LA "BARRIÈRE DES "PAILLASSONS
Quelque envie que j'aie d'en dire plus long sur cette barrière que sur la précédente, & malgré toutes mes recherches pour trouver trace d'un événement qui s'y rapportât de près ou de loin, je n'ai rien trouvé, je n'ai rien à dire, sinon qu'elle était située à l'extrémité de la rue Pérignon, en face la rue Saint-Fiacre, & qu'elle était fermée depuis longtemps déjà lorsqu'arriva sa suppression officielle.
Cela n'étonnera pas mes le£leurs, je pense. Ils savent aussi bien que moi qu'il en eft de l'hiftoire des Barrières de Paris comme de celle des Rois de France : pour un monarque de quelque valeur, il y eil a dix de parfaitement insignifiants, — pour un Louis XI, dix Childebert, pour un roi « vaillant», dix princes « fainéants ». La barrière des Paillassons était une barrière fainéante; pour lui découvrir le moindre mérite il
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faudrait être aussi courtisan que le maréchal de Villeroi, gouverneur de Louis XIV, lequel disait : « Quelque mîniftre qui vienne en place, je déclare d'avance que je suis son serviteur, son ami & même un peu son parent (i). » A moins qu'on ne soit disposé à tenir compte à la barrière des Paillassons de l'assiduité que mettaient à venir s'y promener quelques braves pensionnaires de l'Hôtel royal des Invalides, amis du soleil & de la solitude, — comme des lézards écloppés.
Quant à son nom — que seraient disposés à mal interpréter les lefteurs de mon Dictionnaire de la langue verte — je m'empresse de déclarer qu'il lui était venu purement & simplement d'une fabrique de paillassons du voisinage. Une fabrique de tuiles a bien donné son nom au palais de nos modernes pharaons. !
(i) Les exemples de courtisanerie se pressent en foule sous ma plume. Je n'en veux citer qu'un encore, celui de Clermont- Tonnerre, évêque de Noyon, « si glorieux & si bas, dit Duclos, qu'il fonda un prix à l'Académie pour célébrer à perpétuité les vertus de Louis XIV, comme un sujet inépuisable. »