‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 15 sur 29 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

spacieuse et régulière, au milieu des rues les plus étroites et les plus tortueuses, et des maisons les plus délabrées , mais aussi les plus remarquables par leur antiquité. Un arrêt du conseil d'état, de 1752, permit à la ville de procéder à l'acquisition des terrains et à la construction des façades , et l'autorisa à pourvoir par un emprunt aux indemnités a payer aux propriétaires expropriés, et aux frais de toute nature que nécessiterait l'entreprise. Cent trente-trois maisons furent acquises; elles coûtèrent 707,000 livres.

De grands travaux de terrassement furent nécessaires pour mettre le sol de la partie méridionnale de la rue au niveau du pont et au-dessus de toutes les inondations de la Loire. Un pont fut jeté sur Tune des rues que traversait la voie nouvelle, et la communication avec plusieurs autres ne put être établie qu'à l'aide d'escaliers. Les façades étaient fort avancées en 1755 et complètement terminées en 1760. La ville, en se chargeant de les faire établir, avait compté que les habitants s'empresseraient de construire les corps-de-logis; elle s'était trompée. Les emplacements disponibles se refusaient généralement aux développements qu'eussent exigé des hôtels destinés à la classe opulente. La nouvelle rue devait être marchande ; tout fut calculé pour l'apparence et pour le produit. Les constructeurs se présentèrent lentement; la plupart soudèrent maladroitement aux façades les restes des masures dont elles avaient pris la place ; enfin la

HISTOIRE GÉNÉRALE. 2Hi

nouvelle rue ne fut qu'une vieille décrépite, couverte d'un masque et de vêlements de fraîche date .

L'architecte du pont fut celui de la rue Royale. Ce second monument se fait remarquer, comme le premier, par la pureté des lignes et la majesté de l'ensemble. La rue , construite sur un seul alignement et sur deux lignes de nivellement, dont l'inférieure est la plus inclinée, a 15 m d'ouverture, les maisons, 13 à 14 m de hauteur. Les façades se composent uniformément d'arcades plein-cintre, ouvertes dans un mur plan, et de deux étages de croisées ornées de quelques moulures en retrait et séparées par des tables saillantes. Un cordon , d'un profil fort simple , se prolonge entre le rez-de-chaussée et le premier étage; l'entablement, malgré son peu de volume, semble écraser le second étage, parce qu'il est trop rapproché des plafonds des fenêtres ; les lucarnes sont peu apparentes et en dehors de l'ornementation.

On remarquera avec un certain étonnement que l'architecte, tout en établissant le plan général avec une régularité parfaite, a cependant affecté d'introduire quelque diversité dans les détails des seize corps de façades qui composent l'ensemble de la rue. Cette variété n'existe que dans les profils de l'entablement, des chambranles des fenêtres, du cordon du rez-de chaussée et dans quelques autres accessoires très-secondaires. Cependant, au milieu de la grande façade, main-

tenant effondrée par la rue Jeanne-d'Arc, on voit un corps avancé, saillant de quelques centimètres et surmonté d'un fronton.

L'entrée de la rue Royale est accompagnée , du côté de la rivière, par deux pavillons à frontons d'un bon dessin. A l'extrémité opposée , deux grands bâtiments, à frontons et à toits rapides , devaient se déployer sur la place du Martroi. Louis-Philippe d'Orléans fil construire, pour y déposer les archives, celui que nous voyons maintenant; Vautre est toujours resté en projet.

Les plans de Hupeau ne s'arrêtaient pas à ce qu'on vient de lire : un nouvel Hôtel-de-Ville devait occuper la face occidentale du Martroi; la place tout entière eût été déblayée et régularisée. Déjà l'île de maisons comprise entre les rues Galliot et Barillerie était démolie et réunie à la place, lorsque la mort de l'architecte vint ajourner indéfiniment l'accomplissement de ses desseins. Il avait également voulu réunir le quai de la Poterne à celui de Recouvrance , par la destruction du Châtelet, et sans quelques considérations de famille et d'amitié , il eût prolongé en aval du pont, sur la rive gauche, un quai semblable à celui qui existait déjà en amont. De ces deux projets, l'un est maintenant accompli, l'autre est en voie d'exécution.

Cependant les travaux de voirie marchaient rapidement. Dès l'année 1730 , un arrêt du conseil d'état avait ordonné le nivellement et le pavage des quais, depuis la porte Saint-Laurent

jusqu'au Châtelet. En 1770, on abattit les tours Rose et de Recouvrance , qui saillaient a l'entrée des rues du même nom, en dehors de F alignement projeté. L'année suivante, on s'avança jusqu'au x pont, et des façades régulières s'élevèrent entre ce point et la rue de Recouvrance. Enfin, en 1773, ces ouvrages furent complétés par l'établissement deFabeuvroir et des glacis. Plus tard, de 1781 a 1787, la porte des Tanneurs fut détruite, la porte Jacquin et le Châtelet rasés, et un nouveau quai borda la Loire en amont du pont, jusqu'à la hauteur de Saint-Pierre-le-Puellier; mais celui-ci ne fut pour lors qu'un passage irrégulier et resserré sur plusieurs points par les anciennes murailles. Les quais spacieux qui ornent maintenant cette partie de la ville sont d'une époque toute récente.

Les fortifications, même celles de la dernière enceinte, n'étaient plus regardées que comme un inconvénient : on cherchait à s'en débarrasser par tous les moyens possibles. Des chaussées établies en travers des fossés remplacèrent les anciens ponts-levis ; d'importants travaux de nivellement transformèrent les boule varts en promenades. En 1720 , les tours et les parapets du Mail furent rasés à hauteur d'appui, afin que de ce lieu on pût jouir de l'aspect delà campagne. En 1755, la porte Bannier fut abattue , malgré ses souvenirs historiques. Le fossé qui s'étendait de la porte Madeleine à la Loire fut comblé en 1780 et remplacé par le chemin des Princes.

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Quelques travaux d'un intérêt secondaire lurent entrepris dans la première moitié du xviu e siècle. On commença, en 1720, la construction de trois casernes qui bientôt se virent abandonnées. On parfit, en 1738, une grande salle, appuyée sur les restes de la porte Saint-Laurent, dans le jardin de botanique. En 1746, on transforma en caserne les buttes des Arquebusiers, ou, pour mieux dire , les galeries sous lesquelles se tenaient les concurrents et les spectateurs pendant le tir de l'arquebuse. Enfin , on bâtit sur un plan tout-à-fait vicieux une salle de spectacle qui fut brûlée en 1757.

De nouvelles plantations d'ormes s'étendirent tout autour de la ville; elles existaient encore presque toutes au commencement de ce siècle.

Maintenant on ne les retrouve plus que sur le Grand-Mail. Plusieurs des arbres de celle majestueuse promenade sont déjà morts de vieillesse, et tous auront probablement le même sort. Les Orléanais leur sont spécialement attachés, et l'administration municipale ayant voulu, il y a quelques années, les abattre, tandis qu'ils avaient encore une certaine valeur , il lui fallut céder devant la volonté générale. Ainsi nos contemporains les vengent de l'antipathie de nos ancêtres ; car il parait que dans leurs premières années, ces innocents végétaux se trouvèrent en butte à toutes sortes d'outrages. Aussitôt mutilés que plantés, ils furent un grand nombre de fois infructueusement renouvelés. La surveillance des

préposés, la sévérité des lois se trouvant impuissantes pour protéger leur existence, on se décida, en désespoir de cause , à les placer sous l'égide de la religion catholique. En 1722, 24 et 26, on fulmina les anathèmes de l'église contre quiconque arracherait les arbres des boulevarts.

Le système d'embellissement général n'épargna pas les églises. La plupart tombèrent devant les exigences de la voirie, quelques-unes par suite de certaines dispositions d'administration ecclésiastique; de ce nombre furent Sainte-Colombe , détruite en 1750, et Saint-Maclou , supprimé en 1769. Le couvent des Ursulines de Saint-Charles devint, en 1771 , un dépôt de mendicité. L'année précédente, l'église de Saint-Germain avait été supprimée , et son emplacement réuni au jardin des Bénédictins. Elle était petite et mal bâtie; mais on y remarquait de beaux vitraux parfaitement conservés. On distingue encore, dans la venelle à laquelle elle a donné son nom , un de ses piliers incrusté dans l'angle d'un bâtiment dépendant de l'hôtel de la Préfecture.

Cependant on vit aussi s'élever quelques constructions pieuses : la petite et très-mesquine chapelle des Aydes, bâtie, en 1628, dans le faubourg Bannier; la nouvelle chapelle de F Hôtel- Dieu, exécutée sur les plans de Gabriel, ornée de quelques sculptures par Weirbreicht, et consacrée en 1728 ; l'aile étroite et basse, ajoutée, en 1722, au bas-côté méridional de Saint-Pierre-Ensentelée ; enfin le nouveau bâtiment du couvent

de Saint-Euverte , construit en 1740, et encore existant : celui-ci du moins ne manque pas d'une certaine distinction.

Deux autres chapelles de la même époque méritent une mention particulière.

L'église des Récollets, consacrée en 1727, se fit remarquer , sinon par son architecture , du moins par son ornementation intérieure. Plusieurs tableaux très-vantés, quoique d'auteurs peu connus, faisaient l'admiration des fidèles : c'étaient, entr'autres, le Baptême du Christ, de frère Luc ; saint François donnant à un roi et à une reine le cordon du tiers-ordre, par un peintre nommé Snelle , Frenelle ou Tenelle , suivant le bon plaisir des historiens qui ont cru nous transmettre son nom. On voyait, en outre, sous les galeries du cloître, certaines fresques représentant les quatre fins de l'homme. Celles-ci, au dire même des écrivains contemporains , étaient loin de mériter l'admiration qu'elles excitaient parmi le peuple.

En 1760, fut consacrée la nouvelle chapelle du couvent des Bénédictins , construite par Gabriel Le Chartier et Pierre Hue. L'auteur d'une notice publiée vers le même temps la trouve fort jolie : on peut conclure de là qu'elle était d'assez mauvais goût. Elle n'avait qu'une seule nef; mais cette nef était surmontée d'une coupole richement décorée de inarbres et de dorures. Plusieurs tableaux des bons maîtres de l'école française, les Disciples d'Emmaiis, de Vieil, /' Annonciation ,

de Reslou , la Fuite en Égypte et saint Martin devant Vatentinien, de Halle, et surtout Jésus au jardin des Oliviers, de Claude Vignon (1), et la Communion de saint Bruno, de Deshaies, œuvres capitales, ornaient l'autel et les murs de la nef. Les stalles étaient surmontées de tapisseries à portraits, et Ton admirait le travail de six chandeliers dorés d'or moulu, œuvre d'Hervieu , de Paris. On remarquait aussi dans le réfectoire sainte Anne montrant à lire à la Vierge, par Jouvenet.

Par suite de l'état de vétusté de l'ancien pont , le monument érigé a la gloire de Jeanne d'Arc avait dû être enlevé dès l'année 1745. Long-temps relégué dans les caveaux de l'Hôtel-de- Ville , il en sortit enfin en 1771, et fut placé, par les soins de Desfriches, à l'embranchement des rues Royale et de la Vieille -Poterie.

Desfriches, habile et fécond paysagiste Orléanais, fit preuve, dans celte circonstance, d'une sagesse rare à cette époque. 11 comprit ce que doit être une restauration ; il ne voulut rien innover, et à l'exception de quelques détails insi-

(1) Ce tableau a déjà été indiqué comme se trouvant dans l'église des Chartreux. Nous avons à ce sujet copié nos prédécesseurs, ne sachant laquelle adopter de leurs opinions contradictoires. Bcauvais de Préau donne aux Bénédictins le Christ au jardin des Oliviers, et aux Chartreux un Christ au Désert. 11 se trompe probablement en les attribuant tous deux à Jouvenet; mais quant au fait de leur existence, son opinion peut faire autorité, d'autant plus qu'elle explique la cause de l'erreur des historiens.

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gnifiants, il rétablit le monument sous sa forme antérieure ; mais il se défia de son talent comme architecte, et peut-être eut-il tort. Soyer, a qui il confia l'érection du piédestal, manqua complètement à sa mission, et confondant tous les styles, plaça un bloc massif du xviii* siècle sous des figures du xv e .

Cette particularité suffit pour prouver que Desfriches se contenta toujours de la réputation que ses crayons lui avaient faite : ce fut un malheur. Il exerçait par son talent une grande influence sur l'opinion générale et il eût peut-être pu jusqu'à un certain point comprimer les malheureuses tendences des successeurs de Weirbreicht. Ce' dernier avait régné en maître sur toutes les constructions d'une importance secondaire : ses élèves, poussant jusqu'à la plus excessive exagération le style exubérant et tourmenté du maître, contournèrent la pierre en cartouches et en consoles historiés, la couvrirent de guirlandes de fleurs et de fruits et la modelèrent en anges bouffis et en enfants hydropiques. Tout cela parut admirable : Weirbreicht avait fait école.

Un des sculpteurs qui se montrèrent le plus dignes de marcher sur ses traces fut Wercheld ou Wersafield, dont le nom fut presque autant vanté et aussi mal orthographié que celui de son prédécesseur. 11 chiffonna la pierre avec une dextérité merveilleuse et répandit partout des fleurs à poignées.

Vint ensuite Élienne Vergnet; on avait de lui

les ornements du pignon de la salle construite sur l'ancien portail Saint-Laurent. Cet artiste ne se distingua des deux autres que par son individualité; quant au style, ce fut tout un.

Ajoutons, à propos d'artistes , qu'un peintre Orléanais nommé Dieu, fit, pour la salle du conseil de la mairie, un tableau dont le sujet et le mérite nous sont également inconnus.

L'art musical comptait peu d'adeptes à celle époque. Quelques amateurs avaient fondé , en 1727, une académie de musique ; mais cette institution n'eut qu'une courte durée.

En revanche, l'industrie et les arts d'une utilité positive prenaient chaque jour de nouveaux développements. Les raffineries de sucre se multipliaient, les fabriques de bonneterie employaient un grand nombre d'ouvriers, un atelier d'impression sur étoffes de coton établi en 1717 et des fabriques de porcelaine montées en 1752 fournissaient au commerce des produits abondants.

Cette tendance vers les occupations industrielles changea peu à peu l'aspect de la ville. Le peuple vivait moins dans les rues; les classes élevées aspiraient davantage au bien-être intérieur; les fêtes publiques étaient plus rares, et dès 1706, la plupart des processions étaient supprimées.

Cependant les entrées solennelles des évêques avaient encore conservé quelque célébrité. Les formalités minutieuses réclamées par les privi-

léges du prélat, l'obligation imposée à certains seigneurs de le porter sur leurs épaules par les rues de la ville, le droit qu'il avait de délivrer, sauf quelques cas exceptionnels, les prisonniers qui se trouvaient sur son passage et lui criaient merci, les franchises souvent controversées que réclamaient de leur côté plusieurs corps ecclésiastiques, tous ces usages surannés, toutes ces traditions du passé piquaient vivement la curiosité publique. La foule accourait de toutes les provinces voisines, et la ville tout entière était transformée en une vaste hôtellerie. Mais ce n'était plus ce peuple du moyen-âge, avec ses joies bruyantes et naïves , ses costumes riches et variés, ses mystères en plein vent, avec les chants des hauts ménestrels entrecoupés de refrains chantés par la foule. L'entrain, la poésie avaient disparu; il ne restait plus que la curiosité.

On fêtait aussi parfois le passage des princes. En 1700 , Philippe de France , duc d'Anjou , traversa Orléans, se rendant en Espagne pour y recevoir la couronne que lui avait léguée le dernier roi. Les honneurs qui lui furent rendus dans cette circonstance rappelèrent, jusqu'à un certain point, les solennités du xvi e siècle. La réception faite à M mc la dauphine en 1745 eut aussi une certaine splendeur. Quelques détails sur cette dernière fête feront connaître le goût de l'époque.

On voyait figurer dans le cortège cent vingt jeunes bourgeois en uniforme écarlate, avec des

chapeaux galonnés; dix compagnies de milice bourgeoise, précédées de leurs officiers aussi en uniforme écarlale, vesle galonnée d'or en plein et chapeau bordé de même, et enfin les cinquanteniers, qui venaient de recevoir pour cette fête un costume tout nouveau et complet : c'étaient un babit toujours écarlate avec boutons dorés et parements bleus, une culotte et des bas de celte dernière couleur, un chapeau bordé d'un large galon d'or fin et une bandoulière de velours cramoisi, aux armes de France, des ducs d'Orléans et de la ville. Toutes les maisons étaient tendues de tapisseries sur le passage du cortège. Devant l'hôtel de l'intendant, un corps d'illumination de trente pieds de hauteur sur soixante-dix de long figurait un portique à sept arcades ornées de guirlandes, de cristaux et de soleils tournants. Mais tout l'éclat de la fête devait se résumer dans le feu qui occupait le milieu de la place du Marlroi. C'était, dit un imprimé de l'époque, le plus magnifique que Ton eût encore vu à Orléans. Il représentait un fort octogone flanqué de huit pilastres posés sur des consoles buttant contre des piédestaux ; chaque piédestal portait une urne de laquelle sortait un gaudron. Le milieu du fort était occupé par un salon formé de quatre arcades doriques. Au fond de ce salon se voyait un rocher de cristal et de verdure ; dans le rocher un autre, et dans l'autre un soleil d'eau alimentant une cascade qui tombait dans un bassin de gazon. Cette cascade, après avoir pendant quelque temps

versé une eau limpide, changea tout à coup de couleur et répandit des flots de vin. Le salon était orné d'arbustes et de lampions; il portait pour couronnement une pyramide surmontée d'un soleil doré environné de palmes qui se terminaient par des fleurs de lis. On montait dans cette pièce par un grand perron de quatorze marches faisant face à la cascade ; de chaque côté du perron , un ange posé sur un piédestal montrait du doigl le soleil. Le tout était éclairé de plus de huit mille lampions. Ce singulier édifice , dans lequel on reconnaît tout le mauvais goût de l'époque, était dû au génie de M. Pommier, sous-ingénieur de la province. Il avait soixante pieds de hauteur sur quatre-vingts de largeur à la base, y compris la saillie des pilastres et des piédestaux ; le salon avait vingt-huit pieds de diamètre.

Avant de passer aux événements de la révolution de 1789, il convient d'énoncer quelques faits isolés qui n'auraient pu se placer plutôt sans bouleverser Tordre logique que nous avons cru devoir suivre à partir du xvin e siècle.

En 1776, cinq cents réverbères furent suspendus dans les rues de la ville; un impôt spécial pourvut aux dépenses de ce nouvel établissement. En 1786 , tous les cimetières existant à l'intérieur de la ville furent supprimés et remplacés par ceyx de Saint-Jean et de Saint-Vincent. La croix de bronze qui s'élevait au milieu du Grand-Cimetière fut alors transportée dans le cimetière Saint-Vincent. La même année vit s'ou-

vrir, sous la direction de M. Bardin, artiste qui ne manquait pas de talent, une école de peinture, de sculpture et d'architecture.

Deux ans plus tard, un médecin qui joignait à une science profonde une pieuse philanthropie , fonda, dans la rue de l'Évêché, un établissement qui a toujours subsisté depuis cette époque. Au milieu d'un pan de muraille, entre deux fenêtres aveugles, s'ouvre une simple porte à arc droit, au-dessus de laquelle on lit l'inscription suivante, gravée sur une plaque de marbre noir : Consultations gratuites de médecine et de jurisprudence , fondées en 1788 , par M. Petit, médecin à Orléans. Une frise de style grec règne à la partie supérieure de la muraille. Cette petite façade se fait surtout remarquer par une simplicité parfaitement d'accord avec la destination du lieu. On peut y reconnaître un retour vers cette sévérité de ligne que devaient bientôt sanctionner les idées républicaines. Elle fut le début d'un homme dont le nom va se trouver identifié avec l'histoire architecturale de la ville. Lebrun, qui construisit beaucoup , qui détruisit encore plus, se montra dans cet essai tel qu'il devait rester par la suite. On y reconnut un goût correct, mais on y eût vainement cherché l'inspiration du génie.

En 1786, Lebrun éleva près la porte Bourgogne, sur le fondement des anciennes fortifications, une construction vaste, mais trop frêle, destinée à l'établissement d'une filature de coton. La petite rotonde et le corps-de-logis, situés au midi

du bâtiment principal, ont pour base l'étage inférieur de l'ancien fort de la Brebis. Le pavillon destiné au logement du maître, est construit en pierre de taille, avec une certaine élégance. Il occupe le milieu d'un beau jardin et domine la Loire.

Quatre ans plus tard, Philippe Égalité, duc d'Orléans , inaugura sur la place du Martroi les idées révolutionnaires, par l'établissement d'un grand corps-de-garde construit en plâtre et décoré à la détrempe. Lebrun en avait tracé le dessin et en survilla l'exécution. C'était une lente circulaire de quatre-vingts pieds de diamètre, couverte de coutil en peinture, et ornée dans son pourtour de pentes également peintes, dont les festons étaient soutenus par des piques. La porte d'entrée, ouverte du côté de l'orient et accompagnée de deux canons, était précédée d'un baldaquin relevé par des faisceaux d'armes et des drapeaux tricolores. Au nord et au midi, deux pavillons carrés, adjacents, étaient destinés au violon et à la chambre des officiers. Le tout n'eut que quelques mois d'existence.

La même année, la municipalité décida que le quai du Ghâtelet serait prolongé jusqu'à la Tour- Neuve. Ce travail fut plutôt un perfectionnement qu'une création, car il existait déjà un passage entre les murs de la ville et le fleuve. 11 fut exécuté par des ateliers de charité, d'après les plans de Boucher, ingénieur des ponls-et-chaussées.

L'année 1791 vit démolir le jubé de Sainte-

Croix et l'église Sainte-Catherine. Ce dernier édifice, petit et dénué de toute décoration architecturale, n'avait d'intéressant que son antiquité. On assure qu'il possédait encore quelques parties antérieures au xiv e siècle. Il avait reçu, en 1665, de notables accroissements. On y voyait un tableau de Pérelle, un autre de Michel Corneille et deux statues de Hubert.

A partir de cette époque, s'ouvrit une ère de dévastation organisée. La pensée républicaine domina en despote : elle comptait pour si peu la vie humaine , comment eût-elle respecté l'art ! Tout ce qui gênait sa marche fut sacrifié, et comme la plupart des édifices publics rappelaient des souvenirs religieux ou monarchiques, elle les sacrifia a son triomphe. Les signes de servitude ou de fanatisme, comme on disait alors, furent arrachés des monuments; les armoiries , souvent si précieuses sous le rapport historique, furent lacérées; les églises inutiles à un culte proscrit, dépouillées et vendue*; le niveau passait sur les monuments comme sur les tètes.

En 1792, Lebrun acheta la tour de l'église Saint- Aignan ; il devait la démolir de suite; mais elle subsista jusqu'en 1804.

La même année, le monument de Jeanne d'Arc fut détruit. Des patriotes demandaient sa ruine. Le conseil de la commune crut que le vrai patriotisme devait protéger les souvenirs de la gloire nationale; il résista quelque temps, puis

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