‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 35 sur 188 · DE TURCORÜM PRIMO IN CHRISTIANOS IMPETU · texte numérisé non relu

DE TURCORÜM PRIMO IN CHRISTIANOS IMPETU

similiter^ Et intraverunt in Romaniam^ et per un dies ierunt ultra Nicenam* urbem* inveneruntque quoddam castrum, cui nomen Exerogorgo^, quod erat vacuum gente et apprehenderunt illud, inquo* invenerunt satis frumenti et vini et carnis et omnium bonorum abundantiam.

Audientes itaque Turci^ quod Christiani essent in Castro, venerunt obsidere illud*. Ante portam castri erat puteus et ad pedem castri fons vivus, juxta quem exiit Rainaldus insidiari Turcos^. Venientes vero Turci in diededicationis S. Michaelis*® invenerunt Rainaldum et qui cum eo erant, occiderunique Turci multos ex eis, alii vero-^ fugerunt in castrum, quod confestim Turci obsederunt eisque aquam abstulerunt. Fuerantque nostri in tanta afflictione sitis, ut flebotomarent suos equos et asinos, quorum sanguinem bibebant^; alii mittebant zonas atque panniculos in piscinam et inde exprimebant aquam in os suum ; alii mingebant in pugillo alterius et bibebant; alii fodiebant humidam terram et supinabant se terramque sternebant super pectora sua pro nimia arriditate sitis Episcopi vero et presbyteri confortabant nostros et commonebant ne deficerent*.

a. Nicaenam C*, C*. — b. et invenerunt in eo A^, A^. — c. Thurci A^. — d. Turcis O, C®. — e. Mikaelis B; qui est iii kal. oct. A^; qui est in kal. oct. B. {même leçon dans /' « Hist. beîli sacri », p. 17 5). — /. vero omis dans B, C; qui remanserunt vivi B (même leçon dans TudebodCy p. 12 y et dans « Hist. belli sacri », p. lyS). — g. biberent A^y A^, C. — h. ne deficerent, dicentes : Estote ubique fortes in fide Christi et nolite eos timere qui vos persequuntur sicuti Dominus dicit : « Nolite timere eos qui corpus occidunt, animam vero non possunt occidere » B {ce discourSy qui ne figure dans aucun manuscritj est manifestement une addition postérieure. Les mots entre guillemets sont empruntés à Math. y Xy 28).

1. Contrairement à l’interprétation d’Hagenmeyer (édition des

UNIVERSITY OF WISCONSIN

PREMIÈRE ATTAQUE DES TURCS (29 Septembre 1096) 9

Les Allemands firent de même^ et ils entrèrent en Romanie^ et pendant quatre jours ils marchèrent au delà de Nicée^ et trouvèrent un château appelé Exerogorgo^, vide de toute garnison. Ils s*en emparèrent et y trouvèrent des provisions de froment, de vin, de viande et toute sorte de biens en abondance.

Les Turcs, apprenant que les chrétiens occupaient ce château, vinrent l’assiéger*. Devant la porte du château était un puits et, au pied du château, une source d’eau vive, près de laquelle Rainald se posta pour tendre une embuscade aux Turcs. Ceux-ci arrivèrent le jour de la fête de saint Michel®, trouvèrent Rainald ainsi que ses compagnons et en massacrèrent un grand nombre, tandis que les autres se réfugiaient au château. Les Turcs l’assiégèrent aussitôt et le privèrent d’eau. Et les nôtres souffrirent tellement de la soif qu’ils ouvraient les veines de leurs chevaux et de leurs ânes pour en boire le sang; d’autres lançaient des ceintures et des chiffons dans les latrines et en exprimaient le liquide dans leurs bouches; quelques-uns urinaient dans la main d’un compagnon et buvaient ensuite; d’autres creusaient le sol humide, se couchaient et répandaient de la terre sur leur poitrine, tant était grande l’ardeur de leur soiH. Les évêques et les prêtres réconfortaient les nôtres et les exhortaient à tenir ferme.

Gesta^ p. 1 16), il faut admettre que les Allemands élisent un autre chef que Rainald, car plus loin il est question de ce chef, « le seigneur des Allemands » qui trahit les siens.

2. La « Romanie n était le nom que les Turcs donnaient à l'Asie Mineure (sultanat de Roum); les Grecs désignaient ainsi la totalité de l’empire.

Page 1