LA "BARRIÈRE "DE CHARENTON
Elle était située à Textrémité de la rue de Charenton, au point de jondion du boulevard de ce nom & du boulevard de Bercy. En 1800, elle s'appelait Barrière de MarengOy en souvenir de l'entrée triomphale qu'y avait faite Napoléon Bonaparte, alors premier consul, après la bataille du 14 juin, & cette dénomination, elle l'avait tout naturellement perdue en 181 5 pour reprendre son premier nom, qu'elle devait à sa proximité du village de Charenton.
Un village hi dorique entre tous, — ainsi que ses environs, ravagés par les Anglais sous Charles VII; puiSy en 1465, par l'armée de la Ligue, dite du Bien public^ — une belle antiphrase ; puis, sous Louis XIV, par les Frondeurs; puis enfin, en 1814, par les troupes wurtembergeoises & le corps d'armée autrichien du comte Giulay.
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Mais ce qui rend surtout ce lieu célèbre, c eft le temple qu'y ont eu longtemps les proteftants. Henri IV — qui venait d'abjurer leur religion, parce que, selon lui, Paris valait bien une messe — avait permis à ses excoreligionnaires de bâtir là ce temple & de s'y assembler; mais les catholiques n'avaient pas tardé à le saccager & à le brûler. On l'avait recondruit, & les proteftants y avaient tenu leurs synodes nationaux de 1623, i63i & 1644. En août i685, des catholiques forcenés avaient essayé d'y mettre le feu ; les protestants s'étaient plaints de ces violences au Parlement, qui avait informé. Mais Louis XIV, sur les sollicitations de madame de Maintenon & de gens à sa dévotion, ayant révoqué l'édit de Nantes, on avait commencé, le soir même du 2a oâobre, la deftrudion de ce temple, dont il ne reftait bientôt plus une seule pierre debout, — grâce au zèle des soldats, exécuteurs de ces hautes-œuvres. Cent mille familles allèrent porter à l'étranger leur induftrie, leur fortune, leur religion, — & les catholiques purent alors respirer à leur aise.
Je voudrais bien, pendant que j'y suis, parler du pont de Charenton, — cette «clef de Paris. » Mais cela me mènerait trop loin, &, au lieu de faire mon tour des barrières, je serais capable de faire mon tour de Marne. Je m'arrête à temps pour saluer d*un souvenir le cabaret de la Grand' Pinte y qui a donné son nom à une partie du quartier de la barrière de Charenton :
La barrière de Charenton 20 3
« A la Grand'Pinte, quand le vent Fait grincer ]*enseigne en fer-blanc,
Alors qu'il gèle ; Dans la cuisine on voit briller Toujours un tronc d'arbre au foyer.
Flamme éternelle !
Où rôtissent en chapelets Oisons, canards, dindons, poulets,
Au tourne-broche; Et puis ie soleil jaune d'or Sur les casseroles encor
Darde & s*accroche!... »
Le vendredi i5 avril 18 14, à dix heures du matin, S. M. Tcmpereur d'Autriche faisait son entrée dans Paris par cette barrière^ oti l'attendaient d'autres Majeftés, l'empereur de Russie, le roi de Prusse, S. A. R. Monsieur, S. A. I. le grand-duc Conftantin, S. A. le prince royal de Suède & le prince de Schwarzenberg, suivis d'états -majors nombreux. De la barrière de Charenton, Tennpereur d'Autriche était conduit au palais Borghèse (ancien hôtel Charoft), qu'il quittait le lendemain pour se rendre au château de Rambouillet, oti l'attendait sa fille l'impératrice Marie-Louise, qui avait en effet besoin'd'étre consolée & réconfortée en ces douloureuses épreuves.