‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 163 sur 188 · Le lundi i3 juin · texte numérisé non relu

Le lundi i3 juin

196 HIERUSALEM FRANCI OPPUGNANT

murum^ et unam scalam ereiimus ad majorem murum“, super quam ascendebant nostri milites et cominus percucîebant* Saracenos suis ensibus et lanceis et defensores civitatis; fueruntque mortui multi ex nostris, sed plures ex illis. In iila autem obsidione panes ad emendum invenire non poteramus fere per spacium dierum x, donec venit nuncius nostrarura navium^, et in nimia pressura sitis detenti fuimus, îta ut per nimium terrorem et pavorem per vi milia nostros potaremus equos et alla animalia^. Siloa namque fons, qui est ad radicem montis Sion*^* sustinebat nos, sed tamen cara vendebatur aqua inter nos.

Postquam enim venit nuncius nostrarum navium, acceperunt inter se nostri seniores consilium quemadmodum milites mitterent, qui fideliter cusiodirent homines et navesin portuJaphie. Summo autem diluculo exîerunt c milites de exercitu Raimundi , comitis S[ancti] Egidii, Raimundus Piletus et Achardus de Mommellou*^* et Willelmus de Sabra®, et ibant cum fiducia ad portum. Diviseront se denique xxx milites ex nostris ab aliis et invenerunt ncc Arabes et Turcos ac Saracenos de exercitu admiralii®’, quos invaserunt fortiter Christi milites; sed tam magna fuit virtus illorum super nostros, ut undique circumcingerent illos et

a. unam scalam ereximus ad majorem murum omis dans A^. — b. percutiebant fi, C. — c, Syon A^,C. — d. Montemerlo

O. — e. amiravisi fi, ammiralü C*, A^.

1. Cet avant-mur protégeait l’enceinte septentrionale. Sur ce premier assaut, voir Raimond d’Aguilers, 20, p. 293.

2. C’est le 17 juin qu’un messager apporte la nouvelle de l’arrivée de la flotte génoise à Jaffa (Raimond d’Aguilers, 20, p. 294; Cafaro, Liberatio civitatum OrientiSy dans les Historiens occidentaux^ t. V, p. 56-57).

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

ATTAQUE DE JÉRUSALEM (l3 juin IO99)

sîmes le petit mur^ et nous appliquâmes une échelle au mur principal; nos chevaliers y montaient et frappaient de près les Sarrasins et les défenseurs de la ville à coups d^épées et de lances. Beaucoup des nôtres, mais encore plus des leurs, y rencontrèrent la mort. Pendant ce siège, nous ne pûmes trouver de pain à acheter pendant Tespace de dix jours, jusqu’à la venue d’un messager de nos navires^, et nous fûmes en proie à une soif si ardente, qu’en éprouvant les plus grandes frayeurs, nous faisions jusqu’à six milles pour abreuver nos chevaux et nos autres bêtes^. La fontaine de Siloé, située au pied de la montagne de Sion, nous réconfortait^, mais l’eau était vendue parmi nous beaucoup trop cher.

Après l’arrivée du messager de nos navires, nos seigneurs tinrent conseil et décidèrent d’envoyer des chevaliers pour garder fidèlement les hommes et les navires au port de Jaffa. Au point du jour, cent chevaliers se détachèrent de l’armée de Raimond, comte de Saint-Gilles, dont Raimond Pilet, Achard de Montmerle*, Guillaume de Sabran*, et allèrent en toute confiance vers le port. Puis trente de nos chevaliers se séparèrent des autres et rencontrèrent sept cents Arabes, Turcs, Sarrasins de l’armée de l'amiraF. Les chevaliers du Christ les attaquèrent avec vigueur, mais la supériorité des ennemis sur les nôtres fut telle qu’ils les

3. Cette traduction se justifie par l’interprétation que Baudri de Bourgueil (IV, 10, p. 98) donne de ce passage obscur : c Equos potum ducebant, non sine pavore nimio, per vi miliaria » (« Ils conduisaient leurs chevaux à l’abreuvoir, non sans une grande terreur, l’espace de six milles »). Cf. Guillaume de Tyr, VIII, 7, dans les Historiens occidentaux^ t. I, p. 333-334.

4. Sur la fontaine de Siloé, voir le P. Hugue Vincent, Jérusalem antique, p. 63. Sur la cherté de l’eau, témoignages concordants de Raimond d’Âguilers (20, p. 294) et de la lettre de Daimbert {Epistuïae et chartae, p. 170).

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