‹ Histoire anecdotique du Conservatoire de musique et de déclamationChapitre 9 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

LE CHANT RELIGIEUX — l'ÉCOLE DE CHANT DE l'opéra — LE MAGASIN

Les encyclopédies les plus diverses s'accordent à faire remonter aux maîtrises les origines du Conservatoire, mais sont moins unanimes à nous fixer sur la fondation de ces maîtrises.

Sans vouloir^ par delà le cours des siècles, redire l'histoire du roi David confiant à Idy-

thun la direction des musiciens réunis autour de l'autel, on peut citer au passage les traditions attribuant la création du chant religieux tour à tour à saint Ignace, évêque d'Antioche, en 68, aux papes Silvestre (330) ou Hilaire (460), à saint Ambroise.

Le règne de Grégoire le Grand (590-604) n'aurait donc été qu'une restauration pour les hymnes sacrées, si les soins que le pontife prodigua à ses écoles, « V Anti'phonaire Centon », sur lequel il écrivit tous les chants de l'Église, ne suffisaient à le consacrer comme le père de la musique religieuse.

Se vouant tout entier à l'œuvre entreprise, il vit, avant de mourir, l'école romaine briller de tout son éclat. ">

Établie à Paris par saint Germain, la musique y traverse des épreuves diverses et s'éloigne souvent du but rêvé par le pieux évêque.

Séduit par la voix de deux suivantes d'Ingoberge, Charibert répudie la reine pour épouser les cantatrices ; Dagobert, après avoir entendu Nantilde, l'enlève de l'abbaye de Romilly.

« Les Gaulois ne sont pas aptes à la musique sacrée, écrivait le diacre Jean ; leurs gosiers habitués aux boissons enivrantes ne peuvent se plier aux tours de voix que réclame l'exécution d'une mélodie suave et douce ». Et ils s'écartent si bien de la version primitive que force fut à Pépin, en l'an 752, de demander au pape Etienne Tenvoi de douze musiciens qui répareraient les dommages causés à VAntiphonaire.

Des chantres francs ont accompagné Charlemagne dans un de ses voyages à Rome. Deux d'entre eux y demeurent quelques

années, puis, maîtres de la tradition, emportant la copie de VAntiphonaire, regagnent leur patrie pour fonder, l'un, Romain, l'école de Saint-Gall, l'autre, Pierre, l'école de Metz.

Désormais la musique aura tous les soins des rois de France : leur chapelle les suit jusque dans les guerres. A Bouvines, les chantres entonnent le psaume Benedictus ; c'est aux accents du Veni Creator que la flotte de saint Louis sort d'Aigues-Mortes ; après Agnadel, un Te Deum est célébré sur le champ de bataille.

Elle figurera solennellement dans des circonstances moins meurtrières : à Bologne, lors de l'entrevue du pape Léon X avec François I", au camp du Drap d'Or, où les voix françaises et anglaises alternent durant la messe du cardinal Wolsey.

Chaque cathédrale a son école, et le chanoine Jean de Bordenave, dans son volumineux ouvrage sur « l'Estat des Eglises », dépeint le travail des élèves, « des enfants du chœur, qui, comme l'âme de la musique, tiennent le dessus, sous la direction de leurs maîtres symphoniaques. Ils donnent tant de grâce au chant et une vigueur si grande pour exciter le peuple à la dévotion qu'ils ornent et accomplissent toute l'harmonie par leurs tons angéliques. »

L'auteur semble tenir en médiocre estime le caractère des musiciens de son temps, « de leur nature fantasques et capricieux, en telle sorte qu'ils assomment ces petits corps, pour un pied de mouche ; n'y ayant condition plus misérable et à regretter, qu'est celle d'un enfant du chœur novice et apprentif. »

Sous Charles IX, Baif fonde, dans son réduit du faubourg Saint-Marcel, une académie

de musique et de poésie aux séances de laquelle le roi se plaît à assister une fois la semaine ; Henri III suit l'exemple de son frère.

Le goût du chant s'est répandu en France : les mélodies populaires abondent et telle est bientôt leur vogue, que, pour se conformer au goût du jour et attirer plus sûrement les fidèles, les Pères de l'Oratoire font célébrer l'Office sur les vaudevilles à la mode. Ainsi, au dire de Castil-Blaze, les musiciens d'une église chantaient tour à tour les messes et les motets de Madelon, de Videz vos flaœns, A l'ombre d'un buissonnet. Amour me bat.

La recherche de l'actualité est poussée à tel point que lorsque Louis XIII envoie des secours en Crète, le Kyrie s'attaque sur le m.otif, partout fredonné dans les rues, « Allons à Candie ».

Mais voici venir l'ancêtre direct de notre Conservatoire : en 1669, Tabbé Perrin obtient des lettres-patentes « portant permission d'établir dans la ville de Paris et autres du royaume, des académies de musique pour chanter en public des pièces de théâtre, comme il se pratique en Italie, en Allemagne et en Angleterre. »

Aidé de son associé Cambert, il appelle du Languedoc les plus illustres musiciens des églises cathédrales ; parmi eux Beaumavielle et Cledière, qui, l'un et l'autre, furent les soutiens les plus solides de son théâtre.

Pendant que se construit la salle de la rue Mazarine, les répétitions ont lieu à l'hôtel de Nevers. Mais ce que les chanteurs de lutrin avaient de moins contestable, c'était la sonorité du timbre, leur unique visée ayant été jusque-là de remplir la nef des cathédrales ; et quand Lully prend possession du théâtre (1 672)

il se hâte d'y fonder une école de chant et de déclamation.

« Lully, écrit Durey de Noirville, n'excellait pas seulement dans l'art de la composition de ses opéras; il savait aussi parfaitement les faire exécuter et en gouverner les exécuteurs. Du moment qu'un chanteur ou une chanteuse de la voix desquels il était content, lui étaient tombés entre les mains, il s'attachait à les dresser avec une affection merveilleuse, il leur enseignait lui-même à marcher sur le théâtre, à leur donner la grâce du geste et de l'action.» En tête des interprètes formés par le maître italien, citons Duménil, mademoiselle Saint- Christophe, et surtout Marthe Le Rochois, la créatrice d'Armide.

Retirée du théâtre en 1698, avec une pension de l'Opéra, elle ouvrit une école de chant dans son appartement de la rue Saint-Honoré et consacra le reste de sa vie à ses élèves.

Quelques-unes s'illustrèrent : Louison et Fanchon Moreau ; mademoiselle Maupin, de tapageuse mémoire; mademoiselle Antier, qui couronna le maréchal de Villars quand il parut à l'Opéra après la victoire de Denain et reçut une tabatière d'or en échange de ses lauriers ; enfin cette triomphante mademoiselle Desmatins, à laquelle on attribue le joli billet : « Notre enfan ai maure; vien de boneure, le mien ai de te voire. »

Lully voulait le chant si uni, qu'on prétend « qu'il allait se le former à la Comédie-Française sur les tons de la Champmêlé. » — Ce fut donc comme une révélation quand mademoiselle Carie Van Loo, la femme du peintre, et musicienne de race, ouvrit une école vers la même époque et enseigna les vocalises à mesdemoiselles Fel et Petitpas.

N'ayant plus Lully pour le conduire, l'Opéra, à peine né, semblait déjà menacé d'une mort prochaine, et le 11 janvier 1713, Louis XIV signait à Versailles un règlement, véritable cri d'alarme.

a Sa Majesté étant informée que, depuis le décès du feu sieur Lully, on s'est relâché insensiblement de la règle et du bon ordre dans l'intérieur de l'Académie Royale de Musique... et que le public est exposé à la privation d'un spectacle qui depuis longtemps lui est toujours également agréable, Décrète :

» 1° Le sieur de Francine, Donataire du privilège de ladite Académie et Directeur, aura soin de choisir les meilleurs sujets qu'il pourra trouver, tant pour la voix que pour la danse et les instruments. Aucun desdits sujets ne sera reçu sans l'approbation du sieur Destouches, Inspecteur général.

» 2° Pour parvenir à élever des sujets pro-

près à remplir ceux qui manqueront, sera établie une école de musique, une de danse et une d'instruments ; et ceux qui y auront été admis y seront enseignés gratuitement, etc. »

Ainsi fut officiellement fondée l'Ecole de l'Opéra dite le Magasin, du nom de l'hôtel où logeaient, rue Saint-Nicaise, le directeur et les personnes attachées à l'Académie Royale.

En novembre, autre ordonnance qui fixe l'emploi du maître de musique. Il se trouvera, au moins trois fois la semaine, le matin, à 9 heures précises, à son poste. Dans une salle destinée aux répétitions il fera étudier leurs rôles aux actrices et devra montrer la musique à celles qui ne la savent pas. Même prescription au maître des salles, chargé de l'éducation des danseuses.

Sont dès lors baptisées filles du magasin, toutes lesiélèves qui, n'ayant pas achevé leurs études, figuraient sur la scène avant leur

engagement définitif. Le seuil de l'hôtel franchi, elles échappaient à l'autorité de leur famille, devenaient sujettes de l'Opéra, qui avait hâte de les utiliser, bien ou mal dégrossies.

Le remède semble accroître le mal, puisque les historiens de Gluck se confondent en lamentations sur les tracas multipliés dont abondèrent ses premières répétitions. A grand'peine le maître' autrichien secoua cette masse inerte, fit déclamer avec sincérité.

Ginguené, retraçant la vie de Piccinni, est plein d'amertume pour les voix pesantes et volumineuses des premiers sujets, les chœurs discordants et immobiles, l'orchestre inhabile, assourdissant et monotone, même pour le public habitué à des cris dépourvus de chant, de rythme et de mesure.

Sur ce point, nous avons encore le témoignage de Grétry. Une anecdote de ses Essais

prouve combien la mesure était chose secondaire dans le Temple de la musique : c'est un fragment de dialogue entre Francœur, à la tête de son orchestre, et Sophie Arnould.

Le batteur de mesure répond à un reproche de la cantatrice : « — Cependant, mademoiselle, nous allons de mesure! »

— « De mesure! quelle bête est-ce là?

Suivez-moi, monsieur, et sachez que votre symphonie est la très humble servante de l'actrice qui récite. »

Si du magasin étaient sortis des artistes comme Larrivée (1755), Laînez (1773), présenté par Berton (frappé de la voix qu'il déployait en vendant des bottes d'asperges), semblable aubaine était rare. Une viole à la main, Rodolphe prodiguait en vain des leçons;

il y avait disette de clianteurs à l'Académie, menacée d'une famine complète.

En 1772, n'ayant point de haute-contre, l'Opéra avait, usant de son droit de réquisition, enlevé à la cathédrale de La Rochelle, par lettre de cachet en bonne et due forme, un chantre dont la réputation était parvenue jusqu'à Paris.

Et la débâcle financière menaçait plus encore que la ruine artistique; les combinaisons les plus diverses étaient tentées, on essayait sans succès des modes variés de direction.

Quand vient 1784, il faut augmenter le tribut exigé des théâtres par l'Opéra ! « L'homme ventriloque paiera 24 livres par an, le sieur Nicoud, 6 livres pour avoir droit de faire voir son singe; la machine hydraulique, 2 sous par jour. » Montreurs de puces savantes, jouteurs, saltimbanques, tous étaient mis à rançon sans ralentir la marche du péril.

quand Gossec effrayé sollicita une audience de M. de Breteuil et réclama son appui pour la réalisation d'un projet qui pourrait conjurer la catastrophe prochaine.

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