CONSTRUCTION DE MACHINES DE GUERRE
[38.] Nos seigneurs étudièrent alors les moyens d’attaquer la ville à l’aide de machines, afin de pouvoir y pénétrer pour adorer le sépulcre de notre Sauveur. On construisit deux châteaux de bois et pas mal d’autres engins. Le duc Godefroi établit un château garni de machines et le comte Raimond fit de mêmeL Ils se faisaient apporter du bois des terres lointaines Les Sarrasins, voyant les nôtres construire ces machines, fortifiaient admirablement la ville et renforçaient les défenses des tours pendant la nuit.
Puis nos seigneurs, ayant reconnu le côté le plus faible de la cité, y firent transporter dans la nuit du samedi® notre machine et un château de bois : c’était à l’est^. Ils les dressèrent au point du jour, puis ils préparèrent et garnirent le château le dimanche, le lundi et le mardi*. Dans le secteur sud, le comte de Saint-Gilles faisait réparer sa machine. A ce moment, nous souffrîmes tellement de la soif qu’un homme ne pouvait, contre un denier®, avoir de l’eau en quantité suffisante pour éteindre sa soif.
Le mercredi et le jeudis, nous attaquâmes fortement la ville de tous les côtés, mais avant que nous ne la prissions d’assaut, les évêques et les prêtres firent décider par leurs prédications et leurs exhortations que l’on ferait en l’honneur de Dieu une procession autour des remparts de Jéru-
I. Raimond d’Âguilers (20, p. 297) donne les noms des ingénieurs choisis par les princes. Ces châteaux de bois étaient figurés sur les vitraux de Suger à Saint-Denis (Montfaucon, Monuments de la monarchie françoise, t. I, pl. LII).
2. 11 n’y avait pas de bois dans les environs immédiats de Jérusalem. Voir les détails donnés par Albert d’Aix, VI, 2, p. 469-470.