JONCTION DES COMTES AVEC RAIMOND
possède, en outre, un port excellent près de la mer<. Le lendemain, les nôtres se préparèrent à attaquer, mais ils trouvèrent la cité vide. Ils y entrèrent et y prirent leurs quartiers jusqu’au moment où Ton assiégea Archas. Tout près est une autre ville appelée Marakia* : l’amiral, qui la gouvernait, traita avec les nôtres et les introduisit dans la ville avec leurs bannières.
[36.] Le duc Godefroi, Bohémond et le comte de Flandre vinrent jusqu’à la ville de La Liche^. Bohémond se sépara des autres et retourna à Antioche^.
Eux continuèrent leur marche et assiégèrent une ville appelée GibeP. Le comte Raimond de Saint-Gilles, apprenant qu’une innombrable troupe de païens marchait contre nous pour nous livrer bataille, tint immédiatement un conseil avec les siens pour mander aux seigneurs qui se trouvaient au siège de Gibel de venir lui porter secours. A cette nouvelle, ceux-ci conclurent un traité avec l’amiral, firent la paix avec lui, reçurent des chevaux et de l’or et abandonnèrent la ville pour venir à notre secours ; mais les païens annoncés ne vinrent pas nous combattre ; et ces comtes, ayant pris leurs quartiers au delà du fleuve, prirent part au siège de cette place®.
Peu après, les nôtres chevauchèrent contre Tripoli^ et
3. L’ancienne Laodicée (aujourd’hui Latakieh), appelée La Liche, dans la toponymie de l’Orient latin.
4. Parce que, d’après Albert d’Aix (V, 33, p. 453), il craignait d’en être frustré par une trahison pendant son absence. Après avoir hésité plus de deux mois, les autres chefs se décident enfin à suivre l’exemple de Raimond de Saint-Gilles et à marcher sur Jérusalem.
5. Gibel, l’ancienne Gabala, aujourd’hui Djibleh, petit port entre Latakieh et Tortose, ne doit pas être confondue avec Gibelet (Djebeïl), l’ancienne Byblos.
6. La place d’Archas. Le bruit avait couru que le calife en personne marchait contre les croisés (Raimond d’Aguilers, 16, p. 277; Albert d’Aix, V, 33, p. 453).
7. Diversion destinée à empêcher les Turcs de venir au secours d’Archas.
ARCHAM FRAKCI OBSIDENT
inveneruntque extra civitatem Turcos, Arabes et Saracenos, quos invaserunt® nostri et miserunt eos in fugam et occiderunt maximam partem nobilium^ urbis. Tanta fuit paganorum occisio et sanguinis effusio, ut eciam aqua, que in civhate fluebat, videretur rubere et fluere in cisternas eorum*; unde valde fuerunt tristes^ dolentesque, jam vero*' tanto timoré perterriti ut nullus eorum auderet exire extra dvitatis portam.
Alia vero die equitaverunt nostri ultra de Sem^ et invenerunt boves et oves et asinos multaque animalia; camelos quoque depredati sunt fere iii milia. Obsedimus vero castrum supradictum^ per iii menses minus una die ibique Pascha Domini celebravimus iv^ idus aprilis'*. Naves quippe nostre venerunt prope nos in quendam portum quamdiu fuimus in ilia obsidione’*^ deferentes maximum mercatum, scilicet frumentum, vinum et carnem et caséum et hordeum et oleum, unde maxima ubertas fuit in tota expedicione. In ilia denique obsidione féliciter acceperunt mariirium plures ex nostris, videlicet Anselmus de Ribomont**, Willelmus Picardus et aliiplures, quos ignoro.
Rex quoque Tripolis sepe nuntios mittebat senioribus ut dimitterent castrum et cum eo concordarentur. Audientes itaque nostri hoc, scilicet-'" et dux Godefridus et Raimundus cornes S[ancti] Egidii#" ac Rotbertus Nortmannus* Flandrensisque cornes, videntesque no-
a. invadentes C; terruerunt A^. — b. civium C. — c. tristes alii B, C. — d. jam vero erant A^^ By C. — e. Ansellus de Ribodimonte A^, O, C^. — /. porro rex Tripolis sepe mittebat legatos ad seniores, rogans ut castrum dimitterent et cum eo concordiam facerent. Quod audientes nostri, scilicet dux C. — g. Sancti Egidii omis dans A^. — h. inclytusque cornes (miles C) Rotbertus Normannie A^j C.
I. « Nobles B doit être pris dans le sens général de « notables n.
Original from
UNIVERSITY OF WISCONSIN
SIÈGE dVrchas (14 février-i3 mai 1099] 189
trouvèrent hors de la ville des Turcs, Arabes et Sarrasins. Les nôtres les attaquèrent, les mirent en fuite et tuèrent une grande partie des nobles^ de la ville. Le massacre des païens et Teffusion de sang furent tels que Teau qui coulait dans la ville et alimentait les citernes semblait rouge, ce qui les remplit de douleur et de chagrin. Ils étaient épouvantés au point que nul d’entre eux n’osait franchir les portes de la ville.
Un autre jour, les nôtres chevauchèrent au delà de Sem* «t trouvèrent des bœufs, des brebis, des ânes et beaucoup de bestiaux, ainsi que des chameaux; ils en raflèrent prés de trois mille. Nous assiégeâmes la place mentionnée ^ pendant trois mois et un jour, et nous y célébrâmes la Pâque du Seigneur quatre jours avant les ides d’avriH. Nos navires vinrent à proximité de nous dans un port pendant tout le temps que dura ce siège* et ils nous apportèrent un abondant ravitaillement en blé, vin, viande, fromage, orge et huile, ce qui procura une grande abondance au cours de l’expédition. Pendant ce siège, plusieurs des nôtres reçurent un heureux martyre, entre autres Anselme de Ribemont®, Guillaume le Picard et plusieurs autres, que j’ignore.
Le roi de Tripoli envoyait souvent des messagers aux seigneurs pour les engager à abandonner cette place et à s’accorder avec lui. En étant informés et voyant les nouvelles récoltes s’annoncer (car, au milieu de mars, nous mangions
2. Il s’agit ici d’une razzia dans la plaine d’El Boukeia, afin de ravitailler l’armée.