SUITE DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE
On objecte la difficulté de garder la continence. Cette objection n'atteint pas seulement le célibat ecclésiastique, mais la chasteté en elle-même dans le jeune homme, la jeune personne, les veufs, etc. Elle n’a pu être élevée que par le libertinage trop faible pour se vaincre. La religion donne, et au prêtre surtout, les moyens les plus puissants d'observer la chasteté. Il n'y a que ceux qui ne veulent pas employer ces moyens, qui en méconnaissent l’efficacité.
On objecte encore le nombre des prêtres manquant à leur devoir.
Si on excepte l’époque du 11e siècle, époque où la violation du célibat ne fut pas générale, mais assez fréquente, on trouvera que le nombre des prêtres infidèles à leur devoir, sous ce rapport, est à peine perceptible, comparé au nombre des prêtres vertueux.
Les fautes des prêtres contre la continence font sensation : elles sont toutes remarquées et jugées avec la dernière sévérité : aucune n'échappe à l'œil de la société quitient à la sainteté du prêtre. Du reste, les coupables sont toujours repoussés avec énergie par le clergé, qui les exclut en quelque sorte de son corps. L'objection n'aurait de force que si elle tombait sur une grande partie du clergé. Ne tombant que sur quelques individus, elle est une preuve plutôt qu'une difficulté. La conduite du clergé français, pendant la révolution, est la preuve la plus forte de la possibilité de garder les vœux imposés par l'Eglise.
On objecte qu’au concile de Nicée, Paphnuce,un saint évêque de la Hte Thébaïde, s'opposa à ce que le concile exigeât, des prêtres mariés avant leur ordination, la séparation d'avec leurs fernmes.
Cette histoire ne peut être vrai: lle serait en contradiction avec toute la tradition siastique et avec les canons mêmes du concile de Nic Les actes de ce con-
cile n’en font pas la plus légère mention: le nom de Paphnuce n’est pas sur la liste des évêques qui ont signé les décrets. Aucun des auteurs du temps ne dit un mot de cette affaire. Ce fut plus de cent ans après que l'historien Socrate la raconta ; mais cet écrivain a été convaincu d’un grand nombre de bévues historiques, et il a rapporté plu-
sieurs autres choses notoirement fausses du concile de Nicée ; ainsi il ne mérite aucune confiance.
On dit encore: l'Eglise grecque autorise le mariage des prêtres, l'Eglise latine l’a toléré chez les Orientaux.
L'Eglise grecque a admis le célibat ecclésiastique dans sa rigueur jusqu'au 7e siècle; mais alors, dans le concile dit #7 Zrullo, elle permit aux prêtres déjà mariés avant l'ordination de demeurer avec leur femme.
L'Eglise latine s'opposa alors fortement à cet abus. Grégoire VII le condamna formellement : par la suite, par amour pour la réunion, l'Eglise latine le toléra. Au reste, l'Eglise grecque exige le célibat des évêques et des moines, et interdit le mariage au prêtre après l'ordination. Dans le fait,chez les Grecs, ce sont les évêques et les moines qui remplissent presque toutes les fonctions sacerdotales, et le clergé du second ordre est tombé dans un diserédit complet, il n'a aucune considération. L’excellence du célibat ecclésiastique ressort ainsi de ce fait (Jager 104).
Les protestants ont été les premiers à briser ouvertement la règle du célibat ecclésiastique ; mais ils ont été forcés d'en reconnaître la convenance et l'antiquité. Luther hésita longtemps avant de se marier, il craignait de devenir la fable de l'univers.
La réforme, dit Erasme, n'a abouti qu'à marier des prêtres. Toute cette tragédie a fini comme une comédie, par un mariage. Les réformateurs qui se sont mariés les premiers ont été l'objet de beaucoup d'indignation et de récrimination (Jager 108).
Si,aujourd'hui,le mariage des ministres protestants ne fait plus la mème impresssion,c'est qu'ils sont sécularisés, ils ne sont plus prêtres ; là où il n'y a plus de sacrifice, il n'y a plus de prêtre ; il ne peut y avoir que des ministres.
En France, quoique la loi ne condamne pas le mariage des prêtres, cependant l'opinion que le mariage est incompatible avec le sacerdoce est telle, que les tribunaux n'ont pas voulu reconnaître comme valide le mariage de certains prêtres. Napoléon avait voulu interdire le mariage des prêtres. (U. Cath. XIX, 280.)
Le parlement d'Angleterre, en permettant le mariage des prêtres,avait dit : ‘* qu’il convenait mieux aux prêtres et aux ministres de l’Eglise de vivre chastes et sans mariage, et qu'il serait à souhaiter qu’ils voulussent d’eux-
mêmes s'abstenir de cet engagement.”’—La femme d’un évêque en Angleterre n’a aucun titre de dignité et aucune considération. {Jager 110).