‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 22 sur 140 · RASE · texte numérisé non relu

RASE

Dans l’ordre moral,tout se tient: là où est un grand crime, on peut s'attendre à tous les autres.

Dans l’antiquité,on trouve des vertus civiques parce que la société politique est tout : mais on ne trouve des vertus morales que par exception ; voilà pourquoi on les fait remarquer comme contraste avec l'esprit général des mœurs sociales.

Rome libre fut d’abord frugale, parce qu'elle était pauvre, courageuse, parce que ses institutions lui mettaient le fer à la main. Elle était d’ailleurs féroce, injuste, avare, luxurieuse : son caractère fut odieux dans tous les temps. Qu'on se rappelle l'horrible oppression du peuple par les patriciens et les cruautés exercées par les créanciers sur les débiteurs. Rome victorieuse de ses ennemis, s’appropria toutes les immoralités des autres peuples, et en même temps, elle se dévoua avec la plus vile lâcheté et la plus horrible oppression qui fût jamais. Les proscriptions de Marius et de Sylla, d'Octave et d'Antoine, la conspiration de Catilina montrent ce qu'était cette majesté romaine que Jugurtha se proposait d'acheter. Voici l'empire, on voit le monde se courber sous Tibère, Caligula, Claude, Néron. Ces monstres étaient maîtres absolus de la vie des Romains, ils étaient pontifes suprêmes et ils recevaient les honneurs divins. C'était une chose assez ordinaire qu’on égorgeât cinq mille, dix mille, vingt mille personnes de tout rang, de tout sexe, de toute condition,sur un soupçon de l'Empereur, et les parents des victimes ornaient leurs maisons de feuillage, baisaient les mains du dieu et assistaient à ses fêtes.

Jamais peuple ne fut plus malheureux que le peuple romain, à cause des impôts, des exactions, des guerres civiles, des proscriptions presque <ontinuelles. Il y a eu des massacres d'empereurs, des changements de princes et de dynasties : c'était l'effet des conspirations privées, des caprices de l’armée, mais un soulèvement excité par une indignation générale, par le sentiment de la dignité humaine, cherchant à se venger, c'est ce qu'on ne voit à aucune époque. Il n'y avait pas d'opinion, de conscience publique que pût craindre le vice puissant.

Quand Rome eût conquis le monde, elle s’abandonna au luxe le plus effréné, à la corruption la plus dissolue. Une avidité de tout posséder, un désir dévorant de riches-

ses faisait tout accumuler, et cela par les injustices les plus criantes et les usures les plus monstrueuses. L'intérêt était de quatre pour cent par mois, —6o par an.

Quant aux mœurs, la corruption en était portée à un point qu'on ne peut exprimer. Les plus grandes infamies consacrées par l'usage, autorisées par le silence des lois, sanctionnées par la religion, se commettaient publiuuement dans les maisons et sur lethéâtre et jusque dans les temples des dieux.

Tous les peuples voluptueux ont été des peuples cruels. Rome ancienne porta la cruauté comme la dissolution jusqu’à ses dernières limites : les combats des gladiateurs en sont la preuve.

De telles violations de la morale et de la justice, un tel mépris de la dignité humaine, ne se voit pas chez les nations modernes. Le Christianisme est le principe de ce changement. L'excellence de sa morale est admise de tous. S'il défend à tout homme tout désordre, toute violation de la justice et de l'humanité, est-ce que si ces idées dominent chez les individus, la société n’en ressentira pas les effets ? D'ailleurs, le Christianisme fournit une société constituée avec un organe public. Cet organe, qui est la voix de de l'autorité dans l'Eglise, proclame toujours et contre tous, les principes généraux de la morale et de la justice, et par là même, entretenant toujours les convictions de la conscience, il donne une force invincible à l'opinion publique. Aussi,qu'on se place à l’époque de l'histoire des âges chrétiens où la corruption, l'injustice et la violence lèvent la tête avec le plus d’effronterie. Une loi pure, intacte est toujours là,sans cesse rappelée ; jamais son silence n'amène la présomption, et à force d'entendre son enseignement continuellement répété, on finit par y croire et s'y conformer.

(Génie du Christianisme, T. 4, chap. III.) L'ARIANISAIE,

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