‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 124 sur 188 · DE STEPHANI COMITIS SECESSIONE · texte numérisé non relu

DE STEPHANI COMITIS SECESSIONE

caballorum et camelorum et asinorum atque boum seu bufalorum sicca decoquebant et manducabant. Istas et multas anxietates ac angustias®, quas nominare nequeo, passi sumus pro Christî nomine et Sancti Sepulcri via deliberanda^ ; taies quoque tribulationes et famés ac timorés passi sumus per xxvi dies*.

[27.] Imprudens itaque Stephanus Carnotensis cornes, quem omnes nostri majores elegerant ut esset ductor nostrorum^, maxima se finxit deprimi infirmitate priusquam Antiochia esset capta^ turpiterque recessit in aliud castrum quod vocatur Alexandreta*. Nos itaque cotidie prestolabamur eum quatinus subveniret nobis in adjutorio, qui eramus inclusi in urbe, salutifero carentes auxilio. At ille, postquam audivit gentem Turcorum circumcingentem et obsidentem nos, latenter ascendit super proximam montaneamque stabat prope Antiochiam* viditque innumerabilia tentoria, vehementique captus timoré, recessit fugitque festinanier* cum suo exercitu. Veniens autem in suum castrum, exspoliavit illud et celeri cursu rétro vertit iter^^.

Postquam vero venit obviam imperatori'^ ad Philomenam®, seorsum vocavit eum secreio dicens : « Scias révéra quoniam capta est A.ntiochia, et* castrum minime

a. ac angustias omis dans A^. — b. ut formidolosus ajouté par

et C3. — c. retrovertitur B, C^; vertitur A^. — d. qui cum suo exercitu in auxilium properabat christianorum addition de C. — e. sed B, O, O.

1. Deliberanda ne peut avoir d’autre sens ici que « libérer, délivrer ». C’est une des nombreuses impropriétés d’expression que renferme ce texte.

2. Cf. la lettre des princes à Urbain II {Epistuîae et chartac, p. 162), Raimond d’Aguilers, ii, p. 258, et Albert d’Aix, IV, 34, p. 412.

3. Etienne, comte de Chartres et de Blois (cf. p. 39, n. 4), avait

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

DÉSERTION d’Étienne de blois 141

figuier, de vigne, de chardon. D’autres faisaient cuire et mangeaient des peaux desséchées de chevaux, de chameaux, de boeufs, de buffles. Cette anxiété et ces angoisses de toute sorte, qu’il est impossible de rappeler, nous les avons souffertes pour le nom du Christ et pour rendre libre ^ la route du Saint-Sépulcre. Telles furent les tribulations, la famine et les terreurs auxquelles nous fûmes en proie pendant vingt-six jours

|27.] Aussi, Etienne, comte de Chartres, l’insensé, que nos grands avaient élu comme chef suprême®, feignit, avant qu’Antioche fût prise*, d’être atteint d’une maladie et se retira honteusement dans une autre ville forte appelée Alexandrette®. Et nous, chaque jour, nous attendions qu’il vînt nous porter secours, enfermés que nous étions dans la ville sans aucune aide salutaire. Mais lui, ayant appris que l’armée des Turcs nous entourait et nous assiégeait, il gravit secrètement une montagne voisine qui se trouvait à proximité d’Antioche* et il aperçut les tentes innombrables. Saisi d’une grande terreur, il se retira et s’enfuit à la hâte avec sa troupe. Revenu dans son camp, il le déménagea et battit rapidement en retraite’.

Arrivé en présence de l’empereur à Philomelium®, il lui demanda une audience particulière et secrète. « Sache, lui dit-il, qu’Antioche a été réellement prise, mais la citadelle

été élu chef suprême le 29 mars 1098. Voir sa deuxième lettre {Epistulae et chartae; lettres^ p. 149) et Raimond d’Aguilers, u, p. 258.

4. D’après Foucher de Chartres, 16, p. 342, cette fuite eut lieu la veille de la prise d’Antioche, le 2 juin 1098.

5. Le port d’Alexandrette, situé à environ soixante kilomètres au nord d’Antioche.

6. Un des sommets du Djebel-Ahmar (1,600 mètres), qui domine au nord la plaine d’Antioche.

7. Il semble s’être embarqué avec sa troupe et ce fut au cours d’une escale qu’il apprit la présence de l’empereur à Philomelium (Albert d’Aix, IV, 40, p. 416-417).

8. Philomelium, aujourd’hui Akschehr, entre Eski-cheir et Konieh. .\nne Comnène (XI, 6, p. 119) et Albert d’Aix [loc. cit.) disent qu’Alexis marchait au secours d’Antioche. Raoul de Caen (72, p. 638-659) place à tort cette entrevue à Kutayeh.

Original from

UNIVERSITYOF WISCONSIN

142 CUM IMPERATORE STEPHANUS PHILOMELII COLLOQUITUR

capium est nostrique omnes gravi oppressione obsessi sunt et, ut puto, a Turcis modo interfecti sunt. Revertere ergo rétro quam ciiius potes, ne et ipsi inveniant te et hanc gentem quam tecum ducis®^ »

Tune imperator*, timoré perterritus, clam vocavit Guidonem*^, fratrem Boamundi*, et quosdam alios^ et ait illis : « Seniores, quid faciemus? Ecce omnes nostri districta obsessîone impediti sunt et forsitan in hac hora omnes a Turcorum manibus mortui sunt aut in captivitatem ducti, sicut iste infelix cornes turpiter fugiens narrat. Si vultis, revertamur rétro celeri cursu, ne et nos moriamur repentina morte, quemadmodum et illi mortui sunt. »

Cum Guido'^, miles honestissimus talia audisset fallacia, cum omnibus* cepit plorare aique vehementissimo ululatu plangere unaque voces omnes dicebant : <1 O Deus verus, trinus et unus-^, quamobrem hec fieri permisisti? Cur populum sequentem te in manibus inimicorum incidere permisisti et viam tui itineris tuique Sepulcri liberare voientes tam cito dimisisti? Certe si verum est hoc verbum quod ab istis nequissimis audi-

a. A la suite de ce mot, C ajoute : Guillelmus denique de Àrchis, dudum monachus egregius, tune vero miles acerrimus, quem superius memoravimus se per murum cum aliis noctu latenter dimisisse quique se in fuga comiti Stéphane sociaverat, affirmare cepit sub jurejurando dicens imperatori quia, si Antiochiam pergeret, quo ire festinabat, caput sine dubio amitteret. Sic enim Boamundum jurasse cum sacramento hrmabat. Cette addition ne se trouve ni dans Tudebode ni dans V « Hist. belli sacri ». — b. His auditis imperator C. — c. Widonem B, C. — d. Wido B, C. — e. fallacia cum omnibus omis dans C. — /. trinus et unus omis dans C.

I. L’addition qui hgure ici dans C peut se traduire ainsi : « Guillaume d’Arques, naguère moine admirable, alors chevalier

UNIVERSITYOF WISCONSIN

ENTREVUE d’ÉTIENNE AVEC l’eMPEREUR A PHILOMELIUM I43

n*est pas prise et les nôtres sont assiégés étroitement et probablement tous exterminés par les Turcs. Reviens donc aussi vite que tu pourras, afin de ne pas tomber entre leurs mains, toi et l’armée que tu conduis^ »

Alors, l’empereur, frappé de terreur, fit venir en secret Gui, frère de Bohémond^, et quelques autres^. « Seigneurs, leur dit-il, qu’allons-nous faire? Voici que tous les nôtres sont arrêtés et assiégés étroitement et peut-être, à cette heure, ont tous été frappés mortellement de la main des Turcs ou conduits en captivité, comme ce misérable comte, qui a fui honteusement, le raconte. Si vous voulez, battons rapidement en retraite, afin de ne pas être atteints, comme ils l’ont été, d’une mort subite. »

En entendant ces mensonges, Gui, ce vaillant chevalier, se mit à pleurer avec tous les autres et à pousser de longs gémissements, et tous s’écriaient : « O vrai Dieu triple et un, pourquoi as-tu permis que ces choses s’accomplissent? Pourquoi as-tu permis que le peuple qui te suivait tombât aux mains de ses ennemis, pourquoi as-tu abandonné si vite ceux qui voulaient rendre libre la route de ton sépulcre? Certes, si la parole que nous avons entendue de la bouche de ces misérables est vraie, nous et tous les autres chrétiens

très vaillant, que nous avons signalé plus haut comme s’étant sauvé la nuit avec les autres du haut du mur et qui s’était joint au comte Étienne dans sa fuite, affirma sous serment à l’empereur que, s’il poussait jusqu’à Antioche, vers laquelle il se hâtait, il perdrait certainement sa tête. Il affirmait que Bohémond l’avait attesté par serment. » Cette interpolation remonte vraisemblablement à l’époque des hostilités entre Bohémond et l’empire

(iio5-iiii).

2. Gui était fils de Robert Guiscard et de sa deuxième femme, Sykelgaite, tandis que Bohémond était né d’AIberada. Gui avait trahi son père pendant l’expédition de 1084 et s’était laissé acheter par Alexis (Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie, t. 1, p. 282-283).

3. D’après Anne Comnène (XI, 6, p. 119), deux fugitifs d'Antioche, Guillaume de Grandmesnil et Pierre d’Aulps, s’efforçaient aussi de détourner l’empereur de sa route.

Original from

UNIVERSITYOF WISCONSIN

DE GUIDONIS MOERORB

vimus, nos et alii christiani derelinquemus te nec te amplius rememorabimur et unus® ex nobis non audebit ulterius invocare nomen tuum. » Et fuit* hic sermo mestissimus in tota milicia, ita ut nullus eorum, sive episcopus, sive abbas, sive clericus, sive laicus, auderet invocare Christi nomen per plures dies*.

Nemo namque poterat consolari Guidonem plorantem et ferientem se manibus suosque frangentem digitos et dicentem : « Heu mihi! domine mi Boamunde^ honor et decus tocius mundi, quem omnis mundus timebat et amabat! Heu mihi tristis'^! non merui dolens tuam videre honestissimam speciem, qui nullam rem magis videre desiderabam. Quis mihi det ut ego moriar pro te, dulcissime amice et domine? Cur ego ex utero mairis mee exiens non statim mortuus fui? Cur ad hanc lugubrem diem perveni ? Cur non demersus fui in mare? Cur non ex equo cecidi fracto colle*^? Utinam tecum recepissem felix martirium, ut cernerem te gloriosissimum suscepisse* finem! »

Cumque omnes cucurrissent ad eum, quatinus consolareniur eum, ut jam finem daret planctui, in se reversus ait : « Forsitan creditis huic semicano imprudenti militi*? Unquam vere non audivi loqui de milicia aliqua quam idem fecisset, sed turpiter et inhoneste recedit sicut nequissimus et infelix et quicquid miser nuntiat, sciatis falsum esse. »

Interea jussit imperator suis hominibus dicens : « Ite et conducite omnes homines istius terre in Bulgariam et explorate et devastate universa loca ut, cum venerint

a. nullus C. — b. Et fuit hic sermo... Consiantinopolim, passage altéré dans C*. — c. misero C. — d. ut recepissem repentinum interitum B, C; recipiens repenlinum interitum Tudebodey

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

Page 1