolies filles de Paris, vêtues de robes blanches élégamment rattachées par des ceintures & des rubans aux couleurs nationales, allaient , venaient, chargeaient, piochaient, roulaient, traînaient, &, à l'aide de quelques aides officieux, arrivaient au haut du talus, d'où elles redescendaient avec rapidité pour charger de nouveaux matériaux & de nouvelles terres. En vingt jours , la surface irrégulière du Champ de Mars fut aplanie,- une enceinte circulaire établie & entourée de talus; un arc de triomphé élevé à l'entrée principale; un pont de bateaux jeté sur la Seine, & un vatle amphithéâtre adossé à l'Ecole-Militaire. »

Le 14 juillet, dès sept heures du matin, deux cent mille spectateurs attendaient au Champ-de-Mars , ainsi transformé, les acteurs de la fête nationale, c'eftà-dire les représentants de la Commune, les présidents des soixante-dix diftricls, les députés de la Commune pour la Fédération, les soixante administrateurs de la Municipahté, les députés des troupes de ligne, les députés de la marine, les députés des quatre-vingt-trois départements, etc., etc. A trois heures

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& demie, Tévêque d'Autun, assifté de soixante aumôniers de la garde nationale, officia & bénit les drapeaux. Puis la Fayette jura d'être à jamais fidèle à la Nation, à la Loi & au Roi; les Fédérés jurèrent après lui; l'Assemblée nationale jura après les Fédérés, & le Roi après l'Assemblée nationale. On s'embrassa avec effusion, on pleura des larmes de bonheur, on illumina, on dansa, on but pendant toute la soirée & jusqu'au lendemain. La France était devenue subitement une Arcadie !

Le 20 septembre 1791, autre fête, également mémorable, à l'occasion de l'acceptation & pour la publication de l'Aéte Conilitutionnel. Bailly, précédé de hérauts d'armes & environné d'un corps de grenadiers, montait sur l'autel de la Patrie, y élevait & offrait au respect du peuple le Code conllitutionnel. Un orcheftre nombreux exécutait cette ftrophe du Samson de Voltaire, mise en musique par Gossec :

« Peuple, éveille-toi, romps tes fers.

Remonte à ta grandeur première :

La liberté t'appelle!

Peuple fier, tu naquis pour elle, Peuple, éveille-toi, romps tes fers.

Flétrit le courage, Mais la Liberté Relève sa grandeur & nourrit sa fierté. Liberté! liberté! liberté!... »

Les vers sont mauvais, mais l'intention était bonne.

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Le i5 avril 1792, autre fête, — celle des quarante Suisses de Château-Vieux, condamnés aux galères pour la révolte des troupes de Nancy & qui avaient été amnirtiés.

Le 10 août 1793, autre fête, — celle de l'acceptation de la Conllitution républicaine.

Le 8 juin 1794, autre fête, — celle de l'Être Suprême, une imagination de Robespierre qui se refusait à croire en Dieu pour croire à la Divinité.

Puis d'autres fêtes encore : la diflribution des aigles à l'armée par Napoléon, le 10 novembre 1804; la distribution des Ivs à la garde nationale par Louis XV 1 1 1 , le 7 septembre 18 14. etc.^ etc.

Malheureusement, toute médaille brillante à son revers : en regard de cette joie, il faut placer un deuil,

— le Massacre du Champ de Mars du 17 juillet 1792, où le drapeau rouge fit ce fameux tour dont a parlé M. de Lamartine, & l'accident du i5 juin 1837,011 un grand nombre de personnes périrent étouffées.

Champ de Mars, Champ de Mai, Champ de Course : des soldats, des chevaux, des revues, des solennités,

— tout ce qu'il faut enfin pour amuser le peuple le plus enfant de la terre. Cela dure depuis longtemps, cela durera longtemps encore !

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