‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 110 sur 188 · DISCOURS DE LA MERE DE KERBOGA A SON FILS II · texte numérisé non relu

DISCOURS DE LA MERE DE KERBOGA A SON FILS II

nés à mort ou conduits en captivité dans le Khorassan, parce qu’ils nous menacent de nous repousser par leurs armes et de nous expulser hors de nos frontières, comme ils ont expulsé nos parents de Romanie ou de Syrie. Et je vous fais serment par Mahomet et par les noms de tous nos dieux* que je ne reparaîtrai pas en votre présence avant d’avoir acquis de ma forte main la ville royale d’Antioche, toute la Syrie et la Romanie et la Bulgarie jusqu’à l’Apulie, en l’honneur de nos dieux, de vous et de tous ceux qui sont de la race turque. » Telle fut sa conclusion.

[22.] La mère du même Courbaram, qui se trouvait dans la ville d’Alep, vint le trouver et lui dit tout en larmes^ : « Fils, est-ce vrai ce que j’apprends? * — « Quoi?» répondit-il. — « J’ai appris, dit-elle, que tu veux engager la bataille avec l’armée des Francs. » — «t Sache que c’est vrai. » — « Je t’adjure, mon fils, par les noms de tous les dieux et par ton bon naturel, de ne pas engager la bataille avec les Francs. Chevalier invincible, nul ne t’a jamais vu sur le terrain fuir devant un vainqueur. Ta chevalerie est renommée, et partout les meilleurs chevaliers tremblent en entendant ton nom. Nous savons suffisamment, fils, que tu es un guerrier puissant, courageux, savant dans l’art de la guerre : aucune nation chrétienne ou païenne n’a pu manifester sa force devant ta face, mais on les voyait fuir au seul bruit de ton nom, comme des brebis fuient devant la fureur d’un lion. Pour

sicui C3. — c. statim B. — d. numina A*, C. — e. A la suite de ce mol, B ajoute : et nullam imprudentiam ex te aut ex tuo exercitu unquam penitus audivi. Même leçon dans Tudebode, p. 6Jf et V « Hist. belli sacri », p. igg (c/. Guibert de Nogenty p. ig2). — /. et bellorum ingeniosus omis dans A*, A*, C*.

1. Les Occidentaux considéraient les Musulmans comme des païens adorant des idoles et croyant à l’existence de plusieurs dieux. Le point de vue de l’Anonyme est le même à cet égard que celui des chansons de geste.

2. Sur le caractère entièrement romanesque de ce morceau, voir l’Introduction, p. vi-vii.

Original from

120 CURBARAM NE CHRISTIANOS INVADAT MATER HORTATUR

fili, Ut meis acquiesças consiliis et ne unquam in tuo hesitet" animo aut in tuo inveniatur consilio ut bellum velis incipere cum christiana* gente. »

Tune Curbaram, materna audiens monita, feroci respondit sermone : « Quid est hoc, mater, quod mihi refers? Puto quod insanis aut furiis es plena. Enimvero mecum habeo plures ammiralios quam christiani sint, sive majores, sive minores. » Respondit ei mater sua : « 0 dulcissime fili, Christiani nequeunt vobiscum bellare : scio namque quod non valent nobis pugnam inferre; sed Deus eorum pro ipsis cotidie pugnat eosque die noctuque sua protectione défendit et vigilat super eos sicut pastor vigilat super gregem suum et non permittit eos ledi vel conturbari ab ulla gente et quicumque volunt eis obsistere idem eorum Deus conturbat illos, sicut ipse ait per os David prophète : Dissipa gentes que bella volunt' et alibi : Effunde iram in gentes que te non noverunt et in régna que nomen tuum non znvocaverunî^. Antequam preparaii sint ad incipiendum bellum, eorum Deus omnipotens*" et bellipotens^ simul cum sanctis suis omnes inimicos jam habet devictos; quanto magis faciet circa vos qui ejus estis inimici et qui preparastis vos obsistere eis tota virtute? Hoc autem, carissime, in rei veritate scias, quoniam isti Christiani filii Christi* vocati sunt et, prophetarum ore, filii adoptionis et promissionis^ et secundum Apostolum heredes Christi sunt*^ quibus Christus hereditates repromissas jam donavit dicendo per prophetas : A solis ortu usque ad occasum erunt termini vestri et nemo stabit contra vo5*. Et quis-^ potest his

a. hesites A^; hereat C. — b. Christianorum A^. — c. Deus optimus A^f Bj C*. — d. et beUipotens en marge dans A^. — e. filii Dei C; même leçon dans Tudebode (manuscrits C, Z);, p. 64y et V « Hist. belli sacri », p. 200. — /. qui A^^ B, C*, O.

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