‹ Histoire anecdotique des barrières de ParisChapitre 7 sur 61 · CHAR TRES · texte numérisé non relu

CHAR TRES

Il y a cette différence — curieuse à conftater — entre celle-ci & toutes les autres^ qu*avant le i*' janvier 1860 elle n'exiftait que de nom & qùe^ depuis cette époque^ qui eft celle de la suppression des barrières de Paris^ elle seule exifle de fait, puisqu'elle eft l'entrée &c la sortie du parc Monceau. J. de La Tynna, dont le Dictionnaire topographique, historique & étymologique des rues de Paris a été si souvent & si servilement copié, dit d'elle : « C'eft une rotonde fort jolie, surmontée d'un dôme; elle eft située vers le milieu du jardin de Monceau, & porte le nom du duc de Chartres, depuis duc d'Orléans, qui avait fait planter ce jardin. C'eft à tort que cette rotonde eft désignée comme barrière, puisque l'on n'y passe pas. » La Tynna ne savait pas que c'était une galanterie de Le

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Doux envers le prince qui devait être plus tard Philippe-Égalité, & qui, comme tel, devait livrer sa tête au couperet égalitaire du doâeur Guillotin.

Avant de dire ce qu'eft devenu le parc du duc de Chartres sous Napoléon III, il eft peut-être intéressant de conftater ce qu'il était sous son premier propriétaire, &, pour cela faire, je n'imagine rien de mieux qu'un emprunt à un des nombreux recueils du dix-huitième siècle, qui s'occupèrent de ce faux jardin anglais :

a En face de l'entrée principale efl une espèce de portique chinois, qui sert d'entrée au jardin. Sous ce portique, on communique, à gauche du pavillon du prince, par une petite galerie couverte. Pareille galerie sur la droite rend au pavillon bleu, d'où l'on passe à une autre galerie qui mène à un pavillon dont tous les objets sont transparents, puis à un pavillon jaune, de là aux serres chaudes, que l'on traverse, & au bout desquelles on trouve un petit pavillon chinois orné de glaces peintes en arabesque, &c. Une de ces galeries s'ouvrant par le moyen d'un bouton, vous entrez dans le jardin d'hiver, fabriqué dans une vafte & immense galerie. La porte, cintrée, est décorée de deux cariatides qui soutiennent un entablement dorique. Derrière les arbres placés près de cette porte, une (latue de Faune, tenant deux torches, éclaire l'entrée d'une grotte formant cabinet à l'anglaise. L'eau tombe en cascade sur les rochers qui sont auprès. Parmi les arbufles groupés sur ces rochers sont des raquettes & des co-

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raux factices, dont les tubes creusés servent à placer des bougies le soir.

« Toute cette galerie, garnie d'un sable fin & rouge, eft remplie d*arbres & d'arbuftes en fleurs tout Thiver, comme lilas, vigne de Judée, aburnum, noyers des Indes, bananiers, palmiers, cerisiers, caféiers, thés, cannes de sucre, etc., chargés de fleurs; de Tautre côté sont de pareils arbres; leurs troncs sculptés & coloriés servent de supports aux vitraux, & leurs branchages s'étendent pareillement sur la voûte peinte en ciel. De diftance en diflance sont des lanternes de criflal censées suspendues à leurs rameaux.

« Vers les deux tiers de cette galerie on voit, à gauche, une grotte extrêmement profonde; une espèce d'antre, formé par des rochers placés dans le fond de cette grotte, s'ouvre ; vous passez sous une petite voûte, au bout de laquelle, en montant trois marches, une porte vous introduit dans une petite pièce appelée le pavillon blanc y cette pièce ressemble à l'intérieur d'une tente & efl tendue de même en toile de coton blanche bordée de perse : Ton y jouit d'une vue fort agréable. Rentrant dans la grotte, vous trouvez dans une de ses cavités, à gauche, un tour par où se fait le service des cuisines, lorsque le prince donne à souper dans cette grotte. Par le moyen d'un cordon, les musiciens, qui sont dans la pièce qui efl au-dessus de cette grotte, sont prévenus d exécuter des symphonies dont les sons mélodieux, pénétrant dans cet endroit par les lézardes de la roche qui en forme la voûte, viennent surprendre

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agréablement les convives, & semblent être produits par les preftiges de la féerie. Une fontaine, coulant sur des rochers, fixe encore vos regards avant de quitter ces lieux enchanteurs.

« Sur la droite de la cour, oti vous vous trouvez en sortant, eft un jardin fleurifte. Dans le fond, la pompe à feu. Les bâtiments de la gauche contiennent des serres chaudes, servant à la culture des plantes exotiques, & des arbudes & fleurs pour renouveler le jardin d'hiver. Tout près eft la cour & la maison du jardinier, à droite de laquelle eft un cabaret. Le chemin qui se présente en face conduit aux ruines du temple de Mars, dont les colonnes sont d'ordre corinthien : leur disposition annonce que ce temple était de forme carrée, & orné d*un périftyle, dont on retrouve encore deux parties. La ftatue de Mars, qui était au milieu, étant trop mutilée , on y a subftîtué celle de Persée, qui eft antique. Après ce temple, vous trouvez une prairie oti serpente une rivière; vous traverse» une petite ile formée par des rochers pour passer dans la prairie opposée , oti un sentier sur la droite vous conduit au moulin à vent hollandais, qui fait mouvoir une pompe dont le produit fournit une partie de la cascade du rocher placé dans la pièce d*eau qui eft au bas du moulin : près de là eft un réservoir entouré de rochers servant à recevoir les eaux de Chaillot. C8tte pièce d'eau, ainsi que le réservoir, étant dans l'endroit le plus élevé de ce jardin, ils servent à fournir les rivières & fontaines qui en sont l'agrément.

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ff Derrière le moulin à vent efl la maison ruftique do meunier; son intérieur^ revêtu de marbre blanc, forme une charmante laiterie, dont tous les vases sont de porcelaine. Auprès eft un jardin fleurifte bordé sur la droite par un petit ruisseau provenant d*une fontaine «ituée à gauche du bassin du rocher. En suivant ses bordsy on arrive à la montagne, sur le sommet de laquelle on a élevé un petit pavillon rond dans le genre gothique. Là, dominant tout ce qui vous environne, la vue n'eft bornée que par Thorizon; vous découvrez à droite Montmartre, les hauteurs de BelleviUe, tout Paris, TObservatoire, Vanves, Issy, Meudon, Bellevue, Sèvres, Saint-Cloud, leMont-Valérien» les hauteurs de Marly, Saint-Germain, celles de San- Qois, Saint- Prix, Montmorency, Écouen, Épinay, Saint- Denis, puis Ton retrouve Montmartre*

ft En descendant vous trouvez à droite un antre formé par des rochers, & qui sert d'entrée à la glacière, pratiquée sous cette montagne* En face eft la melonnière, derrière laquelle eft la ferme*

« Traversant le ruisseau sur la gauche, & côtoyant le jardin fleurifte, vous privez au Bois des Tombeaux, composé de peupliers d'Italie, de sycomores» de platanes^ de cyprès & de thuyas de la Chine. Le premier objet qui frappera vos yeux sera le tombeau d'une jeune fiUe dont la figure, couchée & mutilée, eft eil pierre de touche. Vous découvrirez à droite une pyramide imitée de côUe de CaKus Sextus à Rome , mais portant le caraâère égyptien^ Deux cariatides soute<

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nant le marbre d'une table vert antique annoncent l'entrée de ce. monument, fermé par une porte de fer. L'intérieur eft décoré de huit colonnes imitant le granit, & enterrées d'un tiers : leurs chapitaux, formés par des têtes égyptiennes, soutiennent un entablement de granit & de bronze. La voûte, en forme de calotte, eft peinte en caissons avec rosaces de bronze. A droite & à gauche sont placés deux tombeaux de marbre noir antique. Les niches des angles sont occupées par des cassolettes de bronze. Dans une autre niche, en face de la porte, eft une cuvette de marbre vert antique, sur laquelle une figure de femme accroupie sur ses talons, en se pressant les mamelles, en fait sortir l'eau qui retombe dans la cuvette. Cette figure, du plus beau noir, a pour coiffure un bandeau & des bandelettes d'argent.

a Sur la droite de ce tombeau eft une urne de bronze posée sur un piédeftal de marbre blanc, & élevée sur trois marches. En passant derrière la pyramide, vous trouverez à votre gauche une fontaine, & un peu plus loin un tombeau sur lequel eft une pyramide ronde ruinée. Un sentier, placé près de ce tombeau, vous conduira aux deux pavillons recouverts en treillages & joints ensemble par un berceau. Après vous y être reposé un moment, vous longerez extérieurement le Bois des Tombeaux sur votre droite, & vous apercevrez bientôt la vigne italienne, empressée de graVir le coteau sur lequel elle eft située ; une ftatue antique de Bacchus, placée au milieu, réveillera votre âme encore

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attriftée de la scène précédente. Vous serez étonné de voir des poteaux de sept pieds de haut plantés en quinconces servant d^échalas à cette vigne, & soutenant des berceaux qu'elle couvre de ses rameaux & de ses fruits.

« Après avoir traversé cette vigne & le ruisseau qui eft derrière, vous entrerez dans le bois qui eft sur la rive opposée. Un chemin irrégulier vous conduira à un point de repos, sur la droite duquel vous admirerez une belle (latue antique de Mercure en marbre blanc, & le petit autel antique qui eft en face. G>ntinuant ensuite votre route, vous arriverez près de deux monuments ruinés, dans Tun desquels eft la grande pompe à feu, & au rez-de-chaussée une petite chambre décorée à la chinoise. En avançant encore quelques pas, vous entrerez dans une petite place occupée par un bassin de marbre blanc, au milieu duquel eft un charmant groupe de M. Houdon, sculpteur du roi, représentant une superbe figure de marbre blanc prenant un bain; derrière elle, une autre femme, exécutée en plomb & peinte en noir, figure une négresse tenant d*une main une draperie de marbre blanc & de Tautre une aiguière d or, dont elle répand Teau sur le corps de sa maîtresse^ d'oîi elle retombe en nappe dans le bassin. Une porte ruinée, en face de ce groupe, vous conduit à la colonnade qui entoure une partie de la naumachie formée par un vafte bassin ovale. Sur les rochers groupés dans le milieu eft un obélisque de granit chargé d'hiéroglyphes. Après avoir admiré les

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reftes de la colonnade corinthienne dans Teau, dont elle décore les bords, & suivant ce bassin, sur la droite, vous rencontrerez un pont de bois peint en gris & en noir, de dessus lequel vous apercevrez la tente tartare, le petit temple de marbre & le jeu dé bague chinois.

« En tournant à gauche, au sortir de ce pont, vous entrerez dans le jardin botanique, composé d'arbres, arbuftes & plantes tant indigènes qu*exotiques. Regagnant ensuite le pont, un chemin élevé sur le bord de la rivière vous conduira à la fontaine de la Nymphe qui lui sert de source, puis à la tente tartare, où le chemin, faisant la fourche, mène à droite au jeu de bague & à gauche à la ftatue antique du berger Paris, devant lequel le chemin, se bifurquant encore, conduit à droite au temple de marbre & à gauche au château ruiné. Des fragments d'un escalier vous permettent de monter dans les ruines de cet ancien fort, & d'arriver sur la plate-forme d'un bâtiment carré & à créneaux. Par le moyen d'un escalier placé dans une tour antique, vous monterez sur la partie la plus élevée de ces ruines, & vous découvrirez tout l'ensemble de ce jardin. Au bas de cet endroit, les eaux, qui viennent de plus loin, forment une cascade sur des rochers près de l'arche principale d'un pont conftruit en pierres meulières & briques, rompu en partie, & tenant à ce château antique^ Ufl autre pont-rempart vous conduira dans un bois agrefte, sur la droite duquel vous irez gagner le temple de marbre blanc; c'cft utte rotonde

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sans calotte composée de douze colonnes corinthiennes, entre lesquelles sont des bancs de marbre. Un autel^ placé au milieu, sert de piédeftal-Â une fiatue antique & en marbre représentant une des compagnes d'Ulysse lorsqu'il était chez Lycomède. Du temple on arrive^ à travers un bois agrefte, à la partie du pavillon du prince, exposée au levant; une bascule, placée entre les deux croisées du milieu, sert à monter extérieure^ ment au premier étage; sur la gauche eft une fontaine, au bas d*un bassin pratiqué sur une terrasse contigué à la salie de bains, placé de côté. Traversant k bosquet de la balançoire, qui eft à droite, vous arriverez à la âifçade principale du pavillon.

« Le milieu de cette façade eft orné d*un porche soutenu par des pilaftres carrés dont les bossages sont peints en marbre jaune de Sienne, & les tables en marbre de Languedoc. Leurs chapiteaux, bosses & ornements, imitent le bronze antique; la couverture eft aussi peinte en jaune, &. les guirlandes en bronze. « En avant de ce pavillon eft un bassin qui s'étend circulairement autour du jeu de bague chinois & le renferme dans une île. Trois pagodes chinoises portent un grand parasol qui couvre ce jeu. Ces pagodes, appuyées sur une base horizontale, se meuvent avec le plancher qui eft sous leurs pieds. La mécanique qui les £sit tourner eft mise en mouvement par des hommes dans un souterrain pratiqué au-dessous. Des bords du plancher partent quatre branches de fer, dont deux soutiennent des dragons sur lesquels les messieurs

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montent à cheval. Sur les deux autres branches sont couchés des Chinois qui soutiennent d*un bras un coussin sur lequel s*assoient les dames; ils tiennent d'une main un parasol garni de grelots, & de Tautre un second coussin servant à poser les pieds. Aux bords du grand parasol sont suspendus des œufs d'autruche & des sonnettes. A droite & à gauche de ce jeu de bague, du côté du pavillon, sont des bancs-ottomanes placés dans des enfoncements de verdure. Ces bancs sont en pierre & imitent des carreaux de Perse ; au-dessus sont des draperies rayées de violet, d'aurore & de blanc, soutenues par des bâtons. C'eftoti se tient la compagnie pour voir courir la bague. A droite & à gauche de ces ottomanes sont des roses ou cassolettes imitant le bronze rouge; leurs guirlandes & ornements sont dorés.

« Sur la gauche du jeu de bague vous apercevrez une niche entre deux colonnes de proportions doriques, ornées de bossages & soutenant un entablement. Cette niche eft occupée par une superbe ftatue de marbre blanc, copiée par le célèbre Bouchardon d'après le Faune antique & dormant qui eft à Rome, dans la villa Borghèse.

« Un sentier qui se présente sur la droite de cet intéressant morceau vous conduira sur le bord d'un fossé qui servait autrefois de clôture au jardin de ce côté : vous pénétrerez dans l'agrandissement que le prince s'eft procuré au delà par un petit pont ployant qui se baisse & se relève contre le mur de clôture.

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L'abreuvoir aue vnii«s tr/Mi*»^ — ' «i^uveau terrain cft deftiné aux beftiaux de la ferme ; de l'autre côté eft un perft tertre nommé le Tertre de Diane. »

J*ai donn<î in extenso cette description, parce que rien nfijefge5arèriîer*i3ft*'c?it*Mpnceau ancien que le parties du jardin, jadis admirées, — par exempie4^- Naumachie, reftaurée; — mais du plan primitif de Carmontel il ne refte presque plus rien, & je le regrette, malgré le mauvais goût réel de ce plan, oU il entrait trop d*imitation du chinois, du grec, du romain , — & pas assez d'imitation de la Nature , cette grande artifte !

Sous la République j Monceau^ chanté par Delille, — il ne lui manquait que cela ! — devint tout naturellement propriété nationale. La Convention décréta qu'il ne serait pas vendu, mais entretenu aux frais de l'État. Sous l'Empire, il échut à l'archichancelier, dont Napoléon voulut ainsi récompenser la complaisance ; mais Cambacérès, effrayé des dépenses que nécessitait l'entretien du jardin & du personnel qu'exigeait le château, s'empressa de reftituer le cadeau à son généreux proteâeur, à qui ses moyens permirent de le conserver pour son propre compte. Sous la Reftauration, Monceau fit retour au fils de Philippe-Égalité, qui l'habita quelque temps avec la princesse Adélaïde, sa sœur, & dont la famille le posséda jusqu'au décret de 1852.

Aujourd'hui, transformé, émondé, raccourci, sim-

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pHfiéj le parc de ivioik.v«v.^a. -i«of^ ouvert à tous

les flâneurs & à tous les rentiers du quartier, — une sorte de Bois de Boulogne à la portée 4es goutteux, ennemis des longues marches^ & des révems, amis des discrètes solitudes.

LA "B ARRIÈRE "DE éMONCEAU

Le peuple — qui n'a pas le moindre souci des étymologies — l'appelait la barrière Mousseaux, & certains hiftoriens — populaires — n'ont pas craint d'écrire Monceaux, Il était si simple de dire & d'écrire Montceau ou Monceau — Monticelîum — petite éminence, petit mont : le monceau Saint-Gervais, le monceau des Moulins, &c. Les faubourgs de Paris étaient couronnés de monceaux, — Paris étant une vallée.

Ce qui eft certain, c'eft que le village qui a donné son nom à la présente barrière, — laquelle, ornée d'un bâtiment à deux périftyles avec colonnes h bossages, était située à l'extrémité de la rue du Rocher, en face de la route d'Asnières, — ce village a de profondes racines dans notre hiftoire, puisqu'il en eft fait mention dans les Vigilles de Martial d'Auvergne, à propos du siège de Paris par Jeanne d'Arc (4 septembre 14129) :

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n Puis le roy vînt a Sainâ Denys Qui luy rendit obéissance, Laigny avec le plat pays, Deppendences & Tajacence.

Oultre en procédant plus avant, Son ost tira a la Chappelle, Et delà au moulin a vent Où y eut escharmouche belle.

Les Angloys qui eftoient a Paris Tous ensemble se retirèrent Afïin qu'ils ne feussent péris Et les murs si fortiffierent.

Le lendemain grant compaignie De l'oft des Francoys a Monceaulx S'en vindrent faire ung assaillie Jusques au Marche des pourceaulx.

Soubs la montaigne s'embucherent Pour illec eftre a couvert, Et delà gaigner s*en allèrent D'assault ung petit bollevert.

D'un cosfte & d'aultre canons Et coUeuvrines si ruoient Et ne voyoit-on qu'empanons De âesches qui en l'air tiroient.

Adoncques Jehanne la Pucelle Se mift dans l'arriére fossé Où fift de besongner merveille D'un couraige en ardeur dressé.

Un vireton que l'on tira

La vint en la iambe assener,

Et si point n'en desempara

Ni ne s'en voult oncques tourner. »

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Une gaillarde, n'eft-ce pas, cette « bergerelle? » & comme elle méritait bien d'être brûlée vive pour avoir donné ce mauvais exemple de patriotisme !

La barrière de Monceau n'a pas que ce souvenir à son aftif, — & n'eût-elle que celui-là, d'ailleurs, il suffirait encore pour la faire plus riche que d'autres barrières : les rues du Rocher & de Miromesnil, qui viennent aboutir à l'endroit où elle exiftait avant 1860, lui fournissent aussi leur petit contingent d'anecdotes, galantes les unes, lugubres les autres.

Car cette rue du Rocher, d'abord nommée — & bien nommée — rue des Errancis ou des EstropiéSy était au siècle dernier ce qu'eft aujourd'hui, par exemple, la route de Montrouge : un chemin que bordaient quelques maisons, & au bout duquel tournaient deux ou trois moulins, qui faisaient de grands gefles télégraphiques aux Parisiens, pour les inviter à venir chopiner dans les cabarets environnants : le Moulin des Prunes, le Moulin de la Marmite^ & le Moulin Boute-à-Jin ! Et puis la Petite-Pologne, une guinguette fort achalandée, d'où peut-être eft sorti le difton calomnieux pour les descendants de Kosciusko! Et puis des champs, où les ivrognes allaient cuver leur piquette & les enfants enlever leurs cerfs- volants...

Le duc d'Orléans avait sa petite maison dans ce quartier pittoresque mais peu sûr, — une petite maison qui avait appartenu à un gros financier. La Folie de Chartres — comme on appelait Monceau — n'était

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pas encore cqnftruite, & il fallait bien que le prince abritât ses amours quelque part^ loin de la foule & du bruit.

Le hasard^ qui se plaît dans les antithèses cruelles, voulut qu'on improvisât un cimetière dans le terrain voisin de ces deux galantes hôtelleries, & que l'un des premiers enterrés fût précisément leur propriétaire, le duc d'Orléans, décapité le 6 novembre lyçS. Charlotte Corday l'y avait précédé : il y fut suivi par d'autres corps sans tête, Maximilien Robespierre, Couthon, Saint-Juftj Robespierre le jeune, Dumas, Henriot, Simon, Vivier, Gombeau, Payan, Lavalette, Fleuriot, d'autres encore, — viftimes & bourreaux dans le même charnier. Une cruauté de plus, la plus grande, cette cruauté suprême qui considait à faire pourrir ensemble des gens qui avaient vécu séparés par leurs haines ! Et le peuple oublieux qui se met à danser sur ces cadavres, dont quelques-uns au moins devraient lui être chers ! Il fallait appeler ce bal le Bal des Victimes, au moins !

Un peu plus bas, dans cette même rue du Rocher, ou des Errancis, était un hôtel qu'avaient habité madame Laetitia, igère de Bonaparte, & Joseph, son frère, à qui, le soir du i8 brumaire, Lucien disait : c La liberté e(l née dans le jeu de paume de Versailles ; elle vient de se consolider dans l'Orangerie de Saint*Cloud.v Il voyait les événements au travers de lunettes vertes, ce Lucien-là !

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