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Ses commencements, ses progrès, à la fois rapides et mesurés, ont été empreints d'un caractère qui répond de son avenir. Elle a procédé de la manière la plus logique : au début, les monographies, les observations particulières ont surgi nombreuses , savantes, mais isolées et souvent contradictoires; puis les matériaux de ce précieux chaos, animés de la force qu'Épicure supposait à ses atomes , se sont réunis et organisés en un corps solide doué de vie et d'intelligence.
Maintenant l'archéologie est constituée; elle a ses lois et sa méthode ; elle sait d'où elle vient et où elle va ; elle ouvre aux élèves des routes larges et droites; elle trace aux savants une ligne nettement tranchée entre les axiomes et les opinions controversables ; elle en est précisément au point de se présenter à l'étude sous les formes les plus attrayantes , assez avancée pour sauver les difficultés et les ennuis des débuts , et pourtant assez inexplorée pour laisser espérer plus d'une découverte d'un véritable intérêt.
Tandis que les observations locales tendent à se généraliser de plus en plus, les maîtres de la science réclament les matériaux nécessaires pour un travail d'ensemble, et regrettent de les voir se produire épars dans toutes les revues, dans toutes les annales académiques, souvent même
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lancés dans le monde savant sans indication qui puisse aider à les retrouver au besoin. Il est donc temps que les archéologues de province donnent à leurs études une certaine portée, un certain caractère de généralité qui, sans prétendre à former autant de corps de doctrine , puisse procéder par résumés et par comparaisons.
Les limites tracées par l'enceinte d'une ville nous ont paru parfaitement adaptées a ce genre de travail; elles n'ont rien de trop effrayant en étendue, et cependant elles peuvent se prêter à des recherches coordonnées, à des synthèses d'une certaine portée.
C'est dans cette conviction que nous avons osé entreprendre l'histoire architecturale de la ville d'Orléans. Habitant du lieu que nous allons décrire, nous n'avions pas le choix du sujet; mais nous rendons grâces au sort qui nous a si bien partagé.
Peu de villes, en effet, ont possédé des spécimens plus riches et plus variés de tous les styles et de toutes les époques. Sous les Romains, ces fiers dominateurs des Gaules, elle a ses solides murailles, ses tombeaux, ses temples et son amphithéâtre; sous la race mérovingienne, son Châtelet aux formes brutes et imposantes, à la
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fois ciladelle et palais : alors la religion chrétienne, craintive encore et fidèle aux traditions des premiers siècles, se cache pour prier; les églises sont des caveaux, des cryptes; les constructions souterraines se multiplient sous l'influence de la frayeur causée par les invasions des Normands; des galeries profondes, immenses, sillonnent dans tous les sens les entrailles de la terre; une ville cachée s'étend sous la ville apparente, prête a dérober dans ses détours inconnus les habitants et leurs trésors. — Avec Robert-le- Pieux, le christianisme monte sur le trône, les édifices religieux osent s'élever; mais ils conservent leurs cryptes en mémoire de leur ancienne origine . — Au commencement du xv c siècle , l'Anglais a pénétré jusqu'au cœur du royaume de France , Orléans suffira pour lui opposer une barrière. Ses murailles, relevées depuis l'époque romaine, se hérissent de canons, machines encore brutes et imparfaites, et de tous les autres appareils défensifs usités aux siècles précédents; Orléans est devenu la ville de guerre modèle du moyen-àge. — Sous Louis XI, la religion catholique, favorisée par les frayeurs du monarque, élève des temples enrichis de ses dons; mais les seigneurs tremblent , et les habitations particulières reproduisent sur leur front sévère
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les soucis de la noblesse. — Le chevaleresque François I er répand autour de lui le goût du luxe et des plaisirs , et la ville s'embellit d'une multitude de petits palais. — Au xvn e siècle, les couvents se multiplient, le type claustral s'imprime même sur les demeures des laïques. — Le règne de Louis XV tourmente les pierres en ornements de mauvais goût. — La révolution de 89 ne laisse, il est vrai, d'autre souvenir de son passage que les ruines qu'elle a faites; mais les formes sévères et arrêtées de l'empire impriment leur cachet a de grands monuments. — Enfin maintenant quelques parties ogivales réapparaissent dans nos églises ; des maisons de style renaissance s'élèvent dans nos rues, derniers efforts d'une époque qui n'ayant plus l'énergie de créer, flotte incertaine entre divers souvenirs.
Quelque intérêt que nous trouvions aujourd'hui a étudier l'influence des faits historiques sur les variations du style architectural, il ne parait pas que cette concordance ait été même soupçonnée parles écrivains antérieurs au xvn e siècle. L'anonyme à qui on doit la relation du siège d'Orléans ne cite diverses parties des fortifications que pour fixer le lieu où se sont passés les faits qu'il rapporte. Symphorien Guyon, Lemaire et La gaussaye, auteurs essentiellement religieux qui
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écrivaient dans la première moitié du xvn e siècle, n'ont eux-mêmes parlé des diverses églises de la ville que pour la glorification de leurs saints patrons; dès lors ils vantent la beauté, la grandeur de l'édifice, la richesse des ornements; mais rarement ils décrivent, et encore leurs descriptions renferment-elles de nombreuses erreurs. D'ailleurs, ils ne manquent pas d'érudition et de sagacité dans la discussion des dates et de certains faits; et à part leur crédulité lorsqu'il s'agit d'enregistrer les récits merveilleux des légendes, ils peuvent, par induction, mettre quelquefois l'archéologue sur la voie.
Dans l'excellent ouvrage sur les Antiquités historiques de l'église de Sainl-Âignan, publié en 1661 par Hubert, on trouve du moins un chapitre tout entier consacré à la description de l'édifice. On apprend à connaître ses dimensions, le nombre de ses fenêtres et plusieurs autres choses qui ne manquent pas d'intérêt; du reste la forme, l'art, la chronologie des styles étaient choses dont le bon chanoine ne s'occupait pas plus que ses devanciers.
Polluche, en 1736, etBeauvais de Préau, en 1768, sont les premiers qui aient spécialement envisagé Orléans sous le rapport architectural ; leurs dates sont précieuses, leurs indications
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d'une grande exactitude: comme résumés de statistique ils laissent peu de choses à désirer; ils énoncent clairement; quant à la forme, ils n'en donnent aucune idée.
Mais les écrivains du siècle présent ont suivi le mouvement général des esprits; ils sont entrés franchement dans la voie ; ils ont compris le besoin de constituer la science ; ils ont voulu remonter aux sources, voir et juger par euxmêmes; ils ont comparé le style à l'époque; ils ont artistiquement décrit.
Les éludes archéologiques commençaient à peine à être en honneur, que déjà M. Vergnaud- Romagnési avait consigné dans plusieurs opuscules détachés le résultat de ses incessantes recherches. En 1830, il publia un fort volume in- 12, sous le titre $ Histoire de la ville d Orléans. C'est une réunion de plusieurs travaux séparés, disposés pour la plupart suivant l'ordre alphabétique et traitant principalement de la topographie d'Orléans, de son commerce, de ses rues, de ses places, de ses monuments, de ses maisons les plus remarquables et de la biographie des hommes qu'il a produits. On pardonna facilement au défaut d'ensemble de l'ouvrage en faveur des renseignements précieux et inédits qu'il renfermait , et quant aux opinions archéo-
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logiques de l'auteur , la science n'était pas encore assez avancée à cette époque pour qu'il fût possible de découvrir du premier coup d'œil quelques erreurs inséparables de l'examen de questions pour la plupart neuves et ardues. L'histoire de M. Vergnaud fut donc accueillie comme un fait important, et maintenant elle jouit encore d'une certaine autorité.
Contemporain de M. Vergnaud et souvent son antagoniste, le savant M. Jollois, enlevé aux sciences il y a quelques années, a légué aux archéologues plusieurs ouvrages qui se recommandent surtout par beaucoup d'érudition, de sagesse et de loyauté ; sa Dissertation sur remplacement du fort des Tourelles, sa Notice sur le grand cimetière, son Histoire du siège d'Orléans , mais surtout son Traité des antiquités du département du Loiret, sont de véritables modèles, et a part quelques classifications contestables des œuvres des xv c et xvi c siècles, ses décisions sont sans appel.
N'oublions pas l'abbé Dubois , homme savant, perspicace, judicieux, infatigable, qui avait puisé dans l'étude des sciences mathématiques une grande rectitude de jugement. Sa Notice historique sur V église cathédrale de Sainte-Croix ne renferme pas un fait douteux, pas une date in-
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certaine ; sa description de l'édifice est , quant aux dimensions, d'une précision remarquable; mais l'abbé Dubois n'était pas universel, il lui manquait le sentiment de l'art.
Enfin ces dernières années ont vu paraître deux ouvrages qui révèlent de sérieuses études dirigées par ce goût artistique, par cette sage liberté de discussion, caractères distinctifs de notre époque. La Monographie de Sainte-Croix est un résumé historique et archéologique plein d'intérêt. La forme y est judicieusement appréciée, élégamment décrite; de hautes considérations se rattachent sans efforts aux questions architecturales. Le jeune et savant abbé Jacquet nous a présenté, dans une soixantaine de pages, un modèle que nous nous efforcerons de suivre, heureux si nous pouvons y parvenir !
Un autre jeune ecclésiastique qui consacre aux études archéologiques tout le temps que lui laisse l'exercice de son ministère, M. de Torquat ( il nous pardonnera de révéler son nom), a réuni, sous le titre de Quatre jours dans Orléans , le fruit de ses observations et de ses nombreuses recherches : l'auteur parcourt la ville une plume à la main ; a mesure qu'un objet se présente à ses regards, il le décrit et rappelle les faits historiques qui s'y rattachent: cette manière a quelque
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chose de libre et d'imprévu qui préserve de l'ennui, mais elle ne peut satisfaire pleinement la science. Avec le talent que M. de Torquat révèle dans cet opuscule, il pouvait faire une œuvre capitale et épargner au public les deux volumes que nous tirons aujourd'hui de notre portefeuille.
Les Recherches historiques sur la ville d'Orléans, publiées de 1838 à 1845, par M. Lottin, ne sont autre chose qu'une compilation classée par ordre chronologique; elles accusent plus de patience que d'érudition. A la ûn de chaque extrait l'auteur a pris soin de citer ses autorités; ainsi il est toujours facile de remonter a la source. A l'aide de cette précaution, qu'il est nécessaire de recommander aux lecteurs des Recherches historiques, ce recueil pourra fournir des renseignements précieux sur presque tous les points relatifs à l'histoire de la ville.
Quelques opuscules détachés ou insérés dans le Bulletin de la Société des Sciences d'Orléans complètent la série trop peu nombreuse des études orléanaises dues à nos concitoyens.
Nous n'avons encore rien dit d'un des hommes qui ont le plus contribué à faire connaître les richesses architecturales de la ville d'Orléans. M. Charles Pensée, habile et consciencieux dessinateur, avait déjà enrichi les cartons des ar-
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chéologues d'un grand nombre de feuilles détachées, lorsqu'il entreprit de réunir, dans une série complète de lithographies, tout ce que nos anciens monuments religieux, civils et militaires pouvaient présenter de plus intéressant. L'œuvre était importante : il sut l'accomplir avec un rare bonheur. La reproduction consciencieuse du type ne nuisit en rien à la grâce artistique du dessin. Jaloux de travailler pour la science, il reprit par fragments et sur une plus grande échelle les détails de ses modèles que leur ténuité ne permettait pas d'indiquer assez nettement dans une vue d'ensemble. Comme étude linéaire, l'album de M. Pensée ne laissait rien à désirer; mais ces figures, malgré leur mérite intrinsèque, étaient muettes , sans lien , sans interprète ; M. Pensée sentit lui-même le besoin d'un texte explicatif, et nous nous mîmes à l'ouvrage.
Bientôt nous nous trouvâmes à l'étroit; le cadre du tableau gênait nos mouvements; le rôle de cicérone entravait l'essor de notre pensée, s'opposait â l'adoption de toute méthode. Nous voulions considérer les monuments sous toutes les faces, à toutes les époques, fouiller toutes leurs profondeurs ; nous voulions suivre la naissance, les développements, les successions des divers styles, les classer suivant l'ordre chro-