‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 4 sur 188 · DATE DE COMPOSITION · texte numérisé non relu

DATE DE COMPOSITION

ans plus tard, en septembre iioi, qu’Ekkehard a pu voir le livre à Jérusalem. Nous avons d^ailleurs la preuve que certaines parties des Gesta furent composées au fur et à mesure des événements. Blâmant la soumission des chefs aux exigences de l’empereur (chap. v), l’auteur emploie le futur : « Peut-être, dit-il, nous arrivera-t-il encore d’être déçus par nos chefs; à la fin que feront-ils? Ils diront, etc... » De même lorsqu’il vante le courage des Turcs à la bataille de Dorylée (chap. ix) ou lorsqu’il raconte la désertion de l’envoyé impérial Tatikios devant Antioche (chap. xvi) : « Il demeure et demeurera à jamais dans son parjure. » Il est clair que, quand cette phrase fut écrite, l’expédition n’était pas terminée.

En revanche, en d’autres endroits (chap. xiv, xv, xix, xxi), il anticipe sur les événements. A propos de la fuite de Guillaume le Charpentier (chap. xv|, il dit que, malgré le serment prêté par lui à Bohémond, il devait déserter plus tard. A l’attaque d’Antioche par Kerbôga (5 juin 1098), il raconte la capture d’un chevalier et fait allusion à sa délivrance postérieure, après la bataille du 28 juin.

Son récit n’est donc pas exactement le contenu d’un carnet de route. Certains faits lui ont été racontés après les événements. « On rapporte, dit-il, qu’Herluin (ambassadeur des croisés à Kerbôga) connaissait les deux langues (latine et turque). » Plusieurs morceaux ont donc été rédigés quelque temps après les événements. L’étude des subdivisions, que l’on peut attribuer à la rédaction primitive, va d’ailleurs nous faire mieux connaître la méthode employée pour cette rédaction.

3. Les subdivisions de l’ouvrage. — La division actuelle en chapitres ne se trouve dans aucun manuscrit; elle apparaît dans l’édition Bongars en 1611, mais elle est assez

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LES SUBDIVISIONS DE l’oUVRAGE

logique et peut être ancienne ^ Dans certains manuscrits, comme le n® 9783 de Madrid et le no 672 du Vatican et aussi dans l’édition Bongars, l’ouvrage est divisé en quatre livres; mais, tandis que les trois premiers livres n’embrassent que neuf chapitres, le quatrième livre va du chapitre x au chapitre XXXIX et comprend tous les événements depuis le début de la marche en Asie Mineure jusqu’à la bataille d’Ascalon. Il y a là une anomalie qui enlève toute valeur à cette subdivision.

Reprenons cependant notre texte. Nous constatons qu’à certains intervalles le récit est interrompu et semble se terminer comme un sermon par une action de grâces ou une glorification du Seigneur (doxologie). Par exemple, à la hn du chapitre iv, où est racontée la bataille livrée par les chevaliers de Bohémond aux troupes impériales sur les bords du Vardar, on lit : « Cette bataille eut lieu le quatrième jour de la semaine qui marque le début du carême. Que Dieu soit béni en toutes choses. Ainsi soit-il !» Il en est de même à la fin du chapitre viii. Le chapitre ix (bataille de Dorylée) se termine par l’indication de la date de la bataille. Des doxologies ou des indications chronologiques analogues terminent les chapitres xi, xii, xvii, xviii, xix, xxix, xxxix, et l’ouvrage se trouve partagé en dix parties de dimension inégale. Les quatre premières subdivisions correspondent exactement aux quatre livres des manuscrits et de l’édition Bongars; mais ce qui est surtout remarquable, c’est que, dans deux des plus anciens manuscrits, les nos 641 et 572 du Vatican, tous deux du xii« siècle, des initiales en rouge avec

I. Nous l’avons conservée, à l’exemple d’Hagenmeyer, pour plus de commodité, en plaçant les numéros entre crochets. L’éditeur du Recueil des historiens des croisades {Historiens occidentaux, t. III) a introduit une autre division en chapitres, qui ne peut être qu’une source de confusions.

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