‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 89 sur 140 · FAUSSES DÉCRÉTALES · texte numérisé non relu

FAUSSES DÉCRÉTALES

Les Fausses Décrétales sont un recueil de documents concernant la discipline ecclésiastique, dans lesquelles se

trouvent un certain nombre de lettres attribuées faussement aux papes des premiers siècles.

Les incrédules, les protestants, tous les adversaires de la papauté croient que l'autorité de celle-ci ne s'est établie qu'à l'aide des Fausses Décrétales ; ils attribuent à ce recueil tout ce qui ne leur plait pas dans la constitution de l'Eglise.-—-M. Guisot lui-même, après avoir admis que la puissance pontificale était reconnue dans l'Eglise au 9e siècle, ajoute: ‘‘Il lui manquait des titres où ses droits fussent inscrits, au nom desquels elle pût affirmer leur ancienneté historique, aussi bien que leur légitimité rationelle : elle les trouva bientôt ;” et il indique les fausses

décrétales.

Le but principal de l’auteur de la compilation est de relever la dignité ecclésiastique : il émet les idées les plus sages sur les devoirs du prêtre ; il ne veut pas qu'on porte atteinte à sa considération ; il veut empêcher les interdictions sans cause et venant d’une autorité absolue ; de même pour les évêques ; il veut qu'ils ne soient jugés que par des tribunaux ecclésiastiques, composés du métropolitain et des évêques de la province ; il permet à l'accusé de récuser ses juges, et dans tous les cas d'en appeler au souverain pontife, et il reconnait à celui-ci la haute surveillance sur tout ce qui se passe dans l'Eglise et son droit d'intervenir dans toutes les causes majeures. Mais il n'y a pas un mot dans les fausses décrétales sur l'autorité dogmatique du pape, sur son infaillibilité, sur son pouvoir relativement au temporel des rois, de sorte qu'en supposant que les fausses décrétales eussent introduit un changement dans l'Eglise, ce changement n'aurait affecté que la discipline, qui est jusqu’à un certain point variable, et nullement le dogme.

Les adversaires de l’autorité pontificale font quelquefois remonter ‘à publication des fausses décrétales jusqu'au milieu du 8e siècle, il n’y a aucun document à l'appui de cette opinion. —On ne verrait pas dans quel but elle aurait été faite. — Sous Charlemagne, l'Eglise de France fut en paix, il n’y eut guères de contestation sur les droits épiscopaux. Au contraire, le règne de Louis le Débonnaire fut agité par beaucoup de dissensions ecclésiastiques, résultat des dissensions politiques. Certain nombre d’évêques furent déposés, notamment au concile de Thionville, où l'on viola les règles de la discipline ecclésiastique à l'égard

d'Ebbon, archevêque de Reims. — On a lieu de supposer qu'alors naquit l'idée de rétablir les lois et usages de l'Eglise relativement au jugement des évêques, et l'on peut conjecturer qu'Ebbon lui-même fut l'auteur des fausses décrétales. —— Ce qui est certain, c'est que celles-ci empruntent textuellement un canon du 6e concile de Paris tenu en 829.—Le pape Léon IV, en 847, consulté par les évêques bretons sur le jugement des évêques, ne s'appuie en rien sur les documents des fausses décrétales, mais il renvoie à celles publiées par Denis-le-Petit, qui depuis longtemps étaient reçues en Occident.—La première mention des fausses décrétales se trouve dans une lettre de Charles le Chauve aux évêques des Gaules, en 857. Ainsi, tout fait croire que les fausses décrétales ont été publiées au milieu du ge siècle.

Les fausses décrétales sont fausses dans la forme en ce sens qu'elles sont attribuées à des personnages, qui n'en sont pas les véritables auteurs ; mais les principes et les règles qu'elles renferment ne sont pas faux.

En supposant qu'elles eussent établi un droit nouveau, ce droit serait excellent ; il relève la dignité du prêtre, fixe d'une manière stable l'évêque à son diocèse, ôte au métropolitain un droit excessif, dont il pouvait abuser facilement.—Les dispositions qui portent que l'évêque ne sera point privé de sa dignité, jusqu’à ce qu'il soit jugé, et qu'il peut appeler de la sentence au pape, sont conformes aux lois fondamentales de la justice.

Ce qui fait qu'on s’est tant récrié contre les fausses décrétales, c’est qu’elles diminuent l'autorité du métropolitain. Or les ennemis de la papauté, les défenseurs de l’autorité laïque, ont toujours voulu que le métropolitain fut en quelque sorte juge suprème ; ils espéraient par là, vu les moyens d'influence que le pouvoir temporel pouvait avoir à son égard, en faire un instrument de la volonté du souverain.

Les fausses décrétales n'ont établi aucun droit nouveau ; ce qui le prouve, c’est la fausseté avec laquelle elles se sont répandues universellement, et sans qu'on se soit donné la peine d'examiner leur authenticité. On ne voit aucune réclamation s'elever contre ce livre. S'il eût blessé les idées reçues, les usages établis, il aurait rencontré une forte opposition. — Il était tout-à-fait contraire à la nature

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