LA MÈRE DE KERBOGA LUI DÉCONSEILLE D^ATTAQUER I2I
ces raisons, je te supplie, très cher fils, d’écouter mes conseils et de ne jamais discuter la possibilité ou caresser le dessein de commencer la guerre contre la nation chrétienne. »
A ces remontrances maternelles, Courbaram répondit fièrement : « Qu’est-ce donc, ma mère? Que me racontes-tu là? Es-tu folle et la proie des furies? J’ai avec moi plus d’émirs qu’il n’y a de chrétiens, grands ou petits ». — < Très doux fils, répondit sa mère, les chrétiens ne peuvent soutenir le combat contre vous; je sais qu’ils sont incapables d’engager la bataille contre nous, mais leur Dieu combat chaque jour pour eux ; jour et nuit il les défend par sa protection, comme un pasteur veille sur son troupeau, et il ne permet pas qu’ils soient lésés ou troublés par une nation quelconque; et ceux qui veulent leur résister, leur Dieu les trouble à leur tour, comme il l’a dit par la bouche du prophète David : Dissipe les nations qui veulent la guerre^, et ailleurs : Déverse ta colère sur les nations qui ne t'ont pas connu et sur les royaumes qui n’ont pas invoqué ton nom*. Avant même qu’ils se soient préparés à commencer une guerre, leur Dieu tout-puissant et invincible a déjà vaincu tous leurs ennemis avec ses saints; à plus forte raison, que fera-t-il de vous qui êtes ses ennemis et qui vous préparez à leur résister de toute votre force? Sache-le, mon très cher, en toute vérité : ces chrétiens sont appelés les fils du Christ et, par la bouche des prophètes, les fils de l’adoption et de la promesse^ et, suivant l’apôtre, ils sont les héritiers du Christ^. C’est à eux que le Christ a déjà donné l’héritage qu’il avait promis, lorsqu’il disait par les prophètes : Du levant au couchant seront vos frontières et nul ne se dressera contre voMJ*. Qui pourrait contredire ces paroles ou s’y opposer?
1. Ps. 67, 3i. La mère de Courbaram prononce un véritable sermon, qui est dû certainement à la même plume que le chapitre i.