LES CHEFS ORDONNENT LEURS BATAILLES
Enfin, le patriarche, les évêques et les autres seigneurs se rassemblèrent au bord du fleuve qui est de ce côté d’Ascalon^ Là, ils raflèrent un grand nombre de bêtes, bœufs, chameaux, brebis et toute espèce de butin. Les Arabes arrivèrent au nombre d’environ trois cents; les nôtres s’élancèrent sur eux, en prirent deux et poursuivirent les autres jusqu’à leur armée. Le soir venu, le patriarche fit crier par toute l’armée que le lendemain, de grand matin, tous eussent à être équipés pour la bataille, excommuniant tout homme qui songerait à faire du butin avant que la bataille fût terminée; mais, ceci accompli, ils pourraient revenir dans la joie pour s’emparer de tout ce qui leur avait été prédestiné par le Seigneur 2.
Au point du jour, ils pénétrèrent dans une vallée magnifique, près du rivage de la mer, où ils ordonnèrent leurs batailles 3. Le duc rangea sa troupe en bataille, le comte de Normandie la sienne, le comte de Saint-Gilles la sienne, le comte de Flandre la sienne, le comte Eustache la sienne, Tancrède et Gaston la leur^. Ils disposèrent, en outre, des piétons et des archers pour précéder les chevaliers®. Tout fut ordonné ainsi, et ils commencèrent à combattre au nom du Seigneur Jésus-Christ.
A l’aile gauche était le duc Godefroi avec sa troupe et le comte de Saint-Gilles chevaucha près de la mer, à l’aile droite; le comte de Normandie, le comte de Flandre, Tancrède et tous les autres chevauchaient au centre. Les nôtres avancèrent ainsi progressivement. Les païens, de leur côté, étaient prêts au combat. Chacun d’eux avait sa gourde pen-
D’après Guillaume de Tyr (XV, 25, dans les Historiens occidentauXj t. 1], la concentration des croisés eut lieu à Yebna (Ibelin). Cf. Raimond d’Aguilers, 21, p. 3o3; Foucher de Chartres, I, 3i, p. 362; Albert d’Aix, VI, 42, p. 491-492.
2. Intervention intéressante du patriarche connue aussi par Albert d’Aix, VI, 43, p. 492.
3. Sur cette expression qui désigne les unités tactiques, voir