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tous les monuments qui expliquent l'histoire. Nous n'avons pas l’honneur d’être classiques, ni romantiques, ni gothiques; nous croyons que le grec et le romain ne conviennent plus à nos mœurs; les peuples anciens ont construit de magnifiques édifices propres à leur destination ; nous en faisons de non moins beaux, propres à notre usage. Nous croyons aussi que les Antimachide, les Spintliare, les Calleschros et les Yitruve, 11e dédaigneraient pas Philibert Delorme; qu’ils auraient de l'admiration pour le portail d’une cathédrale gothique, et qu’ils se sentiraient pénétrés de la religieuse horreur dont parle Chateaubriand , s’ils se trouvaient dans 1 intérieur d’une de ces imposantes églises romanes, où règne cette demi-clarté, | qui ne fait que rendre les ténèbres visibles, dit dp Milton.
ujourd’hui nous n’avons pas d’architecture nationale proprement dite ; notre histoire 11e s’écrit plus dans des monuments, mais dans des livres, comme l’a dit un poète contemporain. Dans le dernier siècle, les savants et les artistes professaient le plus grand mépris pour les édifices érigés par leurs pères , et à la fin du même siècle, le peuple démolissait; cette indifférence, ce mépris, et finalement ce vandalisme, nous ont laissé des monuments dans un tel état de vétusté décrépite, que nous voyons presque tout notre siècle occupé à des restaurations et à des achèvements. L’esprit de parti , d’exclusion , nous pourrions même dire de coterie, s’éteint de jour en jour davantage chez nos jeunes architectes, qui relèvent avec le même respect et le même enthousiasme, nos vieux édifices, quel que soit leur âge, quel que soit leur style. C’est à cette œuvre de conservation que nous voulons coopérer dans la mesure de nos moyens,
fii livrant aux artistes des documents sur les principaux monuments ipie nous voulons reproduire, dans tous leurs details, et, de telle sorte «pie nol re travail puisse servir a les laire reconstruire d'une manière
% P . complété.
^^^^j^j^uldiée a une époque qui voit restaurer les églises les plus remarquables, l’histoire de la Sainte-Chapelle doit être d'une grande utilité aux architectes, et doit intéresser les amateurs d’antiquités. Nous avons choisi la Sainte - Chapelle , préférablement à tout autre ^édifice gothique, parce qu’ayant été construite vç. en peu d’années, et par un seul architecte, le style est le même dans toutes ses parties; ensuite, aucune église du même genre n’est aussi richement décorée, et eu égard à ses petites dimensions, elle est un de nos monuments les plus remarquables. Lorsqu’on fil des recherches, avant d’entreprendre les travaux de restauration, on retrouva les traces de l'ornementation primitive : les arabesques des colonnes, les verrières des consoles qui supportent les statues des apôtres, les étoiles d'or, sur fond bleu, de la voûte, la presque totalité des vitraux, les pein- \ tures, dans les quatre-feuilles des tympans, etc.
jjljprous n’avons rien négligé pour rendre |: notre ouvrage digne du monument (pie
nous reproduisons, et dont nous pouvons W donner une image vraie et enrichie de toutes les ’ÆÊ c couleurs brillantes qui relèvent si bien cet édifice. La lithochromographie, qui joue un si grand rôle dans les publications artistiques, et le degré de perfection qu’elle atteint aujourd hui, nous permet d’arriver a une grande fidélité de reproduction. Ce n est peut-être pas à nous, jeunes artistes, qu il appar-
tenait de traiter la partie historique et descriptive; l'archéologie exige l’étude et l’observation, qui sont le propre de l’âge mûr. Complètement étrangers à la littérature, et sachant à peine épeler notre langue, nous comptons beaucoup sur l’indulgence des gens du monde et des hommes de l’art. Nous avons consulté un trop grand nombre d’ouvrages pour en faire mention; nous ne citerons donc que les auteurs chez lesquels nous avons puisé le plus grand nombre de renseignements; de ce nombre est Morand, qui a fait l’histoire de la Sainte-Chapelle la plus complète. Nous lui avons fait de nombreux emprunts, ainsi qu’à Félibien, Mortis, Bougois, Rouillard, Archon, etc., etc.; pour la partie purement historique, nous ne nous sommes pas montrés beaucoup plus scrupuleux que nos devanciers, qui se sont tous copiés, quand la recherche des originaux leur imposait une tâche trop pénible.
a description d’un édifice étant faite, que reste-t-il à raconter? Rien sur la terre n’est fortuit; tout aune destination, mystérieuse a nature, mais accessible à notre jugement , il s’agit de l’œuvre des hommes. La vue monument inspire toujours une ardente curiosité ; quel est son âge ? qui l’a élevé et pourquoi l’a-t-on élevé ? Témoin muet d’actions tantôt magnanimes et quelquefois criminelles; on voudrait faire parler les pierres. Satisfaire cette curiosité en répondant à ces questions , tel est le but de l’histoire. Les monuments ont aussi leurs accidents: c’est un incendie qui les a à-demi ruinés; plus tard un prêtre, dans un accès de zèle malheureux, a fait disparaître de magnifiques peintures sous un barbare badigeon; à une autre époque, le peuple, dans un de ces moments de rage, qui changent les des-
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ti nées d’uiK' nation, a brisé des statues, a profané des autels, a éventré des vitraux, quand il n’a pas complètement démoli.
u commencement de notre siée Kjgili^ aussi dans le précédent , nos p IRSSIhI sla rchi tectes , aussi barbares que le badigeon, aussi vandales que i 7 1 ) 3 , et sans respect pour la tradition, ont mutilé quelques-uns de nos plus j beaux édifices, et maçonné, en croyant faire \ merveille, un fronton grec ou romain, avec adjonction de deux ou quatre colonnes, selon le prix, pour remplacer un portail gothique, une porte romane ou un portique-renaissance, et avec ce goût et ce succès du Potier dont parle Horace, qui, tout en méditant des amphores, ne produisait que des cruches. Pas plus enthousiastes qu il ne faut cependant pour l’art du moyen-âge, nous ne recherchons pas dans les sculptures des secrets de mystique, ou, pour notre part, nous ne voyons que des allégories et des sujets ayant trait a des scènes de l’ancien ou du nouveau Testament, sujets traités quelquefois trop librement, il est vrai ; mais le zèle religieux, la naïveté des artistes et les idées de l'époque doivent faire comprendre celte liberté, sinon 1 excuser complètement. La grande variété de sujets et d’ornements que Ton remarque dans les constructions gothiques, 11e doit pas nous étonner. A celte époque, les architectes ne se formaient pas comme aujourd’hui; ils commençaient tous, a quelques exceptions prés, par fouiller la pierre ou creuser le bois, et pour un jeune homme privilégié, qui de nos jours fait un projet selon 1 Institut, et accomplit un voyage a Rome, ou le plus souvent il s'occupe de tout autre chose que de son art, des milliers de jeunes gens parcouraient alors le monde, de l’Orient a l’Occident; ils voyageaient
comme
mieux
comme le philosophe l’ias, et, comme lui, pouvaient dire: qu’ils portaient tout avec eux. A cette époque, la franc-maçonnerie était une institution tout-à-fait artistique, une Académie, ou tous les travailleurs avaient une place ; chacun déposait ses découvertes dans le sein de la société, et tous profitaient des fruits recueillis par chacun; quand un maître avait un édifice à construire, les sculpteurs n’avaient , comme limites, que les dimensions, la ligne; pour le reste, ils étaient traités en artistes, et laissés libres; de là cette variété si admirable et cette originalité impossible de nos jours, ou les architectes exercent, sur les ornemanistes, une dictature déplorable, qui - V engendre la monotonie et une froide symétrie.
otre jugement sur la sculpture au moyenâge , paraîtra peut-être bien froid aux ^enthousiastes ; cependant nous ne le céle- ** p rons pas, dût-il donner du dépit aux admirateurs extatiques. Dans les figures, nous cherchons en vain ce caractère, ce cachet, cette piété et ce merveilleux tant vantés, nous ne trouvons que l’ignorance delà forme et la naïveté de l’exécution; la statuaire était dans son enfance et tendait à imiter la sculpture bysantine; comme on peut le voir aux draperies droites et à plis serrés, l’aspect est maigre, froid, sépulcral, on ne devine pas un corps et des membres sous le vêtement , mais le squelette. Enfin , la sculpture est bien l’empreinte des croyances populaires de ce temps ; du merveilleux partout, des salamandres, des démons de toutes formes, des animaux d’espèces incroyables avec des têtes humaines, des griffons renouvelés de l’antique, mais bien autrement épouvantables; enfin, toute cette armée de spectres caractérisé à merveille ces époques de la légende et des contes à faire peur, dont le souvenir répété d’âge en
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â<*-(* l'ail encore frisson m r la vieille femme et l’enlanl a la veillée du village. Pour nous, doue, le mérite de la sculpture de cette époque réside tout entier dans la variété et l’originalité; et puis ces longues figures avec leurs défauts d’exécution , font très bien dans leurs étroites nielles taillées entre de fines colonnettcs. L'ornement, en général, est d un dessin pur et d une exécution hardie; la pierre est fermement attaquée, quoique délicatement fouillée.
peut voir par notre avant-propos dans el esprit nous avons voulu traiter notre et; nous aimons le beau et nous l’admi-
mus partout ou nous le trouvons, peu nous P importe de quel coté il nous arrive et de qui il nous vienne, mais nous voulons admirer sans extase
et condamner sans préventions
^^b^oiis nous faisons un devoir de payer un
HM " tribut de reconnaissance à M
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ipgyg^jl^archilecte, chargé de la restauration de la Sainte-Chapelle : cet éminent artiste a daigné examiner nos dessins, et nous a facilité notre travail en mettant a notre disposition les matériaux qu’il possède, avec cette courtoisie qui distingue l'homme
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es écrivains modernes ne se servent pins du mot gothique qu’ils ont rejeté comme impropre, pour le remplacer par style ogival ou architecture sarrasine. Les Goths, dont l’origine se perd dans la fable qui leur donne JJ des rois avant le siège de Troie et du temps d’Hercule, quittèrent les bords de la mer Baltique vers le deuxième siècle, et entraînant avec eux la plupart des peuples Vandaliques, ils envahirent successivement toutes les provinces de l’Europe, de l’Asie occidentale et du nord de l’Afrique. Luttant pendant quatre siècles contre la civilisation agonisante des Césars, et se mêlant parfois à cette civilisation ; tantôt vaincus et se réfugiant dans les forêts et dans les montagnes, quelquefois vainqueurs et fondant des royaumes, détruisant les monuments anciens et les remplaçant par des constructions nouvelles, ces peuples finirent par s’éteindre en se mêlant aux races qu’ils avaient combattues. Leur architecture lourde et grossière, modifiée
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par le temps et le goût d’artistes plus éclairés, a produit le style roman , sur lequel on a greffé l’ogive importée de 1 Orient vers la seconde croisade; nous ne voyons donc pas de raisons qui nous fassent trouver impropre le mot gothique, qui, s il ne désigne pas parfaitement les édifices ou l'on trouve l’ogive, marque 1 ère artistique qui succède à l’art ancien. Si nous voulons maintenant comparer une mosquée du temps de Saladin, où l’ogive est systématiquement appliquée , à une église du treizième siècle, nous trouverons plus de différence qu’entre celle-ci et une église romane du douzième. Stvle ogival et genre sarrazin ne conviennent donc pas mieux, et, pris à la lettre, sont aussi impropres que le mot gothique, puisque, comme lui, ils désignent des monuments dissemblables ; sans rejeter les autres qualifications, nous emploierons le mot gothique sans y attacher d’importance, parce qu’il t consacré par l’usage.
'essayants français, allemands et anglais, réclament tous, pour leur patrie, l’honneur d’avoir élevé les premiers monuments où appliqué l’ogive; comme preuves, ils avancent
des dates incertaines et des faits contestés. L’histoire elle-même est quelquefois un mauvais conseiller ; quand elle nous montre, par exemple, Saint-Germainl’Auxerrois, dont elle fait remonter la fondation à Chilpéric, qu’elle fait dévaster parles Normands, et reconstruire au neuvième siècle ; là elle reste muette. Cependant un observateur exercé reconnaîtra facilement qu’on y a travaillé successivement du douzième siècle au dix-huitième. M. Marmotte, savant archéologue, qui nous a aidés de ses conseils, nous écrivait : " Vous voyez que l’art chrétien du moyen âge, abandonné depuis trois siècles , excite l’admiration des « artistes et l’étude des savants, mais ils sont encore
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>• loin de s’accorder sur l’époque oii le style gothique .. lut employé en Europe. Tel vous montre un » monument , qu’il reporte au douzième ou au » treizième siècle, qu’un autre assignera au sixième. •• Ainsi, la cathédrale d’York, qui est du gothique » fleuri, devrait être du quatorzième siècle, et l’his- » toire atteste qu elle est du sixième. *> L histoire ne nous trompe pas, mais nous pouvons croire que le monument dont elle parle, et dont elle ne nous donne pas la description, a dû subir plusieurs transformations; un édifice existait bien en effet là oh elle nous le montre, mais les siècles qui ont suivi ont apporté les modifications qui, aujourd’hui, déroutent beaucoup de monde, et font presque douter de la sincérité de l’histoire. Nous pensons qu’on ne peut affirmer que l’ogive ait été employée en Europe avant la seconde moitié du douzième siècle. Mais à partir de cette époque , elle forme le caractère architectonique des édifices construits en Allemagne, en France et en Angleterre. Nous avons lu sur ce sujet des discussions fort savantes, qui reposant sur des probabilités sans fonds, nous ont laissés dans les mêmes doutes. Nous croyons aussi que les savants se trompent quelquefois, comme Montaigne, qui dit très naïvement : « Je ne suis pas obligé à ne dire point de 0 sottises, pourvu que je ne me trompe pas à les ï» connaître, et de faillir à mon escient; cela m’est ^ » si ordinaire, que je ne faux guère d’autre façon. »
fn retrouve l’ogive dans les ruines de la ^Thébaïde, et les anciens Grecs la connaissaient. Aux huitième et neuvième siècles elle a été employée en Egypte ; les Arabes l’introduisirent en Espagne et à Païenne. A la fin du douzième siècle l’arc brisé se montre en France, et enfin c’est à partir du treizième qu’il exclut tout autre
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genre d’architecture. D'autre part, la croisade, prèehée par Pierre l’Hermite et commandée par Godeiroy de Bouillon , lut entreprise dans les dernières années du onzième siècle; a la lin de cette croisade, et sous 1 empire de 1 esprit féodal, plusieurs seigneurs, au lien de créer un état fort par son unité, et qui pût leur garantir les résultats de leurs conquêtes, jouèrent aux roitelets et fondèrent des duchés, des comtés, des baronnies; ils s’isolèrent, et, sans cesse inquiétés par les Arabes, ils s’éteignirent dans leur faiblesse et leur isolement Cependant, ces petits états étaient sans cesse en relation avec la mère-patrie, les pèlerinages devinrent fréquents; c’est a ces voyages d’outre-mer que l’on doit les devises héraldiques et les emblèmes faisant allusion aux coutumes, aux animaux et aux plantes de ce pays; alors les armoiries devinrent communes, et on importa des étoffes en France. Vers le milieu du douzième siècle, Louis-le- .leune entreprit une autre croisade, et enfin Philippe- Auguste et le roi Richard visitèrent aussi l’Orient, avec une armée, à la lin du même siècle. Voilà trois époques qui coïncident tellement bien avec l’application de l’ogive en France, que pour nous le style ogival est le souvenir des pèlerinages que nos armées ont entrepris autrefois, et presque toutes les puissances de l’Europe ayant concouru aux croisades, nous pouvons croire que l’ogive a été employée simultanément en France, en Angleterre et en Allemagne; les Italiens, entourés des merveilles de l’art romain, l’appliquèrent peu, et là ou ils s’en servirent, on sent le voisinage et l'influence des anciens maîtres. Les monuments français, anglais et allemands, rappellent le Gotli , et en Espagne : « l’architecture légère des Arabes (dit Chateaubriand s’était mariée a l’architecture gothique, et, sans lien perdre de son élégance, elle avait pris une gravité plus couve-
» nable aux méditations. » L’arc brisé a ensuite subi des modifications; au douzième siècle, il n’est point le même qu’au treizième, et celui du quinzième diffère des deux autres. A la description de la Sainte-Chapelle, nous classerons son style dans la catégorie qui lui appartient, en établissant ces différences, et les époques des changements survenus.
pb-a Sainte -Chapelle , cette merveille du è moyen-âge, est remarquable par l’unité de son ensemble, l’élégance de sa forme, variété et la richesse de son ornementation. Son fondateur n’avait rien négligé pour la rendre digne du dépôt qu’elle devait renfermer, et, pour arriver a son but, il n épargna ni les couleurs les plus fines et les plus brillantes, ni les pierres précieuses, ni l’or, sous lesquels disparaissent les murailles, les piliers et les colonnettes ; d’immenses verrières, où le rouge et le bleu dominent, laissant passer une lumière violacée et chatoyante, viennent encore ajouter à l’harmonie des couleurs et au prestige des souvenirs. La Sainte- Chapelle est encore un de ces types rares , qui caractérisent une époque ; commencée en 1245 et terminée en 1-248? elle est l’œuvre d’un seul artiste, elle est due à une seule inspiration.
a plupart des archéologues ont confondu Il deux architectes célèbres, qui vivaient dans le même temps; ils en ont même fait quel¬
quefois un seul homme; ainsi nous voyons, dans différents ouvrages, que la Sainte - Chapelle fut ' élevée sous la direction et sur les dessins de Pierre de Montreuil ou Eudes de Montereau , ou bien encore Pierre de Montreuil, que l’on nomme aussi Pierre de Montereau. Pierre de Montereau, le seul architecte à qui nous devons la Sainte-Chapelle, était
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