DONATIONS FAITES AUX COUVENTS
On a beaucoup parlé des richesses des ordres religieux. Il faut voir comment ils acquirent ces richesses et quel usage ils en firent. Dans les idées du moyen-âge, un couvent était une échelle pour monter au ciel : les prières des hommes étaient portées sur leurs degrés jusqu’au trô-
le,
ns
ne de Dieu par des anges qui rapportaient ensuite des grâces sur la terre. On fondait des couvents, ou on leur donnait des biens pour avoir part aux prières des religieux, pour mettre les couvents en état de donner du secours aux voyageurs et aux malades, par reconnaissance pour l’hospitalité et les services qu'on y avait reçus, pour favoriser les travaux de l'érudition. On faisait des fondations par amour pour Dieu, par le désir de laisser quelques souvenirs de soi, par l'espérance d’obtenir,en vertu de cette bonne œuvre et des prières des religieux, quelque rafraichissement pour soi et les siens dans le purgatoire ; pour acquérir des grâces perpétuelles sur sa famille, pour expier une vie criminelle ; pour racheter ses fautes, vu que, suivant l'Ecriture, l’'aumône rachète les iniquités. Les croisades furent l'occasion de beaucoup de donations. On donnait pour obtenir la grâce du succès, celle d'un heureux retour, pour prouver sa reconnaissance pour les succès obtenus, comme le fit Villehardouin. On donnait dans un moment de joie pour remercier Dieu d’un grand bonheur, de la naissance d’un enfant, à l'occasion du mariage, pour perpétuer le souvenir d’un amour légitime,satisfait. On donnait quelquefois des propriétés en litige, et par là la contestation cessait ; ou des biens confisqués sur un criminel, pour obtenir sa conversion, ou le repos de son âme. Une des causes les plus fréquentes des donations étaient le désir d’avoir une sépulture dans une église, ou du moins dans le voisinage d'une maison consacrée à Dieu. Beaucoup de nobles, d'évêques, de seigneurs,de princesses, de grandes dames, allaient finir leurs jours dans un couvent, et lui donnaient une partie des biens dont ils pouvaient disposer. Enfin, on donnait aux religieux des terres incultes ou désertes, malsaines,afin qu’ils pussent les défricher, les assainir, ouvrir des communications et développer l’agriculture.