‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 85 sur 140 · IL FAUT QUE LE PAPE SOIT LIBRE AU DEDANS COMME AU DEHORS · texte numérisé non relu

IL FAUT QUE LE PAPE SOIT LIBRE AU DEDANS COMME AU DEHORS

Comme tous les princes temporels, le pape se doit au bonheur de ses sujets ; il doit leur dispenser dans une juste proportion les biens d’une liberté sage avec ceux d'une administration régulière et paternelle : — Mais les intérêts les plus sacrés de l’univers chrétien demandent que le gouvernement du chef suprème de la catholicité soit indépendant et affranchi du joug des factions intestines, aussi bien que de l'influence des puissances étrangères. Si, en effet, le pape souffrait violence dans ses états, si les prétentions audacieuses des partis le courbaient sous une action turbulente et tyrannique, la sécurité de l'Eglise entière serait profondément ébranlée. D'abord dans l’ordre purement ter1porel,le pape pourrait être forcé de donner sa sanction à des décrets ou à des lois imposées par des assemblées législatives, mais qui n'étant pas conformes aux règles de l’équité ou aux prescriptions de la Religion, com-

promettraient l'autorité spirituelle. — Et puis, on pourrait voir ces corps délibérants attenter à la juridiction ecclésiastique, ôter de fait toute liberté au pape, et abriter sous son nom l’usurpation des droits inhérents à l'autorité suprême du vicaire de J.-C.

Si comme on doit supposer qu'il en arrivera toujours ainsi en pareils cas, le souverain pontife oppose une résistance énergique aux prétentions civiles, il s'élèvera alors une lutte, qui ramènera la persécution, et par conséquent Ôtera la liberté à l'Eglise.

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Si le pape n’est pas indépendant à Rome, si son action est sans cesse entravée par des autorités rivales de la sienne, rien n'assurerait la liberté des congrégations sacrées chargées de répondre chaque jour aux consultations du monde chrétien, ni la liberté de l'élection du souverain pontife, ni l'indépendance du conclave qui doit la’ faire. La sûreté du pays et de la ville d’où le souverain pontife doit veiiler au maintien et à la conservation de l'Eglise dans toutes les autres contrées, est une des conditions essentielles pour remplir les devoirs d'une position si élevée. Comment le pape pourrait-il planer sur tant de relations diverses, donner conseil et assistance, prendre des décisions dans les affaires innombrables de toutes les églises, parler librement aux rois et aux peuples, s’il ne trouvait le repos dans sa propre maison, si des luttes intestines le forçaient à concentrer sur ses propres états le regard qui devrait embrasser le monde.

Toute entrave mise au pouvoir du pape intéresse le monde catholique tout entier, et si l’on admettait que l’autorité du pape, comme prince temporel, était limitée et assujettie à certaines conditions, la déposition pourrait en résulter, et alors pourrait-on accorder qu’un petit peuple qu'une main étrangère a seul élevé et que des mains étrangères ont seules soutenu au rang des états, pût prétendre à bon droit qu'à lui seul il appartient de prendre souverainement une décision si redoutable.

Toutes les raisons qui font voir la nécessité de l'indépendance du pape d'un souverain étranger, prouvent aussi qu'il doit être parfaitement libre, et conserver l'essence de la souveraineté dans ses propres états.

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LA SOUVERAINETÉ TEMPORELLE DU PAPE N'EST PAS NUISIBLE AUX INTERÊTS MATÉRIELS ET POLILIQUES DE ROME.

Rome avec la papauté n'est ni un grand centre politique, ni une grande cité industrielle, ni un grand entrepôt commercial, mais cette ville, avec la papauté de moins, n'en deviendrait pas une cité politique, commerçante ou manufacturière. —ÆElle serait une ville effacée des capitales de l'Europe, et le chef-lieu d'un petit état italien, républicain ou monarchique ; elle perdrait toute sa gloire et sa considération.

Rome avec la papauté, c'est cette cité unique au monde, grande, sans puissance politique, qui de toutes les extrémités de i' Europe rallie à elle tout ce qui est grand et ce qui est digne : artistes, savants, évêques, pèlerins, rois, voyageurs de tout ordre, de toute condition, de toute nation. C'est la papauté qui fait vivre Rome. Les papes n'ont pas une fois quitté cette ville, qu'elle ne se soit appauvrie, et que la population n'ait décru: cela s'est vu d'une manière très sensible pendant les quinze années de l'absence de Pie VII, et les évènements récents viennent d'en donner encore une preuve.

Rome sans le pape est un non-sens historique, religieux, social. Les monuments, les arts, les sciences, la politique elle-même, la religion, l'histoire, l'antiquité, tous les souvenirs, toutes les espérances, toute la tendance des choses proclament que le pape est nécessaire à Rome, que sans lui c'est une ville dépeuplée, un corps sans âme, une cité sans gloire et sans vie. Que deviendraient sans lui ces églises, ces communautés, ces collèges, et en un mot tout ce qui tient à la cour et à l'administration d'un souverain qui gouverne 200,000,000 d'hommes.

Otez à Rome ce que lui donnent de richesses et de considération les affaires de la catholicité entière qui s'y traitent, et bientôt elle ne sera plus qu’une solitude et un tombeau. Sur le rapport matériel le pape seul la soutient.

Ce qui fait le vrai bonheur d'un peuple ne manquait pas à Rome : les impôts étaient beauco'.p moindres que dans plusieurs grands états de l'Europe: l'autorité n’y

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exerçait aucune vexation, aucune injustice : l'éducation y était très encouragée, et aussi le peuple romain de la classe inférieure montre-t-il généralement une intelligence plus vive et plus cultivée que celle des mêmes classes des nations les plus civilisées : dans aucune ville il n’y a autant d'hospices ouverts à l'infortune et aux maladies. Chacun y jouissait dans l’ordre civil de la plus grande liberté, et s'il y avait un reproche à adresser au gouvernement, c'était celui d’une trop grande indulgence. Le génie des arts y recevait l'encouragement le plus flatteur et l'impulsion la plus forte. Le commerce ne portait pas ses habitants à aller porter au loin les productions du sol ou les effets de l'industrie ; mais les Romains voyaient,chez eux, une multitude d'étrangers laisser l'or et l'argent dans leur ville en retour des objets d'art et de piété qu’ils emportaient. L’industrie manufacturière n’y est point florissante, il est vrai; mais les avantages du sol et du climat en font moins sentir le besoin ; d'ailleurs l'utilité réelle des grandes manufactures pour le bonheur des peuples est devenue problématique. Si les Romains ne jouissent pas des richesses qu’elles procurent à une classe de la société, ils n’offrent pas non plus le spectacle des vices, de l’affreuse misère, et de l’esprit séditieux et dévastateur des classes ouvrières des pays industriels.

L'agriculture est négligée dans certaines parties de la campagne romaine, ceci est dû à des causes très anciennes et à de grandes difficultés locales ; des améliorations étaient tentées graduellement ; la sécurité publique aurait permis de les développer.

Depuis longtemps les états de l’Europe s'étaient accordés à laisser à Rome une sorte de neutralité qui assurait à ce peuple le plus grand des biens temporels, la paix.

Les Romains sont les sujets d’un prince électif, choisi par un corps dont presque tous les membres sortaient du peuple même.

L'âge ordinaire des papes, la maturité de leur sagesse, le caractère naturel de leur gouvernement, la brièveté même de leur règne, offrent toutes sortes de garanties à la liberté.

Les Romains, en se donnant par leurs cardinaux un souverain presque toujours choisi parmi eux, en donnent un à tous les catholiques répandus sur la terre : c’est chez

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