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être celle du commun des hommes, on ne peut la regarder comme inutile et insensée dans ceux qui ont le courage de la pratiquer. Mettre obstacle à cette vie, c'est mettre obstacle à la plus grande sanctification de l'homme, à la plus grande gloire de Dieu.
3. La vie religieuse est pour un certain nombre d'àmes à peu près nécessaire pour le salut. Certains caractères passionnés ou faibles sont exposés à mille chûtes parmi les hommes. La fuite du monde devient pour eux une nécessité. Beaucoup s'y perdent, qui se sauveraient loin des occasions qu'ils y rencontrent. Jésus-Christ a commandé de s'éloigner de tout obstacle au salut. Les cloîtres sont un asile où l'on se réfugie contre certains dangers. Vouloir les fermer, c'est forcer beaucoup de personnes à vivre sur le bord d’un précipice où elles sont exposées à tomber à chaque instant. L'Eglise, en créant les institutions monastiques,a pourvu à un besoin pressant du cœur de l'homme.
4. La vie du cloître est l’état le plus heureux, même humainement parlant. Les passions, comme l’orgueil, l’avarice, la volupté, sont la cause des misères de l’homme : dans le rloître, les vœux d'obéissance, de pauvreté, de chasteté, coupent ces passions à la racine, et par conséquent exemptent des troubles qu'elles causent. Les soins si inquiets de la famille n’occupent point : on n’y gémit point sur la rupture souvent subite de liens bien tendres. On y est à l'abri des revers de la fortune, et de mille accidents fâcheux. La vie tempérante et frugale qu'on y mène la sérénité d’une âme exempte de passions, la mort'fication qui est une hygiène puissante, éloigne beaucoup de maladies. Les religieux, excepté ceux qui se vouent aux hôpitaux, vivent longtemps. Dans les souffrances physiques, les soins des frères sont assidus et pleins de bienveillance ; les anxiétés terrestres ne viennent pas troubler l'âme et augmenter la maladie, et la religion est toujours là avec toute la force de ses consolations. La parole de Jésus-Christ (Luc, XIV) s’accomplit : Vos qui reliquistis omnia et secuti estis me, centuplum accipietis, et vilam cternam possidebitis. Sans parler des extases des saints, la satisfaction de la conscience, ia pensée des mérites qu'on acquiert tous les jours, les douceurs de la grâce, les émotions pieuses éprouvées dans la fréquentation des sacre-
ments, les joies de l'amour divin que ressent le cœur vide d’affections terrestres, tout cela, ce sont des jouissances réelles, positives, qui donnent des moments de bonheur plus satisfaisants que les plaisirs du monde. La privation des jouissances du siècle est peu de chose, parce que le désir n'en est pas excité, faute d'occasion, et, parce qu'on s'est habitué à réfléchir sur leur peu de valeur pour la félicité. Les austérités diminuent de rigueur par l'habitude, et la grâce les fait supporter avec facilité. L'expérience démontre qu'à mesure qu'on avance en âge, l'habitude fait le bonheur. La régularité de la vie monastique, le retour aux mêmes occupations fixent l'esprit, attachent le cœur, et, remplissant la vie, la font trouver courie. L'ennui existe moins au cloître que dans le monde. Ce qui prouve la vérité de tout cela, c'est l’aveu des religieux des deux sexes, bien appelés, qui déclarent leur sort plus heureux que celui qu'ils avaient dans le siècle. Quand on a ouvert les couvents, en France,au commencement de la révolution, il a fallu user de violence pour faire sortir un grand nombre de religieux. ‘* Ces Trappistes, si à plaindre, a ‘“ dit M. de Chateaübriand,au lieu de profiter des charmes ‘“ de la liberté et de la vie, ont été centinuer leurs macéra- ‘tions dans les bruyères de l'Angleterre et les déserts de ‘la Russie.” (Génie du Christianisme, Lib.IIT, ch.III,) (et aussi tout le livre qui concerne les ordres religieux, et particulièrement le Ier chapitre.)
3. Les ordres religieux, même ceux qui sont purement contemplatifs, servent à la société. Nous sommes tous solidaires les uns pour les autres. Les suites du péché d'Adam, l’expiation de l'Homme-Dieu s’offrant pour les hommes, prouvent cette vérité. Le Christianisme enseigne le dogme de la réversibilité des mérites. Dix justes eussent sauvé Sodome, un seul eût sauvé Jérusalem. (Jérémie, II.) (Voyez le Catéch. de Persév. V. 422.) Que de malheurs peuvent être détournés d'une société par les vertus et les prières des religieux ! Aussi, on a recours à eux, dans les calamités publiques. Au moyen-âge, on renfermait dans sa cellule, pour la suite de ses jours, le religieux le plus avancé dans la piété, afin qu'il priât pour le peuple. (Voir Catéch. de Persév. V. 423.) Les prières des religieux sont des paratonnerres qui empêchent la foudre du ciel de consumer les cités ; elles ouvrent des sour-
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ces de grâces qui rejaillissent sur les pécheurs. Le religieux qui quitte le monde, va le sauver par ses prières. C'est Cécrops, c'est Décius, qui se dévouent, ou plutôt c'est le Christ qui s'offre à la mort, parce qu’il faut qu'un homme meure pour le salut du peuple. La prière d’une parente religieuse est peut-être ce qui sauvera un jour l'incrédule qui se moque des couvents et traite de pieux fainéants ceux qui les occupent.
6. Les ordres religieux perpétuent dans la pureté primitive la pratique des préceptes et des conseils de l'Evangile. La vie monastique fait voir jusqu'où peut s’élever la force de l’homme. Les monastères ont toujours été une haute école de vertu. On reçoit une impression salutaire en les visitant. Beaucoup d'actes de vertu ont été inspirés par le spectacle de l’héroïsme religieux. Combien de fois les passions ont été calmées à l'aspect d’un cloître, au sentiment de la paix et de l’ordre qui y régnaient. Le cœur se sent porté à de généreux sentiments, à la vue du sacrifice que se sont imposés tant de personnes qui ont renoncé à tous les avantages pour entrer dans un couvent. (A veu de Voltaire. Génie du Christianisme,livre 6.) Chose étonnante, le motif le plus fort qui porte à se renfermer dans un monastère, est ordinairement le spectacle de la vie qu'on y mène. Une heure de méditation dans un cloître a dégoûté bien des âmes du monde, ou du moins a eu une influence sanctifiante sur bien des caractères, et épargné aux individus et à la société bien des crimes et des malheurs. (Catéch. de Persév. V. 440.)
7. Les monastères sont un asile pour les malheureux, un refuge pour une foule de personnes auxquelles le monde ne saurait convenir. La vie monastique a commencé en Orient à l’occasion des persécutions : - elle commença en Occident aussitôt après l’irruption des Barbares. Ce fut longtemps une consolation pour les hommes qu'il y eût des asiles ouverts à tous ceux qui voulaient fuir le tumulte, les révolutions et l’agitation de ces tristes époques. La solitude du cloître est nécessaire à un grand nombre d'âmes tristes, portées à la rêverie et à des méditations profondes, ou à des cœurs d’une nature élevée que les affections du monde ne peuvent satisfaire. Elle est encore un refuge pour cette ciasse si nombreuse d’infortunés que des passions trompées, des espérances déçues, des re-
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vers de fortune, des remords cuisants forcent de rompre avec le monde. Fermez-leur ces asiles, et leurs chagrins, se changeant en désespoir, se termineront par le suicide, ou leurs passions les porteront à des excès qui affligeront la société. (Cat. de Pers. V. 438. (Génie du Christianisme.)
8°. Les ordres religieux, loin d’être à charge à la société, lui sont utiles, même économiquement parlant. Ils offrent à un grand nombre de personnes le moyen de vivre d’une manière honnête, sans préjudice pour autrui. Une personne ne jouit que d’un faible revenu qui ne lui suffit pas pour vivre seule : réunissez ensemble vingt ou trente personnes, jouissant des mêmes facultés ; elles vivront commodément. De plus, les religieux consomment sur place les produits du sol, et fournissent un emploi qu'ils payent toujours à beaucoup de fermiers, d'ouvriers, de serviteurs. Ils ne dépensent pas comme tant de riches propriétaires les sueurs des pauvres laboureurs et des fermiers dans le luxe et les plaisirs de la capitale, à entretenir de somptueux équipages, à engraisser des intendants et des régisseurs, à payer largement des acteurs dramatiques, à donner des prix extraordinaires pour des objets de pure fantaisie. Quel est le plus utile à la société, du religieux qui travaille et fait travailler, et n'emploie le fruit de ces travaux qu’en œuvres utiles, ou du riche qui passe sa vie dans la bonne chère et le luxe? Quelle est la plus utile, de la femme du monde dont le temps est partagé entre la toilette, le jeu, les spectacles et les intrigues, ou de la religieuse occupée à prier, à lire, à servir ses sœurs, à soulager les malades, et souvent à cons:ler ses parentes malheureuses.