‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 114 sur 140 · HISTOIRE DES MANICHÉENS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES MANICHÉENS

Les empereurs chrétiens ont poursuivi cette secte avec gradation. Mais tous les moyens de répression ayant été inutiles, ils ont été obligés d'infliger contre elle la peine capitale. Malgré les rigueurs dont ils furent l'objet, les Manichéens surent se soutenir e* se multiplier. A la faveur

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des autres hérésies, ils firent de grands progrès en Orient, il fallait employer contre eux la force.

En Occident, ils furent longtemps avant de pouvoir s'établir. Les discordes du Xe siècle les favorisèrent. On les vit apparaître sur plusieurs points de la France. Tant que Henri de Manès, Pierre de Bruys et Armand de Bresse répandirent les doctrines les plus désastreuses, ils furent repoussés, mais une soif de nouveauté se manifesta de toutes parts. Au XIle siècle, la secte des Vaudois prèchait que le clergé ne devait pas avoir de biens temporels, et que les laïques pauvres pouvaient admint-irer les sacrements.

Ces sectaires dont la vie avait été d’abord assez aus: tère prirent bientôt la doctrine et les vices des Manichéens. Ceux-ci faisaient partout les plus grands progrès. Les évèques du midi de la France ne mirent pas beaucoup de zèle à les combattre. S'ils avaient déployé la même vigilance et la même sévérité que ceux du Nord, ils auraient pu arrêter le mal à sa source. Les seigneurs favorisaient la nouvelle doctrine et contribuaient à sa propagation. On envoya des prédicateurs (entre autres, St Bernard) contre les Manichéens qui furent Albigeois, de la ville d'Albi, où ils étaient en grand nombre. Les missionnaires n'eurent que des succès passagers. [is parvinrent cependant à connaître à fond la doctrine de la secte. Les chefs de celle-ci, voyant qu'il n’était plus temps de propager leur doctrine par la dissimulation, s'organisèrent pour la répandre par la violence. Des brigands, à leurs ordres, connus sous le nom de Routiers et de Cottevaux, parcoururent les provinces du midi, chassant les évêques, les prêtres, pillant les églises, dévastant toutlepays,massacrant ceux qui résistèrent et se livrant aux plus grandes immoralités. Raymond V, comte de Toulouse, qui d'abord leur avait eèté favorable, effrayé de leur fureur, demanda du secours au roi de France, en déclarant que le glaive spirituel ne suffisait jas. Celui-ci avait déjà résolu de s'opposer au torrent dévastateur du Manichéisme. Ainsi, la première pensée d’une guerre contre les Albigeois vint de la puissance séculière. Le pape Alexandre II s'opposa à la guerre et voulut tenter encore des lois pacifiques.

Voyant ces moyens inutiles, il convoqua, en 1179, le 11e concile général, 3e de Latran. Il y avait plus de 300 évêques et les Ris des différents princes de l'Eu-

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rope yassistèrent. Lesdeux puissances concoururent aux décrets disciplinaires du concile. Le pape prononça d’abord les peines spirituelles contre ceux qui prèchaient i'hérésie ; mais quant à ceux qui l’établissaient par violence, il veut qu'ils soient atteints par des châtiments corporels ; ‘1 permet aux princes de confisquer leurs biens et de les réduire en servitude. Les anathèmes de l'Eglise furent insuffisants. Les Albigeois se portèrent à de tels excès que les populations s'armèrent d'elles-mèmes pour repousser leurs violences. Après quelques échecs, les Manichéens prirent le dessus, favorisés par les seigneurs.

Le pape Lucius III, dit alors qu'il fallait frapper un grand coup. Il convoqua à Vérone, en 1181, une assemblée des évêques et des princes, parmi lesquels l'empereur d'Allemagne tenait le premier rang et, de concert avec l'autorité séculière, il déclara que ceux qui sont convaincus d'hérésie seront livrés au bras séculier, s'ils ne font pas abjuration. [l ordonne aux évêques de rechercher les hérétiques et de prononcer l’'excommunication et la privation de leur dignité contre les princes fauteurs de l'hérésie. L'Eglise n'avait porté que des peines spirituelles contre les Albigeois, tant qu’elle crût qu'ils se borneraient à professer l'hérésie. Mais quand elle vit que cette secte sapait, par ses maximes, les fondements de l’ordre social et qu’elle se livrait à des excès inouïs d’immoralité et de violence, elle remit les coupables au bras séculier, mais elle ne l'a fait que de concert avec l'autorité temporelle qui ne pouvait souffrir plus longtemps ces violences. Innocent IIT, en montant sur le trône pontifical, songea au moyen d'éteindre l’hérésie manichéenne. Il coinmença par prècher la réforme au clergé et il engagea les évèques et les prêtres à avoir plus de zèle pour instruire leurs peuples. Plus tard il envoya un légat, Pierre de Castelnau, qui déploya beaucoup de zèle et de fermeté. Un autre légat, Armand, abbé de Citeaux lui fut adjoint, mais ces lég ses eurent à lutter contre les plus grandes difficultés, venant de quelques évèques prévaricateurs. [ls étaient complètement découragés, lorsqu'il leur arriva un secours inattendu. St Dominique revenait de Rome par le Sud de la France ; ayant remarque le faste des légats qui contrastait avec la pauvreté apparente des hérétiques, il conseilla aux légats de chan-

er de manière de vivre, d'aller de ville en ville, n'empor-

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tant, à la manière des apôtres, ni or ni argent. Les légats le firent.

St Dominique consacra son zèle à la conversion des Albigeois, il demeura dix ans au milieux d'eux, prècha avec toute la douceur possible ; institua le rosaire pour leur conversion, et, à force de prières et d'exemples, de vertus, de prédications et de miracles, il en ramena un grand nombre. [Il est complètement faux qu'il ait inventé linquisition et dirigé la guerre contre les Albigeois. L'Histoire ne présente pas le plus léger fait qui puisse appuyer une telle assertion.

Le légat Pierre Castelnau, avait engagé Raymond V, comte de Toulouse, à ne pas protéger les hérétiques et à réformer divers abus, qu'il lui reprochait. Sur son refus, il l'excommunia et demanda confirmation de la sentence au pape. Innocent écrivit à Raymond une lettre très énergique et le menaça de la perte de ses états. Le comte, etfrayé, se soumit et obtint l’absolution : mais il recommença bientôt sa persécution contre l'Eglise. Pierre de Castelnau alla lui reprocher son parjure. Raymond menaça de le faire mourir, et quelques temps après, le légat fut assassiné. Pierre de Castelnau était le représentant de la Chretienté. Sa mort était une injure atroce à l'Eglise. Innocent le sentit, il ordonna aux évèques d’excommunier l'assassin et ses complices, de frapper d'un nouvel anathème le comte de Toulouse, si tutefois il ne se repentait pas. Et en même temps, il exhorta le roi de France et les seigneurs du royaume à venir au secours de l'Eglise et à dompter la pertidie des hérétiques par les armes. Tout autre moyen avait été épuisé. Ils’'agissait de la conversion, de la civilisation et de la morale chrétienne. Le comte de Toulouse, effravé, fait sa soumission à l’église, il reçut la pénitence publique dans l’église de St-Gilles et prit ensuite la croix contre les Albigeois. Beaucoup d'auteurs doutent de sa sincérité. L'armée des Croisés était sous les ordres de l'abbé de Citeaux, homme d'une sévérité extrême, et qui était persuadé qu'il n’y avait pas d'autres moyens que la terreur pour dompter les hérétiques. Il imposa des conditions trop dures au Vicomte de Béziers, qui résolut de se défendre avec opiniâtreté. Les Croisés marchèrent contre sa ville. On devait s'attendre à une long'ie résistance. Elle fut prise d'assaut le jour même du siège. Elle

fut saccagée, brûlée et 20,000 personnes passèrent au fil de l'épée. C'est un fait atroce, mais l’odieux n’en doit pas retomber sur les chefs qui n'eurent pas le loisir de maintenir les soldats exaspérés, on ne croyait pas entrer dans la ville si tôt. Aucun auteur contemporain ne rapporte le mot attribué à l’abbé de Citeaux : ‘‘Tuez les tous. Dieu connait les siens.” Les croisés avaient élu pour chef Simon de Montfort, homme doué de toutes les qualités d’un capitaine, et plein de foi, mais porté à la sévérité. Simon eut d'abord les plus grands succès.

Grand nombre de places se rendirent, mais il était difficile de garder la conquête et de dominer le pays. On se défait de Raymond. L'abbé de Citeaux forma le projet de renverser la puissance de la maison de Toulouse, et d'établir sur le midi de la France, une principauté catholique. Le pape n'avait nul dessein d'abattre la maison de Toulouse, et il avait ordonné qu’on ne touchât pas à ses terres. Aussi,quand Raymond alla se plaindre des rigueurs exercées contre lui, il fut reçu par le pape avec la plus grande bienveillance, et Innocent prit à cœur ses intérêts, mais le comte, de retour dans ses états, refusa de remplir les conditions qu'il avait acceptées, il fut excommunié, au concile de St-Gilles. 11 prit les armes et fut battu à Castelnaudary. Il demanda alors le secours de Pierre d'Aragon, qui s’adressa au pape en sa faveur. Innocent voulut suspendre la croisade, mais le concile de Sarnia, ayant refusé, pendant ce temps, d'admettre le comte de Toulouse à aucune justification, le roi d'Aragon se décida à la guerre. Ayant assemblé 42,000 hommes, il vint surprendre, près de Muret, Montfort qui n'avait que 26,000 à lui opposer. Malgré cette énorme disparité de force, Montfort accepta la bataille et remporta une victoire complète. Le roi d'Aragon fut tué dans le combat. La bataille de Muret porta un coup mortel aux affaires du comte de Toulouse ; il perdit ses états, mais le pape décida que Montfort n'aurait que la garde de sa conquête jusqu'à ce que le concile de Latran eût prononcé sur la question une sentence définitive. Le 11 novembre 1215, s’ouvrit le 12e concile général et le 4e de Latran. Il y avait 412 évèques, plus de 800 abbés et des ambassadeurs de tous les souverains de l'Europe.

Le pape s'y montra disposé à rétablir le comte de

Toulouse, mais les évêques français protestèrent que si le prince recouvrait ses états, tout le sang répandu dans cette guerre serait du sang perdu. Le concile alors déclara Raymond déchu de ses droits et les donna à Montfort. Le pape réserva au jeune Raymond le marquisat de Provence, qui avait été abandonné au St Siège par son père. Dans la suite, la fortune se déclara pour la maison de Toulouse. Raymond rentra dans ses domaines. Il y mourut, son fils se reconcilia avec l'Eglise. A la mort de celui-ci, ses états passèrent au frère de ‘st Louis, Alfred, comte de Poitiers. La guerre, dans les &'2rniers temps, avait été plus politique que religieuse : l'hérésie disparaissait, elle cessa bientôt d'être à craindre, et peu à peu la foi fut rétablie dans le midi de la France. Des faits exposés, dans cette esquisse, de l’histoire des Albigeoïis, la même que celle des Manichéens en détruisant le libre arbitre et en propageant des principes tendant à la communauté des biens, en prèchant des doctrines destructives de la famille, on voit que leur hérésie attentait essentiellement à l'ordre moral, sapait la société, par ses fondements. Elle ne pouvait être tolérée par aucun gouvernement.

2. L'Eglise a combattu pendant très longtemps cette hérésie par les seuls droits de la raison et de la persuasion, elle a cherché tous ies moyens de connaître les hérétiques. Elle n’a cessé de leur envoyer ses missionnaires. Elle a toujours répugné à recommander l'emploi des armes.

3. Ce n’est que quand les violences des Albigeois ont été séditieuses que l'Eglise a permis d'encourager la guerre. Et encore ce n'a été qu’à la sollicitation de l’autorité civile, mais aucune société ne pouvait subsister en laissant impunis les ravages et les violences de ces sectaires. Ce n'était qu’une guerre pour combattre des brigands.

4. Il y a eu des violences, des actes de carnage commis par les Croisés, notamment le sac de Béziers. Cela ne se justifie point, mais s'explique par l'exaspération produite sur les Croisés par les violences des Albigeoïis. Le sac de Béziers ne fut point, suivant le sentiment qui paraît le plus probable, l'effet d'une préméditation des chefs. Une guerre peut être juste dans son principe, quoique dans l'exécution, on passe les bornes d’une juste défense.

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L'Eglise, au reste, n’a point approuvé ces excès et le pape Innocent ITIT a toujours cherché à calmer les Croisés.

5. La guerre des Albigeois a sauvé la France et peut-être l'Europe. Elle a mis fin à une secte épouvantable qui avait commis les plus grandes horreurs et qui menaçait la société des ténèbres de la Barbarie et de la plus grande démoralisation.

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