‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 106 sur 188 · NEUVIÈME RÉCIT · texte numérisé non relu

NEUVIÈME RÉCIT

[Siège d’Antioche par les Turcs (3-28 juin 1098)]

[21.] Courbaram*, chef de la milice du Soudan de Perse*, étant encore en Khorassan, avait reçu de Cassian, amiral d’Antioche, plusieurs messages qui lui demandaient de le secourir en temps opportun, car, tombé dans le plus grave embarras, il était assiégé dans Antioche par la courageuse nation des Francs. Si Courbaram lui fournissait des secours, il lui livrerait la ville d’Antioche ou, du moins, lui donnerait une riche récompense. Courbaram avait réuni depuis longtemps déjà une grande armée de Turcs. Ayant reçu du calife, qui est leur apostolique®, licence de tuer les chrétiens, il prit immédiatement la longue route qui mène à Antioche.

L’amiral de Jérusalem vint à son aide avec son armée; le roi de Damas vint aussi avec une grosse troupe et Courbaram rassembla des masses innombrables de païens. Turcs, Arabes, Sarrasins, Publicains, Azymites, Kurdes^, Persans,

gath par Foucher de Chartres, KovipTcayâv par Anne Comnène, Kerbôga par les historiens arabes), émir de Mossoul, au service des sultans seldjoucides de Perse.

2. La Perse désigne l’empire turc seldjoucide, gouverné par le sultan Barkariok (1092-1104).

3. Le calife abbasside de Bagdad, dont les Turcs reconnaissaient l’autorité spirituelle : d’où sa naïve assimilation au pape des chrétiens.

4. Cwrh, les Kurdes, que l’on trouve déjà établis en grand nombre hors de leur pays d’origine, en particulier en Syrie.

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II2 ANTIOCHIAE OPPIDUM CURBARAM PRINCIPI TRADITUR

alias multas gentes innumerabiles. Et Agulani^ fuerunt numéro iii milia, qui neque lanceas neque sagittas neque ulla arma timebant, quia omnes erant undique cooperti ferro et equi eorum ipsique nolebant in bellum ferre arma, nîsi solummodo gladios. Isti omnes venerunt in obsidionem Antiochie ad dispergendum Francorum collegium.

Et, cum appropinquassent urbi, venit obviam illis Sensadolus’, fillus Cassiani, ammiralii Antiochie, et continuo cucurrit ad Curbaram lacrimabiliter rogans eum et dicens : « Invictissime princeps, te supplex precor quatinus modo mihi succurras, quoniam Franci undique obsident me in Antiocheno oppido* urbemque tenent in suo imperio nosque alienare a regione Remanie^ sive Syrie", aut eciam* et Corrozani*^ cupiunt. Omnia patravere que voluerunt, patrem occiderunt meum; nihil aliud superest, nisi ut me et te et omnes alios ex genere nostro imerficiant. Ego namque jamdudum tuum exspecto auxilium ut mihi succurras in hoc periculo. » Cui ait ille : « Si vis ut ex toto corde in tuo sim proficuo tibique fideliter in hoc succurram periculo illud oppidum in meam trade manum et tune videbis qualiter in tuo ero proficuo idque faciam custodire meis hominibus*. » Ait illi Sensadolus : « Si potes omnes Francos occidere mihique capita eorum tradere, tibi dabo oppidum tibique faciam hominium et in tua fidelitate custodiam illud oppidum. » Cui Curbaram : « Non ita, inquit, erit, sed continuo in meam manum commiite castrum. » Tandem volens nolensque commisit illi castrum®.

a. Romana sive Siriaca A^, A^. — b. adhuc autem B; ne cum et O; neenon etiam et C*, C®. — c. Corrozana A^; Corozane C. — d. tibique fideliter . periculo omis dans C*. — e. meos ho-

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LA CITADELLE D*ANTIOCHE LIVREE A KERBOGA Il3

Angulans et autres peuples innombrables. Les Angulans^ étaient au nombre de trois cent mille et ne craignaient ni lances, ni flèches, ni aucune autre arme, car eux et leurs chevaux étaient entièrement couverts de fer et eux-mêmes ne voulaient porter d’autres armes au combat que des glaives. Tous vinrent assiéger Antioche, afin de disperser l’armée des Francs.

Comme ils approchaient de la ville, ils rencontrèrent Sensadolus*, fils de Cassian, amiral d’Antioche. Il courut à Courbaram, en l’implorant avec des larmes, en lui disant : « Prince invincible, je t’en supplie, viens à mon secours, car les Francs m’assiègent de toute part dans la citadelle d’Antioche ^ et ils tiennent la ville en leur pouvoir et désirent nous chasser de la Romanie^, de la Syrie et même du Khorassan. Ils ont accompli ce qu’ils voulaient et ont tué mon père; il ne leur manque plus que de m’exterminer, ainsi que toi et tous ceux de notre race. Pour moi, je n’attends plus que ton aide et ton secours dans ce péril. » Courbaram répondit : « Si tu veux que je cherche de tout mon cœur à t’être utile et que je te secoure fidèlement dans ce péril, remets entre mes mains cette citadelle; alors tu verras quel service je te rendrai, et je la ferai garder à mes hommes. » Sensadolus répartit : « Si tu peux tuer tous les Francs et me livrer leurs têtes, je te donnerai la citadelle, je te ferai hommage et je garderai cette citadelle dans ta fidélité. » Mais Courbaram : « Non, dit-il, ce n’est pas cela, mais c’est tout de suite qu’il faut remettre ton château entre mes mains. » Bon gré, mal gré, il dut lui livrer la citadelle'^

mines .(4^, B. La leçon de et de C^que nous adoptons^ coïncide avec TudebodCy p. 6o, et V « Hist. belli sacri », p. igS.

1. Sur les Angulans, voir p. 49. Inutile de faire ressortir Texa* gération du chiffre de trois cent mille, qui leur est attribué.

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