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2°. Ceux qui faisaient les donations avaient moins en vue ceux qui devaient en profiter, que celui à la glorification duquel elles devaient servir. Ce sentiment de conviction qui se répand dans toute la Chrétienté, qui rattache si intimement le présent à l'avenir, qui, regardant le premier comme passager, ne s'occupe sérieusement que de l’autre, cette disposition qui porte à placer sous la protection du Très-Haut l'issue incertaine des entreprises périlleuses, qui rapporte à lui l’heureux succès des événements, qui ne se sent pas tellement attachée aux choses temporelles qu’elle n’en sacrifie avec joie une partie considérable à ce qu’elle reconnaît être un but plus noble et plus universel, tout cela présente une physionomie d'un genre élevé, qu'on ne saurait repousser par de faibles railleries, ni, dans un ordre d'idées tout différent, juger avec un orgueilleux dédain.
3. L'institution en faveur de laquelle se faisaient ces donations, ne devait point être dégradée ; il fallait qu'elle eût droit au respect et à la confiance des peuples. Sans cela, ce phénomène offrirait une des énigmes les plus insolubles de l'histoire du genre humain. (Hurter. Institutions du Moyen-Age,T.Il,p.1, 50. Voyez : services rendus par les couvents aux bienfaiteurs.)
Il ne faut pas croire que les couvents fussent toujours paisibles possesseurs de leurs biens. Il n’y a peut-être pas une seule communauté un peu considérable dont les annales ne contiennent le récit d'actes de violence et de vols commis à son préjudice. Il n’était pas nécessaire qu'un Arnaud de Bresse vint à prècher qu'il fallait appauvrir l'Eglise pour son propre bien. Il ne manquait pas de chevalier brigand à qui sa haute intelligence suffisait pour lui en dire autant sans qu'il s’inquiétât beaucoup de savoir si, plus tard, quelque tête spéculative chercherait ou non à justifier ses actes. (Analyse de Hurter f. 2nd).
Les couvents augmentèrent les biens qui leur avaient été donnés par leur industrie et une bonne administration. La règle, le soin naturel de leur existence, l'amour du bon ordre, donnait à chacune de ces communautés une direction fixe ; on s’aidait d'avis communs pour l'administration ; la communauté mettait un terme au désordre d’une mauvaise économie de la part de l'abbé. L'évêque dans
beaucoup de couvents, enfin le pape se faisaient rendre compte de l’administration et réprimaient les abus.
C'étaient surtout les soins donnés à l’agriculture qui enrichissaient les couvents. Ils ont dû à leur propre industrie, à leur vie frugale, à un travail fatigant et continuel leurs grandes richesses ; on ne saurait leur en faire une accusation.
(Voyez, Analyse de Hurter, f. 3.)