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faisait pas faute d'en user. Les cruautés exercées sur les esclaves font frémir. Les esclaves passaient la nuit dans des souterrains infects et humides : Vincti pedes, impedilæ manus, inscripli vullus, dit Sénèque. Le possesseur d’un esclave pouvait le condamner aux Lètes, le livrer aux gladiateurs et le forcer à des actions infâmes.
La loi de Silanus ordonnait que lorsqu'un maître aurait été assassiné, tous les esclaves qui seraient sous le même toit seraient livrés au dernier supplice.
Les esclaves s'étant révoltés et ayant été soumis, Crassus fit border la voie qui mène de Naples à Rome de six mille esclaves qu'il cloua vivants à autant de croix.
L'esclavage a disparu de l’Europe. Quelle en est la cause ?
On a dit que les Barbares n'avaient point d'esclaves, et qu'en détruisant l'Empire, ils ont détruit la servitude. Partout, chez les Barbares, on trouve des esclaves.
Hérodote parle de la révolte des esclaves des Scythes. César fait foi de la multitude d'esclaves qu'il y avait dans les Gaules. Tacite dit que les Germains traitaient mieux leurs esclaves que les Romains, mais il reconnait qu'ils avaient sur eux le droit arbitraire de vie et de mort. La loi des Francs porte que le maître ne payait point d'amende pour le meurtre de son esclave.
Lingard dit que les deux tiers des Anglo-Saxons étaient esclaves. Celui qui a aboli l'esclavage est le Christ qui a dit : ‘* Ne désirez point qu'on vous appelle maitres, car vous n'avez qu'un maître et vous êtes tous frères ”. (Matth., 20, 8.)
Le Christianisme ne pouvait procéder brusquement dans la question de l'esclavage : c'eut été bouleverser le monde. Prêcher la liberté aux esclaves, c’eut été renverser l’ordre social qui reposait sur l'esclavage. La société se serait mise en garde contre une doctrine qui aurait produit un tel bouleversement. Il eut été nécessaire d'ailleurs de changer tous le. rapports de la propriété, toutes les habitudes de la vie, vu que les esclaves travaillaient seuls à la terre et aux arts mécaniques.
Le Christianisme a procédé à l'émancipation des esclaves par la force des idées. Il commença par détruire les notions que la Philosophie avait données sur la servitude en la faisant considérer comme un état naturel.
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St-Paula dit: ‘Vous êtes tous enfants de Dieu, il n'y a plus d'esclaves, ni d'hommes libres, mais vous n'êtes tous qu'un dans le Christ.” (Galates, 3,5.) Il dit ailleurs : ‘Rendez à vos serviteurs ce que l'équité et la justice demandent de vous, sachant que vous avez comme eux un maître dans le ciel.” (Col., 41.) Le résultat de cette doctrine fut d'adoucir immédiatement la condition des esclaves et de préparer à l'émancipation complète.
En effet, la religion qui rend tous les hommes égaux, qui ne fait que prècher la justice, l'humanité, la charité, devait nécessairement, faire briser les liens des esclaves. Les peuples qui abjuraient leurs croyances, leurs habitudes les plus chères et portaient le dévouement au nouveau culte jusqu’au martyre devaient obéir. à son premier précepte,—la charité envers les autres.
Le chrétien formé aux leçons et à l” exemple du Christ et qui croit que tous les hommes ont une même origine et une même destination ne pouvaient traiter son frère comme un animal destiné à subir sa brutale domination. Un cœur chrétien et une main qui tue ou tourmente un esclave, cela ne se peut autrement, il faudrait dire que les idées et les sentiments n'ont aucune influence sur les actions, et que ce ne sont pas les doctrines qui sont les principes des faits.
Durant les trois premiers siècles, l'Eglise, esclave elle-même ne pouvait facilement donner la liberté, cependant, a les chrétiens avaient renoncé à la possession d'esclaves, ainsi que l'atteste Lactance. Aussitôt que Constantin cût donné la paix à l'Eglise, celle-ci força l'Empereur à adoucir d'une manière sensible le sort des esclaves. Constantin permet aux maîtres d’affranchir les esclaves dans l'Eglise et aux clercs d’affranchir les leurs par testament. La peine des homicides est décernée contre tout maître convaincu d’avoir tué son esclave. Une autre loi donne la liberté aux esclaves de date nouvelle, et défend à tout payen de posséder un esclave baptisé. Que d'hommes libres le baptême a dû faire !
En même temps, on voit les plus riches familles de Rome devenues chrétiennes donner la liberté à des milliers d'esclaves. Les plus éloquents Pères de l'Eglise, St-Chrysostôme, St-Ambroise, St-Augustin, ont parlé fortement
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contre l'esclavage : il était difficile au peuple immense qui les écoutait de maintenir la servitude dans son sein.
Sous l'influence du Christianisme, l’antique esclavage avait presque entièrement disparu au cinquième siècle, on s'était considérabiement modifié. Les Barbares amènent le servage ; le Christianisme l'attaque. L'action est lente à cause des obstacles qu'elle avait à surmonter, mais elle est de plus en plus sensible.
D'abord on voit un grand nombre d’affranchissements privés opérés formellement par le principe de la charité chrétienne. Marculfe, au 9e siècle, nous a donné la formule suivant laquelle on procédait à ces affranchissements. Puis on voit l'Eglise appeler les enfants des esclaves aux ordres sacrés. Bientôt parurent les lois répressives. Des conciles soumettent à l’excommunication celui qui tue son esclave sans jugement préalable. Un capitulaire de Dagobert porte que si quelqu'un mutile-son esclave, il lui rendra la liberté en compensation. Le refuge qu’un esclave avait cherché dans une église, même après un délit grave, lexemptait de toute punition.
La vie monacale ouvre une large porte aux affranchissements. Le patriarche des moines, St-Benoit, recommande dans ses constitutions une égalité absolue. L'esclave devenu moine affranchissait à son tour suivant les circonstances les serfs des propriétés monacales.
Du 5e au 9e siècle, une longue suite de conciles en France et en Espagne lancent tous les jours quelque nouveau décret pour conserver la liberté chez les affranchis, empêcher la vente des chrétiens aux Juifs, recommande partout le rachat des captifs. Le premier concile de Tolède s'exprime ainsi : Les esclaves ont été rachetés du sang de Jésus-Christ ; ils sont devenus libres, on ne doit plus les vendre, mais prendre les moyens de leur assurer la liberté à laquelle ils ont droit. Déjà sous Charlemagne la vente des esclaves avait cessé dans ses domaines.
Les Anglo-Saxons furent les derniers à abandonner le trafic des esclaves, mais au concile de Londres en 1102, l'anathème fut lancé contre cet odieux trafic.
Si ce n’est pas le Christianisme qui a aboli l'esclavage, pourquoi voit-on des esclaves partout où le principe chrétien n’anime pas la société. Si quelque peuple barbare
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n'en a pas, dit Châteaubriand, c'est qu’il tue ou mange les prisonniers—ce n'est qu'un degré de barbarie de plus.
La Russie a conservé des serfs, mais depuis 900 ans elle est séparée de la grande société chrétienne. Ainsi sous le rapport de la servitude, la Russie est restée précisément au même point où elle en était au moment de sa séparation avec l'Eglise.
Si ce n’est pas le Christianisme seul qui a aboli l’esclavage, qu’on assigne une autre cause. On cite les affranchissements de Louis-le-Hutin, comme opérés dans un but politique et industriel. Mais ce n'était plus qu'un reste d'esclavage ou plutôt de servage qui existait alors. Peut-on appeler proprement esclaves ceux qui par leur industrie avaient acquis assez de richesses et de considération pour exercer une certaine influence sociale ?
Le commerce, au lieu, comme on l'a dit, d’avoir contribué à l'abolition de l'esclavage l’a ressuscité plusieurs siècles après qu'il eût été aboli dans la société chrétienne.
Tandis que la soif de l'or enfermait les Indiens dans les mines de Potosi, la religion inspirait à Barthélemi de Las Casas et aux dominicains du Mexique les plus vives protestations contre la révoltante servitude imposée aux anciens habitants de l'Amérique.
Si l'esclavage a été ressuscité dans ces derniers siècles, il a toujours été solennellement proscrit par l'Eglise. Les anathèmes les plus forts ont été lancés contre la traite des nègres par Pie IT en 1462, par Paul III en 1537, par Urbain VIII en 1639, par Benoit XIV en 1741, par Grégoire XVI en 1839 Le Christianisme n'a donc jamais cessé de protester contre l'esclavage et si dans ces derniers siècles sa voix a été moins puissante, c’est que l'esprit de foi n'animait plus au même dégré la société.
(Voir Mélanges Religieux,8 février 1850,et 12 février.)