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civilisatrices : il ne vainc les Saxons que pour leur apporter la religion et la civilisation qui en est le produit. -Son épée détruit la barbarie en Allemagne.
Il réunit dans un même empire les peuples divers de l'Europe, de sorte que les idées chrétiennes se propagent plus rapidement.-——L'esprit éminemment chrétien de sa législation se répand partout, la discipline de l'Eglise que son bras protège, s'établit avec plus de facilité, et quoique son empire soit morcelé après sa mort, il y a cependant dès lors une unité entre les divers peuples de l'Europe chrétienne, qui indique les membres d'une même famille.
L'ignorance était devenue générale par suite de l'invasion des barbares. Charlemagne fit des prodiges pour réveiller le goût des lettres : l'ignorance cesse de s'étendre; l'instruction se répand par ses soins, une impulsion puissante lui est donnée. Les connaissances nécessaires à la société se conservent. La civilisation ne dépérit pas, et malgré les invasions des Normands et les obstacles de la féodalité, elle ne fait que s'accroître.
Charlemagne fonde d'une manière inébranlable la souveraineté temporelle du St Siège, si utile à l'Eglise et à l'Europe.-—En se montrant le serviteur dévoué de la papauté, le bras droit de l'Eglise, lui le plus puissant souverain qui ait päru depuis l'antiquité, il donne aux rois chrétiens l'exemple de ce qu'ils doivent à la Religion. — La puissance temporelle élevée en lui au plus haut degré, quoique souveraine dans ses attributions, est soumise néanmoins à la puissance spirituelle, et son règne offre la réalisation la plus parfaite qui ait existé des vrais rapports des deux autorités : c’est le plus bel ordre social qu'ait vu la terre. En même temps la religion, dont l'esprit l'anime, fait voir en lui le type du souverain chrétien.
Il gouverna ses peuples avec des formes de liberté que la politique moderne envierait. Il fut le restaurateur des lettres, un sage législateur, un roi plein d'équité et d’affabilité, qui devint l’idole de ses sujets.
Comme souverain il fut toujours heureux ; le succès couronna toutes ses œuvres, et il n'eut à lutter contre aucun obstacle intérieur. Sa gloire est la plus grande gloire temporelle dont puisse jouir un homme ; c'est celle de la puissance, du génie et de la vertu.
Son nom a eu tous les genres de popularité. L'Eglise
l'a comblé de bénédictions ; les annales des peuples de l'Europe ont proclamé sa gloire ; la poësie l'a célébré pendant plusieurs siècles. La grandeur s’est identifiée avec son nom.
On a reproché à Charlemagne ses violences contre les Saxons ; elles peuvent s’excuser par les révoltes continuelles de ces peuples, qui ne gardaient aucune foi aux traités, et attaquaient eux-mêmes de la manière la plus barbare.
Il est moins aisé de justifier Charlemagne du reproche d'incontinence. Il est pourtant des historiens, qui font autorité, qui soutiennent que les femmes qu'a eues Charle: magne furent successives, quoique quelques-uns de ses divorses eussent été sans motif légitime. Il ne parait pas que dans le temps on ait fait à sa mémoire un grand reproche de sa conduite sous ce rapport.
On a dit que Charlemagne a été canonisé, il l’a été, il est vrai, à la demande de l’empereur Frédéric Barberousse par l’antipape Pascal TITI, mais jamais l'Eglise n'a confirmé cette canonisation, tellement que dans le dernier siècle encore on conservait à Metz l'usage de célébrer tous les ans un service pour son âme.
Au reste Charlemagne a été puni de ses faiblesses privées par les troubles de sa famille et les chagrins domestiques,
Sa mort fut pleine d'’édification, et c'est avec raison que l'Eglise, sans lui décerner des autels, a conservé sa mémoire en vénération, car c'est le prince dont elle a reçu le plus de services ; c'est d’ailleurs le plus grand souverain, qui ait jamais régné sur les hommes, et c’est elle qui l'a formé.
Bossuet a dit: ‘Les mœurs de Charlemagne furent toujours pures comme l’on en ait écrit dans les bas siècles.” Le mot de Bossuet est d’une rigoureuse exactitude : les faits qui passent sous les yeux du lecteur le démontrent jusqu’à l'évidence. —Darras. Tome XVII, p. 440.