DU DROIT DE CORRECTION EN GÉNÉRAL
L’intolérance en fait de religion se trouve dans toute l'antiquité, dans toutes les religions, chez les protestants encore plus que chez les catholiques. La philosophie a montré son intolérance lorsqu'elle a régné en France pendant la Terreur. Nulle société, nulle religion, nulle doctrine, n’a droit de jeter à l'Eglise la première pierre. On établit
comme un principe, la tolérance universelle, mais on n’admettrait pas une doctrine religieuse, qui prescrirait des sacrifices humains, ni celles qui blesseraient les lois de la personne, celles qui enseigneraient la communauté des biens, ou tendraient à des bouleversements dans la 50ciété. Ainsi, la tolérance absolue ne peut être tolérée.
Dira-t-on que la sécurité de l'Etat, le bon ordre de la société, la morale politique, forcèrent à restreindre la tolérance, mais ceux qui voudraient une tolérance plus limitée encore, s'appuient sur les mêmes principes. La raison et l'expérience démontrent que toutes les hérésies troublent l’ordre moral et social. On dit : ‘‘Châtier un homine parce qu'il agit conformément à une doctrine dont il est convaincu, c’est punir un innocent.” Mais l'admission de ce principe rend impossible le c'iâtiment de quelque crime que ce soit, et on ne pourrait non plus punir les attentats contre la propriété et la sainteté du mariage, les lois sacrées de la pudeur. Tout cela a été nié par les sectes. Le matérialisme, le fatalisme, ne reconnaissent pas d’ordre moral, niqu’ils pourraient être punis. Le système qui prétend qu’on ne doit point punir les opinions, repôsent sur ce principe que les erreurs de l'entendement sont innocentes. Il est donc à dire que l'intelligence n’a point de lois, qu’il n’y a point d'obligation de rechercher la vérité, ni d'y adhérer, qu'il n’y a pas de préjugé volontaire dans leur cause.
L'Eglise a raison d'appeler l’hérésie, un crime, parce qu’elle viole les lois que Dieu a imposées à l'esprit. Dans la doctrine catholique seule, le châtiment est juste et logique, parce que cette doctrine suppose que l’hérésie est coupable, du moins dans la cause. Le droit de punir un homme, qui ne serait réellement pas coupable, loin d’appartenir aux hommes, n’appartiendrait pas même à Dieu, qui cesserait d’être ce qu'ilest, s'il pouvait punir l’innocent. Si l’on dit que la société, en frappant l’erreur, ne punit pas, mais se défend contre une agression qui la menace, alors c’est faire disparaître l’idée de la justice et de la moralité dans la société. C’est contredire toutes les idées au nom desquelles la puissance s’est exercée jusqu’à présent, c'est-à-dire celui qui est conduit aux supplices n’est plus un criminel, mais un malheureux qui a succombé dans une lutte inégale. Et, d’ailleurs, l'Eglise pourrait
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invoquer le même principe et dire, lorsqu'elle demande l'exclusion des hérétiques, ce qui est nécessaire à sa propre conservation, et pourvoit à la défendre : Il y a deux sortes d'intolérance, l'intolérance religieuse ou théologique, qui consiste à dire qu’on ne peut se sauver que dans la vraie religion, et l'intolérance civiie, qui consiste à ne souffrir que la vraie religion dans la société. Rousseau confond ces deux sortes d’intolérance, lorsqu'il dit : ‘‘Il est impossible de vivre en paix avec des gens qu'on croit damnés, les aimer serait haïr Dieu qui les punit.” La religion chrétienne en fait un devoir de charité envers tous les hommes. Elle croit que les pécheurs sont damnés et cependant, elle les tolère, elle les aime, elle montre le plus grand empressement'à les convertir, elle se conduit de même à l'égard des hérétiques.
Il faut qu’il y ait une religion d'Etat.
L'Etat est une personne morale qui a des devoirs importants à remplir ; les plus graves intérêts lui sont confiés, il y a des difficultés à surmonter. Tout cela exige les secours de la divinité. Un Etat ne peut subsister sans une morale politique, et la morale ne peut avoir de meilleur fondement qu’une religion commune. S'il n’y a pas, dans l'Etat une religion publique, le peuple perdra bientôt sa religion. L'athéisme social propagera bientôt l’athéisme individuel. La religion demande un culte public extérieur, elle peut sous ce rapport, rencontrer les plus grands obstacles, si elle ne forme pas un étab'issement public, qui se protège par la loi.
Dieu est l’auteur de la société civile, il lui impose des lois. La société lui fait la plus grande injure, si elle ne lui rend pas l'hommage en suivant le culte qu'il lui a prescrit. La religion, par ses maximes et sa morale, entretient propage, protège le gouvernement. L'Eglise et l'Etat doivent se soutenir. La séparation de l'Eglise d’avec l'Etat peut être un bien de circonstance et de localité ; considérée absolument, c'est un désordre, une anomalie, un mal.
La société civile ne peut exister sans une religion, Cette vérité que la raison démontre, est confirmée par le fait, puisque, dans l’univers entier, il n’y eut jamais de peuples réunis en société sans avoir une religion. On dira que la religion naturelle suffit. Elle n’a suffi nulle part, et, il n'existe aucune société qui n’ait une religion positive.
On dira encore qu’une religion quelconque peut convenir. Mais cette religion est pleine d’erreurs funestes, comme les diverses religions païennes ; le manichéisme croit que la société ne souffre pas de la domination d’un tel culte. On voit l’état social des nations subissant une fausse religion !
Les gouvernements ont donc intérêt à ce que la religion professée dans leurs Etats soit la véritable religion. On ne peut raisonnablement penser qu'une religion que Dieu a établie comme règle suprême des croyances et des mœurs ne soit de beaucoup plus utile à la société qu’un culte rempli d'erreurs et de superstitions. Quand il y a plusieurs religions établies dans un royaume, le souverain doit observer, à l'égard des sectaires d’un nouveau culte,les devoirs de justice, d'humanité, de modération que prescrit le droit naturel. Il ne peut pas les proscrire, ni les interdire, pourvu qu’il ne s’y trouve rien d'absolument immoral. La tolérance est alors demandée par les circonstances et pour le plus grand bien de la société.