RAISONS PROVIDENTIELLES DE L'INDÉPEN- DANCE TEMPORELLE DU ST SIÈGE
Dieu ne voulut donner aucune puissance temporelle à l'Eglise pendant les premiers siècles ; au contraire il la laissa en proie aux persécutions les plus violentes, pour faire voir que le Christianisme ne s'était établi par aucun moyen humain.
Après le triomphe du Christianisme, le pontife demeura encore quelques siècles soumis aux puissances temporelles. Dieu voulait faire voir les inconvénients de cette soumission par la tyrannie qu’exercèrent les empereurs hérétiques, et préparer en même temps par une suite de circonstances diverses mais concourant à un même but la légitimité de l'indépendance pontificale.
Au 8e siècle l’Europe était déjà divisée en plusieurs états, des intérêts divers allaient souvent les mettre aux prises. Il ne convenait pas que le chef de la chrétienté fut sujet d'aucun prince. Il était temps que son indépendance fût assurée. La liberté et l'influence de l'Eglise tenaient essentiellement à ce fait. Un souverain hérétique ou infidèle, maître de la personne du pontife, aurait pu s’opppser à son action, empêcher ses communications avec l'Eglise, s'opposer à l'élection d'un nouveau pontife, influencer cette élection d’une manière contraire aux intérêts du Christianisme. — C'est en effet ce qui est arrivé dans quelques circonstances passagères où des souverains ont eu Rome et le pape sous leur domination. Sile pape était sujet d’un autre gouvernement, il y aurait nombre de circonstances où l’on aurait cru les décrets influencés par l'autorité à laquelle il appartiendrait.—V. G.—relativement à des hérésies propagées dans certains pays, à certaines prétentions ou fautes de souverains.
Un des plus beaux rôles qu'ait joué la papauté, et ceci presque aussitôt qu'elle a été indépendante, a été la
conciliation des divers peuples en guerre les uns contre les autres. L'indépendance de tout pouvoir temporel était nécessaire par l'exercice de cette médiation.
L'intervention particulière de la Providence ne parait pas moins dans la conservation que dans l'établissement de la puissance du pape : les plus grands bouleversements ont eu lieu en Europe ; de grands empires ont péri: la puissance temporelle du St Siège demeure à peu près telle qu'elle a été constituée au 8e siècle c’est-à-dire à son origine. Les états romains ont formé un territoire assez grand pour la liberté, trop petit pour la domination.
Chez tous les peuples où le pouvoir spirituel n'a pas été indépendant du pouvoir temporel, l'autorité religieuse n'a été que l’esclave de l'autorité politique. V. G. en Angleterre, en Russie, à Constantinople. — (Conférences de Lacordaire, 1ère année, 4e conférence).
La souveraineté temporelle du St Siège a eu à subir quelquefois des attaques violentes, mais des évènements extraordinaires l'ont toujours promptement rétablie, et presque toujours un châtiment exemplaire a puni les princes qui ont voulu y porter atteinte. (Du pape, exercice du pouvoir temporel).