L'INVASION DES BARBARES
L'Eglise avait soumis à la foi le monde Romain, de nouveaux peuples étaient appelés à reconnaître le Christ. Dieu amène les Barbares au centre et au midi de l'Europe. Bientôt ils sont chrétiens ; mais pour comprendre combien leur conversion fut miraculeuse,et leur civilisation difficile, il faut connaître ce qu'étaient ces peuples et les terribles ravages que causa leur irruption. Peuples et chefs remplissaient une mission qu'ils ne pouvaient eux-mêmes expliquer. Les Vandales qui passèrent en Afrique avouaient céder moins à leur volonté qu’à une impulsion irrésistible. Maître, dit un pilote à Genséric, à quels peuples veux-tu porter la guerre ? A ceux-là contre qui Dieu est irrité. Alaric disait : ‘* Je ne puis m'arrêter,quelqu’un me presse et me pousse à saccager Rome.” On lui représente qu'il faudra combattre une multitude au äésespoir. ‘‘ L’herbe serrée, répond-il, se fauche mieux." Pourtant, il accorda la vie aux Romains, après avoir saccagé la ville. Ataulphe, successeur d’Alaric, disait : ‘‘ J'ai la passion d'effacer le nom Romain de la terre.” Attila s'appelait le fléau de Dieu et le marteau de l'univers. ‘‘ Croyez-vous, disaitil aux ambassadeurs de Théodose II, qu'il puisse exister une ville, s’il me plaît de la faire disparaître du sol. ” ‘ L'herbe ne croît plus, ajoutait cet exterminateur, partout où le cheval d’Attila a passé.” Le tiers, peut-être la moiüé de la population de l'Europe et d’une partie de l'Asie et de l'Afrique, fut moissonnée par la guerre des Barbares et la peste et la famine qui suivirent. Une de ces pestes dura quinze ans, cinq mille personnes mouraient dans un seul jour.
Alexandrie perdit la moitié de ses habitants. La Grèce entière fut mise en cendres par les Goths. Quand Julien passa dans les Gaules, quarante-cinq cités venaient d'être détruites par les Allemands. Dans la grande invasion de 406 à 412, les Barbares parcoururent les dix-sept provinces des Gaules, chassant tout cevant eux, comme un trou-
peau. Dans l'invasion d’Attila, il n’y eut que deux villes de sauvées, au Nord de la Loire, Troyes et Paris (ce qui fut dû à St Loup et à Ste Geneviève). Salvien vit des cités remplies de corps morts : des chiens et des oiseaux de proie, gorgés de la viande infecte des cadavres, étaient les seuls êtres vivants dans ces charniers. Les plus anciennes chartes de concession de terrains à des monastères déclarent que ces terrains sont pris du désert, ab eremo. La Gaule, si peuplée et remplie de villes florissantes, était devenue une solitude. Après la défaite de Valens,rien ne resta dans Îes contrées qui s'étendent des murs de Constantinople au pied des Alpes Juliennes. Les cités étaient dévastées, dit St-lérôme, les hommes égorgés,les animaux mêmes disparurent : le sol se couvrit de ronces et d’épaisses forêts. En Espagne, dans les campagnes, les bêtes, alléchées par les cadavres gisant, se ruaient sur les hommes qui respiraient encore ; dans les villes, les populations entassées,se dévoraient entre elles : une femme avait quatre enfants, elle les tua et les mangea tous. Les Bretons, dans leurs gémissements à Aétius, écrivaient : ‘‘Les Barbares nous chassent vers la mer,et la mer nous repousse vers les Barbares, il ne nous reste que le genre de mort à choisir : le glaive ou les flots. (Voir le tableau de Gildas, Etudes Historiques de Chateaubriand,tome III, p.186.
En Afrique, dit Possidonius, dans la vie de St-Augustin, du grand nombre d'églises qui ornaient cette contrée, à peine en restaient-il trois, Carthage, Hippone et Cirte qui ne fussent pas ruinées, et dont les villes subsistassent. Les Vandales y firent un ravage universel. Ils brüûlaient les arbres fruitiers pour ôter toute nourriture aux habitants. Ils égorgeaient les prisonniers autour des remparts, afin que l'infection de ces voiries sous un ciel brûlant, portât la mort dans les villes.
L'Italie vit tour à tour rouler sur elle les torrents des Goths, des Vandales, des Huns et des Lombards. Rome, prise plusieurs fois, subit les maux qu'elle avait infligés à la terre. Sa population tomba de trois millions à quatrevingt mille. Plus tard, Totila en fit sortir tous les habitants, après avoir détruit presque toute la ville ; et la ville devint la retraite des bêtes sauvages : les loups et les animaux féroces, dit M. de Chateaubriand, hantaient ces amphithéâtres qui furent bâtis pour eux, mais il n’y avait
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plus d'hommes à dévorer, (p. 193, Etudes Historiques, Tome III.)
Fuyant les Barbares, les Romains se réfugient en Asie et en Afrique, mais dans ces provinces éloignées, ils rencontraient d’autres Barbares. La terre était devenue un parc où ils étaient traqués dans un cercle de chasseurs. Dans les contrées qu’avaient animées des peuples innombrables, il ne restait que la terre et le ciel,dit St-Jérôme.
Quand la poussière qui s'élevait sous les pieds de tant d'armées, qui sortait de l'écroulement de tant de monuments fût tombée, quand les tourbillons de fumée qui s'échappaient de tant de villes en flammes furent dissipés ; quand la mort eût fait taire les gémissements de tant de victimes, quand le bruit de la chûte du colosse romain eût cessé, alors on aperçut une croix et au pied de cette croix un monde nouveau. Quelques prêtres, l' Evangile à la main, assis sur des ruines, ressuscitaient la société au milieu des tombeaux, comme Jésus-Christ rendit la vie aux enfants de ceux qui avaient cru en lui, (p. 204)
L'Eglise seule apporta quelque adoucissement aux ravages des Barbares. Ce fut la religion qui empèêcha le pillage complet de Rome, quand Alaric prit la ville. Ce fut elle qui, par le ministère de St-Loup, déroba Troyes aux fureurs d’Attila, tandis que Ste-Geneviève, par ses prières, l’éloigna de Paris. St-Léon n'eut qu'à se présenter devant lui pour lui faire abandonner l'Italie. Le même pape empêcha Genséric de massacrer les habitants de Rome. St-Séverin fit échapper plusieurs fois les habitants des contrées qu’il habitait, aux ravages des Barbares. St- Patient de Lyon soulageait les peuples du centre et du midi de la Gaule par des aumônes qu'avec une industrieuse charité il trouvait moyen d’amasser et d'envoyer de toutes parts. St-Epiphane fut le sauveur de Pavie,en faisant la paix avec Théodoric, roi des Ostrogoths. Il fit révoquer à ce prince une loi privant de leur liberté les partisans d'Odoacre et fut l'intermédiaire de la paix entre Théodoric et Gondebaud, roi des Bourguignons. Cassidore, devenu ministre du roi des Ostrogoths, rendit son administration juste et paternelle, tant qu'il présida à ses conseils. St-Césaire d'Arles rachetait les captifs faits par les Goths. Partout, les évêques furent le refuge des peuples et ils exercèrent sur les rois Rarbares nne influence salutaire en-
vers leurs troupeaux. (Rohrbacher, Tome VIII, pages 224, 272, 298, 355.)