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il céda devant la volonté de l'administration départementale, et Jeanne la Pucelle fut convertie en canon, conservant encore, après cet outrage , la noble destinée de foudroyer les ennemis de la France.
En 1793 et 1794, les démolisseurs proscrivent les monuments par catégories. Le bonnet de la liberté , sculpté dans le tympan du grand portail de Sainte-Croix , et élevé à la place de la croix, sur la flèche du clocher , peut seul préserver de la destruction la cathédrale, transformée en temple de la Raison. Cusson fait, au nom du comité des travaux publics , un rapport au conseil général de la commune , sur la convenance et Y utilité de démolir et de faire disparaître les clochers , les tours, les flèches, les portails d'église et généralement tous les objets qui peuvent retracer le souvenir de la superstition, du fanatisme et de la bêtise; il déclare qu'il est nécessaire de poursuivre auprès de l'administration des districts la vente des matériaux à provenir des ci-devant maisons (églises) de Pierre, de Vincent, du Grand-Cimetière, des portes Bourgogne, Vincent et de la Tour-Neuve, enfin, des carreaux de pierre, lombes, etc., des cimetières Jean et Vincent. Il termine en demandant la suppression des murs qui existaient entre les piliers du ci-devant chœur du temple de la Raison; lesquels murs, au dire du machiniste du théâtre, gênent le développement des fêtes républicaines. Cusson était entrepreneur : toutes les conclusions furent adoptées à
l'unanimité; heureusement le temps manqua pour leur complète exécution.
D'un autre côté , le représentant du peuple Lefiot fut chargé de faire main-basse sur tous les fers ouvragés qui se trouvaient dans la ville et dans le département, et de les envoyer aux forges nationales pour fabriquer des armes. Il accomplit avec le plus grand zèle la première partie de sa mission : les grilles de la porte Bannier, des portes du pont et de Saint-Laurent, de toutes les églises, de toutes les entrées particulières , les balcons, les rampes d'escalier, disparurent en un instant. Quant à l'envoi que le représentant devait en faire aux usines républicaines, on assure qu'il n'y apporta pas la même exactitude.
La porte Madeleine, la plus belle de la dernière enceinte, ne tarda pas à être détruite , et bientôt elle fut suivie de la Tour-Neuve, qui avait depuis tant de siècles bravé les outrages du temps.
Saint-Sulpice fut démoli en 1795. Cette vénérable église conservait encore des restes de constructions byzantines ; elle avait quelque analogie, quant au caractère architectural, avec les plus anciennes parties de Saint-Pierre-Empont , de Saint-Pierre-le-Puellier et de Saint-Benoît-sur- Loire; du reste, elle était petite et obscure, comme la plupart des édifices religieux antérieurs au xn c siècle.
L'architecte Lebrun abattit, en 1797, la croupe de l'église de Saint-Hilaire, qui s'avançait sur la place actuelle du marché, et convertit le reste en
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une halle couverte , où se tiennent maintenant les marchands de vieux linge.
Nous passerons sous silence la vente de tous les couvents et de la plupart des églises , qui dès lors furent conservés ou démolis, suivant les besoins ou les caprices des acquéreurs.
On a vu comment détruisait le gouvernement républicain ; maintenant voici de quelle sorte il savait construire.
En 1792, l'ingénieur Roché présenta au conseil général de la commune les plans d'un champ de Mars vraiment digne des Romains. C'était une sorte de stade qui devait avoir cent toises de long, et couvrir huit arpents de terrain. L'amphilhéAlre destiné aux spectateurs eût contenu huit à dix mille personnes; il se fût appuyé sur les murs d'enceinte, entre deux tours, a peu près vis-à-vis la rue des Gourdes. Lorsque les républicains se trouvaient en présence d'une grande idée, ils l'adoptaient, sans jamais discuter les voies et moyens. Roché fut couvert d'applaudissements et garda son champ de Mars en portefeuille.
Un autre projet conçu vers le même temps reçut du moins un commencement d'exécution.
La faction de la Montagne triomphait : la symbolique montagne était le seul signe du vrai patriotisme. 11 n'y avait si petit lieu qui ne voulût avoir sa montagne. Orléans ne resta pas en arrière du mouvement général. En 1794, les sansculottes établirent un concours pour l'érection
d'une sainte montagne. Le plan de Lagardelte l'emporta sur ceux de ses concurrents. Sa montagne, qui devait occuper presque toute la superficie du Martroi , entre la rue Royale et la rue Ban nier , eût consisté en un cône de terre parsemé accidentellement de rochers et couvert de gazon et d'arbustes symboliques. Sur la cime, un piédestal contistulionnel eût supporté la statue de la Liberté, en face de l'autel de la patrie; on y serait monté par des chemins sinueux, bordés d'inscriptions en l'honneur des sauveurs de la patrie; les matériaux se fussent tirés des démolilions des portes et des murs de la ville : le devis de tous les travaux montait à 180,600 fr. Malgré la pénurie de la caisse municipale, on n'éprouva pas le moindre embarras pour trouver cette somme : tous les habitants devaient la remplir à l'aide de dons volontaires, sous peine d'être notés comme égoïstes; on les força, en outre, de contribuer de leur propre personne à l'exécution des travaux. Les ouvrages commencèrent, et l'affaire allait a bien, lorsque l'arrestation des ultrarévolutionnaires refroidit le zèle des patriotes : les dons s'arrêtèrent, les citoyens terrassiers restèrent chez eux; bientôt l'hiver, les pluies et les dégels changèrent le monument en un amas de boue, et le conseil de la commune, qui avait voté la montagne , décida que de nouveaux travaux seraient entrepris pour remettre les choses dans leur premier état.
L'an 1795, une sorte de baraque, construite en
planches et décorée de colonnes de marbre enlevées à la cathédrale, s'éleva sur la demi-lune du pont, à l'entrée de la rue Dauphine : c'était le temple de la Patrie. L'autel de la divinité occupait le milieu de l'édifice. Cet assemblage incohérent portait en lui-même les éléments d'une prompte ruine, mais on ne lui laissa pas le temps de s'écrouler. L'année même de son érection , les planches furent mises en adjudication, à la charge de réintégrer les colonnes au lieu d'où elles avaient été enlevées. Plus tard, et lorsque les succès de l'armée d'Italie nous indemnisaient en gloire des malheurs de 93, une pyramide s'éleva sur la place de l'Étape en l'honneur de l'armée française : ce fut une œuvre du machiniste du théâtre; il est inutile d'en dire plus.
Les fêtes républicaines, les autels portatifs de la Patrie, les chars de triomphe sur lesquels on promenait des déesses vivantes , les décorations théâtrales qui accompagnaient ces solennités, mériteraient peut-être des descriptions spéciales; mais nous avons hâte d'en finir avec une époque qui nous rappelle de déchirants souvenirs.
De tous les produits architecturaux de la période révolutionnaire , le seul qui soit parvenu jusqu'à nous, c'est la salle de spectacle, construite par Lebrun en 1793. L'architecte avait sous la main l'église de Saint-Michel ; il l'appliqua telle qu'elle se trouvait à la nouvelle destination , et livra au public un vaisseau presque nu, long et étroit , dans lequel les spectateurs ne peuvent ni
voir, ni entendre. La façade, très-simple, mais d'un goût assez pur, comme tout ce qui sortit des cartons de cet architecte , ne mérite ni critiques ni éloges. On remarquait, posées sur la corniche, quatre statues ornées de masques et de divers attributs scéniques : c'étaient des saints dus au ciseau de Hubert; ils avaient autrefois décoré l'intérieur de l'édiflce dont alors ils dominaient le faîte; Lebrun les avait paganisées, comme un évêque d'Orléans avait autrefois sanctifié d'autres œuvres du même sculpteur : triste retour des choses d'ici-bas! Ces statues ont disparu depuis la restauration.
Le règne de la terreur avait roulé sur l'échafaud avec la tête de Robespierre , les dévastations haineuses avaient cessé. Quelques églises furent restituées aux catholiques. Un inventaire des édifices religieux, dressé en 1799, donna le résultat suivant ; seize églises rendues au culte : Sainte- Croix , Saint-Pierre-Ensentelée , Saint-Paterne , Saint- Maclou , Notre - Dame - de - Recouvrance, Saint-Paul, Saint-Donatien, Saint- Pierre-le-Puellier, Saint-Aignan, Saint-Laurent, Saint-Vincent, Saint-Marceau, Saint-Marc, la chapelle des Aydes, celles de l'Hôpital et de l'Hôtel* Dieu; — huit converties en magasins : Saint-Mesmin, Saint- Éloi, Saint-Pierre-Empont, Saint-Euverte, Saint- Benoît-du-Retour , les chapelles du Petit-Saint- Michel, de Saint-Jacques, du couvent du Calvaire; — cinq appliquées a une destination spéciale : au culte protestant, Sainl-Pierre-Lentin ; a la
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bourse du commerce, l'église du couvent des Minimes; aune caserne d'infanterie, celle des Jacobins; a la bibliothèque publique, celle du couvent du Bon-Pasteur ; à la salle de spectacle , Saint- Michel; — huit adaptées à divers usages : Nolre- Dame-du-Chemin, les chapelles des couvents des Ursulines, de l'Oratoire, des Petits-Carmes, des Bénédictins, des Chartreux, des Capucins, des Augustins; — quinze démolies : Sainte-Catherine, Saint-Victor, Saint - Hilaire , Saint - Liphard , la Conception, les chapelles du Grand-Cimetière, du Pelit-Sainl-Loup, de Saint-Sauveur, de Sainte- Anne, et celles des couvents de la Visitation, des Récollels, des Carmes, des Carmélites, de Saint- Loup et de la Madeleine.
Le nombre des églises démolies s'est considérablement accru depuis cette époque. Une fois enlevées au culte, rien ne pouvait les soustraire à la destruction. Celle des Carmes-Déchaussés disparut en 1802; Saint-Maclou , Saint-Mesmin , le Petit -Saint-Michel, Saint-Pierre-Lentin , la chapelle des Grands-Carmes se transformèrent successivement en maisons particulières. Sous la restauration , les chapelles des Oratoriens, des Ursulines, sont devenues deux corps avancés du palais de justice. Depuis 1830, celle de l'ancien Hùtel-Dieu a été démolie; celle du Calvaire a fait place aux constructions du nouvel hospice r celle du collège est condamnée et disparaîtra en 1848; enfin, Saint-Pierre-Empont a été démoli en 1833. Ce vénérable édifice est maintenant
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remplacé par le temple destiné au culte protestant, lourde et informe coupole de plâtre qui déjà tombe par éclats.
La restauration du culte catholique nécessita à l'intérieur des églises des travaux d'une certaine importance. Les autels abattus durent être rétablis, les murailles dégradées ou souillées , remises à neuf. Alors pullulèrent d'horribles embellissements. L'eau de chaux d'un blanc de neige, le badigeon gris tendre ou jaune nankin , profanèrent de leurs nuances prétentieuses le cachet sacré que les siècles avaient imprimé aux édifices. Les marbres les plus riches en peinture brillèrent des couleurs les plus disparates; les plâtrages et les replâtrages s'étendirent sous les planchers des voûtes jadis enrichies d'arabesques, sur les murailles et partout. Les lignes droites et lourdes des autels soi-disant grecs se heurtèrent à l'ogive des arceaux gothiques. La foule des fidèles admira : les gens de goût gémirent, mais en silence; car en présence des idées dominantes , leurs observations n'eussent servi qu'à les couvrir de ridicule.
La plupart des couvents de femmes existant dans la ville en 1789, s'y réinstallèrent successivement. Les uns s'établirent dans d'anciens bâtiments claustraux, les autres dans des maisons neuves ou appropriées à leur nouvelle destination. Des chapelles furent construites, pauvres et simples, comme pouvaient les faire des établissements qui n'avaient rien conservé de leurs an-
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ciennes dotations; voûtes en berceaux, ouvertures plein-cintre, plâtre partout, par mesure d'économie, peintures fort rares par la même raison. Ces petits oratoires, d'un goût assez pur, semblent tous taillés sur le même modèle et se refusent à toute description. Un seul se détache de la foule comme exemple de mauvais goût :
c'est celui que les Pères de la Miséricorde ont fait dernièrement établir dans un bâtiment contigu à l'église de Saint-Euverle. Les règles élémentaires de l'art ogival y sont violées de la manière la plus choquante; mais les plâtres sont frais et les peintures aussi: que peut-on désirer de plus? En revanche , on admire dans la chapelle de la congrégation du Bon-Pasteur un autel de marbre blanc , de forme carrée, et orné d'arcatures ogivales d'un dessin aussi pur qu'élégant. Ce morceau, dessiné et exécuté dans l'atelier d'un marbrier Orléanais , est dû à la munificence d'une personne dont le nom est resté inconnu.
La stuatuaire , accessoire obligé de l'architecture chrétienne, descendit au niveau de l'art principal. Un mouleur en terre cuite, qui avait enjolivé de plusieurs centaines de lions et de bergères les petits jardins des environs, Révérend Dorval, consacra aussi son ébauchoir à l'ornementation des lieux saints. On trouve à Sainl- Pierre-Ensentelée plusieurs échantillons de son talent. La mission de 1815 avait été close, suivant l'usage, par une plantation de croix. Le christ fut appuyé au mur extérieur de Saint-Pierre , h
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droite de l'entrée septentrionale. On voulut l'entourer d'une sorte de sanctuaire : on éleva du côté de la rue une muraille ornée de colonnes de plâtre, et Ton plaça dans les entre-colonnemenls des bas-reliefs en terre cuite représentant des scènes de la Passion. Ces morceaux sont de la main de Révérend, qui dressa aussi aux deux côtés de la croix les figures éplorées de la Vierge et de saint Jean. Le tout se voit encore dans son état primitif, si ce n'est que le calvaire a été transporté dans l'intérieur de l'église.
L'architecte qui présida à la restauration de Saint-Marceau appela le même artiste à son secours. Les retables des autels des deux bas-côtés furent ornés de bas-reliefs, éclairés d'aplomb d'une manière assez remarquable. Celui qui est à la droite des fidèles représente le crucifiement. On y remarque deux statues de marbre , détachées du fond, représentant des femmes éplorées. Ces figures, quoique un peu raides, ne manquent pas d'un certain mérite; on peut, sans trop d'invraisemblance, les attribuer h Hubert. En 1773, on voyait encore dans le chœur plusieurs statues de cet artiste : cachées pendant la dévastation des églises, elles ont probablement reparu à l'époque des restaurations.
Au milieu de tant de travaux barbares , on est heureux de pouvoir en signaler quelques-uns frappés au cachet du bon goût. De ce nombre est la pose, dans une chapelle de la même église de Saint-Marceau, d'un retable renaissance, prove-
nant du couvent de Saint-Loup. Sans louer plus qu'il ne le mérite le style très-riche, mais un peu surchargé , de ce morceau , on doit savoir gré a qui de droit de lui avoir trouvé une place convenable et de Tavoir respecté dans son ensemble et dans ses détails.
Mais une œuvre véritablement remarquable, c'est la restauration de la petite église de Saint- Vincent. Elle est due à un jeune homme enlevé dernièrement par une mort prématurée aux études sérieuses et bien dirigées qui lui eussent assigné une des places les plus distinguées parmi les architectes archéologues de notre époque. M. Cartéron n'avait à sa disposition qu'un vaisseau ingrat , obscur , écrasé ; il se garda bien de le bouleverser; il se contenta d'y faire les travaux les plus indispensables , et concentra tout son talent dans la décoration du sanctuaire, qui dut tout à la fois se coordonner à l'ensemble par ses proportions et s'en détacher par sa richesse.
Les lignes circulaires étaient indiquées par les arcs des piliers de la nef, et la simplicité primitive de l'édifice interdisait un style trop orné. Un hémicycle, couvert d'une calotte hémisphérique, termina le sanctuaire, et dans ses côtés s'ouvrirent deux contre-absides de même forme, occupant chacun un tiers de son pourtour. De larges bandeaux dorés furent les seuls ornements saillants admis par l'architecte ; mais la sobriété des formes fut rehaussée par la majesté des peintures et par l'heureuse disposition de la lumière,
qui, descendant du centre de la coupole, les éclaire d'une manière à la fois religieuse et artistique. Les hémicycles présentèrent les traits principaux de la vie de saint Vincent, la coupole son apothéose. Toutes ces peintures furent exécutées a fresque, excepté le tableau central. Charles Maillot , a qui elles furent confiées, se montra le digne collaborateur de Cartéron. Il comprit parfaitement son cadre et son sujet. Sa composition est noble et touchante, et la lumière du peintre est partout en harmonie avec celle de l'architecte.
Depuis la réouverture des églises jusqu'à ce jour, de grands travaux ont été exécutés à la cathédrale ; les uns tendaient a la consolidation de l'édifice, les autres à son achèvement et a son ornementation. Parmi ces derniers, on remarque surtout, a l'extérieur, les balustrades des combles continuées depuis les transsepts jusqu ? aux tours , les écrans en forme de pignons qui cachent les toits des chapelles et des bas-côtés, la restauration complète de la petite porte septentrionale dite porte de l'Évêque; intérieurement, les deux travées les plus proches des tours, qui n'avaient jamais été terminées, furent réunies au vaisseau; le porche fut voûté, fermé de grilles et séparé de l'église par des portes de bois ; une tribune construite exprès reçut des orgues magnifiques qui ornaient autrefois l'église de Saint-Benoît-sur- Loirc ; toutes les grilles, la plupart des autels des chapelles, la chaire a prêcher et divers accessoires
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furent successivement mis en en place; enfin, on commença en face de l'ancienne sacristie un retranchement destiné à une sacristie nouvelle. Ces divers ouvrages seront décrits avec quelques détails dans la monographie de Sainte-Croix. Ils furent tous, sauf le dernier, entrepris et exécutés par M. Pagot, ingénieur en chef du département.
M. Pagot, qui avait remporté en 1803 le grand prix d'architecture, succéda à Lebrun en 1806 , et conserva ses fonctions jusqu'à sa mort, arrivée en 1844. Plus froid, moins ingénieux que son prédécesseur, il avait complètement pris au sérieux la sévérité de l'architecture impériale; il croyait s'approcher d'autant plus de la perfection qu'il y avait moins de détails dans ses dessins : toutes ses constructions tournaient au cube. Avec ce parti pris de ne présenter que des lignes droites et des surfaces planes, il entassa beaucoup de pierres de taille et fit fort peu d'édifices.
La transformation de l'église du Bon-Pasteur en bibliothèque publique, opérée en 1805, est un des premiers travaux de cet architecte , et peut-être un des meilleurs. Les difficultés résultant du peu d'étendue, de l'irrégularité du terrain disponible et de la nécessité d'utiliser le vaisseau de la chapelle, furent assez habilement vaincues. L'entrée a toute la dignité que comporte un cadre aussi resserré, et l'ordonnance est en harmonie avec la destination de l'établissement.
La bibliothèque nouvelle se trouvait au fond d'une espèce d'impasse, car, à la place des grilles de la halle actuelle , il n'existait qu'une porte pour les gens de pied. On lui ouvrit, en 1806, dans le jardin de l' Hôtel-Dieu , une avenue qui fut appelée rue Maret, du nom du préfet qui administrait alors le département.
En 1810, on traça au sud de la cathédrale une autre rue nécessitée par le nouvel état de choses. L'ancien couvent des Bénédictins, transformé en hôtel de préfecture, sans avoir perdu son aspect monacal, devenait le premier établissesement de la cité, et cependant on ne pouvait y arriver que par des rues noires, tortueuses et trop étroites dans certains endroits pour admettre deux voitures de front. Il fallut donc créer des abords. On élargit, on redressa l'ancienne rue de l'Écrivinerie et l'on établit ainsi un passage facile entre le nouvel hôtel et la place du portail latéral de Sainte-Croix. La percée fut faite dans de bonnes proportions; mais les constructions furent établies d'après un système déplorable. Ce ne sont que des masures échafaudées sur une enfilade de pilastres qui, malgré leur rustique simplicité, semblaient réclamer quelque chose de mieux. En compensation de sa triste apparence, cette rue s'illustra du nom d'un homme que la ville s'honore d'avoir vu naître et d'avoir toujours possédé. Le célèbre jurisconsulte Pothier, dont les ouvrages ont en grande partie servi de base à nos codes, eût mérité, non moins que Jeanne d'Arc,
un monument public. Orléans a cru payer un suffisant hommage a son génie en donnant son nom a une vilaine rue. 11 est vrai que cette rue fut la sienne : il habita presque toute sa vie dans une maison qui faisait le coin de celles de Semoy et de l'Écrivinerie. Ceci est donc bien, mais il reste quelquè chose à faire.
Depuis l'enlèvement des grilles de fer, d'ignobles barricades en planches servaient de portes à la ville. La municipalité employa ses premières ressources h les faire disparaître. En 1808, elle mit en adjudication la grille du pont qui existe encore et celle de la porte Bannier, remplacée , depuis l'établissement du chemin de fer, par une triple entrée plus en rapport avec la fréquence des passages; quatre ans plus tard , elle fit poser celles des portes Madeleine, Saint-Vincent et Bourgogne. M. Pagot, chargé de la construction des logements des employés de l'octroi, resserra le passage de ces dernières entre deux espèces 3e monuments funéraires de l'aspect le plus triste et le plus mesquin.
Les constructions de l'abattoir, qui commencèrent en 1819, présentèrent du moins, quoique sur des dimensions restreintes, des formes appropriées a la destination de rétablissement. Mais il n'y avait encore rien dans tout cela qui pût faire véritablement apprécier le talent de l'architecte, lorsque les corps judiciaires, trop a l'étroit dans l'ancien Hôtel-de-Ville de la rue Sainte- Catherine, où ils siégeaient depuis leur réorgani-
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salion, obtinrent leur translation dans un nou*veau local.
L'édifice qui fut construit à cet effet n'est pas beau ; on ne peut cependant lui refuser une certaine majesté. Sa masse imposante, ses lignes correctes, son style froid et sévère sont parfaitement en harmonie avec sa destination . Deux corps avancés, à toits cachés , presque cubiques, percés sur leur face antérieure d'une seule fenêtre à fronton , accompagnent un péristyle moins saillant, soutenu sur quatre colonnes, couronné d'un fronton et gardé par deux espèces de sphinx , singulier emblème des arrêts de la justice. Le tout est porté sur un soubassement racheté devant le pérystile par un perron droit. De chaque côté du perron, trois fenêtres à fronton éclairent la façade et deux autres fenêtres semblables s'ouvrent dans les flancs des avant-corps. A l'intérieur, une salle des pas-perdus, tracée dans de bonnes proportions, communique avec les divers locaux destinés à la tenue des audiences. A Test et à l'ouest du palais de justice, sont les prisons et la caserne de gendarmerie qui y communiquent par des ouvertures intérieures.
Placé comme nous le voyons maintenant, le palais de justice paraît lourd et rampant ; mais , à cet égard , l'architecte ne doit pas supporter seul le poids de la critique. Profitant de l'énorme emplacement qu'il possédait, il avait dans son plan isolé l'édifice au fond d'une vaste cour fermée par une grille à l'alignement de la
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rue. Ainsi vu à distance, les formes s*allégissaienl et la masse gagnait en grâce sans perdre en dignité. De misérables raisons d'économie ne permirent pas l'exécution de ce projet. On voulut utiliser, pour la construction des corps avancés, les chapelles de l'Oratoire et des Ursulines , qui n'étaient pas même d'équerre avec la façade, et l'achitecte dut se résigner à mal faire. Le seul moyen à prendre pour réparer ce déplorable résultat, serait d'ouvrir devant la façade une place demi-circulaire avec une rue qui viendrait aboutir au Martroi. La suppression de tout ou partie de la rue Sainte-Anne serait la conséquence de l'exécution de ce projet.
L'année même de l'installation des corps judiciaires dans leur nouveau palais, c'est-à-dire en 1824, on posait, au milieu de l'ancien Grand - Cimetière, la première pierre du bâtiment central de la halle aux grains. L'ensemble de cet établissement fut largement conçu. La halle neuve et la galerie du nord qui resta ouverte furent spécialement destinées aux marchés ; la grande galerie de l'ouest fut transformée en magasins; celle de l'est fut reconstruite et reçut la même destination; enfin, du côté de la rue de l'Évêché, on bâtit de grands logements où devaient s'établir des cafés et des hôtels : de larges ouvertures rendirent les abords faciles.
Sous le rapport utilitaire, l'établissement de la halle aux grains, comme celui de l'abattoir, fait honneur à l'administration de M. le comte de
Rocheplalte; mais, envisagé du point de vue architectural, combien ne laisse- t-il pas a désirer? Le bâtiment central , pris isolément, a le degré d'élégante simplicité qui convient à sa destination, et cependant ne jure-t-il pas avec tout ce qui l'entoure? Que font, au milieu des ogives des anciennes galeries , ces piliers carrés, ces arcades plein-cintre, ces jours quadrangulaires accolés? et dans ces ogives mêmes, que signifient ces petites portes carrées, surmontées d'une baie pleincintre d'un diamètre supérieur aux dimensions de leur linteau? Rien n'était plus facile que de coordonner le style des nouvelles constructions à celui des anciennes. Les travaux exécutés au Grand -Cimetière sont une injure gratuite faite à l'art et au goût.
L'établissement de l'entrepôt, qui fut terminé en 1838, ne fut pas un embellissement pour la ville. Les magasins sont vastes , leurs abords sont faciles; mais un mur élevé les sépare du quai. Quant au pavillon destiné à l'administration, il semble, malgré la médiocrité de ses dimensions, composé de membres pris au hasard dans quelque énorme édifice.
Les bâtiments des barrières du Roi etBarentin, terminées quelques années avant l'entrepôt, sont d'un style un peu meilleur. Leur forme est presque cubique. Chaque face est ornée d'une arcature figurant trois portiques plein-cintre, à pilastres carrés, portés sur un soubassement et surmontés d'une corniche. Les deux pavillons ,
plus récents, de la porte Saint-Jean, reproduisent la même ornementation, seulement l'architecte y a ajouté les énormes modillons à console qui écrasent l'entrepôt. Ces pavillons ont été mal posés; celui qui se trouve à droite, en sortant, occupe précisément Taxe de la rue d'iliers : en le rejetant de côté, on eût embelli cette rue de la vue des arbres des boule varts.
Les dernières constructions, en ordre de date, mais les premières quant à leur importance, sont celles de l'hospice Caroline, du nouvel Hôtel- Dieu et de la rue Jeanne-d'Arc.
On se ferait difficilement une idée de la manière barbare dont les aliénés étaient traités à l'Hôpital-Général, il y a a peine vingt-cinq ans. Relégués comme des betcs féroces dans des cabanons infects , traités par leurs gardiens avec la dernière brutalité , ils voyaient leur folie s'accroître par l'isolement et les souffrances. L'administration municipale , pour couper dans leur racine de si graves abus, arrêta la création d'un établissement qui dût réunir toutes les conditions voulues pour l'amélioration physique et morale de l'état des aliénés. La duchesse de Berri posa, en 1828, la première pierre du nouvel hospice des aliénés, qui reçut dès lors le nom de Caroline. Des cellules propres, claires et spacieuses, des cours ornées d'arbres et de verdure, des salles de réunion commune, des galeries couvertes permirent aux médecins qui furent attachés à ce service de soigner leurs ma-
lades suivant les errements de la science nouvelle , et l'hospice Caroline réalisa une des améliorations les plus souhaitées dans tout le département.
La cathédrale, maintenant si fière des abattis qu'on a fait autour d'elle, était, il n'y a pas cinquante ans, assiégée d'une multitude de vieilles constructions qui permettaient a peine dans quelques parties la circulation des piétons. Sans parler de l'Hôtel-Dieu , dont la perte est irréparable, plusieurs maisons de bois, situées en face du portail, et quelques autres faisaient l'admiration des rares archéologues de cette époque ; mais le peuple s'occupait peu de ces restes vénérables : il voulait pour la cathédrale de l'air et de l'espace ; il voulait pouvoir y aborder librement et la contempler de loin et sous toutes les faces. L'autorité préfectorale, qui désirait dégager les approches de son hôtel, favorisa de tout son pouvoir le vœu des Orléanais. Peu à peu les alentours se dégagèrent; les derniers restes de la porte Parisie furent démolis, le passage de l'Épervier, alors resserré entre l'Hôtel-Dieu et les maisons qui ont fait place à l'Institut musical, élargi ; un grand nombre de maisons , situées à l'ouest et au sud des tours, furent rasées. On commença à pouvoir saisir l'ensemble de l'édifice; cependant le public n'était pas satisfait : il réclamait instamment et hautement la reprise d'un projet qui datait du siècle précédent , l'ouverture d'une rue monumentale en face du portail. Plusieurs raisons , en
tête desquelles l'administration de la restauration plaçait l'économie, en avaient retardé l'exécution. Le conseil municipal auquel elle céda la place envisagea la question sous un point de vue tout différent. L'embellissement de la ville, le mouvement des capitaux furent pour lui des arguments sans réplique : on emprunta; on se mit à l'œuvre; la démolition fut l'affaire d'une année, les constructions celle de deux campagnes, et en 1846 la rue fut complétée, sauf quelques lacunes qui ne peuvent manquer de se combler promptement.
Les belles dimensions de la rue Jeanne-d'Arc, ses larges trottoirs , bordés de candélabres , la rendent digne du monument dont elle forme l'avenue ; mais ses façades , régulières quant aux lignes, variées pour tout le reste , sont en général d'une trop grande simplicité. Elles se composent de deux étages soutenus sur des pilastres carrés qui comprennent dans leur hauteur le rez-dechaussée et l'entresol. La régularité consiste dans les dimensions des pilastres, dans les lignes des cordons séparatifs des étages et dans celles des entablements; la diversité dans le profil de ces mêmes parties, dans les ornements des croisées et dans tous les autres détails. La législation existante laissant aux propriétaires le droit de suivre leurs caprices , quant à l'architecture des façades, la ville, pour obtenir une certaine uniformité, s'est vue obligée de traiter de gré à gré, quelquefois a des conditions assez, onéreuses, avec chacun des constructeurs. La plupart onl
accepté les conditions proposées , quelques-uns s'y sont complètement refusés. 11 en résulte plusieurs notes fausses et criardes au milieu de cet ensemble harmonieux.
A son extrémité occidentale, la rue Jeanned'Arc se raccorde de la manière la plus simple avec les façades de la rue Royale. Du côté de la cathédrale, elle se termine par une grande tète de place carrée qui fait face au portail. Dans cette partie, les façades ont été exactement établies d'après les dessins de l'architecte; elles sont riches et monumentales. Il est bien regrettable que les autres constructeurs n'aient pas suivi cet excellent modèle : un seul côté de la place est exécuté; le second le sera sous peu d'années.
Vu du côté de la rue Royale, l'ensemble de la rue Jeanne-d'Arc et des tours de la cathédrale laisse peu de choses à désirer; mais il en est autrement lorsque l'œil la parcourt dans le sens opposé. Alors elle semble courte et les maisons de la rue de la Vieille-Poterie barent son extrémité d'une manière déplorable. De ce point de vue on comprend qu'il faudra tôt ou tard la prolonger jusqu'à la rue de la Hallebarde et mettre à son extrémité , en regard de l'église, quelque grand établissement public, comme serait une bourse de commerce.
La démolition de l'Hôtel -Dieu réclamait la construction d'un hospice nouveau; on choisit pour cet objet les dépendances de l'ancien couvent du Calvaire et de la caserne des Buttes. Cet
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emplacement renfermait une superficie de trois hectares contiguë à Y Hôpital-Général et à l'hospice Caroline. Il offrait la précieuse facilité de réunir en une seule deux administrations jusqu'alors séparées. Les travaux, commencés en 1841, ne sont pas encore complètement terminés, quant à certaines dispositions intérieures; cependant les malades furent transportés et le nouveau service installé dès 1S44.
Sous le rapport monumental, le nouvel Hôtel- Dieu fait honneur à la mémoire de M. Pagot, dont il est l'œuvre dernière et certainement la meilleure. Il se compose, en plan, d'un grand parallélogramme rectangle beaucoup plus long (pie large, coupé intérieurement, dans le sens de sa largeur, par deux bâtiments transversaux, et de six corps-de-logis adjacents aux grands côtés et s'en détachant a angle droit. Des promenoirs relient les extrémités de ces ailes et forment ainsi de chaque côté deux cours destinées aux convalescents. Les constructions ont partout deux étages fort élevés, éclairés par de grandes fenêtres plein-cintre. Des bandeaux plats encadrant ces ouvertures, une autre plate-bande régnant a hauteur du premier étage et une corniche d'une élégante simplicité sont les seuls ornements de cet édifice, qui se recommande spécialement par sa belle ordonnance.
La première grande cour ouvre de toute sa largeur sur la rue par une grille de fer; elle communique avec la seconde, dite cour d'honneur.
au moyen (te trois arcades à jour. Les deux cours sont entourées de galeries ouvertes prises dans l'épaisseur des bâtiments et formées d'arcs pleincintre soutenus sur des piliers carrés. Ces galeries conduisent, pour les besoins du service, à toutes les parties de l'hospice; elles se retrouvent au premier étage sous la forme de larges couloirs.
Un bâtiment isolé, style fabrique, construit entre l'Hôtel-Dieu et l'ancien hôpital, renferme la boulangerie et la buanderie. Ce dernier établissement est un modèle d'aménagement intérieur.
Si des monuments publics nous reportons nos regards sur l'architecture bourgeoise, nous la verrons descendre aussi bas que possible.
Lebrun, trop froid pour la relever, l'avait du moins préservée d'une chute complète. Les hôtels situés rue Pavée, au coin de la place de l'Étape , rue Bretonnerie , n° 49 , et ceux qui sont numérotés 1 et 3, dans la même rue, portent le cachet d'une certaine distinction; mais il ne se trouva que des maçons pour recueillir la succession de l'architecte, et pendant les vingt-cinq années qui suivirent sa mort, il ne se fit pas une maison qui valût la peiné d'être distinguée. Cependant, depuis quelqirfe temps, une ère nouvelle semble vouloir renaître : les premiers essais ont produit des cordons, des corniches, des entablements de couronnement ajoutés aux ouvertures; bientôt l'heureuse influence des éludes archéologiques s'est fait senlir : on a vu s'élever,
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rue Vieille-Poterie, n° 15, rue Bannier, n° 58, rue du Bourdon-Blanc, n° 15, de fort jolies maisons qui annoncent un retour marqué vers le style de la renaissance. Celle qui est située en face de la croupe de Saint-Aignan fait partie de l'ancien grenier du chapitre. Ce bâtiment, transformé sans succès en salle de spectacle, après la révolution de 1789, offrait, dans un pignon tout nu , trois arcades plein-cintre portées sur des colonnettes. Cette ornementation, disgracieuse parce qu'elle était isolée, produit maintenant le meilleur effet, à l'aide de quelques jours et de quelques accessoires de bon goût.
Ces efforts doivent être hautement encouragés. Sans vouloir ici entrer dans une longue discussion sur la prééminence absolue des genres, nous pouvons avancer que le style renaissance, accommodé aux exigences modernes, est celui qui convient le mieux aux maisons de peu d'étendue. Nous croyons devoir le recommander aux études des jeunes architectes et leur proposer les nombreux exemples que renferme notre ville. Heureux s'il nous était donné de ressusciter dans leur cœur l'amour de l'art et de rendre à Orléans quelque peu de cette gloire architecturale qui s'efface tous les jours !
Déjà bon nombre d'hommes d'étude et de goût comprennent les siècles passés; déjà leur influence se fait sentir autour d'eux; mais elle ne s'est pas encore répandue dans les masses. Le peuple veut du neuf, des murailles blanches, des
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lignes droites; il condamne tel édiûce parce qu'il est bruni par les années, telle maison parce qu'elle n'est pas dans l'alignement voulu ; il applaudit à chaque nouvelle ruine, et dans ces derniers temps il a vu avec joie s'écrouler la belle salle Saint-Lazare. Du mépris de la couleur il a passé à celui de la forme : ce qui est noir est laid ; donc les vieilles maisons sont laides ; donc une maison neuve ne peut pas être belle si elle ressemble à une vieille maison. C'est aux architectes à faire sous ce rapport l'éducation du peuple. Ici, comme toujours, un exemple vaudra mille raisonnements. Qu'ils prennent donc courage ! leurs rares essais n'ont pas été complètement infructueux; au premier étonnement qu'ils ont excité a succédé un sage esprit de critique qui, sans en dissimuler les défauts, y a reconnu des beautés. Le drapeau a été planté dans le camp ennemi ; il attend des défenseurs.
Cet amour de l'air et des vastes emplacements, devant lequel rien ne résiste, s'est révélé par un grand nombre de travaux entrepris depuis une quarantaine d'années. A la place du fort Alleaume et des restes des vieilles murailles qui gênaient la voie publique, de larges quais se sont successivement étendus sur tout le front de la ville. Dès 1810, on a commencé a combler les fossés du Mail; ceux de la porte Bourgogne l'ont été bientôt après. Ces travaux, entrepris dans un but spécial de charité, laissaient beaucoup à désirer ; mais, a partir de 181 S, ils ont été régularisés , et
des lors se sont développés autour de la ville les boulevarls qui en font maintenant le principal ornement.
Les embellissements ne se bornèrent pas à cette ceinture verdoyante. Les promeneurs, attirés par la beauté des rives de la Loire , ne pouvaient suivre ses bords qu'en gravissant d'élroits sentiers à peine tracés sur les flancs escarpés du coteau ; le coteau fut tranché dans certains endroits; ailleurs une large chaussée fut établie, et de belles promenades se prolongèrent a plus d'un kilomètre en amont et en aval, accompagnant ainsi la ville de deux grandes ailes de verdure qui se reflètent dans les eaux.
Notons ici, seulement pour mémoire, l'érection de la statue de Jeanne d'Arc, qui eut lieu en 1804 : ce sera bien assez apprécier une fois ce monument dans un article monographique.
Quant à la croix de la Pucelle, qui se voit un peu au sud de remplacement de l'ancien fort des Tourelles, elle ne fut élevée qu'en 1817.
Quoique l'établissement du Musée d'Orléans soit étranger a l'histoire des édifices de cette ville, il tient de trop près a celle des arts pour qu'il soit permis de le passer sous silence. Le projet conçu par M. le comte de Bizemont fut accueilli avec enthousiasme par tous les habitants : l'inauguration eut lieu en 1824. Les dons affluèrent. Le désir de couvrir les murs et la reconnaissance firent d'abord un devoir de donner à toutes les offrandes les honneurs de l'ex-
position. Il en résulta dans les premières années un ensemble médiocrement satisfaisant; cependant peu à peu les toiles trop faibles ont été éloignées, et des dons ou des achats nouveaux ont permis de les remplacer avec avantage.
La collection des antiquités renferme des meubles, précieux auxquels nous consacrerons un article spécial.
L'exécution du chemin de fer d'Orléans et de ses divers embranchements n'a apporté aucun changement notable à l'aspect intérieur de la ville. La gare et ses dépendances occupent au septentrion un vaste emplacement en dehors des boulevarts. C'est un assemblage un peu confus de bâtiments de diverses sortes, la plupart fort vastes , tous conçus dans des vues purement administratives et économiques.
A l'aspect de cette ville gigantesque , que sillonnent dans tous les sens des véhicules mugissants, le philosophe s'étonne, mais l'artiste reste froid v la grandeur est partout, le grandiose n'est nulle part. Dans Tétai actuel des choses, il eût peut-être été impossible de grouper avec une harmonieuse symétrie les embarcadères , les gares, les ateliers, les magasins; mais n'étaitil pas facile de réunir la grâce à l'utilité dans chacune des parties isolées de cet énorme ensemble, et devait-on, par exemple, dans les pignons des gares qui donnent sur le boulevart , violer les règles élémentaires de rarchi lecture et du goût ?
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Le pont sur lequel le chemin de fer du Centre traverse la Loire s'était élevé avec une grande rapidité : deux campagnes avaient suffi pour l'exécution presque complète des travaux. Il se composait de douze arches occupant, a partir de la rive droite, à peu près les deux tiers de la largeur du fleuve, et se reliant à l'autre bord par une chaussée située dans le prolongement de son axe et à l'équerre de la rive. Des tassements considérables s'étant révélés dans plusieurs piles, elles avaient été garnies d'enrochements et évidées après coup. Tel était l'état des choses , lorsque arriva l'inondation qui désola le val de la Loire. Le courant frappait d'équerre la chaussée qui pourtant résista; mais le remous causé par la masse des eaux se précipitant à travers les arches voisines fut si violent que la tête du pont et la première pile furent emportées. Alors l'administration reconnut un peu tard des vices que tout le monde lui avait signalés. On arrêta que le pont serait prolongé de trois arches nouvelles et qu'une chaussée diagonale serait établie en amont de la rive gauche à la nouvelle tête du pont. Ces travaux sont en cours d'exécution.
Nous terminerons cette histoire générale par quelques réflexions sur nos cimetières et sur la triste manie d'illustration qui saisit tous les vivants a l'égard des morts. Nous concevons un monument funèbre élevé à un héros au milieu d'une cité; nous concevons aussi la tombe qui se cache dans un vallon où l'on peut pleurer en
liberté. Mais que dire des cimetières que notre siècle a faits? que dire de ces amas de pierre plus ou moins sculptés, qui de loin semblent une grande ruine, de près un étalage de marchandises à vendre? H n'y a pas plus de quarante ans que les premières tombes ont apparu dans nos cimetières, et déjà ils les ont encombrés; déjà les cadavres se disputent la place et il faut leur ouvrir un nouveau champ. Est-ce bien ainsi qu'on doit honorer les morts? et l'héritier qui élève le plus beau mausolée est-il bien celui qui éprouve le plus de regrets ? Peut-on se recueillir au milieu de ce pêle-mêle de souvenirs? s'y inspire-t-on bien des sentiments qui conviennent à ces lieux ? et le monument de marbre ne semble-t-il pas insulter à la croix de bois qui se pourrit h ses pieds? Qu'est devenu le sentiment religieux au milieu de ces vanités d'un mètre de hauteur? Oh! que nous , aimons bien mieux les dales funéraires du moyenâge ! elles n'offensaient pas les regards par une affectation monumentale; pour l'évêque comme pour le simple fidèle, elles restaient au niveau du sol ; elles ne parlaient au souvenir que lorsque les yeux du chrétien se tournaient vers la terre; elles ne demandaient pas orgueuilleusemenl d'humbles prières. Si parfois un prince , un homme vénérable avait mérité un tombeau, il s'y reposait étendu, les mains jointes et les yeux fermés, et l'ensemble du monument rappelait à la fois le néant des choses humaines et l'espoir d'une vie meilleure.
L'administration municipale avait tenté quelques eftbrts pour faire tourner à bien cette manie des monuments. Elle avait fait construire sur un modèle uniforme un certain nombre de chambres sépulcrales ouvrant sur une galerie soutenue par des colonnes d'ordre pestum. Si le plan proposé eût été exécuté dans son ensemble, ces galeries eussent formé une ceinture complète autour du champ du repos ; mais peu de familles se présentèrent pour se les approprier, et elles restent graves, mais isolées, au milieu des tombeaux colifichets qui s'élèvent de toutes parts.
FIN DE L'iIïSTOIRE GÉNÉRALE.